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Accueil Écrits de Guerre Journal de Campagne 39-45

Journal de Campagne 1939-1945 - Retour au bercail

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Index de l'article
Journal de Campagne 1939-1945
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Retour au Bercail

Mardi 17 avril 1945

Matinée calme et à midi, on communique que les 200 hommes repris sur la liste doivent se tenir prêts pour partir. Le clairon a à peine sonné le rassemblement que le départ est retardé d'une heure puis annulé, c'est les Français qui ont la priorité. Comme plus rien ne nous étonne, on attend et à 16 heures plus de doute… c'est le départ dans un ordre parfait, nous sommes à deux cents à quitter la caserne-école, il fait beau et nous arrivons au port vers 17 heures et presque aussi vite nous embarquons. C'est un navire école norvégien dont le ticket, que j'ai toujours, porte le nom de Berthing card, commandé par des Anglais. À l'entrée, on nous donne à chacun un ticket, j'ai le ticket FI table 125 et la carte pour aller chercher la nourriture est de 7 rations. Le confort est bon, on dort dans des hamacs, tout un problème pour y entrer.

Mercredi 18 avril 1945

Après avoir passé une bonne nuit, on replie son hamac, on va chercher la nourriture pour 7 qui est très bonne, pain blanc, beurre, confiture, thé. À neuf heures, le navire bouge et en effet à 9 h 30, nous avons quitté le quai et déjà le navire prend de la vitesse. Nous sommes, d'après les bruits qui circulent, 200 Belges, 2 100 Français et 600 membres d'équipage. Ces chiffres ne sont pas confirmés. Le navire roule à 25 km heure, il jauge 12 000 tonnes, 110 mètres de long, 22 de large et le mat dépasse le pont du navire de 24 mètres. Le soir, la mer est un peu agitée, il y a quelques uns qui ont déjà le mal de mer. La nuit se passe calme, pour ma part, j'ai bien dormi.

Jeudi 19 avril 1945

On nous distribue 20 cigarettes Players et un baton de chocolat. La mer est plus houleuse, on voit des bancs de poissons, nous atteignons le passage du Bosphore vers 10 h. Un canot accoste notre navire, c'est le contrôle turc. La côte d'Asie et la côte turc sont bien visibles, les bâtiments beaucoup de gratte-ciel, églises orthodoxes et musulmanes que l'on reconnaît aux flèches et aux boules. La température est douce. Le consul de France monte à bord, et parés on distribue à chacun cinq oranges et 10 schellings, le navire quitte Constantinople vers 17 h 30. On nous donne également 12 cigarettes turques, puis c'est la mer de Marmara qui est très calme, maintenant on ne peut plus monter sur le pont sans sa bouée de sauvetage, on longe la côte d'Asie. Vers deux heures de la nuit, on passe les Dardanelles.

Vendredi 20 avril 1945

On retarde les horloges d'une heure. On est en mer Égée. Il y a exercice d'alerte, il faut être sur le pont en quelques secondes muni de sa bouée. La mer Égée est calme et on contourne îles sur îles. À 15 h, nous entrons dans la Mer Ionienne et un avion allié vient faire la reconnaissance du navire. La mer commence à s'agiter, tout va bien à bord. Les sous-officiers qui sont à notre table vont manger au mess des sous-officiers. Mais à la cuisine, nous touchons toujours nos 7 rations pour 5 hommes, ça devient un problème pour manger le tout. Pour 4 schillings à la cantine, j'achète 100 cigarettes, 5 bonbons et une boîte d'allumettes. Menu du jour : matin, thé, 250 gr de pain blanc, flocons d'avoine, 25 gr de sucre, 20 gr de beurre, confiture; midi, soupe variée, 125 gr de viande de cochon ou de grosse bête, macédoine, pudding; déjeuner, thé, 250 gr de pain blanc, 20 gr de beurre; souper, soupe, 75 gr de viande ou saucisson, thé.

À 20 heures, le navire se trouve dans les parages de l'île de Crète. On passe Athènes la nuit.

Samedi 21 avril 1945

Triste réveil, tout le monde vomit et se plaint. Je descends et mon hamac et à mon tour je sens ma tête qui tourne, directement je prends ma bouée de sauvetage et je monte sur le pont pour respirer l'air pur. Le pont est tout rempli de prisonniers et beaucoup vomissent, je me tiens tranquille pendant une heure, mais la mer Méditerranée est très mauvaise, le navire tangue tellement qu'on se croirait en balançoire. Personne ne mange, moi je réussis quand même à avaler la moitié de mon pain avec du sucre.

