Site d'Adrien Daxhelet

Site d'Adrien Daxhelet

  • Augmenter la taille de police
  • Taille de police par défaut
  • Diminuer la taille de police
Site optimisé pour le navigateur Firefox
Accueil Écrits de Guerre Journal de Campagne 39-45

Journal de Campagne 1939-1945 - Capturé par les Russes

Envoyer Imprimer
Index de l'article
Journal de Campagne 1939-1945
Mobilisation
La Fuite
Fait prisonnier
Stalag 1A
Retour de Prusse orientale
Capturé par les Russes
Direction Odessa
Retour au bercail
Toutes les pages

Capturé par les Russes

Mardi 30 janvier 1945

Le matin, calme absolu. Mais vers 9 heures, l'artillerie russe pilonne toute la région, 5 rafales de 4 obus s'abattent sur nous, la moitié de la maison s'écroule, une poussière très dense nous asphyxie, mais elle se dissipe assez vite. Vers 10 heures, nous entendons parler le russe, cela nous rassure un peu. L'aînée des Polonaises qui a un petit garçon monte la première hors de la cave, elle sait le russe; nous l'entendons parler… puis pleurer… puis c'est le petit garçon qui va rejoindre sa mère, puis la deuxième Polonaise, puis c'est le Français, un inconnu, qui est venu dans notre groupe, l'autre Français, André Curtis qui était dans la même ferme que moi, je suis le dernier à sortir de la cave.

Il fait un temps de chien, il neige et les mitrailleuses crépitent de tous côtés. Je n'ai pas fait un mètre hors de la cave que je suis dépouillé de tout, montre, conserves, cigarettes et souliers. On nous met en joue derrière un pignon de mur branlant. Une quinzaine de Russes sont là qui tirent sans arrêt et nous tiennent là en respect pendant au moins 3 heures. Un soldat russe qui est à une grosse mitrailleuse reçoit une balle dans le bras, tombe dans la neige et la neige en tombant le recouvre… des petits obus tombent encore çà et là et raréfient avec la nuit qui commence à tomber. C'est alors qu'un des chefs nous donne l'ordre d'avancer les 3 hommes; comme iles courent, nous faison de même, pour tomber dans une tranchée anti-char, je perds mes galoches, mais je réussis à les récupérer et à monter tant bien que mal hors de la tranchée, deux, trois petits obus tombent, puis nous entrons dans un petit bois et de là nous sommes conduits chez un officier russe qui ne connaissait pas la Belgique, mais bien De Gaulle. Comme j'étais le seul Belge, j'ai dit : « De Gaulle Kamarade » et sur sa carte je lui ai montré la petite Belgique. Comme j'avais soif, je lui demande à boire, il me passe sa gourde… c'était de la Vodka, beaucoup trop forte pour moi que crevais de soif. Puis nous sommes reconduits à pied en arrière et, en cours de route, je suis passé devant le chariot des patronnes qu'on avait abandonnées 4 jours plus tôt et je retrouve également un cheval qui errait tout seul dans la neige. Nous logeons dans un corridor avec des civils allemands.

Mercredi 31 janvier 1945

Même cérémonie, toujours sous la surveillance russe, mitraillette au poing, pas mieux traité que les Allemands.

Jeudi 1er février

On nous questionne et on nous donne un peu à manger. On fouille des civils allemands, comme les Russes jettent tout à terre, j'en profite pour enfouir dans les poches de ma capote chaussettes, pull, chemises et caleçon.

Vendredi 2 février 1945

Nous changeons de place et nous retrouvons quelques Belges et Français qui nous annoncent la mort de Marcel Rebillot, un Français qui était avec nous à Streuhöfen.

Samedi 3 février 1945

Nouveau départ dans la neige.

Dimanche 4 février 1945

Nous faisons plus de 30 km dans la neige et touchons un pain pour 3.

Lundi 5 février 1945

On nous enferme dans une chambre avec 18 Allemands.

Mardi 6 février 1945

Pas de changement.

Mercredi 7 février 1945

L'après-midi, nous partons direction Labiau, comme il n'y a plus de plaques de signalisation, on devine.

Jeudi 8 février 1945

Goldap. Comme je n'ai que des galoches dans les pieds et comme on passe dans des tranchées remplies de soldats russes et allemands, j'essaye d'arracher une paire de botte, rien à faire, la viande vient avec.

Vendredi 9 février 1945

Moterau. Comme les autres jours, on fouille les environs des fermes pour trouver des pommes de terre pour cuire avec de la neige.

Samedi 10 février 1945

Nuendorf. Comme nous sommes des nouveaux arrivés, on nous enferme tous les trois dans une cave.

Dimanche 11 février 1945

Même sort. Toujours enfermé. On entend beaucoup de rafales de mitrailleuses.

Lundi 12 février 1945

Après interrogatoire individuel qui dure bien trois heures par des femmes armées et qui fument sans arrêt, nous sommes remis avec les autres Belges et Français. De l'autre côté de la ferme, séparés par une balustrade en bois, nous apercevons les deux polonaises qui étaient avec nous dans la cave; elles ont été violées par les Russes qui, il faut le souligner, étaient des Tartares et des Mongoles.

