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Les Haling

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Un nom - une famille - une tradition
De père en fils ils ont animé nos kermesses


Pour tous les gosses le nom de
HALING est évocateur de grandes joie


Les "Haling" c'est plus qu'un clan, c'est plus qu'une famille, c'est un héritage sacré. Le reporter de l'Aronde a eu l'inestimable for-tune d'être reçu par les 3 frères Haling, dignes représentants d'une génération. Et Dieu sait si ce n'est pas facile de réunir ces sympathiques "gens du voyage" dès que la période de carnaval sonne l'heure des réjouissances publiques. De février à novembre ils sont en migration et leur apparition dans un quartier fait autant d'effet que la première hirondelle.

Les forains

S'il faut en croire un amateur de généalogie, Haling serait d'origine irlandaise. De l'Irlande à la Belgique, en passant par la Bretagne on pourrait établir le long itinéraire des ancêtres de cette famille qui a fait souche à Hannut. Quelles que soient les racines profondes de ces 3 gars au regard tranquille, ils sont fiers de rappeler qu'ils ont quand même du sang français dans les veines. Ne sont-ils pas, en effet, les petits-fils de "Mèrance de chez le Français" ? Roger habite toujours route de Landen à Hannut dans la maison du grand-père. Le forain doit être courageux : durant la bonne saison, il doit cheminer de village en village, se contenter d'un espace vital réduit, monter et démonter son manège tous les 8 jours et rester tributaire des caprices du temps... (s'il pleut ou s'il fait trop froid, l'enfant ne sort pas ou sort très peu : la recette en souffre). Ses enfants doi-vent changer d'école toutes les semaines ou être confiés à une école des gens du voyage, appelées communément écoles des bate-liers. En hiver, le forain doit se recycler... Les gains de l'été ne permettent pas de vivre en rentiers et la sécurité sociale ne couvre pas le chômage du forain. C'est tout un problème et le forain le subit avec philosophie, sans pouvoir le résoudre à coup sûr ! Et puis que dire de l'épouse du forain ? Plus que tout autre épouse elle est indispensable pour assurer le soutien physique et moral du couple et de la famille. Pour elle, pas de confort, pas de dimanche, pas de vacances, pas de visites des parents pendant huit mois, pas de voisines pour faire la causette, pas de cave ni de grenier pour ranger vêtements, provisions, bibelots ou meubles pendant la longue période des fêtes.

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Le carrousel porte sur son fronton, l'inscription "François Haling-Montegnée" Le patriarche est donc originaire de Montegnée et son prénom est passé de génération en génération. La première maison au pignon blanchi, à droite du manège est l'actuel café du Thouet La deuxième maison blanchie est l'actuelle maison "Etienne Leruth" La troisième maison (plus basse) est à l'emplacement du Studio-Photos "Patrick Moers"

Le manège ou carrousel

Les manèges ont beaucoup évolué en un demi-siècle. Il a fallu passer du cheval de bois à la fusée en passant par la moto, l'auto, l'avion... il faut s'adapter aux goûts du moment et pouvoir alimenter les rêves enfantins. Les Haling ont des photos d'archives qui nous montrent un carrousel de chevaux de bois installé à Hannut en 1903, sur la place du marché aux porcs (actuelle place Henri Hallet). En ce temps-là, toute la structure du carrousel tournait autour d'un mât central. Le plancher et le toit tournaient, emme-nant la caravane des chevaux de bois. Le mât central était caché par "le limonaire" (ou orgue de carrousel) et par des pans articulés à la manière d'un paravent. Ces parois centrales de même que les frontons étaient peints par des artistes et représentaient des paysa-ges, des scènes de chasse, des têtes de jolies dames, des motifs géométriques... Les miroirs et les cuivres qu'on retrouvait un peu partout pour donner de l'éclat au manège, témoignaient du souci d'être attractif. Entre le limonaire et le plancher on aménageait une piste circulaire en sable pour permettre au cheval de tirer l'édifice. Ce brave cheval partait ou s'arrêtait au son de cloche et pour l'aider à réduire la force giratoire du mastodonte en mouvement, le forain se glissait sur une planche qui traînait derrière l'animal et qui servait de frein. Le cheval s'arrêtait toujours à la même place, soit devant le limonaire. Pour faire fonctionner le limonaire, pas d'électricité, pas de moteur mais un large volant actionné manuellement. Dans chaque village, il fallait louer les services d'un gagne-petit qui était payé à la prestation. (On retrouvait les mêmes manœuvres sans grade derrière le limonaire des guinguettes). Il devait tourner cette énorme roue de transmission pendant des heures. Les divers mé-canismes de l'orgue étaient commandés par des bandes perforées qui s'articulaient en plis d'accordéon, un air populaire représentait un volume de plis de l'importance d'une grosse encyclopédie. Les airs étaient tous des thèmes de chansons françaises (pas des re-frains anglo-saxons tonitruants comme ceux que nous connaissons actuellement sur les champs de foire).
Le reporter de service se souvient de trois chansons du "carrousel à Haling"
1) Viens poupoule, viens poupoule viens !
2) Sous le soleil marocain, je pense à toi, à toi, oh ma jolie.
3) Monte là-dessus, monte là-dessus, monte là-dessus et tu verras Monmartre (c'était dans les années 20 ! )

