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Accueil Écrits de Guerre Journal de Campagne 39-45

Journal de Campagne 1939-1945 - Direction Odessa

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Index de l'article
Journal de Campagne 1939-1945
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Direction Odessa

Dimanche 1er avril 1945

Pâques. À quatre heures du matin, le train siffle et se met en marche, direction Ebenrode que nous atteignons à 5 h, puis nous arrivons à la petite ville frontière de Eytkau ou Eydtkau qui est très détruite. En cours de route, on distribue le ravitaillement qui consiste en un pain, de 250 gr de fromage, 50 gr de sucre, le tout pour deux jours. À midi, nous arrivons à la capitale de la Lituanie, Kowno, qui n'est pas beaucoup détruite; en sortant de la ville, nous passons dans un long tunnel qui fait bien un km. Le parcours s'effectue normalement; avant d'entrer à Wilma, on passe à nouveau dans un tunnel. La ville est très détruite.

Lundi 2 avril 1945

Nous laisson Wilma derrière nous et prenons la direction de Dunabourg, le trajet s'effectue doucement, beaucoup d'arrêts. À Dunabourg, la gare est détruite, il est 19 h.

Mardi 3 avril 1945

Il fait plus froid, on sent bien que l'on monte vers le nord, le train roule bien. On distribue à nouveau le ravitaillement. Comme décors, toujours forêts sur forêts avec marécages. Les maisons sont en chaumes et très petites et ne sont pas groupées. Nous atteignons Peskau vers 13 h. Il y a assez bien de ruines. Le train roule toute la nuit direction Leningrad.

Mercredi 4 avril 1945

Nous passons dans quelques villages où les paysans sont en train de rebâtir leur maison qui consiste en quelques rondins et une toile de tente comme toiture. Sur tout le parcours, on ne voit que des femmes qui travaillent dans les forêts à scier le bois en rondins. Le soir, nous arrivons à Leningrad, la gare est intacte et à une longueur considérable. Les ordres sont donnés par haut-parleurs.

Jeudi 5 avril 1945

Le train a roulé un peu pendant la nuit, on croit bien que nous allons sur Mourmansk pour nous embarquer. Vers 6 heures du matin, nous rejoignons le convoi français qui avait quitté un peu avant nous. De la nuit, il a bien gelé. Pendant la journée, il fait frais. Pour le moment, nous roulons vers le sud-est d'après les commentaires, direction Moscou. Sur le trajet, beaucoup de dégâts. Le soir, la température s'adoucit.

Vendredi 6 avril 1945

Le train roule plus lentement et stationne parfois pendant des heures. Les villages sont plus populeux. À 12 h, nous atteignons Pologne. Nous allons à la désinfection pendant la nuit. Le matériel n'est pas très moderne, mais content de pouvoir se laver à grande eau.

Samedi 7 avril 1945

Il ne fait plus si beau, nous roulons toujours, selon les dits, direction Moscou. Il neige pour ainsi dire toute la journée, ce n'est pas agréable. Pendant la nuit, le train roule normalement.

Dimanche 8 avril 1945

À 10 heures, nous sommes à 15 km de Moscou. Mais comme toujours on stationne plusieurs heures. On en profite pour se raser. On parle qu'une délégation doit défiler devant le consul à midi. 150 hommes sont désignés pour aller au cinéma à Moscou. À 18 h, nous sommes tous par quatre et nous partons. À deux cents mètres de la gare, nous entrons dans une grande cour où un monument domine. Puis on nous fait entrer dans un vaste réfectoire, tables, bancs et assiettes sont rangés d'une façon impeccables. Propreté hors ligne. La salle est décorée de multiples photos, dont Staline dans toute sa grandeur et le buste de Lénine. Des serveuses en tenue kaki nous servent : 300 gr de pain gris bien frais, puis une soupe très consistante et pâte alimentaire.

Le deuxième plat : millet, orge et pommes de terre avec sauce et viande. Le tout a très bien gouté, il y avait longtemps qu'on n'avait plus mangé quelque chose de chaud et bien préparé. Pour cette fois, le Belge avait fait preuve de beaucoup de discipline. Il a été correct sur tous les points.

Après cette réception, dans notre wagon, on chante en improvisant des chansons. Il fait plus beau. Un camion vient amener du ravitaillement au train.

