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Frite made in Hannut

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LA FRITE EST UN PRODUIT BELGE
LA FRITE C'EST "MADE IN BELGIUM"

Mais la frite en sachets, c'est un produit hannutois.

Un cornet de frites, c'est «made in Hannut»

 

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Photo montrant la friture hannutoise (ambulante) à côté de la charrette blanche à crème glacée de chez Goudenne. A remarquer aussi, alignées au fond de la grand-place les charrettes bâchées des marchands d'œufs et de beurre. Ce marché s'ouvrait au son d'une cloche. Les fermiers venaient y exposer beurre, œufs, etc.

Les pommes frites à la maison Après la guerre 14-18 la pomme frite s'est généralisée dans tous les foyers. Les ménagères évoluées cuisinaient cette nouveauté dans un petit chaudron, à anse mobile, en fonte. Elles utilisaient uniquement la graisse de boeuf. A la fin d'un repas, où la frite était le support principal, la graisse se condensait au palais et ce d'autant plus vite qu'on buvait une bPhoto montrant la friture hannutoise (ambulante) à côté de la charrette blanche à crème glacée de chez Goudenne. A remarquer aussi, alignées au fond de la grand-place les charrettes bâchées des marchands d'œufs et de beurre. Ce marché s'ouvrait au son d'une cloche. Les fermiers venaient y exposer beurre, œufs, etc.ois-son fraîche. On en avait la bouche saturée.

Les frites sur les champs de foire

De souvenir de Hannutois je ne connais que la célèbre friture véni-tienne qui vendait ses beignets en sachets et servait ses frites, avec couverts, à l'intérieur de sa grande loge foraine où elle aménageait des compartiments avec tables et sièges. Elle occupait la place de choix, en face du carrousel galopant de Biot. C'était à ma connais-sance la première formule de friture-restaurant sous chapiteau. Le service y était stylé et en livrée.

La friterie ambulante

La première "friture" ambulante qui fit son apparition dans la région (sinon en wallonie) fut hannutoise. Les hesbignons se sou-viendront de cette charrette-loge peinte en bleu, avec (au début) un seul flanc vitré et une ouverture pour le service aux clients. A l'in-térieur une cuisinière au charbon à deux foyers. Les frites étaient précuites dans une marmite, puis cuites à point dans une seconde marmite. Au fronton de cette friterie ambulante, une inscription en blanc sur fond bleu "Friture hannutoise brevetée". Grâce à l'ama-bilité de Monsieur René Landrain, nous avons pu emprunter dans sa magnifique collection, le seul témoin de cette première friterie ambulante, c'était en 1927 ! Il y a de cela 60 ans !

Débuts difficiles

Cette innovation (qui entra dans nos moteurs et devint un fleuron de notre renommée) eut des débuts hésitants. Les hesbignons ont l'instinct grégaire, conformiste et un tantinet conservateur. Il fallait que des audacieux ou des originaux fassent le premier pas et se chargent de la publicité. Les premières présences de la friterie se limitèrent au week-end...

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Le papier dans lequel le sachet était découpé était très absorbant, ce qui rendait les frites moins grasses.

Le dimanche pour les entr'actes et les sorties des cinémas. (Il y avait deux cinémas muets : au Peuple et au Patria; rue Zénobe Gramme). Ensuite le lundi dès l'aube pour le marché aux porcs puis le marché aux camelots. La "baraque aux frites" (comme l'appelaient les anciens) se plaçait au coin du marché sur la grand place... Cet emplacement est toujours à même vocation depuis 60 ans. Seulement l'administration communale ne permettait pas qu'elle soit sédentaire. Il fallait qu'elle réintègre la rue du Moulin chaque jour. Successivement, elle fut tirée à bras d'homme (il faut le faire !) puis par un âne, puis par un cheval. Le succès ne tarda pas et la friture hannutoise fut présente tous les jours de la semaine, pendant 13 ans; avec déplacement quotidien du véhicule.

 


De progrès en progrès, la friture ambulante eut les deux flancs vitrés et la série des 4 foyers fut centrale. De la sorte une moitié avait pour seule destination l'approvisionnement (charbon + débitage des pommes de terre en frites + approvisionnement en graisse + conditionnement des différentes cuissons) l'autre moitié était réservée à la distribution aux clients et à la recette. Le chauffage au charbon étant moins rapide et moins fidèle que le chauffage au gaz ou à l'électricité, le cuistot devait être sur place une bonne heure avant la cuisson... et gare aux jours où le tirage n'était pas suffisant ! Ce n'était pas une sinécure. Pour le soir, la "friture", était éclairée avec une lampe à acétylène.