Haling s'installe à Hannut

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Hubert fait la connaissance de Emérance Michiels (Mèrance de chez le Français). Début d'une lettre de Emérance à son fiancé Hubert, écrite en mai 1908. Voilà 5 semaines qu'elle est sans nouvelles de son cher forain et cela l'intrigue. Irait-il à Moxhe (le 2e dimanche de mai)

François, l'ancêtre, habitait Montegnée. Ses 2 fils, Hubert et Henri sont devenus hesbignons. L'un et l'autre possèdent un carrousel. Hubert fait la connaissance de Emérance Michiels (Mèrance de chez le Français). Dorénavant le fronton du manège de Hubert portera l'inscription "Hubert Haling-Hannut" (les 3 H.) Pour les soirs de fête, le carrousel était éclairé par des lanternes au carbure suspendues au plafond. Du mariage de Hubert et Emérance sont issus deux garçons (François et Georges) qui deviendront forains à leur tour. Jamais ils ne se feront concurrence, sauf à l'occasion de la foire de juillet à Hannut. Mais Georges s'installera sur la Grand-Place pendant que François montera son "métier" sur la place Henri Hallet (de cette manière, on ne peut parler de concurrence).

 

La vie des gens du voyage

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Hubert et son fils Georges assis sur l'escabeau, au pied de leur voiture.

Pendant leurs longues pérégrinations, les forains vivaient en voitu-res (on ne disait "roulottes" que pour les bohémiens). La voiture du Hubert était en chêne. Les mains courantes étaient en cuivre. Les fenêtres étaient protégées par des volets à persiennes. Mèrance doit cuisiner à l'extérieur sur un petit poêle cylindrique, alimenté au charbon... Quand il faisait bon, tout le monde coulait de douces journées bien peinardes, on récupérait des fatigues du week-end. Quand il pleuvait il fallait se réfugier dans la voiture où l'espace vital était assez réduit car la chambre à coucher occupait une grande partie de l'habitacle. Chaque voiture de forain était gardée par un chien, pour la protéger des vols... On y cachait la recette de la saison !

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François et Georges, toujours célibataires, sont au service de papa-Hubert sur le carrousel familial. Voyez les peintures sur le fronton et les cuivres bien astiqués. Les chevaux sont fixes et les carrosses sont remplacés par des corbeilles (appelées barquettes) qui accueillaient de préférence les jeunes filles qui, par pudeur ou coquetterie, ne chevauchaient pas une monture (voir à gauche de François).

La vie en hiver

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François a repris les traditions familiales. Lui aussi fait du porte à porte mais avec une charrette hippomobile, il vend ses fruits et légumes en dehors de "la saison" Sur la photo, de gauche à droite François Libin (l'aide), le beau-père de François, et François Haling.

