Site d'Adrien Daxhelet

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Accueil Clap'Sabot Gustave Moreau

Gustave Moreau

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Un homme hors du commun
Un métier qui disparaît
Un "globe-trotter" qui bat tous les records
Une famille typique hesbignonne

Un homme qui ne paraît pas ses 92 ans, les jambes toujours alertes, l'œil pétillant de malice, la pipe aux lèvres...

Nous faisons connaissance avec
Gustave Moreau
de Wansin et sa famille.

 

 

Accueil très chaleureux, le cœur ouvert à toutes les confidences, une mémoire prodigieuse, un bon petit cognac : tout ce qu'il faut pour une interview intéressante. Gustave est né à Wasseiges le 17 octobre 1895, il fait partie d'une famille de 6 enfants. Son père Moreau Félicité est marchand-boucher.

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Madame Moureau-Pirard (de Meeffe) la maman de Gustave. Cette photo, plus que centenaire a été obtenue par le plus vieux procédé de reproduction « le daguerréotype » (du nom de son inventeur). Cette photo est absolument inaltérable ! Un document !

C'est une entreprise familiale; la viande est vendue à la maison, elle est aussi distribuée de porte à porte par le parrain de Gustave (Gustave Pirard de Meeffe) qui dispose d'une charrette tirée par un cheval. Le petit Gustave participe aussi au commerce familial, il va porter de la viande à domicile, avec une"charrette à chiens". Ses chiens de trait connaissaient par cœur les rues de Wasseiges, d'Acosse, de Burdinne... La boucherie Moreau était réputée pour sa glacière naturelle. Derrière la maison, dans une ancienne marnière, creusée en profondeur, on entassait des tombereaux de glace (capacité de 200 tombereaux) dès les premières gelées. C'était une sorte de grotte où la glace de l'hiver se conservait dans une température proche du degré zéro. Tous les fermiers des villages environnants venaient alimenter le "puits" en glace, à titre gracieux (glace des étangs et des ruisseaux) c'était une forme de coopérative puisque tout le monde pouvait, en cas d'urgence, venir s'alimenter en glace à la boucherie Moreau... Même en plein été. C'était souvent Gustave qui se présentait en volontaire pour aller détacher des blocs dans la masse de glace stockée sous terre. La glace était surtout employée en médecine. On l'appliquait, dans une vessie de porc, sur le ventre des patients lors des crises d'appendicite... C'était le seul remède au "miserere", avant les interventions chirur-gicales.

 

La boucherie Moreau de Wasseiges

 

Malgré ces temps de privations (avant la guerre 14-18), la boucherie Moreau de Wasseiges avait un bon chiffre d'affaires. Chaque semaine, le papa Moreau tuait une vache, un veau et deux porcs... (on tuait domicile !) La viande était débitée à la boucherie, en commerce ambulant (une charrette et un cheval) et en commandes spéciales (une charrette et un chien).
Cependant, dans toutes les maisons on tuait un ou deux porcs par an et la viande de boeuf ou de veau était un luxe. Il fallait donc se démener ferme pour écouler toute la viande. Le rayon de vente était d'ailleurs très important.

