Voyage en Grèce en 2000

Jeudi, 08 Janvier 2009 20:55 Rudi Discart
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1er jour : Athènes

Lundi 18 septembre.

Bruxelles. Gare centrale.

Dans l’immense hall d’entrée règne l’effervescence habituelle d’un lundi matin. Dans un ballet désordonné, des centaines de navetteurs se croisent. Certains, résignés et accablés par le début de cette nouvelle semaine, se résignent d’un pas lent à rejoindre leur lieu de travail. D’autres se précipitent, la mine soucieuse et préoccupée, vers leurs harassantes tâches quotidiennes.

Les annonces de départs et d’arrivées de trains se multiplient, rythmées par les vrombissements sourds des machines s’engouffrant sur les voies souterraines.

Au milieu de cette cohue et de ce brouhaha, quatre hommes discutent joyeusement.

Adrien, le sourire jubilatoire et l’oeil pétillant, trépigne sur place. Jean, d’habitude calme et imperturbable, trahit sa légère excitation en jetant quelques coups d’oeil furtifs vers les panneaux des horaires. Vincent, plus décontracté et serein que jamais, plaisante aimablement. Et puis, l’humble rédacteur de ces quelques pages.

Bruxelles, Gare centrale. La toute première étape de ce périple qui, dix jours durant, allait nous voir sillonner les routes et écumer les tavernes de la Mère de notre civilisation, du Berceau de nos pensées, de la Gardienne de notre culture : j’ai nommé la Grèce.

Notre périple commença sous les meilleures auspices : en effet, Vincent était bien arrivé à l’heure et il pensait n’avoir rien oublié…Ce n’est que 24 heures plus tard qu’il remarquera que son appareil photo était resté à la maison. C’est l’appareil d’Adrien qui allait déguster...

Après avoir pris le train jusque Zaventem, nous réceptionnons nos billets de vol et attendons le décollage (prévu à 12h45) en buvant un verre dans la taverne panoramique de l’aéroport. Déjà un goût de voyage… Dernier contact avec la bière belge qui allait, les dix jours suivants, être généreusement remplacée par le vin grec.

Décollage à l’heure. Le voyage se passe sans anicroche (atterrissage à 17h05). Jean fait de superbes photos en vue aérienne de l’Acropole.

Arrivés à l’aéroport, nous récupérons rapidement nos bagages et prenons possession de notre voiture de location (Hyundai Excell avec airco svp…mais on ne s’en est rendu compte que 24 heures plus tard…).

Vincent prend le volant avec l’assurance et la compétence que tous allaient rapidement lui reconnaître. Faut dire qu’il faut les avoir bien accrochées pour conduire dans la jungle athénienne…Le temps est très ensoleillé et très chaud ( +/- 30° vers 17h30).Avec une maîtrise remarquable, Vincent évite tous les dangereux pièges de la circulation pour nous amener sans encombre à notre hôtel – au demeurant assez confortable. Après avoir garé la voiture à un emplacement assez douteux (arrêt de bus) et déposé nos bagages, nous décidons d’aller manger au restaurant « Daphni » (renseigné dans le Guide du routard).

Thumbnail imageNous prenons d’abord l’apéro sur une terrasse de la place Victoria où nous faisons définitivement nos adieux à la bière. Après avoir été dirigés dans le métro par notre guide averti Adrien, nous arrivons au très typique restaurant Daphni. Nous mangeons copieusement dans un cadre très agréable (treilles et barriques de vin, voir photos).

Nous revenons à l’hôtel en passant par Monastiraki (près de Plaka), où nous terminons la soirée en buvant encore ena kilo retsina pas terrible. Nuit relativement bonne.



2e jour : Athènes - Cap Sounion

Mardi 19 septembre.

Le matin (mardi 19), réveil vers 8h00, déjeuner à l’européenne, puis en route à la recherche de notre carte d’accréditation. C’est une véritable chasse au trésor, mais après moult kilomètres et tergiversations, nous l’obtenons finalement au Musée Epigraphique (à droite en regardant le musée national). Les responsables ont malheureusement déchiré nos anciennes cartes de 1987. Après avoir mangé un sandwich près du musée, nous visitons celui-ci pendant 1h30+/-. Le premier étage est inaccessible suite au tremblement de terre de 1999. Retour à l’hôtel après avoir pris un verre bien mérité par cette chaleur toujours aussi étouffante.

