Site d'Adrien Daxhelet

Site d'Adrien Daxhelet

  • Augmenter la taille de police
  • Taille de police par défaut
  • Diminuer la taille de police
Site optimisé pour le navigateur Firefox
Accueil Discours Adèle Bolly

Adèle Bolly

Envoyer Imprimer

Discours prononcé par Adrien Daxhelet
lors de la messe de funérailles d'Adèle Bolly
à Ciplet, le 4 novembre 2003

 

Adèle BollyIl est toujours pénible de prendre la parole en pareilles circonstances pour faire l’éloge d’une personne qui vient de mourir et que nous aimions tant, qui a partagé avec nous une part importante de notre vie, qui nous a appris tant de choses, qui nous a élevés et aimés.

Nénenne représentait tout ça pour moi et j’en suis persuadé pour beaucoup d’entre vous.

Lorsque j’évoque Nénenne, ce sont d’abord des images d’enfance qui me reviennent à l’esprit ; ce sont des souvenirs qui résonnent comme un glas d’un paradis perdu. Ils ne manqueront pas de raviver en vous aussi des images que nous partageons tous.

L’image la plus ancienne qui émerge est celle d’une casserole à laquelle j’avais voué un véritable culte. Cette vieille casserole, je l’avais empruntée à la batterie de cuisine de Nénenne et je ne voulais jamais m’en défaire, même la nuit.

Fernand DelbrouckLorsque j’allais passer quelques jours de vacances à Ciplet chez Nénenne et Bon-papa, c’était toujours elle qui se sacrifiait pour dormir avec moi et me rassurer devant mes frayeurs nocturnes. Il y avait encore toutes ces sises que l’on passéf tôt djanspinant à jouer aux cartes avec Julie Vanesse et Eugène.

Et puis toutes ces expéditions en France à Écot qu’elle préparait en cuisant des œufs durs que nous mangerions durant le trajet. Nous en profitions aussi pour apprendre et réciter Li Mouhagne de Lucien Maubeuge.

Pour se rendre à l’école maternelle et primaire de Ciplet, après le lever, nous nous rendions, mes parents, Isabelle et moi, chez Nénenne et Bon-papa d’où nous prenions le bus pour l’école. Une fois celle-ci terminée, il y avait les goûters pris dans sa si petite cuisine coincée entre la grand’pièce et la place de devant.

Après le déménagement de l’imprimerie à Avin, elle venait, les mardis et les jeudis, avec Fifine et Bon-papa pour aider mes parents et nous préparer les bon petits plats que lui avait appris jadis sa maman qu’elle vénérait tant.

Je n’oublierai jamais tous ces repas de Nouvel an qui était l’occasion de revoir une bonne partie de la famille, ni non plus toutes ces réunions le dimanche à Ville-en-Hesbaye dans la maison paternelle de la rue des Bollands.

Élargissons maintenant le cadre de ces souvenirs d’enfance pour approcher au plus près ce que fut la vie de Nénenne.

Elle naquit le 6 septembre 1914, le même jour que moi ce dont elle était fière, dans une famille qui comptait déjà 7 enfants : Cécile, Louis, Laure, Léon, Henri, Melchior et Joséphine.
Ses premiers parents, Céline Wanet et Léon Bolly, qui ne furent pas chassés du Paradis terrestre, n’avaient point chômé. Suivront encore Marie et Céline, les deux petites dernières.

Ce foyer formait un clan, une véritable tribu où le sens de la famille fut porté au plus haut degré grâce à l’éducation conférée à leurs enfants par Céline et Léon et à une saine atmosphère familiale.

C’est ainsi que lors du drame du décès de son papa Léon Bolly en 1927, sa maman put compter sur le soutien indéfectible de tous ses enfants pour assumer les charges d’un ménage important. À cette époque où la protection sociale n’était pas ce qu’elle est devenue à l’heure actuelle, le décès du chef de famille représentait une véritable catastrophe. C’est donc toute la tribu qui s’est soudée derrière Céline Wanet.

En 1936, Nénenne et Bon-papa, qui s’étaient rencontrés quelques années auparavant, se sont mariés. Ils s’installèrent au Trou du Chien à Ciplet. C’est l’année qui vit également le rachat par mon grand-père d’un atelier typographique de Burdinne pour aider au recopiage des pièces de théâtre qu’il écrivait. Achat qui ne sera pas sans répercussion sur l’avenir.