Lundi 9 avril 1945

Journée magnifique. Le soleil est là et nous réchauffe. Le train roule à bonne allure. Nous avons quitté Moscou de la nuit. Et nous descendons sur le sud. Les maisons sont plus modernes et les terrains plus fertiles. Même qu'à certains endroits, on sème déjà l'engrais pour les semis. La neige a complètement disparu. À 16 heures, Tula. Les premiers arbres fruitiers font leur apparition. À Tula, on fait la distribution de 40 gr de tabac par homme. Il y a à nouveau un banquet offert en notre honneur, qui consiste en une soupe à la choucroute, du millet et 300 gr de pain gris. La petite ville de Tula est bien industrielle. Pour nous voir défiler, il y avait beaucoup de monde dans les environs de la gare.

Mardi 10 avril 1945

Il fait toujours beau, le train roule sans arrêt. La région est très détruite. Les paysans ont fait des toits en paille sur des vieux murs tout calcinés par l'incendie. Les arbres sont déchiquetés. À 11 heures, Orel – Kurk à 18 heures. La région est plus prospère, on y rencontre des troupeaux de moutons et beaucoup de vergers. Les paysans font leur premier semis. Le soir, il y a la soupe populaire qui nous est maintenant familière. La ville est fort détruite, la grand'place est toute labourée de trous d'obus et les maisons rasées.

Mercredi 11 avril 1945

Très belle journée, le solail dès la première heure est là. Nous sommes au même point que la veille. Les canards circulent beaucoup. Nous quittons Kurck à midi et sans incident nous arrivons à 21 h à Charkow. La ville est toute illuminée. On ne se croirait plus dans un pays en guerre. À minuit, réveil pour aller goûter la soupe populaire.

Jeudi 12 avril 1945

Nous quittons Charkow à 8 h 30 du matin. Les paysans bêchent leur jardin, d'autres plantent des pommes de terre. Les arbres sont en fleurs. Des terres cultivées dont on ne voit pas la fin. En général, toutes les gares que nous avons traversées sont détruites. À 13 h 30, Poltawa. On reste un peu en gare pour prendre de l'eau, puis c'est Krementchouw. À 17 h, on passe le Dnieper qui a une largeur de 300 mètres. Tout paraît normal, mais un peu trsite. On dit que Roosevelt est mort !

Vendredi 13 avril 1945

Toute la journée, le train roule. Nous arrivons à Kirowograd vers midi, il fait toujours beau et pas froid, nous allons manger notre soupe populaire qui est très bonne. Puis on nous donne du ravitaillement pour 6 jours avec 40 gr de tabac.

Samedi 14 avril 1945

Pour comble de malheur, le train n'a presque pas roulé la nuit. La région est belle. Nous arrivons à Odessa vers midi. Mais on reste assez bien en gare… puis nous repartons environ 5 km. On débarque et on nettoie comme on peut les wagons. La colonne des 1 200 Belges se met en route, nous traversons quelques quartiers de la ville qui sont détruits.

Au cours du trajet en train, on dit qu'un Belge est décédé. Les rues d'Odessa sont larges et les drapeaux sont mis en berne à cause de la mort de Roosevelt. Nous passons devant un cimetière partiellement détruit. Tous les monuments sont en pierre. Nous logeons dans une espèce d'école.

Dimanche 15 avril 1945

Content de se retrouver sur une bonne paillasse, la plupart a bien dormi. Comme toujours les responsables désignent des hommes pour les corvées que l'on fait en rouspétant. Moi, je veux me faire inscrire pour aller tous les jours à l'épluchement, mais Armand Piron de Burdinne m'annonce qu'on va partir. Comme les autres, je regarde le défilé militaire qui dure au moins trois heures. C'est le premier anniversaire de la libération d'Odessa : harmonie, drapeaux et toutes les sortes d'armes y figurent. À l'ombre, il fait froid, mais au soleil il fait bon. Dans l'après-midi, par groupe, on va au bain. Comme on nous donne une nouvelle chemise et un caleçon, je vend mes vieilles guenilles et guettons par le trou d'une fenêtre cassée pour le prix de cinq roubles et en revenant pendant la nuit avec deux autres copains, nous buvons un grand verre de vodka pour quelques roubles. Quand nous rentrons à la caserne, le bruit court que 170 à 200 Belges vont partir.

Lundi 16 avril 1945

Les commentaires vont bon train, 200 Belges peuvent partir pour compléter le navire… comment les désigner. On fait 12 colonnes de 100 et dans un bonnet de police qui contient 12 papiers pliés numérotés de 1 à 12, on tire : les deux premiers sortis seront de la classe. On tire les deux numéros, je suis parmi les premiers à partir. L'après-midi, on affiche la liste des partants, je suis sur la liste, tout va bien.



Mise à jour le Lundi, 12 Janvier 2009 22:08  

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