Nous décidons d’aller contempler le coucher de soleil au cap Sounion. Sur la route, nous nous arrêtons pour piquer une tête dans la mer Egée. Jean s’est semble-il bloqué le pied suite à son refus obstiné d’obtempérer à nos injonctions à venir profiter des plaisirs de la baignade. L’eau est trop humide pour lui sans doute…

Le coucher de soleil au cap Sounion répond totalement à nos attentes : on ne s’en lasse pas et c’est tout simplement superbe. Le nombre de photos que nous prenons est d’ailleurs éloquent.

Sur le chemin du retour, nous nous arrêtons à Laurion pour manger des pitas /frites et boire 2 kilos de retsina pour un prix ridicule (+-1000 FB pour 4).C’est d’ailleurs pour cette raison (et pour encourager le commerce local) que nous attaquons le 3°kilo…

Mais cette soirée est loin d’être terminée : après le 3°kilo, retour vers Athènes, tous un peu éméchés… Arrêt pipi mémorable (voir photo [on l'attend toujours !]).

A Athènes, après avoir repoussé énergiquement les propositions douteuses d’un rabatteur d’un établissement non moins douteux, nous allons encore boire une bière au Mac Do place Syntagma. Ceci en dernier recours : plus rien n’est ouvert à cette heure tardive (vers minuit trente).Et nous avons encore soif…



3e jour : Corinthe - Épidaure - Nauplie

Mercredi 20 septembre.

C’est le début de la soirée. Nous sommes à Nauplie, sur le port, et c’est évidemment l’heure de l’apéritif.

Le matin, nous nous levons à la hussarde vers 6h30. Après un rapide petit déjeuner à l’hôtel, nous prenons la route vers Corinthe. Nous traversons rapidement la banlieue d’Athènes, embrumée par la pollution incroyable des usines et des raffineries. Sur le chemin, nous nous arrêtons bien sûr à l’Isthme, profonde entaille comme creusée au scalpel, isolant le Péloponnèse du continent.

Poursuivant notre route, nous décidons de négliger le site archéologique pour nous rendre directement au pied de l’AcroCorinthe. Celle-ci est coiffée par les ruines d’une impressionnante forteresse franquo-ottomane. La montée jusqu’au sommet, sous un soleil brûlant, est vraiment harassante. Elle allait cependant récompenser nos efforts en nous offrant une vue époustouflante sur l’Isthme de Corinthe, mince langue de terre séparant l’Attique du Péloponnèse. Le Péloponnèse... aride, dépouillé, torturé, comme labouré par la charrue furieuse d’un Géant ivre… Témoin et théâtre de tant de mythes sanglants, de légendes mystérieuses, de batailles terribles, il est aussi la Terre des Héros et des vestiges de villes fameuses. Vraiment une impression grandiose.

En descendant, Jean se re-re-re tord la cheville…et Adrien, gagné par l’esprit Olympique du moment, bat le record toute catégorie de descente sur cailloux. Le but de cette course folle et intrépide???

Carapater vers une bière bien fraîche…

Après ce petit repos bien mérité, nous prenons la direction d’Epidaure. En chemin, nous nous arrêtons à Sophiros, dans un petit restaurant très sympa où nous faisons un repas pantagruélique et bien arrosé. Nous sympathisons avec les gérants que nous prenons en photo .Ensuite, nous reprenons la route vers Epidaure. Adrien et Vincent s’assoupissent très vite, écrasés par la chaleur et la retsina.

La route longe la mer, et nous nous arrêtons plusieurs fois pour faire des photos de ces paysages extraordinaires (notamment photos de Archaia Epidauros).

A Epidaure, assommés par la chaleur et par la fatigue accumulées durant l’ascension de l’Acrocorinthe, nous visitons bien entendu le célèbre théâtre, le musée et le sanctuaire d’Asclépios.

Nous reprenons la route vers Nauplie que nous atteignons sans histoire, malgré un petit détour inutile.