En hiver les Haling étaient marchands de poissons et de primeurs. "Mèrance" vendait son poisson étalé sur une charrette à bras que poussait son fils Georges. Sur cette charrette une balance Roberval aux plateaux de cuivre, rutilants. Elle faisait sa tournée le jeudi après-midi (le vendredi était jour sans viande et le passage de Mèrance faisait bien l'affaire des ménagères qui respectaient scrupuleusement l'abstinence du vendredi). Mèrance était bien achalandée et, déjà dans les années 20, elle vendait des crevettes (un luxe à l'époque !) Elle portait toujours un long tablier blanc, impeccable de fraîcheur. A la maison, on vendait des oranges, des bananes, des pommes et des légumes de saison. C'est Hubert qui attelait son cheval pour aller s'approvisionner en poisson à Tirlemont et en légumes et fruits à Saint-Trond, à la criée.

La famille progresse

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Hubert, Emérance, leur belle-fille et Georges devant le jeu des balançoires qu'ils viennent d'acheter. Voyez les peintures typiques sur tous les panneaux du "métier" Quand les jeunes étaient trop auda-cieux, on freinait la balançoire avec une planche qui raclait le fond de la barque.

image007Hubert doit répondre à la concurrence et satisfaire les goûts de la jeunesse. Il achète un jeu de balançoires à un "confrère" qui passe la main. C'est un plaisir plus violent que le cheval de bois et puis on peut y faire des performances en compagnie d'une belle ! Pour les amateurs de sensations plus fortes, Hubert Haling a aussi acheté un carrousel à chaînes. Ici aussi, le toit tourne autour d'un mât central. Mais pas de cheval de trait mais un moteur qui lance le "tourniquet". La force centrifuge fera le reste et placera les sièges sur un plan presque horizontal quand le mouvement giratoire sera assez rapide. Les spectateurs doivent se tenir à distance car les sièges où les pieds des occupants risquent de les bousculer. A remar-quer les jolis motifs décoratifs qui ornent le fronton et les panneaux.

Il faut se moderniser

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Après Hubert, les fêtes héritent des manèges des fils Haling. Plus de chevaux de bois, plus de cheval de trait, plus de moteur diesel mais des autos, des avions, un cheval galopant, des motos, des vélos et un mécanisme électrique. C'est le carrousel des tout-petits. Le toit ne tourne plus, le plancher ne tourne plus, ce sont les véhicules qui roulent. On n'arrête pas le progrès. Il faut répondre aux rêves enfantins et leur donner l'illusion de partir en fusée vers Mars ou une quelconque planète. C'est le siècle de la vitesse et de l'électronique.
Voyez le manège moderne exploité actuellement par Roger Haling, le forain de la 4e génération. C'est beau, c'est rapide, c'est captivant. A ce métier, plus de toit... et gare s'il pleut... c'est la ruine ! Plus de lanternes mais des ampoules à profusion. Bien sûr il faut encore une voiture pour séjourner sur place. Plus de limonaire pour créer l'ambiance mais de la musique enregistrée.

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Les tournées

 

Voici pour l'édification de nos lecteurs les tournées des frères Haling. Qui, jamais, ne se font la concurrence.

Tournées de :
Hubert et
son fils Georges
François
Hannut Lens-St-Servais
Braives Trognée
Boëlhe Thisnes
Grand-Axhe Fallais
Ville-en-Hesbaye Avin
Avennes Burdinne
Lens-St-Remy Latinne
Tourinne Marneffe
Villers Braives
Hannut Blehen
Brivioulle Ambresin
Cras-Avernas Ligney
Faimes Rosoux
Grand-Axhe Avin
Braives Fallais (Boëlhe)
Les Waleffes Thisnes
Avennes Avernas (Trognée)
Villers Marneffe
Lens-St-Remy Pitet

 

A partir de 1980, les tournées dans les villages ne sont plus rentables (dénatalité en Wallonie !). Il faut étendre le rayon d'action et choisir de plus grosses communes. On ne s'y installe plus pour un dimanche. Mais pour deux ou trois week-ends (il faut louer son emplacement 1 an à l'avance). La tournée de Roger le conduit aux quatre coins de la Wallonie ! A Aubel, à Virton, à Péruwelz, à St Hubert, à Beauraing, à Ciney, à Herseau, à Châtelet, à Hannut...

Témoins du passé

Les frères Haling conservent comme des reliques les cloches des différents manèges de chevaux de bois, la balance Roberval de la charrette à poissons, des peintures, des photos.

