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Pompiers de Hannut

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Au feu les pompiers, la maison qui brûle. (air connu)

À propos du 50e anniversaire
du corps des pompiers de Hannut.

« Tout feu, tout flamme » des anciens se jettent à l'eau !


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Le groupe de Hannut lors de la prise de commandement par Jean Renard

Le centre-groupe des pompiers de Hannut va fêter son 50e anniversaire. Laissons aux autorités communales et hiérarchiques de tout grade le soin et l'honneur d'évoquer l'historique de ce corps d'élite et amusons-nous à recueillir les confidences de ceux qui ne sont plus en activité pour "raison d'ancienneté". Nous en avons interviewé quatre... ils ont des souvenirs tragiques à évoquer, ils ont des actes de dévouement à rappeler, des gestes héroïques à raconter, des situations comiques à narrer. (Un historique chronologique fut inséré dans l'Aronde lors d'un numéro consacré à Jean Renard). Il a fallu faire un choix ! Pour ce jubilé d'or, l'Aronde se réserve de vous de confier des pages cocasses du livre d'histoire du corps des sapeurs-pompiers de Hannut.

 

A tout Seigneur, tout honneur, nous laissons d'abord parler le commandant Jean Renard.

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Jean Renard commandant honoraire du corps des sapeurs-pompiers