Cette très belle ville, marquée par l’occupation vénitienne, dégage un charme doux et apaisant avec ses petites ruelles escarpées, bordées de vieilles bâtisses romantiques et embaumées par les senteurs de chèvrefeuille et de mimosas. La mer toute proche joue à cache-cache, disparaissant puis se dévoilant au gré de nos pas, laissant parfois deviner le fort se reposant, imperturbable, au milieu des eaux scintillantes de la baie. Il fait beau flâner au milieu de ces rues charmantes, dominées par les murs impassibles de l’imposante forteresse vénitienne couronnant la ville.

Vraiment, il serait agréable de passer quelques jours à Nauplie, la plus italienne des villes grecques…

Trêve de bavardages…il est temps de trouver un endroit pour dormir. Nous hésitons entre l’hôtel, la pension ou la belle étoile. Après avoir été évincés par un triste sire à la triste mine, nous avons finalement jeté notre dévolu sur l’hôtel Athéna, situé sur la place Syntagma. Après un âpre marchandage, nous obtenons deux chambres pour 22.000 dr.

Repas léger sur la place Syntagma. Pour terminer la soirée, nous prenons un verre sur le port.

Retour à l’hôtel où Vincent connait un petit problème scatologique : après avoir éjecté une famille (nombreuse) de géant sénégalais, il éprouve toutes les peines du monde à les évacuer avec la brosse…Rien à faire, où qu’il passe, il doit laisser son emprunte...

La nuit fut bonne, dans cet hôtel très bien situé, avec vue imprenable sur la forteresse et sur les ruelles de la vieille ville.



4e jour : Tirynthe - Mycènes - Le Magne

Jeudi 21 septembre.

Nous prenons le petit-déjeuner sur une terrasse de la place Syntagma en lisant le journal. Première bonne nouvelle de la journée : Anderlecht a battu le PSV Eindhoven 1-0.

Après avoir fait le plein, nous parcourons la courte distance qui nous sépare de la mycénienne et cyclopéenne Tirynthe. Son acropole est en effet entourée de cet appareillage aussi impressionnant qu’indestructible. La visite vaut surtout pour cette enceinte, les casemates très bien conservées et la superbe vue sur la citadelle de Nauplie.

Nous restons dans l’époque héroïque et épique car notre prochaine destination est l’intemporelle, mystérieuse et glorieuse Mycènes…

Après avoir éclusé une bière, nous commençons la visite sous un soleil de plomb : porte des Lionnes, cercles des tombes, entrepôts, palais, Trésor d’Atrée et de Clytemnestre.

Nous avons également la chance d’explorer une citerne après une descente de 113 marches dans les profondeurs de l’acropole, à la lueur d’une lampe de poche aimablement prêtée par un touriste.

A la fin de la visite durant laquelle nous nous étions un peu perdus de vue, Adrien et Jean nous apprennent, les yeux brillants et le sourire coquin, qu’au milieu de ces ruines vénérables, ils ont découvert la réincarnation brune de la blonde Hélène. Ils prétendent même que, afin de garder l’anonymat, elle se fait maintenant appeler Aurélia et serait originaire de Roumanie…

N’écoutant que notre soif de vérités historiques, Vincent et moi décidons de vérifier scientifiquement l’exactitude de ces allégations douteuses, en examinant ce témoin potentiel et inespéré de l’âge homérique. Force nous est de constater que l’élégance de la démarche et la beauté quasi divine de cette Belle de l’Est n’ont d’égales que la perfection du galbe de ses hanches, et la voluptueuse plénitude de son décolleté infini, libre de toute entrave…Vincent, fin observateur et dont l’acuité esthétique n’est plus à prouver, apporte même sa pierre à l’édifice en précisant qu’elle porte un string.

Fatigués par ces visites et recherches historico-archéologiques, nous allons nous hydrater et manger à l’auberge de « la Belle Hélène ». C’est assez cher et relativement peu copieux.

