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Hubert Krains

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À Hubert Krains

A Hubert Krains (17/07/1908)

Ixelles, le 17 juillet 1908

46, avenue de l’Hippodrome.

Mon cher confrère,

Je viens de congédier mes rhétoriciens; je respire. Vite je veux vous dire la joie que m’a causée la lecture de vos Figures du Pays. Ah ! le beau livre de chez nous ! Comme je l’aime ! Et comme je vous sais gré de m’en avoir réservé un exemplaire, que je garderai à la bonne place dans ma bibliothèque.

Ne sommes-nous pas des frères de terroir ? Je m’en suis bien aperçu, encore une fois, en dégustant les six petits chefs d’œuvre dont votre volume nouveau-né se compose. Les paysages que vous y esquissez, me sont familiers, et il me semble que je connais les bons rustres qui s’y agitent. J’ai envie de croire qu’ils sont de mon village. Cornélie fut ma voisine. Lucien avait mon âge. Furet est mort l’an passé. Pirson et Berger s’appelaient, du temps où je jouais aux billes, Gathy et Colette !

Jugez si vos pages ont dû m’émouvoir ! Mais, en dehors de cet vintérêt subjectif qu’elles présentent pour moi, elles contiennent assez de puissance pathétique en elles-mêmes pour remuer tous les cœurs. Et la merveille, c’est qu’elles allient cette qualité à tant de sobriété et de vigoureuse concision, à une si nerveuse simplicité. Comme vous êtes maître de votre métier littéraire, mon cher confrère, et quel pur métal que votre prose ! Je vous le dis, sans compliments, je retrouve en elle cette inaltérable clarté et cette continuelle mesure qui sont le propre du génie français.

Notre camarade Maurice Wilmotte écrivait l’autre jour, parlant de votre style : « L’image est absente... c’est un bel effort d’originalité que de pouvoir refuser le secours de tout ce coloris cher aux artistes flamands ». Cette remarque me paraît tout-à-fait inexacte. Certes, le « Wallon méditatif » répugne au coloris flamboyant, cher à l’artiste né en Flandre; mais c’est parce qu’il a l’œil autrement fait. Ce n’est pas un effort de sa part, mais une originalité qui lui est naturelle. Et comment peut-on prétendre que l’image est absente d’un style aussi suggestif que le vôtre ? Seulement vos images se sont dépouillées en quelque sorte de la sensation d’où elles sont nées; elles ont passé par votre esprit, où elles se sont comme décantées. Elles ont, par là, une saveur moins forte, mais plus délicate et plus pure. C’est du moins ainsi que je me représente, sur ce point, la genèse de votre œuvre littéraire.

J’aurais été content de vous rencontrer, d’avoir même la faveur de votre visite durant vos vacances en Belgique.

Y êtes-vous encore, peut-être ? Serez-vous au congrès d’Arlon ?...

Croyez, mon cher confrère, à mes sentiments les meilleurs.

 

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Mise à jour le Mardi, 16 Décembre 2008 11:02