En 1939, ce fut la naissance de leur fille Gilberte, ma maman. Cet événement joyeux sera malheureusement trop vite suivi de la mobilisation générale et du rappel de mon grand-père sous les drapeaux. Il alla ainsi à la guerre avec un drôle de fusil sans munitions appropriées. Il fut donc vite fait prisonnier en 1940 par les Allemands lors des premières échauffourées à Namur et emmené en captivité en Prusse orientale, au stalag 1A.

Nénenne, avec un bébé en bas âge, dut affronter les épreuves de la séparation et de la guerre, des peines que la solidarité familiale permit d’adoucir quelque peu. Durant ces années terribles, Nénenne se rendait régulièrement par les 6 vôyes à l’exploitation agricole familiale de Ville en Hesbaye pour aider sa famille.

1945 et c’est le retour de Fernand libéré des camps allemands et fuyant devant l’avancée des Cosaques. Il fallait reprendre une vie normale interrompue durant 5 ans, loin des vicissitudes de la guerre.

En 1957, décéda Céline Wanet, la maman que Nénenne chérissait tant, entourée de l’affection de tous les siens.

Après la guerre, Fernand et Nénenne décidèrent de se lancer totalement dans l’aventure de l’imprimerie pour laquelle l’aide de la tribu familiale fut décisive lors de l’achat de la première linotype.
Pendant plus de vingt ans, Nénenne et Bon-papa travaillèrent d’arrache-pied, sans désemparer pour développer leur entreprise typographique jusqu’à leur retraite en 1970. Que n’a-t-elle plier de papiers, assembler de livres ou de factures, assise à la table de la pièce de devant !

En 1964, maman se marie avec papa et l’année suivante je vins au monde. En 1967 ce fut le tour d’Isabelle. Bon papa et Nénenne étaient très fiers de leurs petits-enfants. Ils nous ont tant gâtés.

Après la retraite et la reprise de leur exploitation par leur fille et gendre, Nénenne et Bon papa commencèrent à voyager et à entreprendre leurs nombreux périples vers Ecot chez Marie-Rose et Lucien Rebillot, un peu à la recherche de souvenirs de guerre et du temps perdu à travailler sans trop se soucier de leurs loisirs.

Pour soulager un peu mes parents, Nénenne et Bon papa se sont souvent occupés d’Isabelle et moi, puis après le déménagement de l’Imprimerie à Avin, en 1974, ils n’ont cessé d’apporter leur aide au jardin, à la maison ou à la cuisine.

S’écoulèrent ainsi de nombreuses années de bonheur jusqu’au fatal 11 décembre 1986 où mon grand-père malheureusement péri dans un accident de la route, la veille de leurs noces d’or.

Nénenne quitta Ciplet pour s’installer définitivement chez sa fille et son gendre à Avin. Ce fut une véritable épreuve morale de quitter dans ces conditions son cher Trou du Chien où elle avait tant d’amis parmi ses voisins.

Elle connut encore la joie de voir les mariages de ses petits-enfants et les naissances de ses quatre arrière-petits-enfants : Amaury, Florian, Brieuc et Eléonore.

À ce propos, je pense qu’Amaury doit lui être particulièrement reconnaissant de lui avoir donné peut-être le goût du ballon rond, car Nénenne a eu le temps d’élever Amaury, en jouant avec lui au football, et un peu Florian aussi avant que la maladie ne lui fasse perdre peu à peu ses souvenirs.

Mais durant sa maladie, elle n’oublia jamais qui furent ses parents. Elle nous demandait sans cesse quand son père allait venir pour la ramener chez sa mère. Elle avait raison, voilà maintenant qui est fait : « Nénenne, ton père est bien venu de rechercher ! »

Contre la mort, contre la douleur et le chagrin que nous ressentons ici devant la dépouille de Nénenne, il y a bien sûr la certitude de la foi qui nous rassure et nous fait espérer que Nénenne a rejoint ceux qu’elle aimait et qui lui manquaient tant ici-bas ; cette foi qui nous fait espérer aussi que nous la rejoindrons en compagnie de tous ceux que nous aimons encore malgré la séparation et qui nous ont précédés.

Mais outre cette foi en ces retrouvailles célestes, certitude pour d’aucuns ou simplement hypothèse pour d’autres, malgré cela, malgré nos conceptions différentes de l’au-delà, il y a tout de même pour nous tous, sa famille, ses amis, quelque chose de plus fort que la mort, c’est la présence des absents dans la mémoire des vivants.

Commentaires

Afficher/cacher le formulaire SVP, identifiez-vous pour poster des commentaires ou des réponses.
Mise à jour le Jeudi, 18 Décembre 2008 13:35