- La première équipe dont j'ai eu le commandement était composée d'anciens militaires (in illo tempore, on n'était pas un homme si on n'avait pas accompli son service militaire). Cette formation nous permettait de figurer dans les défilés avec beaucoup de panache et nous étions toujours fort applaudis. Seulement, lors des exercices de préparation, les hommes étaient animés d'un esprit d'émulation qui tournait parfois à l'esprit de compétition. Un ancien de la cavalerie ne pouvait pas faire la leçon à un fantassin du 12e ou du 14e de Ligne. L'infanterie savait marcher au pas et dénigrait souvent les gars du génie ou les motorisés. Lors de la préparation d'une cérémonie protocolaire hannutoise, notre ami Félicien, dit "le fiche", se plaisait, avec son humour féroce à critiquer ceux qui, comme lui, n'avaient pas connu la formation de cycliste-frontière (régiment d'avant-garde). Tout était bien rodé et suivant le plan d'évolution que j'avais établi, la formation évoluait impeccablement pour rendre les honneurs. Les ordres étaient correctement exécutés et les hommes avaient les réflexes en mémoire. Le jour de la manifestation, mes plans s'évanouissent car, à mon insu, la fanfare a pris place après mon peloton. Il va donc falloir inverser une partie des ordres mémorisés. "A gauche par deux ! marche !" est donc remplacé par "à droite par deux ! marche !"... Malédiction! le "fiche" ne réalise pas mon ordre ! il tourne à gauche et se trouve nez à nez avec un gars "qu'il ne porte pas dans son cœur" ! grimaces ! bouches bées ! yeux hilares ! piétinement aux yeux et à la barbe du public ! mortifié notre brave fiche a voulu noyer son embarras et son humiliation : il enregistra la plus belle cuite de sa vie.
- Nous sommes appelés à Warnant-Dreye pour vidanger des caves inondées. Après inspection des lieux, je décide (pour des raisons techniques régies par les lois de la physique) d'établir un circuit de pompage et de refoulement rapide qui exige que l'eau d'une cave soit refoulée dans la cave du voisin pour permettre une évacuation puissante et rapide (les initiés sont rompus à ces principes qui régissent les lois de forces statique et dynamique). La propriétaire de la cave de la fin du circuit, voyant qu'on déversait l'eau de sa voisine chez elle, ignorante du problème hydraulique précité, entre dans une rage folle surgit de son arrière-cuisine armée d'une énorme poêle à frire, et en asséna un violent coup sur le crâne du mécanicien qui surveillait la manoeuvre : son képi lui était descendu jusqu'aux yeux et il ne parvenait pas à comprendre ! Comme un malheur n'arrive jamais seul, ce même pompier s'informe auprès du caporal de service, (arrivant d'une reconnaissance des lieux) avant de placer un tuyau d'aspiration "combien de marches caporal ?" ce dernier perçoit "à combien de marches" et crie «une» Notre gaillard, le tuyau sur l'épaule fait une grande enjambée pour placer son tuyau et dans un plouf sinistre disparaît dans les profondeurs de la cave inondée.
Cris ! appels à l'aide ! précipitation ! bousculade ! invectives !
- Appelés d'urgence à Fallais nous sommes requis pour retirer un cheval de valeur enlisé dans le lit vaseux de la Mehaigne. La tactique dans pareil cas est de faire confiance à l'animal désespéré ! se mettre le plus près possible de sa tête, lui parler calmement et sans arrêt pendant qu'une équipe s'affaire à passer de larges sangles sous le corps immergé de l'animal. Sur la berge, des hommes costauds attendent l'ordre de tirer pour aider l'animal à sortir de la vase. Les berges n'étant pas propices à une escalade facile, je me porte volontaire pour diriger le cheval face à une brèche en pente douce. Je fais une manœuvre qui me permet de placer des cordes sous les pattes antérieures du cheval et soulever son train-avant. Je prends un bain complet puis je me juche sur le cheval pour le sortir de son inertie. Encouragé par les pompiers et les nombreux badauds, l'animal se dégage de sa fâcheuse situation... Tout le monde s'occupe de lui, propriétaire, vétérinaire, pompiers attendris... Quant à moi, tout dégoulinant, je suis laissé à mon triste sort. Dans le coffre à outils du véhicule d'intervention je trouve des linges secs qui font usage de serpillières et je découvre une vieille robe chiffonnée dont je m'affuble dans la discrétion en abandonnant mon uniforme trempé. Le garde-champêtre arrivant sur les lieux s'adresse au sergent de service et lui confie "prends garde, une femme vient de te piquer un képi, tiens-là à l'oeil".
- Lors d'une intervention dans un incendie de ferme à Latinne, nous nous chargeons de sortir tous les animaux alignés devant leur crèche. Dans pareille situation, les animaux se montrent très dociles jusqu'au moment où ils se sentent hors de danger. Seulement, gare à leurs réflexes ! Sitôt qu'ils sont à l'air libre, ils se précipitent vers l'étable qui représente pour eux la sécurisation et le havre de paix. Effectivement, un jeune taureau à peine sorti de l'étable fonce vers le bâtiment sinistré. Joseph veut s'y opposer et on le voit s'engouffrer dans l'étable, accroché aux cornes du bovidé affolé. Heureusement ce pompier a une bonne connaissance des animaux, il parvient à se libérer, à maîtriser le taureau et à le ressortir. Ouf! il y avait deux vies en danger !