Pour les jours de foire

Si la friture vénitienne, avec ses glaces, ses cuivres rutilants et son bel éclairage attirait la grande foule, il s'avérait que la bonne frite hannutoise n'en subissait aucune concurrence. Mieux, Edmond Barthélémy, le compagnon de la friturière hannutoise brevetée, imagina pour les jours de foire une annexe à son véhicule. Dans ce petit salon bleu, il avait disposé 4 tables entourées de sièges fixes. Le contact direct était possible avec la voiture pour commander et réceptionner les sachets de frites. Pour la commodité du consommateur, les cornets pouvaient se glisser dans des entonnoirs prévus à cet effet à la place des clients. Soucieux de la propreté de son salon de consommation, Edmond avait aménagé sous le plateau de la table un caisson creux où le client pouvait glisser papiers et sachets après le repas. Il suffisait de soulever un clapet muni d'un bouton et toute trace résiduelle disparaissait en toute discrétion. Les gens faisaient la file pour accéder à cette friture-restaurant populaire et improvisée.

Friture brevetée

image004Marie Rosoux a eu le courage et la patience de partir de rien en investissant au minimum (le système d'emprunt n'était pas en honneur chez les humbles en ce temps-là). Tout dans son entreprise était hasardeux et intrépide... et tout était "made in Hannut". Même les sachets étaient de fabrication artisanale et de main d'œuvre familiale. C'est ainsi qu'elle commanda son propre papier à la papeterie et qu'elle fabriqua ses sachets personnels. Une personne découpe, une autre colle (avec colle de farine, au pinceau) et la troisième plie. Devant l'aspect pratique de sa trouvaille, qui ne ressemblait à nul autre sachet (ou cornet) proposé dans le commerce, il lui vint l'idée de préserver son invention contre toute imitation. C'est ainsi qu'en 1927, elle sollicita et obtint un brevet pour sa fabrication pendant 20 ans. A la condition qu'elle paie des droits chaque année, elle pût s'accorder le monopole de son sachet. Le papier dans lequel le sachet était découpé était très absorbant, ce qui rendait les frites moins grasses.

Recette secrète

Chacun sait que la graisse de bœuf est la véritable "graisse à frites" mais on ne s'explique pas pourquoi Marie Rosoux obtient toujours des frites plus croustillantes que les ménagères. Il y a là un secret... Serait-ce le fait de la double cuisson ? On en doute et on essaie. Ce qui fait dire que les frites de Marie sont toujours imitées et jamais égalées. Certains croient avoir percé le mystère ! En surveillant les achats de graisse chez le fournisseur, il apparaîtrait que Marie mé-lange une proportion de graisse de mouton à la graisse de bœuf. Mais, allez savoir ! Un secret reste un secret. (Maintenant, on ne se formalise plus : c'est tout à l'huile, tout à l'Ozo, tout à une graisse végétale quelconque... Mais on a presque totalement abandonné la graisse animale. Les frites sont-elles meilleures pour la cause ?)

L'épluchage

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Edmond Barthélémy Marie Rosoux

L'épluchage des pommes de terre se faisait en famille. Au fur et à mesure de l'extension de la clientèle, Marie employait l'une ou l'autre voisine qui était toute heureuse de venir se faire un petit pécule pour améliorer son ordinaire. C'est chez Marie Rosoux que le couteau à éplucher a fait sa première apparition à Hannut. Il n'était pas trouvable dans les quincailleries hannutoises. C'est en ville qu'il fallait se le procurer (nos mamans épluchaient leurs pommes de terre avec leur petit couteau de cuisine). L'usage de ces couteaux réduisait la pelure au minimum et évitait les déchets au maximum jamais les épluchures n'étaient jetées au fumier (il n'y avait pas en-core de services d'enlèvement des poubelles et immondices !). Bon nombre d'éleveurs se proposaient pour les récupérer. Elles constituaient l'ordinaire de la pâtée pour la basse-cour ou pour les co-chons. On épluchait quelques 500 kilos de patates par semaine au début ! A l'avant-veille des grandes fêtes, il fallait prévoir des ton-nes de précieux tubercules et s'assurer d'une réserve éventuelle car il arrivait que les prévisions soient insuffisantes. Le fournisseur était Monsieur Pirsoul (place Henri Hallet - actuellement le café "Le Thouet") et il était à l'affût de l'épuisement des stocks pour assurer la couverture éventuelle. Pour les grandes circonstances, une vingtaine de ménagères et d'adolescent(e)s étaient groupées autour de 4 grandes bassines d'eau claire. C'était un concours de vitesse et d'endurance pendant 2 jours, le vendredi et le samedi. Chacun avait son sac de 50 kilos, en jute, à côté de soi. On était payé à la pièce : 15 frs pour 50 kg ! Certaines dames, très adroites, parvenaient à éplucher 150 kg en 2 jours ! Chacun avait sa technique et Edmond pouvait, sans crainte de se tromper, dire à qui appartenait le tuber-cule où un œil (ou une tache) avait échappé à sa vigilance. On travaillait dur, on parlait peu. On se protégeait les jambes et les habits avec un sac de jute posé sur les genoux. Si une personne maladroite éclaboussait le cercle en jetant sa pomme de terre épluchée dans la bassine, c'était aussitôt un concert de protestations et d'épithètes. A longueur de journée, Edmond remuait la masse des pommes de terre dans l'eau claire (2 bains !) à l'aide d'un "boubou" (brosse à poils raides) puis remplissait des sacs de toile d'une blan-cheur immaculée, qui étaient alignés dans un endroit impeccable. Après ces journées d'épluchage, l'index et le pouce de la main droite étaient dans un état lamentable !... Ratatinés... décolorés... blessés (on ne connaissait pas les gants de ménagères). Parfois on était obligé de porter un bandage à l'index ! Les personnes rappe-lées en catastrophe le dimanche, lors de l'épuisement des stocks, étaient naturellement mieux payées.

