Site d'Adrien Daxhelet

Site d'Adrien Daxhelet

  • Augmenter la taille de police
  • Taille de police par défaut
  • Diminuer la taille de police
Site optimisé pour le navigateur Firefox
Accueil Clap'Sabot Jules Haudestaine

Jules Haudestaine, garde-chasse

Envoyer Imprimer

Le garde-chasse, sauvegarde du chasseur, sauvegarde de l'écologie

Jules HAUDESTAINE,
le dernier d'une dynastie de gardes-chasses.

 

 

image001
Jules Haudestaine, notre hôte

Ambresin est centre d'une des plus belles chasses de plaine de Belgique et cette commune de l'entité de Wasseiges a toujours connu des gardes-chasses. Jules Haudestaine que nous avons interviewé nous raconte que son grand-père et son père étaient des gardes-chasses professionnels. Ils furent les gardes assermentés de la célèbre famille Lieutenant propriétaire du château de Wasseiges, de la ferme du Soleil à Ambresin, du château de Tilff et d'usines textiles dans le pays de Verviers. Jules a accompagné son grand-père qui lui a appris à connaître, aimer et servir les grands impératifs de l'écologie et de l'équilibre naturel.

image004 image003
Jules Marchand, le grand-père Joseph Haudestaine, le père

Jules est né à Ambresin le 26 décembre 1902 il jouit d'une paisible retraite mais il reste toujours, l'ami et le conseiller tant des chasseurs que de ses collègues de la jeune génération.

Lutte contre les "bricoleurs"

Le garde-chasse wallon désigne sous le nom de "bricoles" tous les artifices du piégeur. On ne le poursuit pas tellement pour ce qu'il capture mais surtout pour l'époque où il piège le gibier. Ses moyens d'action sont les lacs, lacets, collets, pièges, rets ou filets. Il tend la nuit et récolte à l'aube le plus souvent. Le chasseur a des règles très strictes pour préserver l'équilibre écologique de la faune. Il y a des périodes à respecter tant pour la chasse que pour la pêche. L'ignorance et le non-respect de ces interdits provoqueraient le massacre, la disparition de l'espèce le dépeuplement (citons : le rut, l'accouplement, l'allaitement, la nidification, l'incubation...). Il faut absolument préserver la conservation des espèces. Le "bricoleur" est surtout poursuivi pendant ces périodes d'interdiction (et il ne le sait pas !) le bricoleur est assimilé au voleur domestique. Indépendamment de ces petits délits de chasse où leurs auteurs n'emploient pas d'armes à feu il y a les véritables chasseurs sans permis.

Lutte contre les braconniers

Le braconnier est animé d'intentions beaucoup moins louables que le poseur de "bricoles". D'abord, il est armé de fusils de précision, il n'a pas de permis de port d'armes, il n'a pas de permis de chasse, il ne loue aucune chasse personnelle, il agit sur le domaine légal d'autrui et il écoule ses produits dans un esprit de lucre, sans payer de taxe professionnelle ou autre T.V.A. ! Victor Hugo assimile le braconnier au brigand, au hors-la-loi. Avant la guerre 14-18 le braconnier opérait par clair de lune. C'était l'éclairage naturel qui lui permettait de lever le gibier et de viser. Peu après, il s'est équipé de "bacs à lumière" au carbure, pour chasser par les nuits non-étoilées (récipient de carburant ajusté à un phare d'auto à bec de gaz). Entre les deux guerres, on assiste à une escalade du braconnage car les progrès en électricité permettent l'usage du "bac à lumière" sous forme de "torches" électriques puissantes alimentées par des piles. Cette chasse se fait avec des fusils ou d'énormes filets. Après la deuxième guerre le braconnage se fait en plein jour. Une des techniques était de passer en voiture dans les chemins ruraux avec un chauffeur qui, à la moindre alerte, s'arrêtait pendant que le braconnier sur le siège arrière ajustait son arme et tirait sur le gibier occupé à brouter ou à picorer. Certains faisaient cette chasse en solitaires mais avec moins de succès. Quelques téméraires s'embusquent dans des buissons et attendaient le passage des animaux en quête de nourriture. Les braconniers, comme les "bricoleurs", ignoraient les principes écologiques et, pour eux, toutes les saisons étaient bonnes. Ils chassaient même sur sol enneigé (du vrai massacre). Les braconniers essayaient toujours d'écouler leurs produits dans les restaurants qui pouvaient servir du "gibier frais hors saison".

image005
Après une battue, les gardes Jules Haudestaine et Isidore Ingebos accroupis au milieu des trophées (en 1952). On compte 202 lièvres, 43 perdrix, 34 faisans, 1 lapin, 1 bécasse. Dans le fond, les chas-seurs (12 fusils) M. Dejardin est le 6e chasseur de gauche à droite.

