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Maurissen et la Capsulerie

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HANNUT
Si l'éclairage électrique m'était conté

 

II y a 70 ans ? Monsieur MAURISSEN


En pleine guerre, malgré l'occupant,
Hannut accède au progrès du siècle

 

Pensée à Zénobe Gramme

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Zénobe GRAMME

"Dji tûss' Hortense !" (réponse de Zénobe à une épouse qui l'interroge sur ses occupations). Ce grand penseur, qui fut aussi un inventeur illustre, a fait ses classes primaires et son apprentissage à Hannut. Il inventa la dynamo, génératrice d'électricité, qui bouleversa le monde et qui marquera désormais le 20e siècle de son avènement. La ville a dignement fêté ce savant hesbignon lors de grandes réjouissances auxquelles assista la princesse Paola.

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La dynamo construite par Zénobe Geamme
Photos extraites du Florilège des Sciences de Belgique.

La guerre 14-18

Lorsqu'éclata la première guerre mondiale, les gens des campagnes et de toutes les villes rurales s'éclairaient encore au pétrole... Le quinquet dans les foyers, la lampe tempête dans les dépendances des fermes, ou sur les véhicules. L'électricité n'avait encore fait son apparition que dans les grandes villes. A Hannut, l'éclairage public consistait en réverbères.

L'éclairage public à Hannut avant l'électricité

Nous avons fait appel aux souvenirs des anciens Hannutois et il semble bien que l'éclairage de certaines rues ait connu deux stades et deux techniques différentes.

1. Réverbères fixés aux murs
Ces réverbères fixés aux murs des maisons surplombaient le trottoir à 50 ou 60 cm de l'habitation et étaient alimentés au pétrole. La lampe reposait sur un bras horizontal en fer forgé fixé à 3 m de hauteur. Un allumeur public venait chaque soir, une échelle sur l'épaule, remplir le réservoir et allumer la mèche. Le dernier allumeur des réverbères au pétrole serait Monsieur Salmon (le grand-père des fleuristes Dubois et Saimon).

2. Lampadaires publics
Puis on connut les lampadaires, ou réverbères sur supports verticaux, placés en bordure des trottoirs. Ces lampes étaient alimentées à l'acétylène. Un tonnelet d'acétylène était placé dans le socle du lampadaire et relié par un tube en cuivre à la lampe à manchon. L'entretien de ces réverbères était confié à Monsieur Montulet, horloger de son état, et l'allumage était assuré chaque soir par Madame Coignoul (grand-mère de L. Destoquay) qui était équipée d'un long manche surmonté d'une mèche allumée. Tous ces personnages étaient éminemment sympathiques et considères avec une certaine déférence par la population et spécialement par les enfants. D'ailleurs la lutte contre l'obscurité a toujours été le souci des hommes depuis la préhistoire.

3. Ravitaillement en pétrole et en carbure
Pendant la guerre on connut une pénurie de pétrole et de carbure et des audacieux se déplaçaient avec une charrette et un cheval pour passer en Hollande et charger le maximum de carburant (la Hollande n'était pas en guerre et ne souffrait pas de pénurie). Il y avait à Hannut, rue du Tilleul (maison Morenne), un dépôt de pétrole que les Hannutois de l'époque appelaient "La Pétrolifère". Il disposait de cuves montées sur des charrettes hippomobiles qui faisaient la tournée dans toute la Hesbaye en agitant une cloche. Certaines épiceries disposaient aussi de réservoirs avec pompe aspirante, pour vente de pétrole au détail. C'était "La Pétrolifère" qui les ravitaillait.

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Sur les deux volets de cette carte d'identité, on peut voir les signatures de Mousieur Maurissen, de Monsieur Frison, secrétaire communal, et de Mon-sieur Charles Degraeve, employé de l'état-civil qui a validé la carte durant la deuxième guerre (validation exigée par l'occupant.