- Nous étions souvent sollicités pour des petites interventions qui ne font pas partie de l'éventail de nos services obligés. Dans pareille circonstance le service était pudiquement désigné par l'expression "descendre une garde-robe". Je rassemble donc une équipe pour rendre un petit service à Avin. Le travail exécuté, le client nous invite à prendre un verre dans un café de la place. Chemin faisant, le "vieux" me demande "où va-t-on commandant ?" ma réponse : "descendre une garde-robe". Nous nous installons dans le café... le patron prend note de la commande puis s'interrompt interloqué... il crie "il y a quelqu'un en haut, à l'étage". Il se précipite dans les escaliers et se trouve face à face avec le "vieux" qui roule une cigarette sur le palier. Alors ? Où est la garde-robe ? j'attends les copains.
- En cas d'alerte de nuit, les pompiers se précipitent sur leurs vêtements d'intervention et appellent à l'aide la maman ou l'épouse. Après un incendie de nuit, en plein hiver, je passe mon équipe en revue et recueille les impressions. Francis me confie "commandant, je n'ai jamais eu si froid !" C'était fatal, dans sa précipitation la maman de Francis avait oublié de lui passer son pantalon ?
- Armand était un de ces pompiers dont les répliques et la bonne humeur étaient légendaires. Il avait aussi des audaces désopilantes. Pendant la guerre, après une intervention, il est convié, avec ses compagnons, à prendre une petite restauration sur le pouce. La fermière apporte du bon pain de ferme et du beurre à volonté. (Quelle aubaine en ces temps de ravitaillement et de restrictions). La tranche de pain présentait beaucoup d'yeux (à la manière d'une tranche de gruyère) Armand s'applique à bien beurrer sa tartine et à combler copieusement les yeux du pain... Invité par un compagnon, à lui faire place à table, voulut reculer aussi sa tartine qui fit place à des stalagmites de beurre collées au bois de la table. - C'est encore Armand qui lors d'un incendie à Fumai profita de la baisse des eaux provoquée par les aspirations des pompes pour aller déposer ses hommages sous le pont qui enjambe la Méhaigne lors de la remontée des eaux, il lança le défi aux copains "qui oserait, comme moi, aller déposer sa carte de visite sous l'arche du pont.
- Nous emmenons un forcené qui, pour la nuit, avait tiré tout ce qui bouge. Alphonse le maintenait dans l'habitacle de l'ambulance et un pompier en civil, mandé d'urgence, était venu s'adjoindre au couple pour parer à toute éventualité. L'asile psychiatrique averti de notre arrivée nous avait ordonné de reculer le véhicule au pied du perron pour engouffrer le patient à toute vitesse et empêcher une évasion. Arrivés à pied d'œuvre les intervenants hannutois sont entourés de gardiens de l'asile, deux solides gaillards ouvrent l'habitacle de l'ambulance et emmènent manu militari, en courant, le pompier en civil (confondu avec le patient) qui crie son indignation et son innocence. Pendant ce temps, le démon toujours aux mains d'Alphonse, demande à son garde du corps : "où vont-y avou ?"
- Un feu de fournil à Hemptinne nous oblige à brancher les pompes sur la fosse à purin. Pour amorcer, le commandant Jules Joannesse s'aventure sur une planche jetée en hâte sur le fumier. La planche vermoulue cède sous le poids et le commandant glisse dans le jus malodorant pendant que des témoins le tirent de ce mauvais pas ! L'intervention terminée, les hommes commencèrent à enrouler les sections de tuyaux qui avaient été mises bout à bout. Voyez quatre hommes penchés sur les tuyaux, en file indienne... A cette vue, Armand à une idée lumineuse. "S'il jouait à saute-mouton, comme à l'école primaire ?" aussi dit, aussitôt fait ! il crie la formule consacrée du temps de son enfance "ne bougez pas ! assiette - coup de balle et loque !" hop ! au-dessus du premier, hop ! sur le second, hop ! sur le troisième, hop ! au-dessus du quatrième qui avait pris du champ et Armand atterrit dans la fosse à fumier.
- Lors de l'incendie de la tonnellerie, les hommes juchés sur le toit réclamaient de l'eau. Alors que la pompe semblait fonctionner normalement... le préposé au raccordement des lances avait réalisé un cercle parfait avec ses tuyaux pendant que l'eau giclait à flots hors de la colonne tronquée !
- A la libération, nous sommes invités au congrès national à Tournai. Georges Leruth, un privilégié, possédait une voiture, une citroën 5 CV "constantines". Nous nous embarquons à 3 dans ce véhicule "providentiel". Arrivés à Tournai, nous constatons qu'un pneu a rendu l'âme... Réparation d'urgence avant les festivités. Après notre séjour de week-end, nous mettons le cap sur Hannut. A Genappe, déviation pour accident routier. Nous escaladons un trottoir, crac ! Le même pneu crève. Réparation à la caserne des pompiers où on remarque avec surprise qu'une minute était restée dans la jante à la première réparation... Comme on n'est jamais assez prudent, nous acceptons une provision de rustines et un pot de colle de nos confrères genappois. (De l'ersatz du temps de guerre bien sûr) quelle bonne inspiration ! Rentrés à Hannut nous venions de recoller la rustine pour la 54e fois !!

