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Accueil Clap'Sabot 20 ans en 1940

20 ans en 1940

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Heurs et malheurs de la classe de "20"

 

ILS AVAIENT 20 ANS EN 1940

Destinés à constituer la "première ligne",
ils changent de destin !

 

 

Nous sommes en 1940. La classe de 20 constitue la levée de 1940. Les opérations d'appel se font en deux temps, suivant les "armes" d'affectation. Une première tranche est entrée sous les drapeaux au début de l'année, l'autre devait l'être au début de juillet. Nous avons contacté 2 anciens de la classe de "20" qui ont connu une aventure hors du commun.

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Walther avec 3 copains en tenue du 1er Lanciers, à Bruxelles (3e de g. à dr.)

L'INSTRUCTION

Walther Leclercq de Hannut et Edgard Cartilier de Lincent sont appelés au 1er régiment des Lanciers, à la caserne Baron de Wit de Haelen, en face de la plaine des manoeuvres, à Bruxelles, le 1er février 1940. Dans le froid glacial, ils se rendent à pied de la gare du nord aux boulevards extérieurs, avec leur valise. Ce magnifique régiment de cavaliers a vu ses cheveux remplacés par des motos (les français auraient appelé cela : la cavalerie légère motorisée). Les jeunes recrues sont soumises au drill des armes et à celui de l'engin motorisé. Leurs véhicules sont les grosses cylindrées F.N. (qui ne sont plus construites, hélas !) et les motos-sidecars (30 motos + 2 side-cars par peloton). Pendant 3 mois les soldats à la "floche blanche" tournent en rond sur une piste d'essai d'un kilomètre aménagée en circuit. Au régiment, ils font la connaissance de Fernand Parent de Lens-St-Remy, de Jules Jamoulle de Houtain-1'Evêque, de Jean-Baptiste Chanet de Lens-St-Remy, des hesbignons qui partagent leur sort. Ils savent que la mobilisation générale décrétée depuis bientôt ,6 mois est de mauvaise augure ils savent que des bruits de bottes, outre-Rhin, sont les premiers d'une attaque imminente. Leurs chefs en ont aussi conscience et l'instruction ne connaît aucun répit. Cependant, on leur accorde quand même une permission tous les 15 jours et le sport à l'armée est toujours en honneur. C'est ainsi que Walther

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Walther et les condisciples de "20" à l'Athénée royal (1er à droite de la photo)

Leclercq est sélectionné dans l'équipe de foot qui défend les couleurs du premier "Lanciers". Il a comme coéquipiers des noms qui eurent leur célébrité à l'époque : Marcel Daenen d'Aywaille et Pol Dechamp du Standard. Il se souvient d'un match inter-régimentaire gagné 2-0 contre le régiment des guides où jouait une autre vedette du nom de José Moisse.

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Edgard avec sa floche blanche de Lancier

LES HOSTILITÉS

Le 9 avril, l'Allemagne hitlérienne envahit le Danemark et la Norvège. Malgré les bonnes intentions signifiées dans le pacte conclu par Messieurs Chamberlain et Daladier pour la Grande-Bretagne et la France, on sent que le dictateur nazi réalise son plan publié dans "Mein Kampf". La France et l'Angleterre annoncent publiquement qu'elles donnent à la Norvège toute l'aide militaire et navale qu'elle souhaite... Le pacte bat de l'aile et déjà la neutralité de la Hollande et de la Belgique est remise en cause si les alliés tentent de les envahir... Les pêcheurs en eau trouble ont donc amorcé leurs lignes ! Le 10 mai à l'aube, les parachutes blancs de l'axée Allemande bourgeonnent le ciel bleu de la Belgique. Que sont-ils ? Souvent des mannequins affublés d'uniformes belges, parfois des espions et saboteurs allemands en tenue belge, chargés d'infiltrer nos lignes de défense, les mannequins font une manœuvre de diversion en vue de distraire ou de semer la panique. Les premières bombes sont larguées par l'aviation allemande et des bombes incendiaires tombent sur les casernes bruxelloises. Tout le régiment des Lanciers est à ce moment camouflé dans le bois de la Cambre.