Lutte contre les prédateurs

Le garde-chasse est un véritable zoologiste et il a une connaissance approfondie des animaux, de leurs cris, de leurs mœurs, de leurs moyens d'existence. Si la loi permet au chasseur de tuer les prédateurs des récoltes, des bois et des jardins, elle permet aussi au garde-chasse d'éliminer les prédateurs du gibier et des animaux de la basse-cour. C'est ainsi que le garde-chasse élimine au maximum les mordants : les belettes, les fouines, les putois, les renards. Il fait aussi la chasse aux rapaces : éperviers, faucons, buses. Il faut dire que les pesticides se chargent maintenant d'exterminer ces prédateurs et que certaines variétés sont protégées par la loi, parce que en voie de disparition. A l'époque de la nidification, chasseurs et gardes tirent dans les nids des corbeaux et des pies. Les uns détruisent les semis (d'où les épouvantails), les autres pillent les nids et tes basses-cours.

image006
Jules Haudestaine présente une belle prise (en 1967) (une renarde et 7 renardeaux).
La nichée comptait 10 petits !

Aide aux colombophiles

II n'y a pas bien longtemps les colombiers étaient décimés par la voracité des éperviers. Le pigeon domestique était la proie préférée de ce rapace diurne. D'ailleurs les concours colombophiles étaient toujours fort troublés par les attaques des éperviers dans les volées de pigeons, surtout à l'époque où ces rapaces nourrissaient leurs nichées. A tel point que les sociétés colombophiles accordaient des primes aux chasseurs ou aux particuliers qui pouvaient exhiber la preuve d'une mort d'épervier. Jules Haudestaine certifie que l'épervier n'hésite pas à poursuivre sa proie jusqu'à l'entrée du pigeonnier, il en a surpris un jusque dans le corridor d'un immeuble où le pigeon traqué s'est réfugié. Un jour, dans le petit bois de Moxhe, Jules a vu un pigeon s'abattre à ses pieds pour échapper à un épervier... terrorisé, le pigeon s'est laissé prendre sans résistance. Jules en a profité pour remettre un message écrit autour de la patte du volatile. Relâché, le pigeon est retourné à son colombier. Le lendemain, monsieur Dorval Louis de Moxhe (son propriétaire) est venu remercier Jules Haudestaine.

Les fauconniers

Lorsque des gardes-chasses parvenaient à prendre des faucons au piège où à le capturer avec des blessures guérissables, ils les destinaient à des fauconniers (tous flamands !) dans la Campine ou dans les Flandres. En quelques semaines ces oiseaux intelligents étaient dressés pour la chasse. Leurs maîtres venaient très souvent en démonstration à Ambresin où ils étaient autorisés à exercer leurs talents sur du gibier commun, soit corbeaux et pies. A l'heure où les rapaces sont protégés en Belgique, les fauconniers essayent de se procurer leurs précieux rapaces en Afrique du Nord. Certaines compagnies aériennes ont d'ailleurs été impliquées dans le trafic des faucons.

Apprentissage

Jules a fait son école primaire à Ambresin. Déjà à cette époque, il accompagne son grand-père dans ses tournées diurnes lorsque le temps le permet. Il lui apprenait à arpenter les raies qui séparent les champs, là où les "bricoleurs" fixaient leurs lacets (en fil de cuivre). Il lui conseillait de tenir le fusil, canon vers le bas, à la manière de la canne de l'aveugle. Cette manière d'agir évitait au garde de ses prendre le pied dans les lacs, de trébucher ou de tomber. Il lui apprenait aussi à reconnaître les traces fraîches de pas et de suivre une piste. Tout gamin, il reconnaissait les animaux à leurs cris, à leurs empreintes, à leurs nids, à leurs excréments. L'âge requis, il se vit remettre un permis de port d'arme par monsieur Lieutenant.