L'enfance de Gustave

Selon son expression joyeuse, Gustave affirme qu'il allait surtout à l'école quand le maître n'y était pas... Il a cependant une écriture proche de la calligraphie et il n'a jamais été surpris dans ses calculs professionnels (on commerçait en "pièces" plutôt qu'en "francs"; cette pièce a déjà porté le nom de "Belga" elle valait 5 francs). Gus-tave a connu le maître Fossion (originaire d'Ambresin) et le maître Servais. Les garçons n'étaient pas des premiers prix de vertu. Gustave nous dit, en clignant de l'oeil : "nous étions une bande de
galériens !" Après 12 ans, plus d'école !
"Pour ma première communion j'étais classé troisième, derrière des enfants de la bourgeoisie. Etant peu scrupuleux sur le classement, j'ai cédé ma troisième place pour une montre de poche : montre à cuvette en argent que je possède toujours. C'était un fameux privilège d'avoir une montre "en argent" avant la guerre de 14 ! Quant à la 3e place, elle ne m'a jamais impressionné." "Je crois être le dernier survivant des communiants de 1907. A moins que Filée... car je ne me souviens que des garçons !" "II faut que je vous dise que la communion était un très grand événement à l'époque. Les parents se faisaient un devoir de se défoncer pour présenter un enfant bien vêtu pour la circonstance. Mes parents n'échappèrent pas à la règle ; j'ai étrenné un beau costume et de beaux souliers. Comme il pleuvait très fort le dimanche matin, j'ai été porté jusqu'à l'église dans une manne, entre 2 parapluies ! Il faut le faire ! Qui peut se revendiquer d'une pareille originalité ? Ne fallait-il pas épargner mes souliers neufs et mes bas ?"

Mes petits profits

Avec ma charrette et mes chiens.J'ai rendu beaucoup de services. J'ai beaucoup aidé mes parents à la boucherie mais je me suis aussi mis à la disposition des gens. Je me souviens que j'allais à Noville-Taviers quérir 200 kg de maïs. Quand la charge était bien équili-brée, mes chiens étaient aussi habiles et aussi courageux que les chiens d'esquimaux. Pour une course semblable, je me faisais payer 25 centimes ! Cet argent était aussitôt converti en tabac ; car je fume la pipe depuis l'âge de 8 ans (je fumais une pipe en terre blan-che).

Une sale blague

Un jour, je suis chargé de faire une course à Burdinne, avec mon attelage de chiens. Je suis accompagné de mon petit copain Brumagne de Wasseiges. Après avoir débarqué notre chargement, nous nous asseyons dans le caisson pour le retour. Par le fait d'un hasard que je ne m'explique toujours pas, le couvercle du caisson s'est refermé sur nos têtes et nous voilà prisonniers de la cariole. Heureusement, mes chiens connaissent le chemin et ils filent à toute vitesse vers Wasseiges. Seulement, comme un malheur n'ar-rive jamais seul, mon attelage en cours de route, rencontre celui de mon oncle, tanneur de profession, qui retourne à Meeffe avec peaux récoltées lors de sa journée,(la tannerie Pirard). Les chiens des attelages différents ne peuvent se supporter et se montrent très agressifs... Les miens n'ont plus de guide (il est dans le noir de sa caisse ambulante) et ils foncent droit sur ceux d'en face. Coups de dents ! carambolage ! Dans l'aventure mon oncle est jeté par terre et il vocifère à gorge déployée. Mon attelage résiste aux chocs, Brumagne et moi avons le cœur serré et le voyage continue à une allure effroyable ! Rentrés à la maison, mes parents me libèrent de ma fâcheuse situation et mon oncle Charles s'empressera de venir leur exposer ses doléances après la culbute dont il fut la victime. Tout se termina par un immense éclat de rire !

En prévision de la fête

Dès le printemps Gustave rassemblait tous les os dans la boucherie, et il faisait de même avec tous les vieux fers. A l'approche de la kermesse à Wasseiges, il vendait les os et les vieux fers à Toussaint, un ambulant de Vaux-Borset et se faisait un petit pécule. Avec cela, il négociait un abonnement général pour le manège des chevaux de bois qu'installait sur la place de Wasseiges le forain Toine de Hoegaarden. Pour 1,50 fr, Gustave allait à carrousel à volonté pendant toutes les heures d'ouverture... Beaucoup de gosses enviaient son sort mais ils ne connaissaient pas l'astuce !