L'EXODE

Les jeunes de la classe "20" ne sont pas encore suffisamment instruits à l'utilisation des armes et du matériel aussi l'état-major décide d'en continuer la formation dans des lieux plus discrets. C'est ainsi que par les rues de Bruxelles encombrées de troupes à pied, à cheval à vélo ou motorisées, le 1er "Lanciers" et les "Chasseurs" qui occupent la même caserne, s'en vont en bon ordre, fusil et barda à l'épaule, au pas cadencé, jusqu'à la gare du midi, suivis des indispensables véhicules de maintenance. C'est le début d'une aventure sur laquelle le secret militaire maintient le silence absolu. Tout le monde est embarqué dans un train en direction de Saint-Nicolas-Waes. Le moral de la troupe est réconforté par l'apparition d'avions anglais venus à la rescousse. A Saint-Nicolas, les écoles sont réquisitionnées pour loger les militaires. C'est le début d'une belle pagaille... Il faut monter la garde nuit et jour et se tenir l'arme au pied. C'est la grande psychose des parachutages allemands. Les véhicules de maintenance sont à pied d'oeuvre mais l'approvisionnement ne suit pas. Il faut se contenter d'une ration de pain sec, ceux qui ont un peu d'argent se précipitent dans les charcuteries pour acheter quelques rondelles de saucisson. Après 4 jours de ce régime concentrationnaire, les Lanciers sont réembarqués dans les wagons à bestiaux d'un train en partance pour Furnes. Les nouvelles sont alarmantes. Le canal Albert n'a pas résisté, les forts ont craqué, les Allemands convergent vers Bruxelles. La troupe ne débarque pas à Furnes. Les soldats n'ont pour se sustenter que le biscuit militaire (appelé ration de survie ou biscuit de chien) et une gourde d'eau. Des ordres sont donnés en hâte, le train prend la direction de la France. Après des heures d'une interminable progression où le train doit se ravitailler en eau et en charbon, le convoi se retrouve à Angers, à 300 km au sud-ouest de Paris, dans l'Anjou. C'est là que les petits belges mangent la première soupe qu'ils dégustent avec un appétit de bûcheron ! Le terminus du convoi de camions à bestiaux se situe à Argeles-sur-Mer, dans les Pyrénées orientales, au bord de la Méditerranée. Le régiment est parqué dans les dunes, au bord de la Méditerranée. Nos braves motards n'ont plus qu'une seule moto, les autres ont sans doute été "égarés" dans la débandade des diverses gares traversées... ou bien, certains petits belges ont fait des "reconnaissances" aux arrêts du convoi... Dans leur tenue hivernale, les Lanciers souffrent de la chaleur, de la poussière, de la faim. Pour survivre, les hommes dévalisent les maisons abandonnées, pillent les jardins, investissent de force les épiceries. Ils mangent tout ce qu'ils trouvent : légumes, poissons, viandes en conserve. C'est la première fois qu'ils mangent des rillettes !

image006 Lunel, petite ville des Pyrénées orientales
image008 Sommières, petite ville proche de Restinclières