Premières applications de la dynamo

Malgré tout, certaines entreprises ou usine fabriquaient leur propre courant, une force motrice actionnait une dynamo pour les besoins de leur éclairage. Si les propriétés de l'électricité sont : éclairage + chaleur + énergie, les hommes de cette époque n'avaient encore exploité que la source "éclairage", on en était aux premiers balbutiements.

"Fiat Lux !"... Georges Maurissen le grand novateur

Georges Maurissen, jeune industriel bruxellois arrive à Hannut et entre dans l'association qui exploite la capsulerie métallique, rue de Poucet (actuelle rue Joseph Wauters). Dans cette usine, il installe une machine à vapeur qui alimente une dynamo et dispense l'éclairage dans les bâtiments. C'est un homme d'action et il a la réputation d'être moderne (comme tous les citadins) il fait d'ailleurs l'admiration des braves hesbignons car il est un des premiers propriétaires d'un phonographe (à remontage mécanique manuel et à grand pavillon) et d'une voiture automobile (sans marche arrière). La vie à Hannut ne lui déplaît pas et il s'intéresse à la promotion de notre petite ville. Ses connaissances techniques et son esprit d'initiative l'amènent à envisager la distribution de l'éclairage en ville. Aussitôt dit, aussitôt fait... Georges Maurissen en fait la proposition au Conseil communal en 1916.

Esprit de clocher... Oppositions politiques

Nous sommes en pleine guerre 14-18. Le bourgmestre Mottin vient de mourir. Les séances du conseil communal sont présidées par un échevin "faisant-fonction". Dans les archives de la société on relève que Gustave Detiège Échevin, f.f., aurait eu comme première réaction : "pour ce qui reste de commerçants à Hannut, à quoi cela servirait-il ?" De la consultation des registres communaux nous suivons la progression du dossier. Nous sommes en 1917 l'échevin président est M. Deprez, le 2e échevin est M. Detiège, les conseillers communaux sont Messieurs Denis, Doucet, Hallet, Mottard, le secrétaire communal est M. Dubois (conseil communal composé de 7 membres à l'époque : 1 bourgmestre, 2 échevins, 4 conseillers). Le 25 avril 1917 le Conseil décide à l'unanimité de dresser un cahier des charges pour procéder à l'adjudication de l'installation d'un réseau de distribution. Le cahier est approuvé en juin et on fait appel aux adjudicataires. Le 14 juillet 1917 la "Société Coopérative Centrale Hannutoise d'Electricité" est déclarée adjudicataire. (N.D.L.R.: Personne ne se souvient de cette société coopérative !) Le 24 août 1917, la Capsulerie Métallique introduit une requête tendant à obtenir pour un terme de 15 ans la concession de l'éclairage de la commune. Elle conteste l'adjudication. Sous la plume du secrétaire communal, Monsieur Dubois, le rapport fait allusion à des considérations comminatoires contenues dans la requête. La parole reste aux autorités supérieures... Mais le 20 octobre 1917 le Conseil communal est saisi d'une double demande de raccordement à la centrale électrique installée à la capsulerie métallique. La première vient de la Supérieure du couvent des sœurs qui sollicite l'autorisation de poser des fils au-dessus de la voirie dans la rue de l'église. La seconde vient de Messieurs Gerbehaye et consorts (Grand-Place) pour le même objet. Monsieur Mottard (le docteur) conseiller communal est le seul à soutenir les 2 demandes et il engage le Conseil communal à autoriser "par tolérance" la Capsulerie métallique à opérer les raccordements.

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C'est alors qu'on apprend que l'adjudication au profit de la société coopérative "Centrale Hannutoise d'Electricité" n'a pas été approuvée ! Les opposants à la Capsulerie métallique font aussi remarquer que le dite capsulerie "a établi sa centrale, posé des fils, éclairé une partie de la commune sans la moindre autorisation!" De plus ces 2 demandes de raccordement paraissent être des manœuvres pour obtenir une "autorisation" afin d'en tirer profit après les hostilités ! (sic). Par 5 voix contre une le Conseil décide de ne pas intervenir dans cette affaire parce que, sur remarque du secrétaire, ces demandes sont de la compétence du Collège échevinal.
(C'est du Clochemerle).