Au travail - mon premier vélo

Après la communion, qui sonne le glas de la prime enfance, il a fallu travailler. La tradition veut que l'on soit marchand de bestiaux et on me confia à l'apprentissage du métier chez les Kempeneers de Rosoux-Crenwick qui étaient les marchands les plus réputés de la région. Il a fallu tout faire : visiter les fermes, marchander, paumer, enlever les bêtes, les exposer au marché, les toiletter. C'est ainsi que, jeune adolescent, j'ai sillonné, à pied, le Limbourg et toute la Wallonie, me rendant avec des troupeaux aux marchés et foires de Landen, de Namur, de St Trond, de Huy, de Battice. Il fallait parfois partir la veille pour atteindre les marchés à l'heure propice. Avec mes premières "dringuelles" je me suis acheté un vélo avec des roues en bois. Je suis allé faire cercler les roues, d'un bandage de fer, chez le forgeron Martinaux de Wansin (j'ignorais, bien sûr, qu'il deviendrait le beau-père de ma fille, beaucoup plus tard). Je suis donc l'heureux propriétaire d'un des 3 premiers vélos de Wasseiges. Il aurait fallu me voir avec cette machine bruyante sur les pavés ! Un exercice périlleux ! Il faut gagner sa croûte. Après l'apprentissage très dur que j'ai vécu à Rosoux, je me sens apte à la maîtrise et je deviens marchand à part entière. Ne laissant rien au hasard, je m'associe aux marchands Delmarcelle de Noville qui sont à la tête d'une brillante affaire et fournissent aux abattoirs de Bruxelles (Anderlecht) et à la ville de Namur. Du coup, la Belgique entière devient mon domaine de prospection.
Et c'est toujours à pied, d'hôtel en hôtel, que je chemine avec trois chiens "de vacher". Je ramène ainsi du bétail de Recogne, de Libramont, de Saint-Hubert, de Marche, de Ciney. De ferme en ferme, de marché en marché, ma destination finale est Bruxelles. Je porte au dos une besace : d'un côté : du pain et de la viande pour mes chiens et pour moi-même; de l'autre : un marteau, des tenail-les, des clous, des fers de vache en tôle... A chaque arrêt, il faut ferrer des vaches, abreuver le troupeau, soigner les pattes des chiens... Tout le monde souffre mais c'est la loi. Plutôt souffrir à pied que d'embarquer dans des wagons à bestiaux : c'est meilleur marché et "un franc, c'est un franc !" Dans mes pérégrinations, je logeais à Wavre dans un hôtel. Une moitié de mon troupeau était hébergée dans les étables de l'établissement, l'autre moitié chez un confrère marchand. Pour la traversée de Bruxelles, je disposais toujours de deux gagne-petit bruxellois qui me frayaient un itiné-raire rapide avec l'aide de mes 3 chiens. Jamais une bête ne s'aventurait sur un trottoir car la garde était autoritaire ! ses pauvres guides bruxellois faisaient ce boulot "pour le couvert" (deux ou trois bonnes tartines beurrées et fourrées et un grand verre de bière!) Ah ! ces temps sont bien révolus ! Parfois, je demandais à des copains de m'accompagner. C'était pour eux l'occasion de voir Bruxelles, son marché, ses abattoirs, ses hôtels... Jamais, aucun d'eux n'y est venu deux fois ! c'était trop dur !
Il me souvient que Louis Pirard de Wasseiges a abandonné sur le chemin du retour ! Il s'est définitivement effondré, après deux défaillances, à Jauche, près de la gendarmerie. On a dû aller le rechercher en charrette, depuis Wasseiges. Questionné sur son aventure Louis répondit "jamais plus, c'est juré !"

Les loisirs

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Le coureur cycliste amateur Gustave Moreau. Chandail de laine, casquette et musette au guidon pour le ravitaillement. Des freins uniquement à l'avant. Un boyau de rechange derrière la selle.

Gustave trouvait qu'il y avait trop peu de jours dans la semaine tant les sollicitations commerciales l'obligeaient à battre la semelle sur tous les chemins de Belgique. Seulement, lorsqu'il put se procurer un vélo à pneumatiques, il défia les spécialistes des 2 roues.

