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Cyril Van Overbergh (15. Déc. 1906)

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(Extrait de : La Belgique artistique et littéraire, n° 15, décembre 1906, pp. 406-409)

Cyr. Van Overbergh :

La Réforme de l’Enseignement,

d’après le premier congrès international d’expansion mondiale (Mons, 1905).
(2 vol., 610 p. – Schepens, Bruxelles et Alcan, Paris, 1906.
Prix : 10 francs.)

L’expansion mondiale est désormais un fait. Toutes les nations progressives la pratiquent, obéissant ainsi à une loi, qui les entraîne, même malgré elles, à déployer leur énergie au dehors. La politique coloniale de la seconde moitié du XIXe siècle et la politique commerciale contemporaine sont des aspects de cette évolution qui se fait sentir dans tous les centres d’activité humaine. Quel sera l’aboutissement logique de cette transformation que nous voyons s’opérer rapidement et universellement dans le domaine économique ? Voici, en effet, l’internationalisation substituée à la nationalisation. Quelles seront les conséquences de cela sur l’institution sociale ? Quelle « superstructure civilisatrice » s’élèvera sur le fondement économique qui s’est récemment ébauché ? On peut, en effet, prévoir le terme le plus prochain vers lequel s’achemine la société ou l’humanité, et on peut lui en faciliter l’accession.

Telle fut à peu près l’idée-mère du Congrès d’expansion mondiale, tenu à Mons en 1905, où les représentants les plus éclairés des puissances furent invités à examiner les moyens de déduire, des enseignements du  passé e les  règles de l’avenir.

Allait-on donc pouvoir formuler les règles de l’expansion civilisatrice des nations ? Car ce n’est pas seulement le point de vue économique qu’on envisagerait.

On put assister, à Mons, à une série ininterrompue de débats, dont quelques-uns ne manquèrent certes pas d’élévation. Plus de 400 rapports furent fournis, et une centaine de vœux furent émis. Une telle quantité de matériaux se trouva rassemblée qu’il fallut huit sections pour les inventorier avec méthode. Mais il semble que beaucoup de gens ne saisirent point alors l’importance et la portée de ce colossal labeur collectif. L’heure est venue peut-être d’en analyser, dans des buts précis d’application, les diverses parties. Félicitons-nous du soin qu’a pris sur lui M. Cyr. Van Overbergh, directeur général de l’enseignement supérieur, des sciences et des lettres, qui fut par ailleurs le secrétaire général et l’âme du Congrès de 1905, au soin qu’a assumé, dis-je, ce haut fonctionnaire doublé d’un penseur et d’un écrivain, d’explorer les domaines relatifs à l’instruction publique. Car son volumineux travail constitue la plus intelligente, la plus claire et la plus complète contribution à l’un des problèmes les plus importants qui se présentent à nos esprits, de nos jours. Puisqu’en effet, les conditions du monde changent, ne faut-il pas adapter les institutions éducatives au milieu nouveau ? Puisque, selon le lumineux axiome de Leibniz, le présent est gros de l’avenir, quels doivent être l’école, le collège, l’université où les hommes de demain et presque d’aujourd’hui se formeront ?

Oui, il faut « élever les jeunes activités au niveau des exigences actuelles, les armer de sciences et de volonté, les équiper à la moderne ». Sur ce principe tous les bons esprits sont d’accord, à ce que je crois. Mais l’abondance déconcertante des vœux qu’a présentés le Congrès et qui tendent tous à réaliser cette modernisation de l’enseignement, indique assez dans quelles incertitudes on se débat encore quand il s’agit de réaliser une réforme de nos habitudes scolaires. Toutefois l’idée d’expansion mondiale plane, directrice et féconde, au-dessus de tant d’incohérences et de divergences.

D’ailleurs M. Van Overbergh s’est chargé de classer selon un ordre parfait les manifestations idéologiques que lui apportaient les neuf volumes contenant la substance des débats et des rapports du Congrès de Mons. Son plan est concret et facile. Il est aussi logique.

C’est d’abord la culture physique qui s’impose à l’homme moderne. Il ne s’agit pas de constituer « un peuple d’athlètes », mais « une collectivité disciplinée où chaque unité possède un instrument accordé et soit prête à tout moment à donner la plénitude de son être et de ses possibilités naturelles ». De la gymnastique et des sports qu’il suffira de combiner avec les programmes de l’enseignement à ses divers degrés, « résulteront le développement harmonique, la santé, l’équilibre et surtout la possession de soi qui élève jusqu’au calme et bride les passions ».

Presqu’aussi impérieusement que la culture physique, s’imposera désormais à la politique scolaire des nations l’obligation d’apprendre les langues vivantes étrangères. Ici, le succès des efforts dépendra de la méthode surtout.

C’est à l’enseignement primaire déjà qu’incombe la tâche de « disposer les jeunes âmes à recueillir le germe de l’initiative et des vertus mâles ». À un degré plus haut, l’enseignement moyen groupe les jeunes gens des classes dirigeantes. Quelle « culture » leur départir, qui dressera des générations « confiantes dans la fortune » et prêtes à « s’élancer à la conquête de la Patrie plus grande » ? Et dans quelle mesure visera-t-on ici à la formation professionnelle ? Graves problèmes, ceux-ci bien faits pour tourmenter les responsabilités au plus haut point ! Enfin, l’enseignement supérieur « travaille l’élite. S’il apprend à atteindre les cimes des connaissances spéciales, ne doit-il pas se préoccuper des lointains nouveaux qui surgissent des brumes de l’expansion ? » Comment chaque nation armera-t-elle ses champions à la fois de toute la science et de toute la virilité de leur temps ?...

Après ces cinq chapitres longuement développés, l’auteur en consacre deux autres à l’enseignement mondial spécial (car il semble qu’il faille préparer directement des hommes qui s’appliqueront, par profession, à agrandir la puissance économique ou sociale de la patrie au dehors de ses frontières) et aux moyens d’organiser les services de la documentation nécessaire à la formation intellectuelle et morale en général.

Mais le commun des lecteurs s’y intéressera moins, en tout cas à l’avant-dernier, parce qu’il n’y sentira plus autant dominer le point de vue social et moral, que précédemment, par exemple, dans la question passionnante des « Humanités », dont M. Van Overbergh a si bien su dégager la portée philosophique et supérieure.

C’est là, du reste, le mérite éminent de l’auteur. Non seulement il a recueilli les échos du Congrès et les a commentés en les groupant savamment. Mais il a su faire briller comme une étoile, au-dessus de tout son considérable et laborieux ouvrage, l’esprit d’unité, c’est-à-savoir, dans cette matière-ci, la généreuse conception d’une patrie et même d’une humanité capable de l’effort énergique qu’il faut pour réaliser toute la perfection qui est en elle.


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Mise à jour le Lundi, 15 Décembre 2008 16:33