1914-1918

Lors de la première guerre les officiers allemands chassaient en maîtres dans les propriétés hesbignonnes, ils y organisaient de vastes battues. Jules, jeune adolescent, se permettait de se mettre sur leur chemin pour se rendre compte de leurs trophées. Il s'enhardit au fil des incursions allemandes sur la chasse de monsieur Lieutenant. Un jour, il trouva un lièvre qui venait d'être abattu et il alla ostensiblement le porter au soldat chargé de rassembler le gibier. Le militaire, ravi, prit Jules en sympathie et lui demanda de l'aider. Jules s'assit sur l'arrière du chariot à ridelles où s'amoncelaient les poils et les plumes. Quand le véhicule faisait un mouvement brusque à travers champs, Jules laissait choir sur le sol un beau lièvre, en repérant soigneusement les points de chute. C'est ainsi qu'après la battue il invita son papa à l'accompagner pour récupérer 3 lièvres. Comme les gardes-chasses étaient autorisés à continuer leur mission par les occupants, les Allemands ne se méfiaient pas de Jules et celui-ci se permettait parfois de venir observer leurs préparatifs ou leur partage de butin. En ce temps-là les fouets étaient rares, ou n'en trouvait plus chez les bourreliers. Les fermiers étaient obligés d'en improviser avec des manches de saule et des cordes. Jules avait remarqué que l'ordonnance de l'officier-chasseur avait un magnifique fouet. Il commença une manœuvre de "séduction-corruption". "Combien ton fouet ?" avec les doigts de la main le soldat montre 2 fois 10... 20 marks c'est trop... Haussement d'épaules... "combien ?"... 10 marks !... Nouveau haussement d'épaules... A l'heure de quitter les lieux, l'Allemand confie son magnifique fouet au gamin pour 3 marks. Fier de son acquisition, Jules rentre au village où tous les fermiers sont en admiration devant le fouet... Vingt-heures après Jules l'avait revendu pour 27 marks. Quelle aubaine pour la famille en ces temps de privations !

image007
Le brevet de garde-chasse de Jules HAUDESTAINE

Jules est un des rares survivants à avoir connu la bataille de Moxhe où des militaires belges furent tués sur la chaussée romaine près de l'arbre "Pierre" par des Uhlans postés sur les toits des maisons du quartier de "l'Empereur". II se souvient, comme si c'était hier, de l'inauguration du monument commémoratif de la bataille, en 1918. Personne dit-il n'a jamais pu expliquer le mouvement de panique qui éparpilla la foule après les discours. C'est un bruit mystérieux, semblable à celui d'une fusée qui emplit soudainement le ciel et qui prit tout le monde "à la gorge". Ce fut une dispersion proche de la débandade et Jules s'empressa de rejoindre Ambresin au plus vite. Vrai, mais jamais expliqué !

Service militaire

Jules fut appelé au service en juin 1923. Il fut enrôlé au 5e Lanciers à Liège (ces magnifiques cavaliers à la floche blanche). A la caserne Fonck ce régiment ne lui déplaisait pas car la caserne lui donnait un petit goût des fermes de son village. On ne va pas soupçonner un militaire d'ignorer le maniement des armes... Monsieur Lieutenant en profita pour obtenir du Gouverneur de la province une dérogation de 2 ans pour nommer Jules garde-chasse (il fallait avoir 25 ans) le grand-père étant décédé, Jules est donc adjoint à son père Joseph pour la surveillance des 350 hectares. Jules alla prêter serment auprès du Juge de paix de Hannut. Cette nomination faisait de lui le garde de la chasse et de la pêche sur les territoires de Wasseiges, Ambresin, Moxhe.

Crack boursier

En 1930, lors de la crise mondiale de triste mémoire, la banque Chaudoir est en faillite. Elle disparaît corps et bien dans le gouffre de ses dettes et la débâcle financière. La famille Lieutenant est actionnaire associée de cet établissement bancaire. C'est la ruine ! Tout est vendu ! Châteaux, fermes, usines, champs et chasses. C'est ainsi que la famille Haudestaine change de patron. Une partie de la chasse fut acquise par monsieur Dejardin, originaire de Cras-Avernas, directeur-P.D.G. des papeteries de la Warche, de la Hulpe, d'Andenne... le comte de Launoy devient propriétaire de la ferme du Soleil, du château de Wasseiges, des propriétés foncières d'Ambresin. Le papa, Joseph Haudestaine et le fils Jules se partagent les 2 patrons mais ils ne cessent d'unir leurs efforts et leur action pour assurer l'intégrité des deux domaines de chasse.