Quand le boulot lui laissait quelque répit, il s'inscrivait à des courses cyclistes de kermesse. Il y a remporté quelques succès dont il s'honore. Il était de la génération des Sellier (les vétérans du tour de France). Comme son papa ignorait sa passion pour les compéti-tions, il n'employait pas son vélo et il faisait toutes ses courses sur un vélo d'emprunt. La complicité jouait à fond et il fallait se pro-duire assez loin de Wasseiges. Il prit part à des courses de ker-messe à Namur, à Spy, à Walhain-St-Paul...

La guerre 14-18

A la déclaration de guerre, Gustave avait 19 ans ! Son métier l'obli-gea à montrer "pattes blanches" à tous les contrôles, il obtint un ausweiss, en échange d'une livre de beurre, à la komandantur. Son laisser-passer était rédigé pour utilité publique car le ravitaillement des villes passait par les marchés au bétail. Il ne se souvient que d'une seule atrocité commise à l'entrée des Uhlans en Belgique... Il se trouvait a Hemptinne et il vit ces cavaliers sanguinaires, à casques à pointe, traversant le village au galop et exhibant des têtes de civils tués au bout de leurs lances (c'étaient des patriotes de la région d'Andenne ou des massacres de civils ont terrorise la population).

Le service militaire

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La lancier Gustave Moreau au col blanc du régiment.

Les classes 15-16-17-18 furent toutes appelées après la guerre en 1919. C'est ainsi que Gustave fit son service à 24 ans. Le centre de recrutement et de sélection rassembla les recrues à Villers-le-Gambon dans des hangars en tôle ondulée. Gustave fut sélectionné pour le 5e lanciers et dirigé vers Hemixem pour son instruction. Bon cavalier, et toiletteur de métier, les officiers se le disputaient pour se l'attacher comme ordonnance. C'est ainsi qu'il fut successivement ordonnance du lieutenant, toiletteur pour les chevaux des officiers, puis ordonnance du colonel. Comme toiletteur, il ne faisait que quatre chevaux par jour... Il ne fallait pas jouer au gâte-métier. Lors de son camp à Beverloo, il faisait si chaud qu'on pouvait cuire des oeufs en plein soleil sur le sable chaud (oeufs à la coque). Quand il arriva au camp, les chasseurs à cheval avaient déjà investi une partie des installations. Il y retrouva des amis des environs d'Eghezée qui étaient tous atteints de dysenterie. Sachant que sa maman guérissait le mal avec du lait frais, il alla quémander du lait chez un fermier flamand, qui lui refusa... Pour comble de malheur, le pain "filait" tant il faisait chaud ! Que faire ! ? Il en fallait plus pour démoraliser Gustave... Aussi, avec deux complices (un pour le guet, l'autre pour immobiliser l'animal) il alla traire journellement une vache dans la pâture du flamand, à la nuit tombante. On se passa d'eau et de pain, on but du bon lait à satiété. Devant la "sécheresse" momentanée de ses vaches, le fermier soupçonna la manœuvre; il avertit la gendarmerie locale. A l'arrivée des pandores, les deux copains de Gustave prirent leurs jambes à leur coup et Gustave fut cueilli en flagrant délit au pis d'une vache.

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La monture et le cavalier ont belle allure, dans la cour de la caserne (voir la floche blanche) voir aussi dans le fond, un fourgon hippomobile.