Après les deux kilos de retsina locale, nous prenons la route pour Gythion, via Tripoli. En traversant Sparte, Vincent émet le désir de voir Mystra. Nous roulons donc jusqu’au sommet de cette ville-musée, d’où la vue sur la plaine de Sparte est vraiment superbe. En redescendant, nous faisons une halte sur un parking pour une dernière photo. En repartant, je descends d’une bordure un peu trop haute pour la voiture, et nous entendons un bruit inquiétant. Résultat : une bonne frayeur car nous constatons une fuite d’un liquide inconnu sous la voiture. Plus de peur que de mal, car il allait s’avérer que ce n’était que de l’eau s’évacuant du système d’airco.

Nous ne sommes cependant pas au bout de nos émotions. Après avoir retraversé Sparte où nous faisons quelques courses, nous reprenons la route pour Gythion. C’est à ce moment que je décide d’effectuer un dépassement parfait au début d’une belle ligne droite… en franchissant une belle ligne blanche continue… Evidemment, quelques centaines de mètres plus loin, nous sommes arrêtés par les pandores locaux. Ceux-ci se sont montrés très patients car nous n’avons jamais été en mesure de leur présenter la carte verte de notre voiture. Nous écopons malgré tout d’une solide amende de 50.000 DR, qu’il nous faudra payer une fois revenus à Athènes.

Un peu assommés par ce coup du sort, nous parvenons à Gythion que nous traversons rapidement à la nuit tombante. Nous repassons devant la pinède dans laquelle, Adrien et moi, avons passé la nuit à la belle étoile, il y a dix-sept ans, avant d’embarquer pour la Crête. Nostalgie…

En chemin, nous avions fait le projet de passer la nuit à la belle étoile sur la plage de Skoutari, à 20 kms au sud de Gythion. Nous parvenons finalement, un peu paumés, au village de Kamarês. C’est une minuscule bourgade, égarée le long d’une plage, reculée de tout, paisible et idyllique : c’est là que nous passerons la nuit.

Après avoir bu 1 kg de retsina dans une petite taverne bordant la mer, nous demandons au patron des lieux s’il est possible de dormir sur la plage. Ayant reçu son assentiment, nous décidons de manger des poissons grillés et de passer la soirée là-bas.

Nous faisons la conversation avec un Liégeois de Nandrin, doté d’un accent à couper au couteau, qui vient ici depuis 16 ans. Il nous vante la beauté de la région, ponctuant ses éloges d’incessants « tu dois t’arrêêtééélll c’est obligééélll ». Il se révèle cependant vite assez ennuyant et peu respectueux de la population locale. Nous préférons l’ignorer.

C’est à ce moment que Vincent et moi décidons de piquer une tête dans la mer : agréable et vivifiant.

Nous terminons cette journée bien remplie en buvant de la retsina, face à la mer, bercés par une joyeuse musique grecque et par le clapotis des vagues… Bref, les vacances comme nous en rêvions tous…



5e jour : Le Magne - Kardamili

Vendredi 22 septembre.

Après une nuit un peu chahutée et un café grec accompagné de pain et de fromage, nous levons le camp. Notre objectif est d’atteindre Vathia en longeant la côte Est du Magne. Cette région est âpre, fière, sauvage, grandiose, découpée de baies et de criques plus belle les unes que les autres. Nous laissons derrière nous une multitude de petits villages abandonnés, hérissés de tours de pierre surveillant notre avancée, craignant peut-être qu nous dérangions leur paix et leur solitude si chèrement acquises au fil de siècles belliqueux.

En chemin, nous jouons les bons Samaritains en venant en aide à un chasseur athénien en panne de batterie. Il désirait que nous installions notre batterie sur sa voiture (personne ne disposait de câbles), mais nous lui faisons comprendre que nous préférons pousser... ce que nous faisons courageusement, Adrien étant chargé de rester au volant.

Nous atteignions presque la périphérie d’Athènes, suant, ahanant, presque morts d’épuisement, lorsqu’Adrien comprend enfin qu’il doit mettre le contact pour faire démarrer le véhicule... Sans commentaire.

En récompense de nos efforts, ce grand chasseur, au demeurant charmant, nous offre pain, fromage, tomates... et 1,5 kilo de retsina. Il faut dire que notre exploit nous avait donné soif.