Le dossier est approuvé

En temps de guerre, la compétence des autorités civiles est subordonnée à l'approbation de l'occupant. C'est ainsi que la Capsulerie métallique obtiendra l'aval de la Province de Liège mais assorti d'exigences de la part de l'Etat-Major allemand établi à Hannut. La distribution du courant devra se faire jusqu'à la gendarmerie (où l'état-major avait son quartier général !) et jusqu'au Casino (rue du Tombeu) où l'hôtel hébergeait les officiers allemands! La Capsulerie conquiert donc son droit de cité et les plans établis par l'ingénieur Torsin de Bruxelles seront réalisés entre 1917 et 1920. (voir plan page précédente) A noter que seules les rues principales sont partiellement raccordées au réseau. Le livre des rapports de gestion de la Capsulerie annonce que les recettes de la société sont en continuel progrès et qu'en janvier 1920 elle peut déjà rembourser les garanties versées par les particuliers. En 1925, la commune prévoit et réalise l'extension du réseau à toute la commune. En 1928, les tarifs sont relevés pour faire face aux nouveaux investissements. En 1929, la Capsulerie commence à avoir des ennuis avec ses moteurs et décide d'abandonner son exploitation à l'issue de son contrat soit en février 1930.

Détails techniques sur notre première centrale

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Monsieur MAURISSEN

Nous ne disposions pas du courant alternatif comme maintenant, la distribution se faisait en courant continu. L'usine faisait donc tourner un moteur à gaz pauvre, à piston unique, secondé dans son mouvement par un énorme volant circulaire de 3 mètres de diamètre. La machine était énorme et son alimentation se faisait par le gaz pauvre issu de la combustion du bois, de la sciure, du charbon (maintenant c'est du diesel ou du nucléaire). Cette dynamo chargeait jour et nuit d'énormes batteries dont le nombre augmentait au fur et à mesure des besoins toujours croissants. Il fallut bientôt équiper l'usine d'un deuxième moteur pour pallier aux défaillances toujours possibles et permettre les réparations et l'entretien. Le courant n'était distribué que pendant des horaires bien précis car pour fonctionner 24 heures sur 24 il aurait fallu des batteries en quantités énormes. L'installation dans les maisons se faisait avec des fils gainés de toile et tressés. Ils étaient fixés à même le mur avec des petits isolateurs en porcelaine. L'ampoule était une ampoule-poire, assez longue, contenant des filaments accrochés en zig-zag. Elle se terminait toujours par une petite pointe en verre qui constituait la soudure du tube en verre par lequel on avait pratiqué le vide. La lueur de ces ampoules n'étant pas extraordinaire, les abat-jour étaient équipés d'une cordelière avec contrepoids qui permettait de rapprocher le faisceau lumineux de la table de travail ou de la table de cuisine. La lampe au pétrole, la lampe à acétylène, la chandelle avaient vécu !


Anecdotes

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Monsieur Maurissen à 58 ans lors de la remise du premier prix au gymkana 1946 (lauréat M. Corbeel) voir John Corbeel enfant, M. Corbeel et les instituteurs Wanet et Renard.