Le commandant ordonne de lever le camp et le régiment remonte vers le nord. Un train les débarque 30 km plus loin, à Lunel (dans l'Hérault) dans l'arrondissement de Montpellier. De là, à pied, nos cavaliers (devenus fantassins) sont accueillis dans le joli village de Restinclières. Ils sont hébergés dans des fenils, des hangars, des chais et parfois des maisons. Par 35 degrés de température, ils tombent par terre et s'endorment, exténués. L'installation y semble moins précaire, l'appel matinal des hommes ne se fait plus car il y a trop de disparus dans la nature. Il faut s'organiser ! Edgard Cartilier, qui n'a aucune compétence en la matière, est désigné comme cuistot du régiment. Une cuisine roulante (plus fidèle que les motos) a suivi le bataillon. On peut y faire la soupe ! Le commandant vide son portefeuille en attendant des secours publics. On achète du bouilli (à Sommières) qu'on met à bouillir dans la cuve avec tous les légumes qu'on trouve (sans les laver !) chacun a droit à un quart de miche de l'endroit pour toute la journée. Les hommes sont misérables ! Walther Leclercq, n'a pas résisté aux écarts de température : trempé de transpiration pendant le jour, grelottant sur la terre battue pendant la nuit, il gagne une fièvre inquiétante. Il est au bord de la défaillance et de l'inconscience. Une ambulance mandée d'urgence le conduit à l'hôpital à Montpellier où le docteur diagnostique une crise de rhumatisme articulaire aigu... Il est soumis pendant 8 jours au régime du salicylate de soude à forte dose puis renvoyé à son cantonnement après la chute de la fièvre. A cet hôpital il rencontra par un heureux hasard Félix Pirard de Hannut qui était précisément le gardien de but de l'équipe de foot de Hannut. Pendant ce temps, Edgard est pris d'amitié par la famille Romain où des réchauds à bois sont mis à sa disposition pour préparer la tambouille quotidienne. Chaque matin des volontaires s'en vont au bois pour une provision de bûches... Le riz devient l'élément sustentateur de la troupe. Edgard se souvient que la première fois qu'il en prépara, il mit trop de riz et trop peu d'eau dans sa marmite et il occasionna la plus belle des éruptions culinaires de sa vie. Le riz débordait de partout. Heureusement, Madame Romain lui apprit l'art des proportions et lui recommanda la pelure d'une orange dans la cuisson pour lui donner un agréable goût méridional. Walther Leclercq se souvient qu'un jour il obtint d'un villageois, un véhicule tiré par deux chevaux pour aller acheter 100 kilos de pommes de terre à Lunel, ce fut un repas de luxe !

CAPITULATION ET SOLIDARITÉ AVEC L'ARMÉE FRANÇAISE

Hélas les nouvelles transmises par radio annoncent que la Belgique a capitulé. Du coup, l'accueil est plus froid, plus réservé. Le baromètre de la sympathie baisse de quelques degrés. Les soldats belges en sont contrariés. Une consigne circule "ne bougez plus !" Le recul progressif des armées française et anglaise vient ensuite démontrer que les belges n'étaient pas des lâches et la confiance re-fait surface. Mieux ! Quand on apprend le drame de Dunkerque, le réembarquement des troupes anglaises et la percée du front en direction de Paris, les autorités françaises sollicitent l'aide des petits belges. Les Lanciers sont à nouveau entassés dans un train en partance pour Paris avec comme consigne de défendre la capitale française, coûte que coûte. Ils ont chacun un fusil Lebel et un chargeur de 5 cartouches ! Tout le monde descend en gare de Pierrefite-sur-Seine dans la banlieue nord de Paris. C'est le branle-bas de combat. Tous les Lanciers ont l'arme au pied et les havresacs sont rangés sur le tarmac. Les ordres sont secs. Les nerfs sont tendus. L'heure est grave. On s'attend à prendre position dans les faubourgs de Paris. Tout-à-coup, c'est l'alerte générale ! Les sirènes hurlent, les chefs s'énervent. Le commandant reçoit un ordre impérieux qui est communiqué en désordre dans un vacarme assourdissant... Le train démarre à l'instant ! Embarquez ! Les hommes sautent dans les voitures avec leurs fusils et abandonnent les bardas sur le quai ! Les effectifs sont encore diminués de quelques unités ! Des soldats s'égarent et fuient Paris par des moyens de fortune. Rebelote ! Le train des rescapés les dépose à nouveau à Lunel et "pédibus cum jambis". Les bottines cloutées foulent à nouveau le chemin qui conduit de Lunel à Restinclières. Pendant ce temps Walther Leclercq, qui a eu une récidive de fièvre rhumatismale dans le train, a été transporté en ambulance à l'hôpital Saint-Charles à Paris. Dans la nuit de son arrivée, l'alerte générale sur Paris provoque l'évacuation de l'hôpital. En train sanitaire, en compagnie de patients civils et militaires de plusieurs nationalités, il est acheminé, plus mort que vif, vers un hôpital de Marseilles. Après quelques jours de soins intensifs, il parvient à rejoindre ses compagnons d'armes à Restinclières. Edgard Cartilier est pris en véritable amitié par la famille Romain où la jeune Héléna lui offre chaque midi son litre de vin (Edgard étant un adversaire irréductible de toute forme de boisson alcoolisée refile le précieux breuvage à son ami Jean-Baptiste Chanet qui lui réserve le sort que l'on devine). Walther est le seul a avoir reçu une lettre de ses parents car un verviétois de passage, du nom de Hauzeur va avertir les parents Leclercq du lieu de séjour de leur fils.