Passé cet intermède, nous poursuivons notre route, découvrant brusquement un site d’une beauté et d’une majesté exceptionnelles : le Cap Ténéro, le fer de lance du continent européen. De l’avis de tous, c’est un des plus beaux spectacles qu’il nous fut donné à contempler. Nous l’admirons durant une bonne demi-heure avant de continuer vers Porto Aghio (le port des cailles), en remarquant deux petites criques idylliques. Ce petit port, niché dans une baie perdue à l’extrême pointe de l’Europe, est surtout occupé par des chasseurs guettant la transhumance des cailles venant de Bulgarie pour rejoindre l’Egypte. Nous mangeons du poisson dans un petit resto, accompagné de 2 kg de retsina qui nous permettent de mieux faire passer l’addition (15.000 DR).

Comme nous l’avions décidé, nous nous rendons sur la petite crique aperçue précédemment (crique de Marmari). L’eau est délicieuse, le sable fin, et l’endroit désert : un magnifique moment de détente. Même Jean s’est jeté à l’eau, c’est tout dire.

Après cette bienfaisante baignade, nous poursuivons vers Vathia, vieille ville typiquement maniote. Ses tours, ses maisons de pierre et ses ruelles étroites résonnent encore du fracas sauvage des armes, des cris de guerre et des râles d’agonie témoignant des multiples batailles qui ont rythmé son histoire sanglante.

Nous poursuivons vers Kalamata via Aréopolis, par la côte ouest du Magne, présentant un relief beaucoup plus doux et une végétation plus luxuriante (la côte est fut ravagée par de multiples incendies durant l’été dernier). .

Notre voyage et nos vies auraient fort bien pu s’arrêter là, sur cette route anonyme, au détour d’un virage serré bordant un profond précipice. Anticipant mal la trajectoire, roulant trop vite, Jean fonça tout droit . Sans l’aide des dieux et d’un providentiel chemin de terre filant miraculeusement sous les roues de la voiture, c’était le grand et ultime saut dans le vide. Courte mais immense frayeur. Jean, avec la candeur et la bonne foi qui le caractérisent, soutient par après que c’est la faute de ce foutu virage qui s’est brusquement, sournoisement et traîtreusement précipité vers nous, à toute allure, alors que la route se déroulait bien droite devant lui.

Nous nous arrêtons finalement à Kardamili, dans un camping plus ou moins correct. Nous y dormirons à la belle étoile. Le soir, nous mangeons très bien au petit restaurant « Kikê ».

La nuit ne fut pas terrible, sauf pour Jean qui dort toujours bien. Mais elle fut particulièrement pénible pour Vincent qui fut harcelé par divers insectes, par un bruit exaspérant provenant des sanitaires, par la citronnelle dans ses oreilles ( ?) etc...



6e jour : Bassae - Olympie

Samedi 23 septembre.

Après avoir rapidement pris le petit déjeuner dans une taverne sur la rue principale de Kardamili, nous reprenons la route vers Bassae via Kalamata (la ville aux 10.000 pharmacies), Arfara, Dorio et Kalo Nero. Nous longeons ensuite la côte ouest du Péloponnèse jusque Tholo, puis nous bifurquons enfin vers l’est et Bassae.

Avant d’atteindre le sanctuaire, nous nous arrêtons à Nea Figalia dans une taverne. Le patron était dans tous ses états, car il était l’hôte d’un épiscope, d’un pope et d’une dame dont la fonction exacte ne put être déterminée. Après avoir satisfait les désirs de notre estomac, nous poursuivons sur une route à flanc de montagne bordée d’impressionnants précipices et de vallées profondes.

Nous découvrons, un peu déçus, le temple de Bassae car il est entièrement recouvert par un immense chapiteau. Nous pouvons cependant déambuler sous celui-ci en admirant cet édifice qui, une fois restauré, promet d’être magnifique. Mais ce n’est vraisemblablement pas avant longtemps. Pour une prochaine visite peut-être...Nous remarquons également quelques très jolies bories. Le site est majestueux et domine des vallons malheureusement ravagés par les feux de l’été.

Nous reprenons la route vers Olympie via Andritsena, Kalithea, Krestena.