Laissons parler Jean Moers (1er sergent-major à l'époque héroïque).

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Le premier sergent-major Jean Moers, en uniforme

- Nous sommes en 1943, la résistance est bien organisée et les actes de sabotage font leur apparition. Bon nombre de pompiers sont engagés dans cette armée clandestine. En sortant de chez moi, je remarque une fumée épaisse dans la direction de la gare. Je réalise tout de suite qu'un chariot de lin flambe sur la bascule de la firme Peigneur (Humblet). Je cours vite à la pharmacie Roland où j'ai vu entrer le commandant Jules Joannesse une minute auparavant. "Jules ! une charrette de lin brûle à la bascule !" Sa réponse : "nom de ..., déjà !" (Il était dans le coup... l'équipe attendait la descente des chariots de chez Moës, rue Zénobe Gramme et, au passage, glissait dans les gerbes de lin des tubes à aspirine bourrés de phosphore mouillé. Sitôt que le produit séché était au contact de l'air, il s'enflammait).
- Toujours pendant la guerre... Un mardi soir, en sortant d'une réunion d'athlétisme au café Gustin, nous percevons un épais nuage de fumée à droite du passage à niveau de la gare. Joseph Peigneur s'écrie "c'est chez moi ! je vois une lueur dans la direction de mes magasins !" Tout le monde se précipite puis... s'arrête éberlué ! Là-bas dans le fond noir ou décor (il y avait couvre-feu dès 10 heures !) on voit un spectacle ahurissant ! un convoi de chemin de fer traverse le chemin avec 5 wagons de lin en feu ! Les pompiers sont appelés à l'oeuvre et, sans précipitation ni application arrosent surtout le dessous des chargements laissant aux flammes le soin de dévorer le substantiel du lin. La feldgendarmerie est sur place et les policiers allemands crient sur les pompiers qui n'ont qu'une pompe portative juchée sur la benne de leur premier camion (le camion de l'architecte Fraiture - route de Tirlemont). Pendant cet incendie dantesque, et malgré la présence allemande, 5 autres wagons d'un train en formation sur les voies de garage commencent à s'embraser dans le dos des intervenants... Cela faisait 10 wagons en feu dans la gare de Hannut. On imagine l'énervement de la Feldgendarmerie et le plaisir mal contenu des pompiers hannutois. (Heureusement que les allemands ne comprenaient pas le wallon !). (En ce temps-là les pompiers avaient un équipement personnel, donc hétéroclite et la plupart d'entre eux portaient un ancien casque de l'armée belge peint en noir).
- La guerre est toujours omniprésente, nous sommes appelés à Fumal pour l'incendie de la ferme Mousset. Le sinistre est important et nous y restons plus de 48 heures. Les hommes vont s'allonger à tour de rôle dans une grange de l'aile non sinistrée. Dans ce dortoir improvisé, c'est une promiscuité étonnante de mendiants, d'accapareurs liégeois, de "smokkeleirs" bruxellois et de pompiers hannutois exténués. Résultat des courses, dès le lendemain de ma rentrée au logis je commence à me gratter partout, j'avais une démangeaison insupportable sur tout le corps. Le médecin ne put constater que j'étais infesté de gale ! Dans ce même incendie le commandant Joannesse faisant son tour d'inspection de tous les postes actifs disparut subrepticement dans une faille profonde qui s'était faite dans une récolte engrangée dans le bâtiment en feu. Il faillit y périr étouffé, on dut d'ailleurs lui pratiquer la respiration artificielle !
-Nous sommes toujours en 1943... Une ferme est en feu à Rosoux. Trois ménages habitent le corps de logis (le ménage du premier et ceux de ses deux fils). Pendant l'intervention, chaque ménage veut monopoliser l'action des pompiers. "Arrosez ici" - "de l'eau ici" - "à l'aide ici !" Devant une telle insistance, nous avons vite compris que les 3 points en question recelaient le "magot" des 3 ménages. Les fermiers n'étaient pas pauvres en temps de guerre ! on les comprend !
- Peu après la guerre, les pompiers sont interrompus dans leur banquet de la sainte Barbe. Le bureau de téléphone de Braives étant fermé à 22 heures, c'est un habitant de Ville-en-Hesbaye qui est venu en moto pour faire irruption et lancer un "S.O.S." dans la salle de banquet. En tenue de sortie, tous les hommes du feu se ruent sur Ville-en-Hesbaye. Les estomacs sont bien remplis, les gosiers sont bien arrosés et les esprits sont quelque peu éméchés. Le feu a déjà fait de grands dégâts mais les pompiers veulent faire honneur à sainte Barbe ! A défaut d'eau, ils utilisent le purin ! Clovis se hissant sur la corniche d'une dépendance ne se rend pas bien compte de ses limites et fait un pas de trop dans le vide. Joseph grimpe témérairement sur une échelle adossée à un muret, et dépassant le point d'appui, se hisse sur un échelon qui dépasse le centre de gravité. C'est ainsi que dans un grand mouvement de moulin à vent il se retrouve de l'autre côté de la propriété dans une pâture.

Maintenant, c'est Edgard Rousseau qui conte quelques souvenirs (il était adjudant au corps des pompiers).

