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Accueil Critiques Flandre Libérale G. Rency & H. Stiernet

Georges Rency & Hubert Stiernet (8 juil. 1906)

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(Extrait de : La Flandre libérale, dimanche 8 juillet 1906)

Notes littéraires

Georges Rency. – Contes de la hulotte. – Edit. de l’Association des Ecrivains belges, Bruxelles. fr. 3.50.

Hubert Stiernet. – Histoires hantées. – Edit. de l’Association des Ecrivains belges, Bruxelles. fr. 2.00.

J’aurais bien, pour réunir les noms de MM. Georges Rency et Hubert Stiernet dans cet article, quelques raisons sérieuses, s’il en fallait d’autre que le hasard, qui fait voisiner sur ma table les Contes de la hulotte du premier et les Histoires hantées du second, et que le remords, dont je me sens rougir vis-à-vis de l’un et de l’autre de ces deux excellents écrivains, d’avoir si longtemps négligé de parler ici de leurs dernières œuvres.

Ils appartiennent à une même troupe de conteurs attrayants, à cette troupe déjà nombreuse que la Wallonie a suscitée, de la cendre peut-être de ses vieux poètes épiques, qui semble avoir pour destinée de créer une province dans les lettres françaises, une province importante, caractéristique et bientôt glorieuse, espérons-le. Maîtres d’un instrument que les siècles passés de la culture latine ont parfait et affiné, ces artistes s’en servent pour exprimer leur sensibilité particulière. Ils restent bien de chez nous, évoquant nos paysages discrètement, en y encadrant des histoires, tristes ou gaies selon leur tempérament, mais toujours observées, vécues, autochtones, si je puis ainsi dire.

Cependant si M. Stiernet paraît s’être voué exclusivement à ce genre littéraire, la nouvelle ou le roman bref et rapide, où il révèle presque de la maîtrise, M. Rency s’atteste, lui, un étonnant polygraphe – critique, directeur de revues, journaliste – jetant sa prose alerte et incisive à tous les vents, et se reposant parfois à filer avec complaisance le récit de quelque aventure, presque toujours lugubre.

Car il affectionne, semble-t-il, un pathétique un peu sombre. Et cela aussi suffirait à apparier M. Rency et M. Stiernet, du moins en cette circonstance. Les titres qu’ils donnent à leurs recueils ne trahissent-ils pas la conscience qu’ils ont eux-mêmes de ce caractère, qui leur est commun ? Pourtant on sourit, après avoir un peu frissonné, aux Histoire hantées, où se décèle, malgré le soin qu’il prend de la cacher, la fine ironie de l’auteur. Bien différemment, on reste fortement remué après avoir lu la plupart des contes de M. Rency. On en garde un soupçon d’angoisse au cœur, comme celle qu’on éprouve sous l’oppression d’une nuit lourde et orageuse, aux champs, avec de sinistres appels quand hôle trsitement la hulotte, l’oiseau noir des ténèbres, qu’une tradition populaire, encore vivace au pays mosan, associe aux calamités. Aussi bien, M. Rency possède-t-il à un degré très marqué le goût et l’art de dramatiser ses sujets, et sans doute c’est cela qu’a voulu dire je ne sais plus quel confrère qui, l’autre jour, conseillait à notre auteur de faire du théâtre. Cependant le théâtre exige encore bien d’autres qualités que l’habileté à exciter l’intérêt et à émouvoir; il veut entre autres une connaissance parfaite de l’optique de la scène, l’art du dialogue et un doigté spécial enfin, assez rare, en somme chez nous. Et autre chose est de conter, autre chose de représenter. Cela ne veut point dire que je soupçonne M. Rency de manquer de quelques-unes de ces conditions ou d’elles toutes. Loin de là; mais je n’ai aucune preuve qu’il les réunisse, et ne puis en tirer aucune du fait qu’il a écrit les Contes de la hulotte.

Pour en revenir à ceux-ci, c’est Fée Madelonne qui m’a séduit le plus, encore qu’il soit le plus court. Mais cela est délicat comme un pastel, et c’est une douce émotion de pureté et de tendresse mélancolique qui s’en dégage. J’en aime aussi la forme plus achevée, la note plus distinguée, plus poétique.

Mais voici des eaux-fortes fuligineuses : le Petit fleuriste, le bon Dieu de Plaineveaux, le Juge, le Séminariste, l’Innocent. Les trois premières surtout sont d’un réalisme solide et puissant, se recommandant par la précision de l’observation et par la simplicité vigoureuse du style. Je n’aime guère la dernière, dont la composition me paraît trop lâchée et dans laquelle je n’apprécie pas le dialogue patoisant.

Un ménage d’employé est amusant, malgré ce qu’a de navrant le sort d’une pauvre femme qui a lié sa vie à celle d’un affreux maniaque. Un homme libre semble un peu trop un conte à thèse, et le Paysan, une histoire morale pour jeunes filles.

Mais tout le livre de M. Rency est plein de vie frémissante. Par là il est vrai et il est beau. En outre, il est écrit dans une langue colorée et savoureuse. Sa phrase y est abondante et j’allais dire : pleine de souffle, d’un mouvement heureux et d’une élégance naturelle.

La langue de M. Stiernet est plus recherchée, le travail du style davantage poussé, on le sent quelquefois. Ses histoires, à lui, sont bien essentiellement de sa terre natale, qui est là-bas au cœur de la Hesbaye, et on les écrirait dans notre wallon, celui que nous parlons lui et moi, dans le même ton qu’il les écrivit en français de France. C’est bien l’âme rêveuse et promptement inquiète de notre race que je reconnais chez les petites gens qui sont ici mis en scène, si je puis dire. Je ne m’occupe pas, naturellement, de Fermel, de Traîtrise, qu’il est difficile de situer, mais de La Girouette, le Larcin, l’Enseigne, le Mariage de Mène, Kousse... La Girouette est, à mon sens, un petit chef-d’œuvre de tragique à la mode d’Edgar Poë, et l’Enseigne un modèle d’humour à la mode de chez nous. Ce sont de bonnes pages qui resteront.

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Mise à jour le Lundi, 15 Décembre 2008 15:00