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Accueil Clap'Sabot A. Dullaers et F. Feron

André Dullaers et Fernand Feron

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Il y a 50 ans

Les belles histoires que notre histoire a oubliées.

Si tous les chemins mènent à Rome,
plusieurs voies mènent au patriotisme.

 

10 mai 1940... La guerre

Deux générations gardent en mémoire la déclaration de guerre de l'Allemagne, ponctuée par une agression brutale de notre indépendance et de nos frontières. Qui ne se souvient du discours du roi Léopold III, chef suprême de l'armée belge, où il fait appel à tous les hommes en âge de porter les armes ? Et ce fut une unanimité patriotique qui lança les hommes âgés de 17 à 40 ans sur le chemin des centres de recrutement et sur les brigades de gendarmerie sensées accepter l'enrôlement de tous les volontaires. Perdus dans la masse des "évacués" qui fuyaient vers la France, ces hommes ont connu des fortunes diverses, toujours talonnés par les uniformes gris des soudards de la guerre-éclair. J'en ai connu qui sont partis à pied, d'autres à vélo, d'autres enfin à moto ou en voiture (mais ces derniers étaient les bien nantis de l'époque). Les plus heureux furent pris en charge par des centres qui les embarquèrent dans des trains à destination du midi de la France. Les plus malheureux, retardés dans leur exode par des ennuis mécaniques ou des ennuis de santé furent dépassés par les colonnes et cloués sur place en attendant l'ordre de rentrer au pays. J'ai connu quelques Hannutois qui furent surpris dans la poche de résistance de l'armée française appelée le "fer à cheval de Béthune". Pendant leur sommeil sur la paille les allemands investissent le village de Verchin gîte de leur pérégrination. Sur ordre des nouveaux maîtres des lieux, cinq hannutois sont invités à regagner la Belgique par un chemin rural qui conduit vers un bois... C'était sous le couvert de ce bois que d'héroïques français étaient rassemblés pour lancer une contre-attaque ! Les Hesbignons éperdus étaient devenus des otages : arrivés en lisière du bois ils se rendirent compte qu'ils retraversaient le front avec la perspective, hélas, d'être à nouveau dans les mailles du filet allemand. Ils traversèrent ce nid de résistance sous les balles et les obus pour trouver refuge dans des maisons qui se repliaient comme des châteaux de cartes dans un bruit effrayant de poutres qui craquent, de briques qui s'écroulent, de vitres qui éclatent, de vaisselle qui se brise. Au deuxième rattrapage les fantassins "Felgrau" leur chipèrent leurs vélos, après leur avoir fait côtoyer la mort pendant des heures. Ils durent rentrer à Hannut à pied ! 6 jours de marche forcée à travers un décor de désolation où les cadavres des hommes et des chevaux se percevaient à cent mètres tant l'odeur de leur décomposition flottait dans l'air chaud du début de iuin. Le sort des hommes "rappelé" fut bien différent. Certains vécurent dans le Roussillon, d'autres dans le Gers, d'autres en Provence. Nous en connaissons qui échouèrent même en Suisse.

Nos petits belges dans le réembarquement de "Dunkerque"

Tous les belges qui eurent la chance de progresser plus rapidement que les allemands, et qui furent englobés dans le lot des rescapés se dirigeant vers la Normandie, furent embarqués de gré ou de force dans des trains qui aboutirent sur les quais français des ports de la Manche. Ce mouvement des navires alliés qui assurèrent le transport des soldats et des réfugiés vers l'Angleterre est désigné désormais sous le titre "Réembarquement de Dunkerque". Bon nombre de personnes de la Hesbaye hannutoise connurent ce sort et c'est en les identifiant que l'Aronde a le plaisir de vous conter les aventures d'André Dullaers de Ville-en-Hesbaye (en 1940) et de Fernand Feron d'Avin.