La journée du garde-chasse

Jules nous conte l'emploi du temps de l'équipe Haudestaine, entre les deux guerres. Il est faux de parler de journée de travail car en saison de braconnage il est plus adéquat de parler de nuit de travail. Pendant la journée le garde-chasse relève les bricoles des petits fraudeurs et suit les pistes laissées par les empreintes des pas. Au hasard des circonstances, il tire un mordant ou un rapace. La nuit, surtout les conditions atmosphériques sont mauvaises, les gardes-chasses sont en alerte continuelle. Quand la nuit est calme et claire, le gibier toujours en alerte perçoit les moindres bruits, les moindres mouvements. Il se méfie et perçoit le danger. Par contre, quand le vent souffle et qu'il pleut, il se tapit parterre et se regroupe en colonies serrées pour mieux lutter contre le froid. Dans tous les bruits confus des intempéries, il ne perçoit pas distinctement les déplacements de l'homme. C'est le moment idéal pour les braconniers équipés de "bacs à lumière". A la moindre découverte, c'est l'hécatombe. Le garde-chasse ne dort pas et se précipite vers les faisceaux lumineux. Arrivé à portée de fusil, il tire des semonces avec des balles à ailette (appelées aussi balles sifflantes) au-dessus des têtes des intrus qui dans la plupart des cas éteignent leurs torches et ne demandent pas leur reste. Il reste alors au garde-chasse d'essayer d'intercepter les véhicules sur les voies de dégagement qu'ils connaissent comme leurs poches. Cette tactique n'est pas sans risque car les gardes Haudestaine ont déjà essuyé le feu des fuyards, ils se sont déjà fait bousculer par les véhicules qui forçaient les barrages tous feux éteints. Dans la plupart des cas ils parviennent à pincer les braconniers au premier coup lors d'une récidive. Les braconniers forment de véritables clans... Jules Haudestaine se souvient d'avoir arrêté des contrevenants de Saint-Trond, de Tirlemont, d'Attenhoven, de Niewerkerken, de Boutersem, de Liège, sans compter quelques novices de Thisnes, Crehen, Wasseiges, Moxhe,... Les braconniers parviennent à tuer au moins vingt pièces par mauvais temps, si on les laissait faire, la chasse serait dépeuplée en 1 mois
Pendant la journée, le camouflage et les jumelles sont les meilleures armes du garde-chasse. Dans sa retraite le garde voit tout, il reconnaît le braconnier, distingue le signalement des voitures (marque-couleur...) et parvient même à lire la plaque minéralogique. Dans ce cas le procès verbal permet à la gendarmerie d'entrer en action. Jules n'aimait pas le recours suprême qui consiste à traîner les coupables devant les tribunaux (tout délit de chasse ou de pêche est passible de correctionnelle !). Mais il y recourait toujours lorsqu'il s'agissait de violences, de récidivistes, de pilleurs de gibier (par exemple sur neige gelée). Pour faciliter sa mission, le patron lui fait construire une tour de guet qui existe toujours où Jules pouvait surveiller ses chasses par des hublots et y vivre en appartement de nuit ou de jour.