Quelques anecdotes

1) Quand Hubert se présentait dans un village, il y avait toujours un fermier pour offrir l'hospitalité de son écurie à son cheval. De même on lui offrait gracieusement un pré à pâturer. On aimait Hubert et on le considérait.
2) A chaque fête villageoise Emérance recevait des tartes de la part de ménagères généreuses "ainsi c'était la fête pour tout le monde". Nos grands-mères hesbignonnes avaient bon coeur !
3) Quand Hubert quittait un village, sa voiture et son fourgon étaient suivis des enfants du village qui donnaient un pas de conduite à Hubert jusqu'aux confins de la commune... Une autre bande joyeuse accueillait Hubert dans la commune où il venait s'installer. Il était adoré de tous les gosses. Il venait leur apporter un peu de bonheur.
4) Un jour, à Brivioulle, lors d'un orage, la cheminée d'une maison est tombée sur le toit du carrousel, trouant la bâche et occasion-nant une voie d'eau sur le "métier". Mais le manège a continué sa ronde.
5) Pendant la guerre 40-45, plus de fête... L'occupant l'interdisait... et puis le cœur n'y était pas. (Une exception cependant quand il s'agissait d'une fête de charité pour les prisonniers). Le carrousel, dans son fourgon, et le camion tracteur furent garés dans la remise, rue Jean Mottin. C'est sur cette remise qu'un robot (V1) allemand a choisi son point de chute. Le camion fut retourné et sa cabine écrasée ! A la fin des hostilités, on a relevé le camion, on a enlevé les tôles tordues de la cabine et... miracle... le moteur se remit en route au premier tour de manivelle. On fit encore quelques sorties avec ce camion... sans cabine. C'était un moteur "Bergman" avec transmission à chaîne (apparente), à bandages de caoutchouc plein, et à conduite à droite. (Un ancêtre increvable... au propre... et au figuré !)
6) A Hannut, les fêtes traditionnelles étaient, dans l'ordre chrono-logique, la foire aux chevaux (en février), la foire de la Saint Jacques en juillet) et la fête patronale (en septembre). D'où nous vient donc la fête de Pâques ? Il paraîtrait que c'est Hubert Haling qui aurait proposé de monter son manège sur la place le dimanche de Pâques parce qu'il n'avait aucun engagement dans un village à cette date. Le mayeur de l'époque l'aurait autorisé et son exemple a été suivi...

C'est ainsi que pour remercier Hubert Haling le Bourgmestre lui aurait donné le privilège de la gratuité (à lui et à ses descendants) pour le week-end de Pâques. Mais, après deux guerres, le privilège serait tombé en désuétude ! N'y aurait-il pas trace de cette page d'histoire dans les registres communaux ?

Parlons prix

En 1908 Hubert offrait un tour pour un "noir sou" (on neûr cent) : soit un centime. Après la guerre 14-18, le tour coûtait 5 centimes. En 1930 un tour valait 10 centimes. Et les prix ont monté avec le coût de la vie. 1 F. aux fancy-fairs organisées pour les prisonniers. 2 F. le tour ou 3 tours pour 5 F. en 1945, puis 2 tours pour 5 F. en 1950. et maintenant ?

Bonne route

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François Haling devant la maison maternelle, route de Landen, assis entre tante Léonie
et maman Emérance (toujours en tablier !)

Merci à Roger, à Francis, à Jean, aux épouses Haling qui m'ont si bien accueilli. Merci à Francis qui a bien voulu interrompre ses occupations à la friture du Vieux Moulin, rue du Pont à Waremme, il se recycle merveilleusement dans la restauration c'est le patron qui est aux fourneaux. Il a été à la bonne école ! J'ai été heureux d'évoquer avec eux tant de souvenirs agréables ! Ce sont les dignes successeurs du papa Hubert. Ils sont bons, ils sont gentils, ils sont courageux... Ce sont des vrais, des purs. Merci et bonne route chers amis...

Commentaires

avatar Haumont Virginie
0
 
 
C'est pas François au milieu de la dernière photo, c'est Roger!!!!!
avatar Adrien Daxhelet
0
 
 
Merci pour la rectification
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Mise à jour le Vendredi, 16 Janvier 2009 14:07