André DULLAERS

Agé à l'époque de 18 ans, André Dullaers enfourche son vélo le 12 mai 1940 en compagnie d'Emile Dantinne et de Gaston Charlier, pour commencer la recherche d'un centre d'accueil qui lui assurerait une mise à la disposition de sa jeunesse à la patrie : jeunesse sensibilisée par les appels de la radio. Son itinéraire est celui de tous les hesbignons : destination de la France vie Gembloux. Dans la "capitale de la coutellerie" le trio subit un premier bombardement terrible. La panique s'empare des évacués et les forces françaises arrivées sur place conseillent aux civils de fuir la ville car elle constitue le pion majeur d'une ligne de résistance qui veut stopper les blindés allemands. Tout le monde se remet en selle mais Gaston Charlier manque à l'appel. Après une longue attente, André et Emile se remettent en route avec la ferme intention de rouler très vite et très longtemps. Ils ont la jeunesse pour eux et ils enregistrent une moyenne horaire bien supérieure au long cortège qui encombre les routes. Le 13 mai, ils sont à la frontière française et ils se débrouillent avec détermination pour obtenir leur laissez-passer. Le soir, ils sont accueillis à 2 km de Landrecies par des fermiers de 2 villages voisins et ils se disposent à se rendre utiles, avec l'espoir que les troupes allemandes seront définitivement arrêtées. Le lendemain matin, le bruit court que les boches ne sont pas loin. On entend d'ailleurs le bruit sourd des canons qui se fait de plus en plus proche. A un certain moment, André qui veut récupérer son coéquipier Emile, voit ce dernier installé avec son fermier sur la banquette d'une charrette tirée par un bourricot. Ils sont allés traire les vaches dans une pâture et rentrent paisiblement au bercail. André lui intime l'ordre de le rejoindre au plus tôt et lui lance "attention, vieux, par là c'est plein d'Allemands !" Après une heure de veine attente, André se décide à jouer seul son va-tout et il reprend son exode en poussant au maximum sur les pédales. Il dépasse ainsi de nombreux groupes d'évacués belges et il prête une oreille attentive aux conversations qui émergent du flot des sans-abris ! C'est ainsi qu'il reconnaît et dépasse son concitoyen Hobin de Ville-en-Hesbaye, le boulanger du village qui fuit en emmenant sa famille dans la charrette de la boulangerie. Les jours se passent dans la même volonté d'aller vite et ne pas se laisser rattraper par les allemands. En cours de route, il s'intègre dans un groupe de jeunes de Warnant-Dreye. Le 17 mai André traverse Péronnes en feu, la ville vient d'être pilonnée par des chapelets de bombes incendiaires. A Aubignies, André loge dans une écurie où il rencontre par hasard les Flaba de Ciplet, il croise aussi le camion de Thirion de Braives. Arrivé à Rouen, André s'informe de la situation sur le front et du sort que les autorités françaises projettent de réserver aux milliers de personnes déplacées. Il est séduit par la proposition de prendre un train en partance pour Cherbourg, il saute dans un wagon à bestiaux où il est autorisé à embarquer son vélo. Les événements se précipitent, le train surchargé de civils et de militaires est une véritable tour de Babel. On y parle le français, le wallon, le flamand, l'anglais et même l'allemand. Le terminus du convoi se situe sur les quais de Cherbourg on est le 18 mai, il est 7 heures du matin. Avec détermination, et même violence, les marins du "Maid of Orléans" engouffrent les gens et le matériel sur leur bateau. Appuyé sur le bastingage, André aperçoit sur le pont d'un bateau la famille Feron d'Avin. Il sait désormais que ses compagnons hesbignons ont une même destinée. Malgré les conditions de vie précaires et les incertitudes de la guerre, André n'oublie pas de rédiger le journal de sa vie de bohème. Sur son agenda, au jour le jour, les événements sont minutieusement notés. Il ne doit plus se faire de souci car le ravitaillement est assuré par les soins de la marine anglaise. Le bateau accoste à Weymouth où il restera de 6 h. à 23 h., c'est là qu'il fait connaissance avec le thé anglais, qu'il trouve imbuvable !

