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Accueil Discours André van Hasselt

André van Hasselt

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(Extrait de : Le Thyrse, tome XXII, série IV, 1925, pp. 5, 6)

Hommage à André van Hasselt

sur sa tombe

le 14 décembre 1925 au cimetière de Laeken

Discours de M. Arthur Daxhelet,

Directeur général au Ministère des Sciences et des Arts

Messieurs,

Il y a quelque vingt ans, l’honneur m’échut de célébrer – au nom de l’Association des écrivains belges – un premier anniversaire d’André van Hasselt, par une conférence que je fis successivement au Théâtre du Parc et au théâtre de Maestricht, en passant par les principales villes de notre pays. Aussi, en venant aujourd’hui, auprès de ce tombeau, apporter, au nom du Ministre des Sciences et des Arts, l’hommage du gouvernement, c’est une figure d’ancêtre littéraire déjà familière pour moi que j’évoquerai une fois de plus.

Pour mieux en discerner les traits déjà effacés par le temps et pour apprécier justement ce que furent l’effort de cet écrivain précurseur et la force déterminante de son exemple, il sera toujours indispensable de l’étudier au regard de l’état de stérilité littéraire dans lequel se trouvait notre pays vers 1830. C’est dans ce sol resté ou retombé en friche que l’on vit soudain s’épanouir, comme une fleur rare et belle, sa poésie aux accents nouveaux, sa poésie où l’essor d’une imagination hardie se déployait et où palpitait une émotion sincère.

En effet, en dépit des traces trop nombreuses, trop visibles, d’une imitation – qu’un enthousiasme sans bornes expliquait – des procédés familiers à l’éblouissant coloriste des Orientales, et malgré certaines fadeurs et certaines broderies et perles fausses qui étaient dans la manière alors à la mode, les premiers poèmes de Van Hasselt témoignaient d’une nouveauté pleine de saveur. L’écrivain avait retrouvé la vraie source d’inspiration : la nature, désencombrée du suranné décor mythologique qui la rapetissait; notre cœur, vace ses espoirs et ses désenchantements, et le rêve illimité de notre âme.

Après cette entrée en scène sensationnelle, il resta toujours fidèle à la Muse au cours d’une longue carrière et quoique son labeur littéraire ne fût guère qu’un répit accueilli avec joie dans l’accomplissement d’une tâche souvent ingrate et monotone (A. Van Hasselt, en effet, était inspecteur des écoles normales et, sous le pseudonyme d’Alfred Avelines, il se révélait un infatiguable polygraphe), il ne cessa jamais de perfectionner son métier, visant à plus de simplicité, tandis que s’affirmait sa curiosité des rythmes originaux et pittoresques.

Sur ce terrain Van Hasselt poussa même très loin ses recherches, jusqu’à édifier un système de poésie rythmique en français, qui, malgré d’heureuses réussites lui valut bien des critiques et des sarcasmes immérités. J’ai essayé autrefois d’indiquer que, pourtant, ses Etudes rythmiques révèlent un sens subtil et précieux des nécessités musicales du vers français. Depuis, dans des lignes tout récemment écrites, M. Albert Giraud a bien vengé Van Hasselt de ses détracteurs, en marquant combien heureusement il a « sensibilisé » l’alexandrin, ainsi que tous les autres mètres, et montré « quelle infinité de coupes s’offre à l’écrivain dont l’oreille est fine et juste ».

Il ne m’appartient pas d’analyser longuement une œuvre poétique qui s’étend des chansons tendres et des gracieux croquis, où Van Hasselt excellait, jusqu’à l’épopée où il atteint parfois la grandeur. Cependant il est rare que l’écrivain nous entraîne par sa chaleur, et il semble qu’un constant souci de mesure l’ait empêché de nous livrer jamais des sentiments qui ne fussent pas en quelque sorte dépouillés de la sensation première et comme éteints et refroidis. Une science considérable et variée bridait son imagination. Avec le tempérament d’un romantique, il a créé une œuvre classique à force de raison et de volonté. Et il faut peut-être regretter que celles-ci aient un peu desséché le génie naturel qui lui avait été départi, en en faisant un poète sage plutôt qu’un vrai grand poète.

Mais ce que je dois retenir à son sujet, au point de vue de la mission qui m’est dévolue ici, à cette heure, c’est l’exemple merveilleux que ce premier de nos lyriques apporta chez nous, dans une société presque totalement étrangère aux choses de l’esprit et de l’art.

Comment pourrais-je sans un peu de mélancolie évoquer sa vie pleine de labeur et de soin qu’il eut obstinément, dans un isolement souvent hostile, dans l’obscurité, de ne jamais laisser s’éteindre la flamme de son idéal ?

Il restera pour tous les écrivains de notre renaissance littéraire un modèle digne de vénération, lui, qui, dans un milieu et dans un temps où la poésie était sans honneur et presque à dérision, eut le courage d’être un poète !

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Mise à jour le Mardi, 16 Décembre 2008 11:29