Site d'Adrien Daxhelet

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Joseph Piette

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Sa famille, sa profession, sa fanfare,
telles furent les motivations d'une vie bien remplie.

Le président de la fanfare de Braives :
Joseph PIETTE, octogénaire débordant d'activité,
nous raconte ses projets d'avenir.

 

 

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Joseph Piette. Le jeune employé, photographie de 1927

Joseph Piette est un Braivois de vieille souche. Ses racines profondes sont à Braives. Son papa, Félicien Piette (tailleur d'habits) et sa maman, Lemage Marie-Henriette sont nés à Braives et y ont toujours vécu. Le papa Piette s'approvisionnait en fournitures au syndicat des tailleurs (route de Tirlemont à Hannut). Joseph a fréquenté l'école communale de son village où il a connu les maîtres Detrez Marcel et Brisbois Adelin. Baptisé dans l'ancienne église (dont la tour subsiste toujours), il a fait sa communion dans la nouvelle église qui fut construite sous le ministère du curé Lacanne (un hannutois) en 1910. C'est hélas pendant la guerre 14-18 que Joseph fit sa première communion. Après ses études primaires. soit en 1919, il fit ses études moyennes au collège Sainte-Croix à Hannut (le seul établissement où des études secondaires pour garçons étaient possibles à Hannut.
L'Etat y organisa l'école moyenne garçons en 1921, l'école moyenne mixte en 1923) c'est aussi en 1919 qu'il s'inscrit au solfège à la fanfare de Braives. A cette époque, peu d'enfants dépassaient le stade du 4e degré primaire (7e et 8e années). Joseph se rendait à Hannut, en train, avec 2 compagnons braivois. Il fallait assister à la messe à 8 heures, tous les jours, puis se rendre dans sa classe pour 8 h.30. La messe était dite par le père Alkemade, les cours étaient donnes par les maîtres Wanet et Renard et par les Pères Croisiers Konings, Maes, Sisterman, Hoegeveen, Jaspers, Fontaine, Maniquet. Si pour une raison quelconque la classe se terminait en dehors de l'horaire utile du train, le trio rentrait à Braives à pied... en une heure ! Nanti de son diplôme d'école moyenne, Joseph Piette est embauché aux ateliers Georges Heine (chaussée des Forges à Huy) où le bureau directorial manquait d'un dactylographe. Il devint ce dactylo. L'usine fabriquait des charpentes, des ponts roulants, des tuyauteries, des réservoirs et des bêches pour le jardinage et les terrassements (des milliers en un an)... Joseph a 16 ans, il sort à peine de l'adolescence mais il gagne déjà bien sa vie. Chez Heine, il n'est pas question de congé ou de vacances. Malgré tout il reste fidèle à sa fanfare et tous les samedis soir il assiste aux répétitions... Il joue du cornet à piston depuis 3 ans. Son chef Jules Van Herck l'a conditionné non seulement comme musicien mais aussi comme sociétaire, c'est ainsi qu'en 1922 il remplit les fonctions de bibliothécaire de la fanfare. C'est à lui qu'incombe de mettre à jour tous les carnets de partition suivant les nécessités des prestations et d'en constituer une réserve dans les archives. Un an après Jules Van Herck meurt et le nouveau directeur sera bicéphale l'abbé Wauters, curé de Braives et excellent musicien, dirigera l'école des jeunes et la plupart des répétitions mais le titulaire pour les sorties et les festivités sera le fils du directeur défunt ; Raphaël Van Herck (qui fut professeur de musique à l'Athénée de Hannut) il n'eut pas été concevable en ce temps-là de voir une soutane à la tête d'une fanfare en mission publique. En 1926, Joseph devient secrétaire de la société ce qui lui donne le devoir de représenter tant le président que le directeur dans tous les échanges écrits ou téléphoniques.