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André Dullaers rentrant de son travail à pied et regagnant son gîte d'accueil André en train d'ensiler des pommes de terre en compagnie du fermier

Tout le monde harassé et fourbu dort à même le sol. Sur décision du centre d'accueil, les immigrés de toutes nationalités sont emmenés en autocars vers une gare où un train les conduira à Londres. Tout le long de la voie ferrée, les riverains, dans un geste de sympathie jettent des pommes, des bananes, des friandises aux déracinés du continent qui les saluent à partir des fenêtres baissées. Le 21 mai, hommes, femmes et enfants sont regroupés dans une école de plein air où les formalités administratives font apparaître l'intervention du consulat de Belgique à Londres, dans la perspective de leur installation en Grande Bretagne. C'est aussi dans ces centres de transit qu'André fait connaissance avec une autre surprise gastronomique "la soupe aux orties". Jusqu'au 15 août chaque belge est assuré de sa subsistance en centre d'accueil et reçoit une petite "pension". Vient ensuite le placement dans le civil, dans des familles où l'espace est suffisant et la bonne volonté évidente. La vie s'organise alors de façon plus structurée, les belges sont mis au travail dans des fermes à Brenwood. Un comité agricole loge 20 belges dans de vieux bâtiments désaffectés meublés et équipés à la hâte avec du matériel hétéroclite et élémentaire. Du lieu d'hébergement au lieu de travail, il y a une heure de marche. C'est dans ces conditions qu'André a l'occasion de voisiner Florent Falise de Burdinne, Marcel Daxhelet d'Avin, Rossillong de Merdorp. L'Angleterre a bientôt besoin de bras pour sa machine de guerre et bientôt les hommes valides sont embauchés dans une aciérie qui fabrique des pièces et des munitions pour l'armée. Un château est mis à la disposition des ouvriers immigrés par le service social de l'usine et André va faire connaissance, après des mois de vie de bohème, avec un vrai lit et de vrais draps de lit. Une révélation pour les déracinés et les sans- foyers qui aspirent à ce confort élémentaire depuis plus d'un an ! André ne pourra vivre dans cette colonie d'ouvriers sidérurgistes que trois mois car le Gouvernement belge de Londres va mobiliser tous les Belges, en séjour à l'étranger, en âge de porter les armes.

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André, un dimanche de 41, avant son incorporation dans la brigade Piron (Photo prise dans le parc du château où une bicoque était réservée aux belges) André Dullaers en tenue de militaire de la brigade Piron

C'est le début de la formation de la fameuse brigade Piron où André va connaître des amis venant de tous les horizons : d'Egypte, du Congo, de la Légion étrangère... et des belges qui ont rallié Londres dans la clandestinité via la France, l'Espagne et le Portugal. André porte l'uniforme de la nouvelle armée belge le 8 décembre 1941. L'Aronde se réserve le plaisir de consulter, pour un article ultérieur, le magnifique "Journal de Vie" d'André Dullaers qui raconte dans le détail historique le débarque- ment, la libération de Bruxelles, la campane de Hollande. Nous signalons, pour répondre au vœu d'André, que dans cette aventure d'Outre-Manche on enregistre les présences de Rigot Arthur, Charles Armand, Landrain Jules (d'Orp-le-Grand), Motte Achille (de Maret),
la famille Feron, la famille Parafe, Marcel Daxhelet (d'Avin), Falise Florent et la famille Dubois (de Burdinne), Jean Wanet (de Hannut), Bovy Félicien (de Villers), la famille Mathieu et "Nokin" (de Ciplet), Goudenne Léon (de Thisnes), Dechany Jules, Delcominette Henri, Dethier Jean, Feron Gustave, Fontaine Camille, Hâvelange Maurice (de Warnant-Dreye), Chamberlan (de Vinalmont), Demaret Albert (de Villers-le-Bouillet). Dans les mobilisés de la brigade Piron, il relève les noms suivants : Detiège Ernest, Michotte Jules, Doneux Ernest, Riguelle Valentin (d'Orp), Rossillong François (de Merdorp), Achille Parafe(d'Avin), Dubois Fernand, René Moreau, Bernard Clovis, Polet Amédée (de Hannut), Winand Joseph (d'Avennes), Lamproye Marcel (de Lamontzée), Stassen Armand (de Rosoux), Boden Florent(de Bettincourt), Appeltans Alfred (de Waremme), Nijskens Edgard (de Corswarem) et Dullaers André (de Ville-en-Hesbaye).

image006 Nos petits belges en Angleterre Debout de g. à dr. : Michotte Jules (Orp), Rossillong François (Merdorp), Moreau René (Hannut), Detiège Ernest (Orp). Accroupis : Dubois Fernand (Hannut), Bovy Félicien(?) (Villers), Doneux Ernest (Orp).