À 9 heures, la mer redevient plus calme et tout rentre dans l'ordre, sauf à onze heures, exercice d'alerte. Tout le monde sur le pont. 18 h 50, on aperçoit la côte italienne. 20 h, détroit de Messine, on voit nettement la côte sicilienne et d'Italie quui est à un km. Un officier anglais attire notre attention sur le mont Etna. 21 h 30, le détroit est passé sans incident.

Dimanche 22 avril 1945

La Méditerranée est houleuse, le vent souffle assez fort. À midi, le vent souffle en tempête, le pont est plusieurs fois balayé par des lames d'eau. Ce n'est pas gai pour un dimanche et pourtant le soleil chauffe. On passe le Détroit de Bonifacio entre 19 et 20 heures, la largeur est à peu près de 2 km. Le phare est au milieu, mais juste au moment où l'on passe le détroit, la tempête redouble et le navire balance sur toute sa longueur. Il y a beaucoup de malades. Moi, je m'allonge dans mon hamac et je réussis à m'endormir, et quand je m'éveille la mer est plus calme.

Lundi 23 avril 1945

Au réveil, on aperçoit la côte française, ainsi que le phare de Toulon. À 10h 30, on entre dans le port de Marseille et on aperçoit Notre-Dame de la Garde qui domine tout le port.

Par radio, le commandant du navire nous remercie pour notre discipline et notre propreté à bord. On remet son hamac et sa bouée de sauvetage. On dîne à bord une demi-heure plus tôt. Le navire stationne plus de deux heures. Il fait beau et chaud. À 17 h, le débarquement, mais nous, les Belges, nous sommes les derniers et devons nettoyer un petit coin de bateau. Des autos jeeps nous attendent au bas de la passerelle, conduites par des Noirs américains qui roulent comme des fous pour nous amener au centre d'accueil. Là, c'est le délire, on mange à volonté et le vin coule à flot, on nous renseigne sur tous les points. J'envoie deux télégrammes en Belgique. De ma vie, je n'oublierai jamais avec quelle joie les petites Françaises nous ont accueillis. Après les formalités d'usage, on donne à chacun un colis et très tard vers minuit on nous conduit en car dans un centre d'hébergement, c'est un hospice avec des sœurs, nous couchons dans un bon lit.

Mardi 24 avril 1945

Réveil à 9 heures, on déjeune avec un morceau de pain, saucisson, café, sucre, puis ce sont cigarettes, biscuits, dattes et du café. À midi : vin, soupe, macaronis, viande, une pomme comme dessert. Nous sommes bien, on se promène dans le jardin. Il fait chaud à Marseille.

À 19 h, on nous reconduit à la gare et, à 19 h 30, nous quittons Marseille, nous passons deux grands tunnels, on roule toute la nuit. À Tarascon comme à Avignon, aux arrêts, les gens nous passent du vin.

Mercredi 25 avril 1945

On roule toujours par Lyon, Dijon avec des arrêts de plusieurs heures.

Jeudi 26 avril 1945

Lille, puis nous passons la frontière belge où les douaniers veulent nous fouiller. On les hue ! Nous débarquons à Tournai, la gare est toute entourée de civils pour nous accueillir. Dans une école, on nous donne un petit casse-croute et on remplit quelques formalités. Le soir, nous remontons dans un train pour Bruxelles que nous atteignons à minuit.

Vendredi 27 avril 1945

Au matin, petit déjeuner. On passe à la régistrature où l'on nous questionne et on remplit des formulaires, puis on donne à chacun 500 frs. À midi, un monsieur à moto se présente et invite deux prisonniers à dîner chez lui. Avec un autre prisonnier, nous voilà parti, moi dans le side-car, l'autre derrière la moto. La femme avait fait ce qu'elle pouvait, car en Belgique dans les villes ils manquaient encore de tout. Bien gentiment, le cher monsieur nous ramène à la gare du Nord pour prendre le train jusque Landen. C'était un omnibus, j'arrive à cette gare à 19 heures et là je retrouve le petit Fernand Stas de Lincent quui était dans le même train que moi en France, mais était descendu pour aller à Paris.

Une demi-heure après, je prends le train pour Avennes, dernière étape. Le chef de gare me reconnaît aussi vite et téléphone chez Médard à Ciplet, qui ne se fait pas attendre et 20 minutes plus tard, j'étais sur la grand'place de Ciplet où justement les membres du cercle « Les Échos de la Méhaigne » répétait. Après cette halte tumultueuse que les cloches en sonnant à toute volée rendaient encore plus spectaculaire. À 10 heures, je rentrais chez moi, la maison était comble et je faisais la connaissance de ma petite fille qui avait presque six ans et qui n'avait jamais vu son père.

Le cauchemar était fini.

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Mise à jour le Lundi, 12 Janvier 2009 22:08  

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