Mardi 13 février 1945

Nous restons toujours parqués dans la ferme, on couche dans la paille.

Mercredi 14 février 1945

Départ. Une bonne quarantaine, vers Wehlau…

Jeudi 15 février 1945

Même chose.

Dimanche 18 février 1945

Nous arrivons à Insterburg.

Lundi 19 février 1945

Nouvelle marche.

Mardi 20 février 1945

Nous tournons autour de Gumbinnen

Mercredi 21 février 1945

Rodeback

Jeudi 22 février 1945

Nous faisons quelques km et nous logeons dans des fermes désertes. Nous nous nourrissons nous-mêmes avec les pommes de terre qu'on trouve dans les fermes. Les Russes qui nous escortent ne savent ce qu'ils veulent.

Vendredi 23, 24, 25, 26, 27 février 1945

On piétine. On visite les fermes proches pour trouver de la nourriture.

Mercredi 28 février 1945

Nouveau départ, vette fois-ci vers Gumbinnen où nous sommes casernés à l'hôtel de ville qui est en ruine. Chacun y met du sien et le tout est vite remis en état provisoire.

Jeudi 1er mars 1945

C'est le réveil sur un clairon, puis les corvées sont à l'ordre du jour, il est défendu de sortir, inspection, vaccination, désinfection. Les Russes nous promettent déjà le rapatriement pour dans deux mois. Mais comme on a souvent été berné par ce genre de promesse, on n'y croit plus. Le temps passe, nous sommes beaucoup de Belges. Comme corvée, on va remplir les locomotives d'eau, moi je vais souvent alimenter le feu des chaudières pour la désinfection, pour y cuire des pommes de terre.

Jeudi 15 mars 1945

Les poux sont là et beaucoup ont la dysenterie à cause de l'eau que l'on va prendre dans le Pregel qui est rempli de cadavres. Désinfection et petites corvées qui font passer le temps.

Mercredi 21 mars 1945

C'est le printemps, il fait un temps merveilleux.

Jeudi 22 mars 1945

Des bodards circulent que nous allons partir. Il fait beau.

Vendredi 23 mars 1945

Le colonel russe nous rassemble et, en effet, nous fait part que nous allons partir très prochainement et que nous devons nous tenir prêt comme de vrais soldats belges et que nous aurons tout le confort que l'armée russe peut nous procurer. Mais à la question de savoir par quelle direction, cela il ignore, tout dépend de l'attitude de notre gouvernement.

Samedi 24 mars 1945

Inspection de la tenue. On prend note de ceux qui ont besoin de quelque chose. En outre, je me fais inscrire pour une paire de bottine.

Dimanche 25 mars 1945

Il y a une messe en plein air pour ceux qui veulent y participer.

Lundi 26 mars 1945

J'ai un peu mal à la gorge et j'ai peur d'être grippé. Nous conduisons le camarade Ferdinand Leemans à l'infirmerie, il a grignoté toute la nuit avec 39 degré de fièvre.

Mardi 27 mars 1945

Ça va un peu mieux, mais je ne suis pas encore dans mon assiette. À 17 heures, il y a exercice d'embarquement, mais hélas comme toujours, c'est un canard et pourtant des équipes ont aménagé des wagons.

Mercredi 28 mars 1945.

De mon côté, ça va un peu mieux, les crachats se détachent plus facilement, mais je suis faible et transpire pour un rien; c'est sans doute le manque de nourriture.

À 9 heures, il y a contrôle par wagon de l'effectif. Mais on ne sait pas encore quand on va partir. Je crois bien que nous passerons encore Pâques en Allemagne. On annonce même que l'on doit faire bouillir 45 litres d'eau par wagon. Mais hélas ! Après-midi, ce sont les Français qui partent.

Jeudi 29 mars 1945

Inspection des poux sur le parterre de l'hôtel de ville par des femmes. Après-midi, transport de planches à la gare pour aménager les wagons qui sont là; et la guerre des nerfs continue.

Vendredi 30 mars 1945

On enlève les poêles qui ne servent plus à rien, on les conduit et on les installe dans les wagons; avec des fils de fer, on les arime solidement, on charge également des vieilles planches… on fait des bas flancs. Le moral est au beau fixe.

Samedi 31 mars 1945

Plus de doute, avec tous les préparatifs qui sont au point, le départ est proche. À 11 h 45, on nous confirme le départ, c'est à peine si on peut le croire tellement qu'on a été berné avec les Allemands. Et pourtant les wagons sont prêts et bien garnis. Les vivres sont sur le wagon de ravitaillement.

À 15 heures, on nous rassemble, on nous met en colonne de marche, c'est l'appel nominal. À 16 heures, on prend le chemin de la gare, le train est toujours là, on se place devant les wagons à raison de 45 hommes par wagon, et chacun s'installe à sa façon le plus commodément possible. Moi, je m'installe sur l'étage supérieur 11 hommes… on chante, le cœur est à la joie. Heureusement il ne fait pas trop froid pour la saison et pour une veille de Pâques. Dans le wagon quui ne bouge pas, le temps devient long.



Mise à jour le Lundi, 12 Janvier 2009 22:08  

Identification

Cette identification vaut pour tout sauf pour la galerie de photos qui a sa propre identification