 

Fernand FERON

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Les parents Feron et leurs 3 enfants Berthe, Alice et Fernand

La famille Feron habite à Avin, au café de la Grand Place en mai 1940 (Maison Daxhelet). Depuis 1939, l'armée belge a installé une centrale téléphonique dans la salle à manger. Les parents Feron ont 4 enfants : deux garçons (Georges et Fernand) et deux filles (Alice et Berthe). A l'appel de la nation, l'aîné Georges, qui a 18 ans, met les bouts à vélo, le cap sur la France, le matin du 12 mai. Le reste de la famille se propose d'évacuer à son tour dans l'après-midi. Le papa prend Berthe sur le cadre de son vélo (en amazone) et porte au dos un baluchon de près de 20 kilos. La maman et Alice équipent aussi leurs vélos et le chargent au maximum. Quant à Fernand, âgé de 11 ans, il enfourche un petit vélo que son papa lui a décroche chez Monsieur le Comte de Looz où il est garde-chasse.

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La maison bourgeoise du centre de Londres dont un appartement fut mis à la disposition des évacués belges. Fernand, 11 ans, prend un bain dans une rivière

La famille Feron est bientôt prise dans le flot compact des évacues et des militaires. Elle essuie les rafales de mitrailleuses des avions qui descendent en rase-motte sur les routes de Belgique. Chacun s'abrite comme il peut contre un mur, derrière un arbre, au creux d'un fossé. Beaucoup d'avions allemands abattus donnent un espoir éphémère aux petits belges ! Après le passage de la frontière, la famille Feron a la bonne fortune d'être prise en charge par un "cortège" d'évacués belges (wallons et flamands confondus) qui s'est organisé en cellule avec un comité de sages qui prend les décisions et assure la maintenance du groupe.

D'étape en étape, la foule loge dans les étables, les granges, les écoles ou à la belle étoile. La meute des cyclistes émigrés arrive ainsi en gare de Rouen où elle est invitée à prendre place dans un train avec vélos et bagages. La maman Feron va s'enquérir de la destination du convoi. Elle apprend que la direction est Cherbourg port militaire. Tout de suite elle comprend que l'exil peut être long et dangereux. Elle fait descendre tous les siens et débarque le matériel... Mais la pression de l'ennemi augmente et les nouvelles du front des combats sont alarmantes... La maman revient sur sa décision et tout le monde réintègre le convoi où les Feron retrouvent les familles Flaba et Parate. Cherbourg est le port de guerre du nord et des navires de tous genres sont improvisés "transports de troupes", avec un canon anti-aérien à la proue. C'est sur un de ceux-ci que la famille Feron traverse la Manche pour accoster à Southampton, Le ravitaillement est assuré mais les goûts sont surprenants ! Les gosses prétendent qu'ils ont mangé de la soupe à la rhubarbe ! Beaucoup de passagers sont malades (la peur, la fatigue, le tangage, la nourriture...). Du quai de débarquement les nouveaux arrivés sont rassemblés dans un théâtre où s'accomplissent les premières formalités administratives. Bientôt un train les emmène à Londres dans un centre d'accueil où des lits de camp sont mis à leur disposition. Là, c'est la lessive humaine : désinfection, douche, épouillage systématique et vigoureux. Une vieille dame de la bourgeoisie met à leur disposition un vaste appartement au cœur de Londres où sont entassées 3 familles belges, des juifs allemands, des juifs autrichiens, une branche allemande de la famille Rothchild, une famille polonaise. La Croix-Rouge anglaise pourvoit à leur subsistance. Toute l'Angleterre est au service des réfugiés : les communautés religieuses, l'armée du salut, le Welfare de l'armée. Tous les enfants sont invités à se rendre à une école de religieuses toutes de blanc vêtues. Fernand se blesse en jouant dans un parc du quartier et il doit être soigné à l'hôpital Sainte-Marie, il s'est empalé la cuisse dans un piquet de parterre. Le papa Feron est engagé comme ouvrier d'entretien à l'école Sainte-Marie. Alice, Berthe et Fernand fréquentent alors cette école et apprennent les premiers rudiments d'anglais. La maison bourgeoise du centre de Londres dont un appartement fut mis à la disposition des évacués belges. La capitulation de l'armée belge monte la jeunesse anglaise contre les belges et les heurts sont fréquents... Fernand ne se débrouille pas mal dans ces bagarres de gosses. Une vieille dame du quartier, propriétaire de nombreuses fermes en Angleterre et au Canada prend Fernand en grande amitié et se propose de l'adopter; la maman Feron s'y oppose... L'euphorie du début fait bientôt place à la peur car les allemands commencent à bombarder Londres. Des rues entières sont en flammes. Les occupants de l'appartement descendent à la cave. Devant l'insistance du pilonnage allemand, la propriétaire fait consolider une cave pour en faire un abri privé... Hélas quelques jours après, une bombe tombée dans la rue transforme l'abri en chambre à gaz dont tous les occupants sortent noircis de pied en cap. C'est alors que la famille Feron aménage un coin dans le métro de Londres pour y abriter tout le monde, sur des couvertures à même le sol (près de Hyde Park). Après un bombardement Fernand a vu une femme et son gosse qui hurlaient perchées sur un petit coin de plancher branlant encore accroché, dans le vide, à un pan de mur !
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La maison campagnarde où a vécu la famille Feron. C'est dans la chambre de gauche du premier étage que mourut