Appelé au rapport du colonel il déclara "la santé de mes amis vaut bien quelques jours de cachot !" et le colonel lui répliqua "vous êtes un homme, je ne vous punirais pas... Mais ne recommencez pas trop souvent !" Pour éviter la récidive, on lui accorda 8 jours de congé! Après le camp, le régiment tint ses cantonnements à la plaine d'Etterbeek. Gustave passa comme ordonnance du colonel à l'école de guerre. C'est là qu'il rencontra Pamphile Lagasse (le chef de la fanfare de Hannut) de même que Georges Renard (de Hannut également). Très tôt le matin, il se permettait de se rendre au manège avec le cheval du colonel et de s'amuser à des sauts d'obstacles, un jour qu'il se livrait a ce "plaisir, clandestin" il fut distrait par des applaudissements venant d une fenêtre de l'étage de l'école de guerre... Intrigue, il rentra vite dans ses quartiers. Au rapport du colonel, le lendemain, ii apprit que les applaudissements venaient du roi Albert en personne qui venait visiter son fils Léopold à l'école de guerre. Le colonel lui fit des grands yeux mais déclara "vous êtes un bon soldat ! Rompez !"


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Une table de copains au camp de Beverloo, avec des chopes de bière. Le lancier a une floche blanche à son bonnet de police, la chasseur a une floche verte. Gustave est le deuxième à partir de la droite. Exceptionnellement, il fume un cigare.

La vie reprend son court

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Gustave présente une génisse championne de Belgique appartenant à Monsieur Van Eyck de l'Abbaye d'Argenton à Gembloux. Il a gagné 42 titres de champion à la ferme de Lonzée.

Gustave perdit son papa à la fin de son service militaire. Rendu à la vie civile, il reprit son métier de marchand et se spécialisa dans la sélection, la formation et la présentation des bêtes de concours pour les plus grosses fermes du pays. (Gustave pourrait tapisser une pièce entière avec toutes les photos des prix remportés aux divers concours nationaux à Bruxelles). Il était sollicité par les Van Eyck, les Beghin, les Dupont, les Favards (tous des fermiers de grand renom).Il visitait aussi bien les fermes de Flandre que celles de Wallonie. Il emportait toujours avec lui sa trousse avec tondeuses, ciseaux, brosses, peignes nécessaires au toilettage des bêtes de concours. C'était un art de camoufler certains défauts ! (il était un précurseur de la chirurgie esthétique pour animaux). Il ne compte plus les succès qu'il à remportés et les références lui adressées par les meilleurs éleveurs de Belgique.

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Le boucher Moreau et sa charrette de livraison, à l'arrêt au café Rascard, à la gare de Noville. Le cheval mange dans sa musette.

Le mariage

Gustave convola en justes noces en 1922. Il épousa, à Orp, Gou-gnard Louisa le premier avril 1922. Ce hasard fait dire à madame Moreau que "notre mariage fut un poisson qui a toujours bien nagé !" Louisa, fille d'un boulanger, a reçu une solide éducation et son père la mit en pension dans des écoles flamandes pour qu'elle devienne parfaite bilingue et bonne belge. C'est ainsi qu'elle fréquenta les cours de l'école moyenne de Tirlemont, prenant pension au Café du Coin à Bost. C'est à Bost qu'elle assista à la chute d'un Zeppelin-dirigeable, Elle le vit piquer du nez et s'écraser. Il y eut 140 allemands tués dans la catastrophe. Après Tirlemont, elle fut confiée aux Sœurs de Marie à Landen

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Gustave et Louisa en amoureux, en 1922

Oubli dramatique

Le lendemain de son mariage, Gustave et deux confrères emmènent leurs épouses à Bruxelles pour le grand concours national du dimanche des rameaux et leur promettent de les emmener au théâtre le soir. Ces dames passent leur journée a l'hôtel (Louisa.. chez sa soeur; et attendent le retour de leurs maris-marchands. Ces derniers sont pris par la fièvre du concours, sont engages dans des marchés, sont invités a prendre un verre puis se retrouvent devant une bonne table. L'horloge a égrené les heures et minuit sonne la fin des espérances pour les épouses. Gustave retrouva Louisa à trois heures du matin ! Etait-ce bien une heure décente pour une lune de miel? Aussi l'accueil ne fut pas des plus gais ! Quand il raconte son aventure, Gustave se tourne amoureusement vers son épouse... On dirait qu'il cherche encore une absolution !

