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Accueil Correspondances Louis Delattre

Louis Delattre

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À LOUIS DELATTRE

 

A Louis Delattre (9[?]/10/1905)

Mon cher confrère,

Les divergences de vues que nous avons, vous et moi, sur certains points (causes de l’indifférence belge en mat. littre; situation de l’enst littre en B.; moyens d’y remédier) ne font pas que nous ne soyons d’accord, me semble-t-il, sur la question des vœux généraux qu’il faudrait porter à la connaissance des pouvoirs publics.

Je suis donc signataire avec vous. Mais de grâce ne me faites plus dire (comme vs le faites pr la 2e fois dans votre art. D’hier) que mon opinion est que tout est pr le mieux ds le meilleur des athénées. Je n’ai jamais dit, ni écrit cela et je ne le pense pas. Mais tout n’est pas si mauvais que vous le faites entendre... Et je ne crois pas qu’il existe encore, dans toute la Belgique, une seule classe de français, qui ressemble à celle que vs évoquez dans votre « Bêtisier littéraire ». Vous me direz que vous avez voulu faire une charge. Possible.

Excusez le retard de cette réponse, on me remet à l’instant votre lettre au moment où je rentre à Bruxelles.

Bien à vous,

Lundi 2h

A Louis Delattre (13/10/1905)

Mon cher confrère,

Nous voici bien près d’être d’accord, me semble-t-il, et j’en suis ravi. En effet, vous admettrez que l’esprit belge, par nature et par hérédité, est anti-littéraire. Et combien il est excusable de l’être resté si longtemps se dit-on quand on évoque les péripéties de notre histoire ! Vous voudrez sans doute bien reconnaître, d’autre part, que les soixante-quinze ans qui se sont écoulés depuis notre révolution, constituent un stade d’évolution psychique vraiment fort court. Et encore faut-il ajouter que toutes les forces vives de notre peuple, depuis 1830, furent presque fatalement absorbées par la politique quand ce n’était point par l’industrie ou le négoce. Aussi, en pareille matière, ne peut-on pas dire : « à la longue des soixante-quinze années etc. ». Une sensibilité ethnique ne saurait être ainsi modifiée qu’après des générations et des générations. Et ce sera le cas pour la nôtre.

Oui, c’est la culture qui l’améliorera petit à petit dans le sens que vous souhaitez. Pourquoi avez-vous l’air de me faire dire que je ne crois pas à l’efficacité de la culture cosntante et intelligente ? Personne n’y croit plus fermement que moi. N’a-t-elle pas, cette culture, déjà fait produire quelques belles fleurs à notre sol ingrat ? Mais vous voudriez, sur l’heure, de riches moissons ! Vous le savez mieux que moi, mon cher Docteur, rien ne se fait que par lentes transformations : « nihil per saltus » !... Soyons patients, confiants et tenaces.

Mais encore, vous vous défiez de nos moyens de culture. Vous avez, vous, une foi vive dans l’influence éventuelle des « maîtres de conférences », comme vous dites, qu’on adjoindrait aux professeurs. A en jugez par votre troisième article, vous entendez par là que nos écrivains assumeraient, moyennant traitement proportionné à l’emploi, la tâche de lire quelques belles œuvres dans nos classes, de les commenter, d’éveiller de la sorte la sensibilité littéraire de nos adolescents. Or, cet éveil-là, croyez-le, c’est ce que se propose dès à présent tout maître intelligent, et, quand il n’y parvient pas, ce n’est pas toujours sa faute. – Mais, allez-vous répondre, combien les choses iraient mieux si nos artistes s’en mêlaient et infusaient « leur âme plus vive » dans cette œuvre de vie que doit être l’enseignement !

Eh bien, mon cher confrère, je sais que notre organisme scolaire n’est pas parfait, et je n’ai jamais dit, non plus, qu’il le fût, encore que vous m’accusiez gratuitement de l’avoir soutenu (il faut qu’on sache que je ne défends pas cette thèse ridicule dans les passages de ma lettre que vous avez dû couper, paraît-il). Mais je crois sincèrement qu’en général, le résultat, qu’on obtiendrait à employer votre moyen, en supposant qu’il fût même praticable, serait plutôt insignifiant. Que d’écrivains manquent des qualités, non pas transcendantes, mais spéciales et pour ainsi dire innées, que réclame l’art d’enseigner ! Et les bonnes parties de plaisir et de boucan qu’on organiserait souvent pour nos potaches !...

Au reste, c’est tout l’enseignement, à chaque heure, qui doit être pénétré de cette nécessité d’orienter l’âme nationale vers un idéal plus élevé. Les efforts que nous nous proposons de faire, devraient, à mon humble avis, porter plutôt sur la formation et le recrutement des professeurs de littérature, par cosnéquent aussi sur une refonte de l’enseignement littéraire supérieur, comme je le disais dans ma précédente épître, et, peut-être, en outre, sur une organisation de la direction, et de l’inspection de l’enseignement public qui nous donnerait toutes garanties au point de vue dont il s’agit ici.

Bref, je pense que le rouage nouveau, que vous avez ingénieusement imaginé pour la machine de l’enseignement, est comme une cinquième roue dans un chariot déjà vieux. Il vaudrait mieux remplacer tout doucement et une à une les quatre qui existent, et espérer, d’un autre côté, que les routes deviendront aussi meilleures avec le temps !...

Agréez, je vous prie, mon cher confrère, l’assurance de mes sentiments cordiaux.

13 octobre 1905

A Louis Delattre (14/10/1905)

14 oct.

Non, mon cher confrère, nous ne défendons pas des thèses radicalement opposées. Nous déplorons tous deux la triste situation des lettres en Belgique. Mais quand nous voulons en établir les causes nous ne voyons pas tout à fait de la même façon et par conséquent nous différons d’avis sur le remède à apporter.

Je croyais que le Petit Bleu, par votre plume, – vous ns le faisiez entendre – se proposait de rechercher loyalement et sans parti pris la solution d’une question épineuse, qui ne peut se trouver ainsi sans quelques tatonnements et sans que se passe un choc d’idées... Mais il paraît qu’il préfère trancher la question et ne point se prêter à une discussion.

Tant pis; mais c’est regrettable, surtout pour les intérêts qui sont en jeu.

Savez-vous que, dans le monde des lettres, ils sont assez rares ceux qui ont foi dans la méthode que vous proposez pour améliorer un état de choses que tout le monde considère comme détestable ?

Il vaudrait mieux demander à l’Etat des choses possibles, réalisables...

*

Oui, certes, mon cher confrère, vous en avez agi cordialement, comme vous le dites. Mais la circoncision pratiquée sur ma lettre et le commentaire ont quand même dénaturé ma pensée en maint endroit, comme je vous l’ai écrit et j’aurais même le droit de réponse au Petit Bleu.

En hâte, croyez-moi votre bien dévoué,

Je pourrais peut-être publier ma réponse ailleurs qu’au P.B. puisque celui-ci en a assez ?

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Mise à jour le Mardi, 16 Décembre 2008 11:12