1. La présence de Monsieur Maurissen était exigée durant toutes les heures d'ouverture de l'usine et spécialement le soir aux heures de pointe. Cependant à l'occasion de certaines obligations familiales ou à l'occasion de certaines heures de détente bien utiles, Monsieur Maurissen s'absentait; en cas de nécessité, il était rappelé suivant un code qui pouvait l'atteindre partout, même dans des lieux privés de téléphone. Quand sa présence était nécessaire à l'usine, le technicien de service provoquait trois petites coupures consécutives de courant. Ce signal était perçu partout : en rue, à la maison, au cabaret, en confirmation de ce signal "indien", il me souvient que mon père, en cas de pareille coupure, disait à ses enfants "Monsieur Maurissen est certainement allé joué aux cartes" Et nous suspendions nos devoirs en souriant, attendant la fin de la 3e coupure.
2. Le service de secours 14-18 établi sur la grand-place (nouvelles installations du Crédit Communal) s'éclairait à l'acétylène mais le travail du soir y était pénible en fonction de l'épuisement rapide des réserves de carbure. L'ingénieur Monsieur Thonet qui assumait la présidence des secours se vit refuser le raccordement au réseau électrique parce que les réserves de la centrale ne permettaient pas de telles consommations nouvelles...
Le secrétaire du comité de secours (toujours en vie !) nous confia que l'ingénieur Thonet imagina un raccordement pirate en captant le courant sur les fils aériens à l'aide de deux perches armées de crochets. (Arrimage avant usage, retrait des perches après usage ! et jamais personne ne se confia par crainte (d'une condamnation pour complicité tacite !) Les accessoires furent achetés a Bruxelles par l'ingénieur Thonet et l'installation se fit, sous ses conseils, par Arthur Lebeau.

Monsieur Maurissen

Monsieur Georges Maurissen a son nom attaché à diverses réalisations telles que la capsulerie. la centrale électrique, le conseil communal, le gymkana, la chaînerie, etc...



LA CAPSULERIE HANNUTOISE

La capsulerie une pourvoyeuse d'emplois en Hesbaye. De 1909 à 1982 l'usine hannutoise eut un renom européen
Elle fut la première et la dernière fabrique de capsules du Bénélux.

 

Comme nos ancêtres les Gaulois

Le bon peuple wallon avait le cœur vaillant et le coude léger. Dans toutes les maisons bourgeoises on buvait du bon vin pendant que dans les cafés on débitait la bière en fût et le genièvre en tourie. Soutirer le vin était un art que chaque notable apprenait à ses serviteurs. Seuls les hommes étaient admis au cellier et la mise en bouteilles se déroulait selon un cérémonial qui s'apparentait à un culte. Le patron officiait et les hommes de service étaient honorés de prêter main-forte. En récompense, l'équipe goûtait au breuvage nouveau... Parfois jusqu'à ce que l'ivresse rougisse les trognes. C'était un spectacle (et un rituel) interdit aux femmes ! Et il fallait que les conditions météorologiques soient optimales : ciel bleu... soleil à gogo... vent nul... jamais par ciel couvert... temps venteux à proscrire... le vin est un enfant douillet et il faut le ménager.

Conservation et vieillissement. Naissance d'une industrie.

Les bouchons de Liège devaient être de première qualité. Pour les préserver de la moisissure, de la dégradation ou du pourrissement on encapuchonnait le goulot de la bouteille de cire à cacheter fondue au bain-marie. Petit à petit la cire à cacheter (qui s'écaillait au moindre choc... et qui nécessitait une longue manipulation) fut remplacée par la capsule en plomb. Les pays producteurs de vin (France - Allemagne - Italie - Autriche - Espagne) disposaient de grandes capsuleries. Les pays du Bénélux (Belgique -Hollande - Luxembourg) n'avaient pas de capsulerie, mais étaient grands consommateurs de vin. La mise en bouteille engendra la nécessité de créer des capsuleries. C'est ainsi que des hommes d'initiative hannutois décidèrent de - fonder une capsulerie pour les besoins de la Wallonie.

La capsulerie hannutoise sur les fonts baptismaux.

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La capsulerie à ses débuts, soit avant 14-18. A remarquer des fillettes de 10 à 12 ans en longs ta-bliers et en sabots. (La législation de l'époque autorisait le travail des enfants de 10 à 12 ans dans les usines pendant un horaire réduit).