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Souvenir de l'incorporation : 3 jeunes conscrits braivois. De g. à dr. J. Piette, D. Linotte, J. Hougardy

C'est à cet âge (20 ans) qu'il est appelé au service militaire. En sa qualité de jeune intellectuel, il a la bonne fortune d'être appelé dans les troupes de transmission, ils portent le casque du génie et leurs uniformes) où il aura l'occasion d'apprendre des techniques et des procédés de transmission modernes.
D'instruction en instruction et d'examen en examen le petit plouc devient un spécialiste à la compagnie radio, il parvient en une minute à émettre 15 mots en morse ou à en traduire 30. Après son service militaire, Joseph retourne à la vie active, comme il a la musique dans le sang, il ne se limite pas à prouver sa fidélité à sa fanfare par son assiduité et son savoir-faire mais il vole au secours des orchestres de danses de la région, puis il prend goût. C'est ainsi le piston lance ses notes sur les pistes de danses animées par les orchestres de L. Delbrouck et J. Delvaux. Dans les années 20, tous les orchestres de bal jouaient invariablement dans le même ordre ! une scottisch, une valse, une polka, une mazurka puis un quadrille des lanciers à minuit. L'entrée de la salle de bal était gratuite mais la danse se payait. Un ou deux musiciens descendaient de l'estrade à la mi-danse pour percevoir 5 centimes auprès du cavalier. Après la perception, l'orchestre entamait la deuxième partie de la danse. Les resquilleurs étaient rares. A l'annonce du quadrille des lanciers, les musiciens percevaient 25 centimes auprès des cavaliers ... il est vrai que quadrille comporte cinq figures. En 1931, soit à l'âge de 25 ans, Joseph se marie: soit le 18 juillet 1931. De son union avec Maria Moisse naîtra leur enfant unique, Nelly. Ses nouvelles charges stimulent son énergie et il s'inscrit au cercle polyglotte de Huy. Les cours se donnent le soir et durent 3 ans, à raison de 3 soirées par semaine. Pour réaliser cet exploit, il doit rentrer à Braives par le dernier train, hiver comme été. Inscrit au cours de comptabilité, de droit civil et commercial, il termine son cycle avec le diplôme de comptable. La firme qui l'emploie utilise aussitôt ses compétences et l'appelle aux fonctions de comptable de l'entreprise. Comme dans la plupart des divisions de l'atelier les ouvriers sont payés à la pièce, le comptable doit tenir un inventaire de la fabrication journalière de centaines de travailleurs. (Seuls les monteurs en construction sont salariés et payés à l'heure de travail).

image003 Joseph Piette dans l'orchestre de bal de M. Delbrouck d'Avennes
image004 Joseph Piette dans l'orchestre de bal de M. Bourdouxhe de Fumal

Comme dans les usines, les ouvriers sont payés à la fin de la semaine (et non à la quinzaine comme les maçons...) on imagine le boulot et la responsabilité du comptable. Qu'on se rappelle qu'à cette époque il n'y a pas de machine à calculer !! Pour en sortir, Joseph reprenait du travail à domicile chaque soir (à titre tout-à-fait gratuit).
N.D.L.R. : "Mais où sont les neiges d'antan ?"
A titre documentaire signalons qu'un manœuvre pouvait gagner 4 F./l'heure et un ouvrier de 6 à 8 F./ l'heure suivant la qualification. Etant très en confiance chez son patron, Joseph a pu prendre beaucoup d'initiatives, c'est ainsi qu'à son intervention une quinzaine d'ouvriers de Braives travaillaient chez Heine en 1940. A l'usine, au bureau et dans les ateliers, il n'y avait pas de réfectoire. Chacun emportait son casse-croûte (briquet) et son bidon de café, celui-ci se réchauffait sur le feu de la forge. Chacun mangeait sur son lieu de travail, sans le moindre confort et sans souci de l'hygiène. En 1937, notre comptable-musicien abandonne le cornet à piston pour la trompette. Le nouveau directeur préfère cet instrument et Joseph se laisse séduire, mais à regret.

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Caserne de Vilvorde à l'époque où le bilinguisme permettait encore des inscriptions françaises.