La guerre 40-45

En mai 40, Jules est rappelé dans le cadre de la mobilisation générale. Il n'est plus affecté au Régiment des Lanciers mais, en fonction de son intégration dans les forces de l'ordre, il est incorporé dans la gendarmerie supplétive du temps de guerre. Dès le 10 mai, il se retrouve en uniforme militaire et brassard rouge de la gendarmerie nationale, dans les rangs de la brigade de Burdinne. Alors commence le pénible périple à travers la Belgique : de ville en ville, de bombardement en bombardement, de mitraillage en mitraillage, nos gendarmes et leurs adjoints se retrouvent à Namur, à Gembloux, à Charleroi, à Beaumont, à Mons, à Tournai, de nouveau à la caserne Léopold à Mons où les gendarmes sont décimés par un bombardement terrible. Jules se joint à deux gendarmes qui sont à la recherche d'un regroupement possible. Plus de vélo il est dans les ruines de la caserne ! En cours de route un officier leur confie un espion allemand. Lors de la fouille, ils découvrent un pistolet automatique dissimulé dans une de ses bottes. Cet espion est pour eux une charge, un frein, un grand risque. Devant la bousculade des armées et l'avance de l'ennemi, les gendarmes exécutent l'espion dans un bois (il s'agit d'un parachutiste allemand capturé dans les environs de Leuze). A Courtrai enfin Jules rencontra la brigade de gendarmerie de Hannut, il abandonne ses deux compagnons et se joint aux amis hannutois où il reconnaît deux supplétifs comme lui (A. Moreau et le bourrelier Jacquemin de Hannut). Dans la cohue des armées belge, française, anglaise Jules se retrouve dans l'enfer de Furnes puis de Bannières, d'Amiens, de Rouen Avec des centaines d'alliés aux uniformes les plus divers, il est fait prisonnier. Parqué dans une église, il connaît la faim, la soif, la promiscuité. Ensuite, sans ménagement c'est la pénible marche de la mort... On mange de l'herbe, des pissenlits, on boit dans les ruisseaux, on dort dans les prés. Les hommes souffrent, plusieurs meurent d'inanition. Les colonnes de prisonniers commencent un long calvaire après un rassemblement d'immatriculation, dans une fabrique de lin de Courtrai. Avec un espoir toujours entretenu puis chaque fois déçu le groupe dont Jules fait partie se retrouve à la gendarmerie d'Avesnes (France), puis à Waulsort, à Philippeville, à Dinant qu'ils traversent la nuit. Perchés sur des camions allemands, on les débarque à Malmédy où ils se précipitent sur des seaux de lait rangés au bord d'un pré par une fermière qui fait la traite de ses vaches à l'aube. Jules se souvient aussi d'avoir dévoré une gamelle de grains de froment puisée dans un sac livré au pillage des affamés. A partir de Malmédy, ce sont les entassements dans des wagons à bestiaux, sans nourriture, sans commodités jusqu'à Soest qui sera un camp de transit. De la gare au camp, les prisonniers, à pied, doivent courir sous les coups de bottes dans le dos que leur assènent les sentinelles allemandes campées sur des bicyclettes. Là Jules sera ordonnancé d'un offlag où sont rassemblés des officiers belges parmi lesquels il reconnaît des gradés de Hannut, de Moxhe, de Ciplet, de Wasseiges, de Gembloux, de Namur. Ce sera ensuite l'installation à l'oflag VI D au vélodrome de Dortmund où aura lieu la mémorable séparation des officiers flamands et des officiers wallons. Usant de ruse et d'un régime-suicide, Jules parvient à se faire reconnaître comme malade irrécupérable. Il est réformé (il fumait des cigarettes tournées avec du tabac où il mélangeait de l'aspirine broyée... Puis il mangeait les mégots... A ce régime, il était méconnaissable et il troublait les diagnostics des médecins !) Un train sanitaire le ramena à Anvers le 8 juin 1941... Il rentrait à Ambresin le 16 juin !

image009
Isidore Ingebos à gauche, Jules Haudestaine à droite sur le seuil la fille de M. Haudestaine. Photo prise devant la maison du garde (face à la ferme du Soleil à Ambresin)

La résistance

Rentré au pays, il est prié par l'occupant de reprendre ses fonctions. Les officiers de l'état-major allemand hébergés au château de Wasseiges aiment la chasse... ce qui est paradoxal c'est que d'autres gradés allemands venaient braconner sur la chasse de leurs généraux et que Jules avait pour mission de les dissuader. Ces "braconniers" en uniforme venaient de Huy ou de Liège. Quand Jules les débusquait, ils fuyaient en voiture en camouflant leurs plaques d'immatriculation. La position de Jules, autorisé à porter son fusil, était propice à l'infiltration dans la machine allemande. C'est ainsi que Jules s'engage avec détermination dans les rangs de l'A.S. Il fait partie du groupe "Otarie" avec des camarades dont Léonard, Jacquemin, Sambon, Delleuze, Laforêt, Degueidre... il y connaît les commandants G. Donnie, l'abbé L. Reyntens. Ses missions sont spécifiques : il est "passeur d'hommes" pour les aviateurs alliés tombés en mission, "messager" pour les plis qu'il doit invariablement porter au relais de la ferme Boerman à Lens-St-Remy, "ravitailleur", pour les réfractaires qui se cachent dans la région, "saboteur" pour les lignes téléphoniques de l'état-major de Wasseiges. Jules est donc le patriote accompli qui peut se prévaloir des titres de combattant, de prisonnier, de résistant, d'espion.