RAPATRIEMENT

La France a aussi déposé les armes, ce pays est coupé en deux. Nos petits belges sont en zone libre... Il va falloir songer au rapatriement ! Les effectifs s'amenuisent de plus en plus. Il n'y a plus de chef et l'unique moto a disparu. Les rares soldats encore courageux vont se laver à la fontaine sur la place municipale, les autres ont la déprime. Edgard continue à faire sa cuisine au riz pour les copains et la famille Romain sait que des bruits de rapatriement vont la priver de leur militaire adoptif. Pendant ce temps à Hannut, deux hommes politiques Barthel Leclercq (libéral) et Georges Maurissen (catholique) décidant de ratisser la France pour récupérer les hannutois qui séjournent en zone libre. Nous sommes au mois de juillet 1940... Barthel Leclercq prête un camion de la scierie et Georges Maurissen précède en voiture pour faire une prospection de rassemblement. Ville après ville Monsieur Maurissen et Monsieur Leclercq visitent les mairies et sonnent le rassemblement. Le camion, conduit à tour de rôle par Charlotiaux et Polet, accueille sur sa large plateforme des étudiants et des soldats hesbignons (à qui on distribue des vêtements civils rassemblés en hâte) les mamans de Hannut ont prévu des gaufres et des tartines beurrées que les rescapés dévorent à belles dents, ça sent si bon la Hesbaye. Les étapes de "recollage" et de repos furent Montpellier, Lyon, Sedan. Barthel Leclercq ne parvient pas à récupérer son fils cadet (évacué) qui vient de quitter depuis 2 heures son séjour habituel au moment où son papa tente de le contacter (il rentrera 15 jours après le camion). Arrivés à Hannut, les hesbignons "français" sont accueillis dans une atmosphère de liesse populaire... On crie, on rit, on pleure, on est heureux, tout le monde s'embrasse.

AINSI FINIT L'HISTOIRE

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Le camion Leclercq rentre à Hannut avec ses "Français". (Y figurent : Walther Leclercq, Edgard Cartilier, Jean-Baptiste Chanet, Jules Jamoulle (4 lanciers) ainsi que A. Flandre, L. Triffaux, J. Condé, G. Laruelle, Ch. Bontemps, J. Sibille, G. Maurissen et ses deux fils, Charlottiaux, Polet, etc...)
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Barthel Leclercq entre Georges Pirotte, secrétaire du F.C. Hannutois et le talentueux joueur Raymond Braine

Walther Leclercq, Edgard Cartilier, Jean-Baptiste Chanel et Jules Jamoulle ont continué à entretenir des relations d'amitié depuis cette aventure de la classe "20". Walther a conservé son amour pour le football et nous l'assimilons bien volontiers (ainsi que son frère) aux heures de gloire du R.F.C. Hannutois.
Quant à Edgard Cartilier, il est resté fidèle à ses talents de comédien dialectal, il fit successivement partie de "L'Espérance" - salle Paredis à Lincent, des "Amis Réunis" - salle Berger à Lincent, de "La Concorde" - salle Dassy à Pellaines, du "Trianon" de Liège et tourna dans 2 films avec Philippe Léotard, René Couteure, Paul Louka et Bob Dechamp. N'est-elle pas belle notre histoire de la classe "20" ? Elle valait un jumelage, non ? Merci à Walther et à Edgard de nous l'avoir contée.

EDGARD EST RETOURNÉ LA-BAS.

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Edgard et ses hôtes à Lunel image012

image014 La cour où les Lanciers se restauraient, assis par terre
C'est dans ces dépendances que le cuistot Edgard préparait sa cuisine au riz image015
image016 La maison de la famille Romain à Restinclière

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Lors de son premier retour en France, Edgard est allé fleurir la tombe des parents Romain
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Edgard ,à Nismes, en compagnie d'Héléna, de son mari et de leur descendance

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Mise à jour le Vendredi, 30 Janvier 2009 11:03