image009 Les parents Gougnard devant le café Lyrique (chez Vrancken) à Orp, à l'occasion d'un cortège.
A droite, des musiciens de la fanfare tenant leur instrument dans une housse de satin noir. Qui pourrait nous identifier des personnes

image010 Le boulanger Gougnard et sa charrette de livraison à Jandrain

On n'arrête pas le progrès

Petit à petit la marche fut délaissée cour ie cabriolet, puis pour la bicyclette, puis enfin pour la mobylette et le bétail fut transporté par camion. Cependant Gustave n'acheta jamais d'auto. Ce véhicule ne le tenta jamais... Il y manque d'air pur !
Du mariage de Gustave et de Louisa est issue une fille "Lily", née en 1925. Elle avait 15 ans quand éclata ta guerre de 1940.

L'évacuation

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Le cabriolet et le cheval de Gustave devant son domicile à Wasseige, en 1939.

En 1940, la famille Moreau évacua et le terme de leur exode se situa aux environs d'Amiens a la ferme d'Erissart (chez Mr Cuvelier). Dans le cabriolet se trouvait Louisa, sa maman et une tante. Gustave et Lily suivaient à vélo. Ils allèrent de ferme en ferme et se fixèrent dans une ferme française abandonnée. Ils y trouvèrent deux militaires belges affamés, ainsi qu'un cheptel abandonne mourant de soif. Ils sauvèrent ainsi deux chiens policiers moribonds et des dizaines de vaches proches de l'exténuation. Ils retroussèrent leurs manches et sauvèrent bêtes et gens d une fin atroce. C'est le hasard qui voulut qu'ils échouèrent dans cette ferme. Hasard providentiel. Lors de leur exode, une bombe tomba très près de la route, le cheval prit peur, se cabra, cassa les brancards et se sauva tout harnache. Il fallait bien s'arrêter et composer avec les événements Cherchant une solution a ses malheurs. Gustave retrouva son cheval entoure d'un groupe de soldats français qui l'avait arrêté et adopté. Se rendant chez le maréchal-ferrant pour réparer les brancards de sa charrette il se trouva en face d'un forgeron, ancien de 14-18, qui fit la campagne de Belgique et qui établit un jour ses quartiers à Wasseiges, rue de Merdorp... Juste là où Gustave avait établi son domicile. Le forgeron lui laissa la libre disposition de sa forge car lui aussi, il allait évacuer et fuir les boches... Devant l'ampleur de la tâche, Gustave préféra acheter un cabriolet d'occasion en France. A leur rentrée a leur ferme, les Cuvelier remercièrent lez petits belges, leur patrimoine était sauf ! La famille Moreau resta absente pendant 5 semaines et retrouva sa maison sinistrée, Un obus en avait percé le toit et éclaté les vitres.

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Le cabriolet français qui assure le retour au pays en juin 1940. Photo pris à la ferme Van Eyck à Lonzée à l'occasion d'un banquet de communion.

A Orp

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L'éleveur Van Eyck en conversation avec le frère de Gustave, l'abbé Moreau.

Le setour à Wasseiges devenant précaire, la famille alla s'instailer à Orp dans la maison maternelle de Louisa. Le premier travail de Gustave fut de prospecter les pâtures de toute la Hesbave pour recupérer le cheptel de ses fermiers... (vaches égarées - chevaux abandonnés par les armées belge. française, allemande!, il connaissait ses bêtes au moindre détail et il en retrouva des dizai-nes pour la plus grande joie de ses propriétaires. Pendant la guerre 40-45 il eut aussi un laisser-passer pour les besoins du ravitaillement. A Orp, il eut l'occasion de cacher un réfractaire au travail obligatoire Emile Kempeneers de Lincent. Il put vivre en toute tranquillité chez Gustave. En outre, a la veille de la débâcle allemande, il fut sollicite par deux soldats allemands déserteurs. Il s'agissait de deux enrôles des pays annexes : un alsacien et un luxembourgeois. Ils se sauvèrent de l'état-major stationné à Orp et Gustave les cacha jusqu'à l'arrivée des alliés. L'alsacien est revenu à Orp avec son épouse pour remercier la famille Moreau. En 1958, Gustave acheta une maison à Wansin rue du Cherra (la maison d'un ancien marchand de beurre). Ses enfants, Monsieur et Madame Martinaux, habitent aussi Wansin permettant ainsi des contacts journaliers fort sécurisants.