C'est en juillet 1909 (c'est-à-dire avant les vendanges de 1909 et avant la mise en bouteilles de la récolte 1908) que des courageux forment la société anonyme "La capsulerie métallique de Hannut". Les sociétaires principaux sont Messieurs Frère, Grégoire, Thirion, Bertrand, Kinet, Snyers, Pinte, Poncin, Doneux et Bal. Les statuts paraissent au Moniteur du 16/7/1909. En 1912, l'usine occupe 72 ouvrières et 5 hommes (un record pour l'époque elle sort 30.000 capsules par jour ! Le salaire d'une ouvrière est de 1,25 Fr par jour. La fabrication artisanale est bientôt concurrencée par la fabrication mécanisée et le prix de revient n'est plus compétitif... il faut investir ou mourir...
L'ère Maurissen et la haute conjoncture

Les fondateurs de la capsulerie, sans doute trop conservateurs, n'osent pas prendre les risques qui s'imposent. Pas assez vindicatifs face à la concurrence, ils accusent un déficit de 43.829 Frs (à cette époque cela représente une fortune colossale !) La capsulerie sera à qui osera la reprendre... Quatre audacieux décident de relever le défi. La capsulerie change de mains. Les liquidateurs en obtiennent 57.000 Frs. Le bailleur de fonds principal de la nouvelle société est Bertrand-Kinet. La tête pensante est Georges Maurissen. Le technicien en la matière est Emile Warnant et le secrétaire-comptable est Léon Longrée. C'est une équipe qui allie l'érudition à l'audace et elle démarre avec détermination le 14 novembre 1913. Après un an de fabrication le capital est amorti et une prime de 10.000 Frs est répartie entre les membres de l'usine, chaque année.

Technique et expansion

Les capsules du début sont en plomb étamé. Les matières premières sont principalement des tuyaux de plomb de récupération achetés à Liège chez un grossiste en vieux métaux. A défaut de quantités suffisantes l'usine s'approvisionne en lingots dans une fonderie. L'achat de vieux tuyaux est plus avantageux et le prix de revient d'une capsule est plus compétitif. La capsulerie dispose d'une chaîne de fabrication qui comprend :
1) Une fonderie dont le fourneau est alimenté au bois, puis au charbon, puis au mazout.
2) Une lingotière qui reçoit le plomb en fusion et le solidifie en lingots étroits susceptibles de passer au laminoir.
3) Un laminoir qui transforme le métal en bande très fine qui s'enroule sur un cylindre.
4) Une presse automatique qui moule la capsule, sans soudure, aux dimensions du goulot à encapuchonner.
5) Une imprimerie qui, à l'aide d'un cliché (ou un timbre), donne à la capsule la marque du vin en relief.
6) Une vernisseuse qui peint la capsule aux couleurs désirées. (cette opération s'appelle aussi le laquage).

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3 sortes de capsules De haut en bas : 1. En plomb étamé et verni - 2. En aluminium - 3. En plastique On remarque le rapport de collage aux "2" et "3" -
La "1" est d'une pièce

Pour répondre aux impératifs du pingres et du prix de revient il faut sans cesse innover et se reconvertir.
1) De la capsule en plomb il faudra investir pour la fabrication de la capsule en aluminium (plus légère, moins chère). L'aluminium est acheté en lingots.
2) Cette technique sera vite dépassée car les américains mettront un nouveau matériau sur le marche : le plastique. Il faudra à nouveau investir des millions pour fabriquer des capsules en plastique (toujours plus légère, toujours moins chère).
3) Pour certaines denrées, le client exigera aussi la capsule en gélatine c'est ainsi qu'une aile spéciale est construite à droite de la capsulerie traditionnelle. Là, la technique est différente; la gélatine sera réduite en pâte par action du formol et refroidie dans l'eau après moulage.
4) Les fabricants d'apéritif se singularisent des vignerons en utilisant des bouteilles dont le goulot s'agrémente d'un pas de vis. Il est alors question de la fabrication de la capsule à visser.

N.B. Il est à remarquer que, seule, la capsule en plomb est moulée en une pièce, les autres capsules ont une tête collée et présentent un rapport de collage.

La capsulerie métallique hannutoise connaît un tel essor et une telle réputation que toute l'Europe vinicole lui commande ses produits. Ils ont la réputation d'être non seulement impeccables mais toujours livrés dans les plus brefs délais. Si on s'en réfère au stock de timbres (ou matrices d'impression) de la capsulerie métallique hannutoise il faut se rendre à l'évidence que l'usine hannutoise a eu 10.000 clients différents. Un record ! on reste rêveur. Ce stock est digne du musée industriel national. La dernière machine achetée par la capsulerie permettait à une seule ouvrière de fabriquer, imprimer, laquer et emballer 30.000 capsules en un jour.