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Edgar Rousseau

- Par une nuit de verglas, nous sommes appelés pour porter secours à un automobiliste accidenté. Nous chargeons les trois occupants dans l'ambulance (le papa, la maman, la fille). La maman, assez corpulente, semble la plus touchée : elle hurle de mal dans l'ambulance. Nous sommes requis pour un hôpital du brabant wallon. Les difficultés de la route sont telles que nous mettons plus de deux heures pour faire 80 km. Arrivés à destination, nous sommes invités à aider les infirmières surprises par un tel arrivage. Nous nous exécutons de bonne grâce! Priorité est donnée à la maman qui ne cesse de se plaindre. Dans la salle d'opération nous commençons à dégager la blessée de ses vêtements. Au moment de dégrafer la blouse, une multitude de perles commencent à rebondir par terre (le collier de perles de madame avait craqué dans l'accident)... A quatre pattes les deux pompiers rassemblent les perles vagabondes. Les infirmières achevant le déshabillage de l'infortunée éclatent soudainement dans un rire explosif... Elles venaient de trouver une perle logée dans le nombril de la dame.
- A Jauche, je fais équipe de secourisme avec Georges. Nous emmenons un malade sur un brancard. Georges descend les marches du perron à reculons, je lui fais face à l'autre bout du brancard. Dans sa marche aveugle mon compagnon met le pied sur un chat allongé sur une marche. L'animal crie de mal et de frayeur. Dans un geste de commisération pour le chat agressé, Georges lâche une poignée du brancard et se retrouve en situation instable au-dessus du malade qui crie de panique. Heureusement personne n'en fit de grief à personne. J'avais tenu bon !
- Chaque nuit un homme était invité à dormir dans un lit aménagé au corps de garde pour sonner l'alerte en cas d'appel. Albert, célibataire, était souvent volontaire comme planton de service. Un matin, je vois sur la pelouse qui jouxte le château Mottin un tout petit lapin sauvage qui fait connaissance pour la première fois avec la lumière diurne. Je me précipite pour le capturer et y parviens non sans peine. Après l'avoir caressé et montré à mes enfants, je décide de jouer une blague au "p'tit crâ". Je m'approche doucement du lit où il est en train de ronfler et glisse le lapereau sous ses draps de lit. On n'aurait pas voulu être au cirque ! Réveil en sursaut, cris, gesticulations, yeux écarquillés, couvertures en tous sens! pas bon pour les cardiaques !

Oscar Mahaux prend le relais de ses trois aînés pour nous dire quelques souvenir (Oscar était caporal au corps hannutois des sapeurs-pompiers)

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Oscar Mahaux

A Avin, lors d'un incendie où le purin servit encore d'extincteur, Albert était agrippé à une lance lorsqu'elle se détacha du tuyau d'alimentation sous pression. Ce tuyau libéré commença à gigoter comme un serpent en fuite et Albert fut copieusement douché des pieds à la tête. A la restauration qui s'en suivit, il fut le seul à table ! Ses compagnons vinrent s'attabler lorsqu'il eut fini. Il était devenu le pestiféré de la bande.