L'après-guerre

Après la mort de son père, Jules a l'occasion de travailler avec des collègues dont il s'est fait des amis (MM. Maniquet, Ingebos). Depuis sa retraite, Jules a connu bon nombre de successeurs qui, eux, n'ont pas la satisfaction de connaître la riche chasse giboyeuse de ses ancêtres. Il y a eu la myxomatose qui a détruit les colonies de lapins. Il y a eu la mécanisation agricole qui a détruit les nids, il y a les pulvérisations qui tuent les jeunes ou rendent les œufs stériles, il y a l'intensification du trafic automobile qui ne donne plus la quiétude requise pour la reproduction, il y a les renards en pagaille. Le "retour de manivelle" impose maintenant la projection légale des rapaces en voie de disparition, le gazage des terriers pour lutter contre la rage. Il y a aussi l'emploi d'armes et de munitions très sophistiquées ! Mieux, pour assurer la rentabilité du "sport-chasse" il faut que les collègues des temps modernes élèvent des perdrix, des cailles, des faisans avec ce que cela comporte de matériel, de soins, de frais (couveuses, éleveuses, enclos, vétérinaires, grains et farines... ) ce n'est plus le bon temps !

Mauvais souvenirs

Jules exhibe ses mains mutilées. Il fut victime de deux imprudences occasionnées par des hasards tragiques. D'abord, aux fêtes de la libération à Branchon, il se précipita sur un détonateur jeté par un imprudent et qui s'était coincé dans le bord inférieur du pantalon d'un spectateur. A peine avait-il le détonateur en main qu'il explosa. Jules s'était dévoué et il se retrouva avec quelques phalanges en moins. A une autre occasion un ami chasseur lui apporta, pour essai, des cartouches américaines dont les officiers U.S.A. se servaient dans leurs parties de chasse. Ces cartouches du calibre du fusil de Jules faisaient merveille dit le chasseur...Confiant Jules essaya la munition mais la culasse du fusil ne supporta pas l'explosion de la poudre américaine. Jules se retrouva de nouveau avec des phalanges en moins. Mais ces accidents n'ont rien enlevé à sa joie de vivre, à sa bonne humeur et à son amour de la chasse et des chasseurs. Cela reste son cher univers.

Etymologie du nom "Carlo"

Lors des guerres du 18e siècle, un militaire anglais du nom de Haudestein a fait souche en Belgique lors de l'occupation des territoires conquis. Il se prénommait "Karl", au fil du temps les altérations des (transcriptions ont donné l'orthographe "Haudestaine" et tous les "Haudestaine" sont devenus des "Carlos" autre altération de l'ancêtre "Karl". Les Haudestaine d'Ambresin, de Ciplet, de Braives, d'Avennes, de Thisnes, de Liège, de Bruxelles sont tous des "Carlos" pour les hesbignons. La tour de guet des gardes-chasses d'Ambresin ne s'appelle-t-elle pas "Tour Carlo" ?
L'Aronde et Clap Sabot, charmés par l'accueil chaleureux qui leur a été réservé et par la petite goutte qui leur a été versée, souhaitent à monsieur et madame Jules Haudestaine une très longue retraite heureuse et les prient de croire en leur grande sympathie.

image010
Une prise exceptionnelle : un sanglier abattu à Ambresin en 1965 lors d'un hiver rigoureux. Sur la photo : Isidore Ingebos, Jules Hodé. Joseph. Hippolyte et Jules Haudestaine

Commentaires

avatar HAUDESTAINE HENRY FILS DE HYPPOLYTE
0
 
 
JE VOUDRAIS CONNAITRE QUI A ECRITS CETTE PARODIE SUR MA FAMILLE JE SUIS SUR UNE PHOTO A CCROUPI AVEC UN FUSIL
avatar Adrien Daxhelet
0
 
 
Je suis sincèrement désolé que vous preniez cet article pour une parodie. L'auteur de cet article est feu Jean Rosoux de Hannut qui a interrogé Jules Haudestaine en personne. Il lui a soumis cet article avant publication dans l'Aronde, il y a plus de vingt ans d'ici. Je me souviens qu'il était fier de cet article.
Afficher/cacher le formulaire SVP, identifiez-vous pour poster des commentaires ou des réponses.
Mise à jour le Mardi, 27 Janvier 2009 15:47