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Manuel - Rhétorique 1

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LIVRE PREMIER

RHÉTORIQUE

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l’art de la composition et du style

Chapitre premier

De la Rhétorique en général

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Éloquence et Rhétorique. — On a longtemps borné l’empire de la rhétorique à l’art oratoire, sans doute parce que le discours a été autrefois la forme suprême de la prose, qu’il comporte tous les sujets, tous les tons, tous les styles.

La rhétorique, telle que nous la concevons aujourd’hui, embrasse l’ensemble des lois qu’il faut observer pour parler ou écrire artistement. Ses préceptes s’appliquent à toutes les œuvres de l’esprit revêtant une forme littéraire, s’adressant au savant, au poète, à l’homme du monde même, autant qu’à l’orateur.

Il est, dit La Bruyère , « un don de l’âme qui nous rend maîtres du cœur et de l’esprit des autres, qui fait que nous leur inspirons ou que nous leur persuadons tout ce qui nous plaît ». Ce don c’est l’éloquence, dans l’acception la plus large du mot, le talent de bien parler ou de bien écrire.

Utilité de la Rhétorique. — La rhétorique, qui soutient et guide ce don naturel de l’éloquence, est la résultante de toutes les observations attentivement faites sur les grands modèles et utiles même aux hommes les mieux doués. Quoiqu’une conviction profonde, une passion ardente puissent, en de rares et de fugitives occasions, produire sans le moindre artifice, les plus beaux effets, on peut dire, en thèse générale, que les dons naturels, livrés à eux-mêmes, n’ont jamais jeté que des éclairs passagers, et qu’il faut que le travail de la réflexion, c'est-à-dire la rhétorique, vienne s’y joindre pour que naissent des œuvres achevées et durables.

Les règles enseignent, en effet, par quels moyens les maîtres de la parole vivante ou écrite, ont réussi, nous faisant ainsi bénéficier de l’expérience des siècles ; elles montrent, pour nous en préserver, à quelles défaillances le génie lui-même, sans le secours de l’art, est exposé ; elles fortifient, développent nos aptitudes en les dirigeant en vue du but à atteindre. Mais il faut, pour qu’elles aient cette heureuse influence, qu’on se les assimile complètement par l’étude, au point qu’elles pénètrent à fond dans les habitudes de la pensée, et qu’on les applique en quelque sorte spontanément. Du reste, les plus grands esprits n’ont pas dédaigné l’aide de la rhétorique. L’antiquité nous a légué l’exemple des Démosthène et des Cicéron , qui, toute leur vie, ont pratiqué les exercices qu’elle préconise.

Elle peut servir, on ne peut le nier, à l’erreur comme à la vérité. Mais n’en est-il pas ainsi de toutes les forces, dont la liberté humaine peut user et abuser ? C’est la faute de l’esprit qui s’en sert, quand elles deviennent nuisibles.

Son but. — Enseigner le secret de plaire en s’adressant à l’imagination et à la sensibilité, pour ainsi s’ouvrir l’accès de l’esprit et du cœur, de convaincre l’un par le raisonnement et de remuer l’autre en y éveillant la passion : telle est la fin que se propose la rhétorique.

L’art de la composition. — Ce secret, pour l’écrivain — l’orateur dispose en outre de l’action — c’est l’art de la composition.

Composer c’est faire un tout en combinant des éléments divers. Si l’on applique ce terme à la littérature, composer c’est développer un sujet, c'est-à-dire exposer avec netteté et avec suite les idées ou les sentiments que suggère un fait réel ou inventé.

L’art de la composition est tout entier dans ces trois choses, qui sont comme trois actes différents et successifs en apparence, quoiqu’ils ne soient au fond que trois moments d’un seul et même acte : la conception ou invention, la sélection (triage et classement des idées ou des sentiments) ou disposition, l’expression (énonciation, style) ou élocution.

Les mœurs et les bienséances oratoires. — Cependant si le secret de plaire, en ce qui concerne l’écrivain, réside tout entier dans l’art de composer son œuvre, si la moralité de celle-ci nous importe seule, sans qu’il nous appartienne de juger la personnalité et la vie de l’auteur, il n’en va pas tout à fait de même pour l’orateur, qui se trouve en contact plus direct avec le public.

Il faut, en effet, à ceux qui parlent dans les assemblées un certain prestige qui leur viendra surtout de la droiture de leur caractère, de leur vertu en général, de même qu’ils doivent observer telles bienséances professionnelles que leur indiquera une sorte de tact spécial. Aussi les anciens traités de Rhétorique exposaient-ils, sous le nom de mœurs oratoires, les qualités que doit réunir l’orateur pour donner à ses discours l’autorité qui s’attache à la parole d’un homme de talent doublé d’un honnête homme, vir bonus dicendi peritus [1] .

En effet, comme le remarque La Bruyère , « il y a des hommes dont le seul caractère est efficace pour la persuasion ; ils paraissent et tout un peuple qui doit les écouter est déjà ému et comme persuadé par leur présence ; le discours qu’ils vont prononcer fera le reste ».

Les Anciens énuméraient quatre qualités principales de l’orateur, à savoir : la probité, la modestie, la bienveillance ou le zèle et la prudence. Elles se définissent d’elles-mêmes. Que l’orateur donc soit surtout honnête, c'est-à-dire incorruptible ; qu’il soit plein de zèle pour le bien de ceux dont la cause est devenue la sienne, ne disant rien qu’il ne croie, ne croyant rien qu’il ne sache être conforme à la vérité et à la justice. Avec cela qu’il ait une aptitude particulière à penser et à sentir et aussi à exprimer ses sentiments et ses pensées. Qu’il y joigne les lumières indispensables pour parler avec autorité des sujets qu’il traite, et qu’il montre enfin une sagacité, fruit du génie et de l’expérience, qui lui fasse discerner les causes et les conséquences.

Quant aux bienséances, elles sont une des parties les plus essentielles et les plus difficiles de l’art oratoire. Elles consistent dans l’accord parfait des idées, des sentiments, du langage, de l’action de l’orateur avec le sujet qu’il traite et les circonstances où il se trouve. Les bienséances se rapportent donc à l’orateur, aux auditeurs, aux temps, aux lieux et aux sujets.



[1] Cette définition est attribuée à Caton l’Ancien .

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Mise à jour le Lundi, 15 Décembre 2008 22:08