Grande frayeur aussi quand Fernand et sa petite sœur font une escapade pédestre au cœur de la cité... Mais ils rentrent à la maison comme des grands, après des heures d'absence. Les bombardements nécessitent des mesures de sauvegarde, 15 belges sont logés à la campagne, dans un bungalow bâti près de d'une ferme (ce sera leur villa des rosés). Le développement de la stratégie anglaise englobe bientôt cette ferme dans le domaine militaire et les hôtes du bungalow doivent à nouveau rejoindre Londres. Après les bombardements, les enfants Feron récoltent les éclats de Schrapnels dans les rues et les décombres dans le but de récupérer les métaux devenus précieux. Un nouvel ordre de déménagement obligera les Feron à se débarrasser de ces "vieux fers", ils en font le cadeau à l'école qui les confiera à la refonte pour en faire une cloche sur laquelle une inscription signale qu'elle constitue un cadeau de la famille Feron. Elle est toujours là ! L'exode reprend et nos 5 Avinois se retrouvent dans un train à destination de Newport (au sud de Liverpool). Là un fermier de Caynton doit venir les prendre en charge dans sa voiture. Rassemblée sur le quai de la gare, la famille Feron aperçoit sur une passerelle qui surplombe les voies les Flaba qui attendent aussi un "hôte-fermier". Cette fois c'est l'installation définitive et la famille dispose d'une maison abandonnée, sale, peuplée de cafards, où les villageois viennent leur apporter un mobilier et une vaisselle de fortune... Rien de confortable, ni de luxueux ! Par contre les colis de la Croix-Rouge sont riches de vêtements et de jouets pour les enfants. On s'organise !

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De g. à dr. à l'arrière plan : un flamand ami de la famille, Joseph Flaba, Joseph Feron, Florent Falise Au second plan : la maman Feron, la maman Dubois et une de ses filles. Au premier plan, Fernand avec son accordéon, Alice, Berthe et une petite anglaise.

