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Manuel - Poésie 1

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LIVRE II

LA POÉSIE

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ses genres

Chapitre Premier

Caractères de la poésie

Généralités

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Les œuvres littéraires se divisent en deux grandes familles : la prose et la poésie ou les vers.

C’est en établissant bien la différence, tant à l’égard du fond que de la forme, entre la prose et la poésie que nous ferons voir clairement les caractères de celle-ci.

Tandis que la prosesoluta oratio, discours libre, disaient les Latins — ne reconnaît, dans sa forme primitive et simple du moins, d’autres lois que celles qui régissent la langue en général, la poésie est soumise en outre à certaines règles qui déterminent le nombre ou la quantité des syllabes et exigent le retour périodique soit de certains accents, soit de certaines consonances, soit à la fois des uns et des autres. La poésie emprunte donc ses effets à l’harmonie et au rythme, au vers en un mot, non moins qu’au secret des images qui, frappant vivement nos sens, éveillent en nos âmes des émotions douces ou fortes. « Un beau vers, dit A. France , est comme un archet promené sur nos fibres sonores... Ce ne sont pas ses pensées, ce sont les nôtres que le poète fait chanter en nous. »

D’autre part, la prose, visant avant tout à informer l’esprit, présente les objets de préférence dans leur réalité exacte et se propose d’énoncer les idées surtout avec ordre, clarté, précision. La poésie, au contraire, transforme la réalité, l’épurant, la modelant sur un type idéal, et avec les éléments qu’elle y puise et qu’elle combine, crée des conceptions nouvelles dans le but de plaire, de toucher par la révélation du beau à nos âmes. Ainsi, au rebours de la prose qui, pour arriver à ses fins, se plie surtout aux lois de la raison, c’est plutôt à l’imagination et à la sensibilité que la poésie a recours. Et même l’on a pu dire à bon droit que ce qui fait celle-ci « c’est moins la versification que l’intervention de la personnalité émue ».

Enfin, tandis que la poésie, résultat de l’enthousiasme, de la spontanéité de l’âme, brille dans la jeunesse des peuples, la prose, qui procède de l’étude, de la réflexion, fleurit dans la maturité des sociétés. Dans l’histoire des lettres, en effet, les vers apparaissent précédant la prose. Ce fait aisément s’explique par la prédominance, au premier âge de l’humanité, des facultés d’imagination et de sensibilité qui, nous l’avons dit, agissent surtout dans l’inspiration poétique, et par l’avantage propre au vers de présenter une forme facile à retenir, à une époque où la tradition orale seule transmettait les produits de la pensée [1] .

Dans la littérature actuelle, la différence entre la prose et la poésie devient de moins en moins tranchée. La prose littéraire nouvelle, depuis Chateaubriand , emprunte à la poésie une partie de ses ressources, et rivalise avec elle non seulement d’éclat et de couleur, mais de nombre et d’harmonie. Elle a eu, au xixe siècle, une riche efflorescence dans le roman, le journalisme et le théâtre, où elle a presque complètement supplanté le vers.

On a vu, plus haut, que la poésie est l’art de réaliser au moyen de matériaux pris dans la nature, un modèle conçu par l’esprit. En effet, le poète crée, il fait de l’idée encore informe et fruste ce que le statuaire fait du bloc de marbre ; il la taille, la cisèle, lui donne un corps et des membres, la rend vivante.

Mais le mot poésie désigne aussi ce caractère de beauté des êtres ou des choses, qui nous touche, nous élève l’âme, nous transporte, nous fait rêver — dans ce sens on dit : la poésie de la nature, d’un site, d’un tableau, etc. — ou encore l’œuvre littéraire même qui essaye de fixer cette beauté, la création marquée au coin de l’inspiration.

Par là on peut dire que la poésie (sens subjectif) est l’expression du beau. Car elle répond à la préoccupation de l’homme d’éterniser la jouissance du beau, en reproduisant l’idéal qu’il se fait de ce qui l’a remué doucement, agréablement ou même douloureusement.

Pour exprimer le beau, la poésie a la parole, soumise à certaines règles, c'est-à-dire le vers. Selon les buts particuliers qu’elle se propose, ou les formes spéciales qu’elle affecte, elle se divise en différents genres qui, tous, ont leurs lois propres. L’ensemble de ces lois constitue l’art poétique ou la poétique. Mais ces lois varient d’une langue à l’autre et, dans une même langue, en français par exemple, avec les époques. On verra que la poétique des Romantiques diffère sensiblement des règles formulées par Boileau , au xviie siècle.




[1] Du temps des hommes primitifs, la poésie était tout et devait être tout. Le premier sentiment de l’homme appelé à jouir des bienfaits et des beautés qui l’entouraient devait être un sentiment d’admiration et de reconnaissance, et c’est le langage de la poésie qui seul était propre à l’exprimer. Il fallut de longs siècles, il fallut que la civilisation passât de l’Inde poétique et théologique en Assyrie, en Égypte, enfin en Grèce pour que nous assistions à la naissance de l’idée scientifique...

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Mise à jour le Lundi, 15 Décembre 2008 22:13