Vient alors la période noire... En 1938, l'armée est mise "sur pied de paix renforcé". Joseph doit re-joindre les "T.T.R." à Vilvorde... Les bruits de guerre s'apaisant, les réservistes sont renvoyés dans leurs foyers. En 1939, on remet ça ! C'est la mobilisation générale ! Joseph devient "comptable-musicien-marconiste" du 2 septembre au 28 octobre. Pour des raisons économiques, le gouvernement autorise les hommes jugés indispensables à la bonne marche de l'industrie et de l'agriculture, à rentrer dans le civil... Mais le 10 mai 1940 c'est le rappel fatal. Notre gars du génie endosse à nouveau l'uniforme militaire et rejoint en toute hâte le "colombier militaire" à Vilvorde (on sait que le pigeon a été le messager le plus fiable pendant la guerre 14/18).

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Sous l'uniforme du génie, on y reconnaît 4 hesbignons Joseph Piette de Braives, Raymond Dejardin de Villers-le-Peuplier, Gaston Yans de Hannut, Hector Dubois de Thisnes (voir sur le "bonnet à floche " le casque du génie).

Les spécialistes en radio et téléphonie sont répartis dans les régiments et Joseph est affecté au "62e chasseurs à pied". Les troupes de première ligne refluent déjà du canal Albert, et la deuxième ligne de défense ne tarde pas à craquer. Le 6e chasseur prend position à Nossegem, puis à Hérent (on loge 3 nuits à la belle étoile avec le fusil au pied) puis c'est le repli (la retraite) : d'abord à Audenaerde où la compagnie loge dans les caves d'un château (militaire) et évacués mettent à sac la réserve de vins du propriétaire) puis à Markegem, dans une école de religieuses. Une messe est célébrée le 26 mai dans une classe (à la sortie, les allemands capturaient les petits belges sans coup férir. Commence alors la très longue procession du chemin de croix pour les prisonniers de tous grades. De Markegem à Termonde à pied, arrivée le 28 mai où chacun apprend avec soulagement la capitulation. De Termonde, acheminement vers Moerbeke où les allemands sélectionnent les prisonniers par province (ce geste est salué comme une promesse de libération !).

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Le prisonnier de guerre Joseph Piette (1er à droite) joue une partie de cartes avec ses compagnons de captivité.

Hélas, les pronostics sont faux, il s'agit en l'occurrence d'une formation de camps (stalags) et des dispositions à prendre pour conduire les divers contingents vers leurs lieux de destination. A Haarlem, en Hollande, Joseph et ses compagnons sont embarqués sur des péniches amarrées sur le Rhin. Le convoi s'ébranle en direction de l'Allemagne et peu après une violente secousse ébranle les embarcations surchargées. Le remorqueur vient de sauter sur une mine faisant de nombreuses victimes sur le remorqueur et la première péniche. Les gardes Allemands viennent quémander nos couvertures pour ensevelir les cadavres. Cette fois, c'est l'Allemagne et la vie du prisonnier de guerre au stalag XI près de Magdebourg. Pendant 5 ans le "petit belge de Braives" n'aura d'autres horizons que la ferme aux heures de prestation et les barbelés aux heures de repos. C'est que pour un militaire marié et ayant des charges de famille (Joseph Piette est un rappelé qui a 34 ans à la déclaration de guerre... Et il est âgé de 39 ans à sa libération. C'est un vétéran parmi les prisonniers de guerre et sa captivité en sera d'autant plus lourde à supporter), il passera 5 ans dans des fermes "d'état" et sera affecté au stage XI/A près de Magdebourg. Pendant la guerre, la fanfare a interrompu ses activités. Les musiciens sont, en majorité, des "mobilisés", en Allemagne ou dans la résistance... et puis l'autorité occupante interdit toute manifestation publique (sauf autorisation : accordée pour les fêtes au profit de prisonniers), les instruments sont cachés et les pupitres sont rangés. Après cette longue et douloureuse éclipse Joseph rentre au foyer il retrouve Braives, sa famille et sa fanfare. Nanti de son diplôme de comptable, il réussit ses examens d'entrée à la société du chemin de fer belges et s'occupe désormais de comptabilité dans les bureaux S.N.C.B. de Liège, de Salzinnes (Namur) puis au gré de ses promotions reprise à Liège et à Salzinnes où il termina sa carrière, le 1er mai 1971. Entre-temps, ses fonctions ont aussi changé à la fanfare et sa chère société a fait peau neuve. En 1960, l'ensemble musical s'adjoint une clique mixte qui meublera désormais les temps de repos des instrumentistes. Le groupe est impressionnant... En 1967, Joseph Piette est nommé Président de la fanfare le progrès. Bon nombre de jeunes musiciens rejoignent les rangs de la prestigieuse phalange. Suivant en cela une tradition des sociétés, bien étoffées, Joseph passe dans les "basses" et joue désormais du tuba. En 1970, la fanfare prend le "train de l'évolution" et forme une véritable école d'initiation pour sa clique et pour des majorettes. Ces dernières seront incorporées à l'ensemble à l'occasion de la célébration du 70e anniversaire de la fanfare. Ces 18 demoiselles charmantes, stylées, souriantes et disciplinées ajouteront une note de fraîcheur à cette fanfare qui ne peut faire mentir son nom "Le Progrès". Sous la baguette de leur talentueux chef, Monsieur Mars, les jeunes et les moins jeunes éprouveront un réel plaisir à se produire en public. La compétence de Monsieur Mars (1er prix de solfège et de piano), son élégance naturelle, sa pédagogie affirmée et ses talents de persuasion créent un groupe homogène qui fera gravir allègrement les marches de la hiérarchie à la fanfare de Joseph Piette. Depuis des lustres l'école de musique forme des jeunes éléments qui, en très peu de temps, acquièrent un bagage théorique et technique suffisant pour être incorporés à la fanfare le cours de solfège y est donné par Monsieur Mars, le cours d'instruments y est assuré par Monsieur Orban. Questionné sur ses meilleurs souvenirs, Joseph Piette, le vétéran, est fier de déclarer qu'avec sa société il a participé 7 fois à la procession septennale de Huy (les fêtes de Notre Dame de la Sarte) et a revêtu pour la circonstance les uniformes d'époque qu'exige l'évocation historique...