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CAPSULEUSES
Ancienne et moderne

La moderne fait toutes les opérations jusqu'à l'emballage

Fidélité du personnel

Le fichier du personnel de l'usine comporte des centaines de noms. A la compulsation de ce répertoire il apparaît que beaucoup de jeunes filles y sont restées jusqu'à leur mariage. D'autres ne l'ont quittée qu'à la première maternité et certaines y ont fait carrière jusqu'à leur retraite, en même temps que leur mari. Beaucoup d'ouvriers sont restés fidèle à la capsulerie jusqu'à sa fermeture. D'autres enfin ont eu un témoignage de fidélité à Monsieur Maurissen et sont restés à son service lors de la reconversion de l'usine. Jamais sans doute aucune entreprise n'aura assuré, dans le passé, autant de survies à des ménages hesbignons et même à des familles entières.

Autres temps, autres mœurs.

 

On sait que les guerres emmènent avec elles leur lot de changements, de modernisation, d'évolution. La dernière guerre a fait date dans l'histoire de la capsulerie.

a) La mise en bouteilles au château
Dès 1945, les négociants en vin, venant de la Bourgogne ou de la Gironde, ont préféré présenter leurs produits en bouteilles plutôt qu'en fûts. Leurs exportations ayant augmenté outre-Atlantique, les producteurs se sont équipés pour une présentation personnalisée de leurs vins. Bouteilles, étiquettes, bouchons, capsules ont une identité propre pour chaque château. Cette technique commerciale fut du goût des grandes surfaces qui appuient leur publicité sur la présentation en séries. Les gens qui soutirent leur vin en Belgique deviennent de plus en plus rares. De même les importateurs belges et hollandais ont renoncé à soutirer chez eux, ils commandent uniquement des "mises au château" et tous leurs stocks sont en bouteilles. Ces mœurs nouvelles ont ainsi réduit la consommation des capsules en
Belgique.

b) Le Bénélux
Les accords douaniers du Bénélux et le marché de cette entité commerciale ont obligé la concertation entre les capsuleries qui voyaient leur carnet de commandes se rétrécir comme une peau de chagrin. Le Marché Commun fut fatal aux entreprises qui étaient les moins performantes. La société de Hannut a racheté les capsuleries de Chaudfontaine, de Wavre, de Essen. En 1975, il n'y avait plus que 3 capsuleries en Belgique (il y en avait 9 dans le Bénélux !) Celle de Hannut fut la dernière du Bénélux. Pour terminer, elle voyait sa clientèle réduite aux huileries, cidreries et vinaigreries qui bientôt nécessitèrent d'autres techniques avec doseurs et bouchons verseurs. A défaut de demande, la capsulerie ferme ses portes en 1982.

L'esprit de famille

La capsulerie s'honore de belles festivités organisées lors de mises à la retraite ou lors de jubilés. Après la petite partie académique et les poignées de mains tout le monde passait à table puis les farandoles animaient la soirée. Les cadres, les employés, les ouvrières et les ouvriers étaient fraternellement unis dans la joie et la saine détente.

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Un banquet de mise à la retraite. On y distingue MM. Gillot, Staïesse, Bertrand, Warnant


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Vive la fête ! Une farandole animée, dans un local bien décoré, pour honorer les décores. Monsieur Maurissen prononce un discours de circonstance pour la remise de distinctions honorifiques à des chevronnés. (Joseph Gillot - Louise Detrixhe - Louisa Renson) - Louise Detrixhe a battu tous les records de fidélité. Elle est entrée à la capsulerie à 14 ans, elle en est sortie à 65 ans ! Elle cumule 3 décorations honorifiques. L'Administration communale du moment est représentée par le Bourgmestre Lucien Gustin et le Premier Echevin Henri Sonck.