Puis vint la guerre

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La dernière carte de commerçant-ambulant de Suzanne

A la déclaration de guerre, Marie a tenté de continuer son métier mais l'instauration du ravitaillement a ruiné toutes les espérances. Il fallait des timbres de ravitaillement pour le charbon, pour les pommes de terre, pour la graisse... et puis comment se faire payer en timbres et en argent ? Les gens commencèrent la lutte pour la survie. De toute façon, ce métier n'étant pas déclaré d'utilité pu-blique, il disparut au même titre que beaucoup de pâtisseries (on n'avait que des ( timbres de pain) de confiseries (on n'avait que de rares timbres de sucre et le chocolat était introuvable). Marie Rosoux a dû se reconvertir et la mort l'a surprise en 1941. Partie de rien, elle léguait 2 maisons à ses enfants. Après la libération, Suzanne, sa fille (Madame Jean Stas) a repris le commerce familial et s'est installée Place H. Hallet, sur le marché aux porcs. Les affai-res marchaient bien mais le cumul des revenus des époux a découragé le couple. Travailler pour le fisc ne les a jamais enthousiasmés et ils ont vendu leur installation à Esther Detiège (qui se trouve toujours installée à cet emplacement). Ils ont assuré la succession de la friterie hannutoise de 1948 à 1952.

Et maintenant

Hannut resterait bien (toute proportion gardée) la capitale de la friterie ambulante belge. Si nous comptons bien, il y en a une sur la grand place, une sur la place Henri Hallet, une à l'arrêt des bus sur la place de l'ancien hôtel
de ville, une à la gare, une au parking du Tombeu. Cela en fait 5 pour un centre-ville d'environ 3.500 habitants. Qui dit mieux ? Pourquoi ce succès ? Parce que la frite hannutoise est super-bonne.

Métier en or, mais métier de forçat

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Suzanne dans sa friterie
(telle mère, telle fille)

La friterie est devenue une véritable industrie et elle a beaucoup évolué (on connaît maintenant les éplucheuses automatiques, les pommes de terre épluchées, les frites précuites, les cuisinières au gaz ou à l'électricité avec thermostat, l'éclairage électrique, les hottes, les ventilateurs... c'est beaucoup moins héroïque). La friture hannutoise était là toute l'année, sans congé, ni vacances. A l'heure actuelle Les boutiques ne sont plus montées sur roues, elles ne doivent plus déménager tous les jours, leur emplacement est réservé et protégé. Un jour de congé hebdomadaire est imposé ! De toute façon, maintenant comme dans les années 20, il faut être là les jours ouvrables... entendez ici le dimanche soir y compris et travailler ferme : surtout quand le peuple s'amuse ! Pour être friturier, il faut avoir une solide santé, il faut savoir se lever tôt et se coucher tard, il faut supporter les rigueurs excessives de l'été et de l'hiver de même que l'air saturé de vapeurs de graisse. Pour celui ou celle qui réunit ces conditions physiques et morales, le succès se trouve au bout de ses peines. Le bon friturier sait s'enrichir mais il ne le vole pas.

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Mise à jour le Vendredi, 16 Janvier 2009 13:19