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En 1975, la fanfare Le Progrès de Braives fête ses 3/4 de siècle.
Au dernier rang, encadrés des drapeaux et de deux majorettes : de g. à dr. Joseph Piette président, le notaire Cartuyvels président d'honneur, Monsieur Mars directeur, Monsieur Orban professeur d'instruments à l'école de Musique.
Photo prise devant le château de Braives

image012 J. Piette et son petit-fils
image013 J. Piette et son directeur M. Mars
image014 Les joyeux braivois en costumes d'époque à Huy, le 15 août 1963

C'est un record ! (Y a-t-il dans l'organisation de cette fête grandiose quelqu'un qui puisse s'honorer de la même performance que Joseph Piette ?) A notre formulation d'une dernière question, Joseph Piette exprime le souhait que les jeunes générations ne se laissent pas séduire par la facilité. Au lieu d'être les esclaves de la commercialisation de la musique enregistrée qui ne laisse aucune trace dans la formation culturelle et la personnalité des garçons et des filles il en appelle aux parents pour que dès l'âge de 8 ans leurs enfants soient confiés à l'école de musique afin de goûter aux joies de la musique instrumentale personnelle et au bonheur de l'ensemble instrumental. La musique est un art qui s'exprime dans un esprit d'équipe et qui suscite des amitiés incomparables. Je ne sais qui a dit "la musique adoucit les mœurs" mais je sais qu'elle est le seul langage international compris des riches et des pauvres, des civilisés et des sauvages, des privilégiés et des opprimés.
Le philosophe Allemand Nietsche déclare "sans la musique, la vie serait une erreur" et pendant qu'il en est encore temps, les parents doivent prendre leurs dispositions pour que leurs enfants ne puissent pas le leur reprocher plus tard. Les répétitions se font au Roxy tous les vendredis soir. Joseph Piette est président,-du "Progrès" depuis 22 ans, il est retraité depuis 18 ans, mais il ne connaît pas le répit... Il a l'âge de son cœur et son cœur s'abreuve de musique... Alors, bon vent ! Il fêtera le centenaire de sa chère fanfare, puis son propre centenaire.

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Les décorés de la fanfare dans le parc de Monsieur Cartuyvels (J. Piette, au centre)

L'Aronde et Clap'Sabot lui adressent leurs félicitations et lui souhaitent une fanfare toujours plus pétillante de jeunesse.

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Joseph PIETTE, le recordman des participations aux fêtes septennales de Huy

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