Le papa devient ouvrier agricole, Alice est engagée comme femme de ménage. Berthe et Fernand sont conduits à l'école du village où le maître ne s'embarrasse pas du tout de leur sort ! Mieux, il emploie Fernand pour nettoyer ses clapiers, nourrir ses lapins et faire une série de petits boulots. Devant cette carence pédagogique, la maman Feron fait les frais d'un enseignement par correspondance pour ses enfants. Elle devient la ménagère-institutrice qui veille sur tous les siens. Pour se faire un supplément, la famille Feron accepte des travaux "à la pièce" dans les champs (dans la culture des betteraves et des pommes de terre). Au bout d'un certain temps, Florent Falise de Burdinne est accueilli en pensionnaire dans la maison Feron. Georges Laruelle de Ville, embauché dans une autre ferme vient souvent leur rendre visite. Son excellence Monsieur de Cartier de Marchienne, ambassadeur de Belgique, va désormais porter beaucoup d'intérêt à la famille Feron. Grâce à la maman Feron, une femme débrouillarde et intelligente, des propositions de l'ambassadeur répondent à ses sollicitations. C'est ainsi que l'ambassade offre au papa une place de chauffeur aux chemins de fer du Congo, ou une place de concierge dans un lycée français du Cumberland ou un retour au pays via le Portugal à la condition que la famille se sépare du papa (qui risquerait l'incarcération par les allemands). En fin de compte, aucune proposition ne se réalisera !

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Maman Feron, papa Feron, Florent Falise occupés aux travaux de jardinage Joseph Flaba et Joseph Feron.

 

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La tombe de la maman Feron avec sa petite croix blanche.

Hélas la maman Feron tombe gravement malade, elle est hospitalisée à deux reprises, mais malgré les soins assidus d'un docteur juif anglais, le mal aura raison de son courage et de sa résistance. Elle meurt en mars 1944 et ne connaîtra pas le débarquement de juin ! C'est aussi grâce à la maman que la famille recevra régulièrement deux revues en français : "la France" et la "Belgique indépendante". L'anglais est devenu la langue véhiculaire des enfants Feron tandis que les parents ont plus de difficulté à s'y faire.
La famille Feron aura la suprême satisfaction de recevoir, via la Croix-Rouge, du courrier de leur fils Georges qui occupe la maison familiale depuis juin 1940! Profitant de l'acheminement de prisonniers allemands vers l'Angleterre après l'offensive Von Rundstedt, en bombardiers Lancaster,
la famille Feron, les Flaba et Falise seront pris en charge le 10 mai 1945 (5 ans après !) dans un de ces avions sans confort pour rejoindre le continent. Tout le monde est assis sur le plancher de l'avion sauf Fernand qui est dans le trou de l'artilleur, le papa dans le trou du mitrailleur et la petite sœur dans la cabine de pilotage. Avec l'aide du boulanger C. Pirard, la famille Feron sera véhiculée, dans la camionnette de la boulangerie, de Landen à Avin. L'accueil au café Feron fut extraordinaire ! Tout Avin était là pour revoir les rescapés de la triste aventure.
Fernand ne fut jamais tant embrassé que ce jour-là !

image017 Les deux demoiselles Dubois de Burdinne encadrent Joseph Feron, une anglaise et Joseph Flaba
Berthe et Fernand ont grandi. Les voici derrière le moulin attenant à la ferme. image018
image016 Alice, Fernand, Berthe endimanchés,
3 petits belges en exil.
Georges resté seul à Avin est parvenu à adresser cette photo à ses parents, via la Croix-Rouge. image020
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Pressentiment ? Prémonition ? La maman Feron avait copié cette pensée qu 'elle gardait sur elle !


L'Aronde et Clap'Sabot sont heureux d'être les dépositaires des confidences d'André et de Fernand. C'est ainsi que se réalise, pour la postérité, une page d'une histoire hélas oubliée.

Merci André, merci Fernand.

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1 ) Service militaire 1935-1936, 12 mois au 4e Régiment du Génie à Namur on touchait 40 centimes par jour et on devait payer 80 centimes pour boire un verre de bière à la cantine.
2) Mobilisé le 26 août 1939 au 10 mai 1940, on gagnait 1 franc par jour.
3) 18 jours de guerre. La défense du Canal Albert, l'Etat-Major était cantonné à Herderen, puis le Canal à Louvain en face des usines Remy à Weymael, alors la Lys où il a été fait prisonnier conduit à la gare d'Eckloo d'où il s'est évadé et rentré à pied à Opheylissem le 15 juin 1940. Entré volontaire à la résistance le 1/09/1940 pendant 4 années.

Chauffeur, motocycliste, cycliste à l'Etat-Major du 5e Bataillon du Génie en mars 1940.

 

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Mise à jour le Samedi, 31 Janvier 2009 18:59