Et maintenant

1) Les locaux de la capsulerie ont accueilli d'autres activités de production dont une chaînerie, une usine de plastique pour le conditionnement de détergents, de shampoing, une tuberie. Pour l'instant, la société "GEMAPLAST" y a installé ses ateliers de fabrication. La famille Maurissen fait bien partie de notre histoire locale. Qui en douterait ?

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Photos d'archives :  L'ancienne capsulerie (soit avant 1940)

2) Dans un coin des vastes locaux désormais inoccupés, Monsieur Maurissen accueille et abrite tous les appareils et astuces qui talonnent le circuit du gymkana automobile dont le papa Maurissen a été le créateur. On y retrouve même une provision de lingots de plomb qui servent à stabiliser la grande bascule au milieu de la piste du gymkana.
3) Bon nombre de machines ont été revendues ou démantelées. Les pays producteurs de vin ont de très grandes capsuleries en milieu vinicole. Il reste quand même des témoins du passé qui mériteraient une place d'honneur dans un musée communal. (Tiens donc ! Pourquoi la commune ne négocierait-elle pas l'achat des locaux désaffectés de la capsulerie pour y installer un musée ? C'est du solide, du propre, du bien aéré et plein de sources lumineuses ce n'est pas une bonne idée cela ?).
4) Monsieur Maurissen manifeste toujours une grande gratitude aux personnes sur lesquelles son père et lui même ont pu compter pour faire tourner l'usine avec le succès que l'on sait. Monsieur Maurissen rappelle avec tendresse la figure d'Emile Warnant qui fut le chef de fabrication du temps de son père. Il parle aussi avec grande sympathie de Joseph Gillot qui, dans la nouvelle génération, conduisit le personnel ouvrier avec compétence et gentillesse.
5) Le Marché Commun... le snobisme de "la mise au château"... ont tué les capsuleries du Bénélux. Quel dommage ! Tout ce que la Belgique ne fabrique plus profite à d'autres pays.
Mais chez Maurissen, l'esprit d'invention n'est pas mort. Un jour, peut-être ? Sait-on jamais ? Ce n'est pas Hannut qui s'en plaindrait !

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Retour d'évacuation (organisé par Barthel Leclercq et Georges Maurissen). Le récoltage des petits Belges s'est fait dans le midi de la France. Photo prise au retour à Hannut. Le papa Maurissen accueille le camion de la scierie Leclercq et son précieux chargement. (Qui nous dira l'identité de toutes les personnes ?)

Dans une précédente édition de l'Aronde, nous vous faisions l'historique de l'éclairage public à Hannut. Grâce aux renseignements fournis par Monsieur Fernand Jadoul nous savions que les rues de Hannut étaient éclairées par des lampes à acétylène. D'abord elles turent fixées à des supports métalliques ancrés dans les murs de certaines habitations... Puis Hannut s'honora d'un éclairage public dispensé par des réverbères à acétylène. Grâce à l'amabilité de Monsieur René Landrain, nous pouvons publier ce document unique montrant un de ces merveilleux lampadaires hannutois. Le socle contenait la provision d'acétylène et l'allumage se faisait chaque soir à l'aide d'une petite échelle qui permettait à la préposée d'atteindre le manchon à acétylène avec sa mèche allumée.

(N.D.L.R. Ne pourrait-on ressusciter quelques lampadaires semblables pour notre éclairage électrique ? Ne trouvez-vous pas que ce serait joli autour de la grand-place ? Et ce ne sont pas les chiens qui s'en plaindraient... Eux qui sont privés de réverbères ! Ne pourrait-on émouvoir le cœur "hannutois" de certains administrateurs hannutois ? Et pourquoi la quinzaine hannutoise n'y songerait-elle pas?)

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Et puisque nous parlons de la grand-place, admirons cette photo d'archivé (René Landrain) qui nous fait penser au midi : place arborée, hommes en canotiers, marché public de bétail, charrettes bâchées "à la western".

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Mise à jour le Vendredi, 16 Janvier 2009 23:16