La T.V.A. met fin à une carrière

Gustave continue son commerce de marchand et il fut bien aidé par son épouse, parfaite bilingue, quand il s'agissait d'acheter ou d'exposer en Flandres et en Hollande. Il n'arrêta qu'à 75 ans ! Ce sont les tracasseries de la T.V.A. et les contraintes de la paperasserie qui l'ont découragé. Il est rentré un beau soir en disant à Louisa "est-ce que tu me veux bien chez toi ?" Depuis lors, fini le commerce... mais pas la marche ! Jusqu'à ses 90 ans Gustave s'imposa ses 5 à 6 km de marche par jour. Maintenant son entourage insiste tellement qu'il a réduit ses promenades. Il n'empêche qu'il ne manque jamais le marché du lundi à Hannut! Il parle, comme s'il y était né, de Bruxelles, de Louvain, de Dinant, de Namur, de Ciney, de Libramont, de Battice, de Liège... Il en connaît les moindres recoins. Des photos, par dizaines, témoignent de ses exploits et il était connu de tous les jurys ! Il sait aussi, de mémoire, situer toutes les fermes du pays et donner son avis sur la qualité des éleveurs.

Et maintenant

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Voici Gustave, à 90 ans, avec une des ces innombrables pipes. Toujours bon pied, bon œil.

A 92 ans, Gustave vit avec son épouse, il reçoit ses voisins, amis et connaissances, il n'a jamais tremblé, même pas de froid. Il regarde son passé avec fierté. Il ne porte pas de lunettes, ni pour lire, ni pour voir au loin. Il se méfie des médicaments car "ils portent tous une tête de mort sur leurs flacons!" Son médecin, qui ne vient le voir que très rarement l'interpelle en lui disant : "Tu es un vieil antiquaire, on ne peut s'enrichir chez toi". Depuis l'âge de 8 ans, il fume la pipe... Il y a 84 ans qu'il fume la pipe...sans tousser. Il y a des pipes partout, au rez-de-chaussée et à l'étage.
Son épouse les a comptées... elle s'est arrêtée à 60 ! Le reporter de service en a compte plus de 20 à un seul râtelier ! Quand Gustave a fumé une pipe, il change de bouffarde. Il ne remplit jamais un fourneau encore tiède.
Quel est le secret de sa longévité ? 1. Le grand air - 2. La marche - 3.Le travail - 4. La petite goutte de pequet. Gustave est un mangeur de viande... Il sait en manger aux 3 repas quotidiens, chaque soir il boit sa tasse de café additionnée d'une cuillerée de miel et d'un verre de cognac...Et si le sommeil tarde à venir, un petit verre de whisky fait bien l'affaire. Gustave a eu un frère dans les ordres. Le cure Moreau fut prisonnier de guerre au Stalag lA. C'est lui qui ramena au pays les souvenirs personnels du curé Planard de Vezin, quant à Louisa. elle eut deux tantes religieuses qui furent Supérieures à Henri-Chapelle et à Antheit
Tous nos bons voeux
L'Aronde est heureuse de souhaiter au couple Moreau-Gougnard, une très longue retraite dans la quiétude et l'affection du couple Martinaux-Moreau. L'Aronde leur dit leur profonde sympathie.
Bravo et bonne santé.

image015 Les enfants de Gustave : les époux Martinaux-Moreau qui l'entourent de toute leur affection.

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Mise à jour le Jeudi, 15 Janvier 2009 16:15