- Lors d'une intervention chez un aviculteur de la région, nous sommes pris d'une belle fringale à l'aube. Je récolte quelques œufs dans les décombres et les pose sous une tuile, sur la braise chaude. Albert, premier servi, ne trouva sous la coquille qu'un poussin en formation avancée. Tout le monde perdit l'appétit mais garda le sourire.
- Albert, toujours de garde, était de toutes les expéditions. Le sort s'acharnait souvent sur lui ! Nous étions à Abolens pour éteindre un garage en feu où un camion venait de s'embraser suite à une dose d'essence trop copieuse dans le démarreur allergique au grand froid. Il gelait à pierre fendre, il était impensable d'utiliser l'eau. Nous arrosons donc le véhicule et le bâtiment de mousse, pour étouffer les flammes. Juché sur le fumier, Albert prend le sinistre d'en haut. L'intervention dure plus d'une heure... Au moment de rassembler les instruments, Albert appelle à l'aide, il est statufié et dans l'impossibilité de faire un pas. Ses bottes sont emprisonnées dans un bloc de glace et de mousse. Nous avons été obligés de le transporter comme une momie auprès du camion sinistré pour le dégeler et lui rendre la liberté.
- Nous sommes à Thisnes, en plein hiver en intervention pour un incendie de fermette. Marcel grimpe à une échelle pour ouvrir un œil de bœuf et y passer une lance. Tout à coup l'échelle glisse sur le sol enneigé et Marcel tombe sur le dos du commandant qui passait en-dessous. Quelle volée de bois vert, mon pauvre Marcel !
- Lors d'une intervention à Thisnes, je reçois des tuiles sur mon casque et sous le choc mes lunettes me blessent au nez. A la vue de ma blessure le commandant Renard s'exclame "allez, allez, si j'en avais autant sur le bout de la langue je boirais encore de la soupe bouillante".
- Après un incendie, nous avions hâte de rentrer et nous en voulions à René qui traînait toujours. Il fallait le guérir de sa lenteur... Nous lui présentons ses souliers pour qu'il se débarrasse bien vite de ses bottes inondées (nous lui avions préparé des crottes de moutons dans la pointe de ses chaussures). Sans lui laisser le temps d'enfiler ses chaussettes, nous le pressons de mettre ses chaussures en le forçant à chaque pied. Nous vous laissons deviner l'état de ses orteils et sa colère.
- A Oteppe, chez le garde-chasse, le commandant nous donne l'ordre de débarrasser l'étage de tout ce qui peut flamber et qui peut être sauvé. Par la fenêtre, nous jetons tout ce qui peut alimenter le feu quand tout à coup nous sommes pris dans une pétarade et des sifflements sinistres. C'était la provision de balles et de cartouches du garde qui explosaient vous pouvez aussi imaginer notre terreur et notre désir de fuite.
- A deux reprises nous sommes requis pour conduire un forcené à un établissement psychiatrique. La première fois, assez docile, il demande à l'ambulancier pour faire pipi. Je donne ordre au chauffeur de stopper l'ambulance. Faisant mine de se satisfaire, le patient choisit un endroit discret puis file comme un lapin à travers champs. Il a fallu une demi-heure de poursuite pour le rattrape, deuxième fois, on avait requis la gendarmerie, le garde-champêtre et le mayeur. Il y avait beaucoup de monde et l'aliéné était à la fois furieux et déterminé. On allait faire l'assaut du logis lorsque je me suis proposé pour l'amadouer. Je me suis présenté sans képi et j'ai détourné son attention de ses préoccupations du moment. Je l'ai invité à venir participer à un moto-cross lui affirmant qu'il était capable d'un exploit et nous sommes entrés, bons copains, dans l'habitacle de l'ambulance. Hélas le garde champêtre a voulu nous accompagner, matraque à la main. A sa vue, le patient redevint furieux et faillit lui faire un mauvais sort. C'est alors que son attention dut encore être distraite par un événement extérieur. Cette douceur face à l'aliénation me rappelle qu'une dame refusant de se laisser embarquer pour un asile fut convaincue de quitter sa maison en lui promettant des choux à la crème que nous allions déguster à la mer. La douceur et l'insolite ont souvent raison des obstinations.
- Lors d'une intervention du samedi soir, sommes obligés une nouvelle fois de puiser le liquide arroseur dans la fosse à purin. Nous travaillons toute la nuit. A l'aube, lors du chemin de retour, le commandant Renard propose "puisque c'est dimanche, si nous allions à la première messe aux Pères Croisiers ?"... Devant l'accord unanime, nous faisons une entrée très remarquée dans l'église où l'office est déjà commencé. A notre surprise, deux personnes quittent l'église, puis une autre, puis encore une autre. A la bénédiction de l'"ite missa est" nous restons pratiquement les seuls face au père-officiant ! nous nous sommes rendus compte que nous colportions une odeur pestilentielle qui avait fuir tous les paroissiens.
Si nous questionnions tous les anciens, nous pourrions assurément rédiger tout un livre sur leurs souvenirs typiques. II a fallut se limiter et faire un choix.

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L'arbre généalogique du corps des sapeurs-pompiers de Hannut
(Cliquez pour agrandir la photo)

Merci à Jean Renard, Jean Moers, Edgard Rousseau et Oscar Mahaux, pour leurs confidences. Elles constitueront une joyeuse réminiscence des glorieux débuts du corps des pompiers...
Il y a 50 ans, déjà.

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L'époque héroïque - L'équipe des chevronnés Debout de g. à dr. : E. Verlaine, J. Peigneur, R.Dolhen, J.Moers, J.Joannesse, J.Renard. L. Triffaux, L. Paulet. Accroupis de g. à dr. : F. Dolhen, J. Maigrat, E. Rousseau, L. Renard, G. Leruth. A l'avant-plan : Joseph Renard.

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Mise à jour le Mercredi, 04 Février 2009 11:04