Sans perdre de temps (il était déjà 17 heures), nous commençons la visite de ce site mondialement célèbre. Aux yeux de certains, il pourrait apparaître comme décevant, tant les ravages causés par la foi aveugle et fanatique des premiers empereurs chrétiens furent considérables : presque tout le sanctuaire fut rasé jusqu’au sol, systématiquement détruit, avec la volonté féroce et fanatique d’annihiler tout souvenir et toute trace de ce sanctuaire jugé impie et blasphématoire par les adeptes d’une religion forte de l’implacable intolérance de sa jeunesse.

Mais pour qui s’imprègne de la douceur et la paix de cet endroit, Olympie offre de discrets mais multiples exemples du génie de la Grèce ancienne.

Et qui laisse vagabonder son imagination croira encore entendre les vivas et les exhortations de la foule vers ses athlètes favoris.

Nous bénéficions d’un privilège très rare : nous sommes quasiment seuls au milieu du sanctuaire baigné d’une très douce et apaisante lumière. C’est d’autant plus étrange et émouvant - pour les grands sportifs que nous sommes - qu’aux antipodes les jeux de Sydney battent leur plein.

Nous visitons ensuite le musée où Adrien, à contrecoeur et du bout des lèvres, doit bien admettre que l’Hermès de Praxitèle qui y est exposé doit bien être l’original, comme je l’affirmais depuis longtemps. Après m’avoir soutenu le contraire pendant dix-sept ans, cet aveu me fait quand même l’effet d’un petit triomphe personnel, d’autant plus que ça doit vraiment lui faire mal aux tripes de reconnaître qu’il s’est trompé.

La nuit approchant, nous nous rendons au camping « Diana », renseigné par le Guide du Routard. Nous y sommes très bien accueillis par un patron jovial et généreux : il nous fait une bonne réduction sur le prix de l’emplacement de nos deux tentes. Dans un très bon français, il nous renseigne un petit resto, le « Praxitèle » (sans doute pour réconcilier Adrien avec les oeuvres de ce sculpteur fameux...).

Nous y avons passé une très agréable soirée, agrémentée de plats de poisson et de 2,5 kg de retsina.



7e jour : Patras - Delphes - Arachova

Dimanche 24 septembre.

Après une douche bien chaude et un copieux petit déjeuner pris à la taverne du camping, nous prenons congé du très sympathique patron des lieux. Nous téléphonons en ville à nos familles, avant de dévaliser un magasin de cuir dans la grande rue centrale bordée de multiples commerces de souvenirs. C’est ainsi que nous achetons chapeaux, sandales, portefeuille, bracelets…

Nous reprenons la route vers Rio via Pirgos et Patras. Nous roulons sur une route à deux voies bordée de deux bandes « pneus crevés ». En Grèce, cela s’appelle une demi autoroute : lorsque vous désirez dépasser un véhicule, vous le lui faite comprendre en approchant assez près de lui, ou en lui faisant un appel de phare. Très gentiment, il se décale sur la bande « pneus crevés », vous permettant ainsi de le doubler. C’est assez amusant, mais cela demande beaucoup d’attention et de concentration, car les limitations de vitesse ne sont évidemment respectées par personne…

A Rio, nous prenons le bac pour une très courte traversée vers Andirio. Nous passons par la très jolie mais très touristique Naupacte, qui mériterait une halte de quelques heures. Nous préférons nous arrêter à Monastiraki, pour manger dans une taverne renseignée par le Guide du Routard, située juste au bord de la mer. Après un repas de poissons choisis dans la cuisine, Vincent et moi allons nager tandis que Jean et Adrien en profitent pour vider le reste de la carafe. Baignade très agréable, dans un cadre encore une fois superbe.

Nous atteignons Delphes vers 16h30, après avoir traversé Itéa. La ville qui était jadis considérée par les Grecs comme le centre du monde offre un panorama majestueux et grandiose sur les montagnes qui la cernent, et sur la vallée encaissée qui descend vers la mer et Itéa. Comme à Olympie, nous avons la chance incroyable de visiter un site presque désert. Malheureusement, depuis Itéa, les nuages ont fait leur apparition. Mais ne nous plaignons pas, c’est la première fois depuis le début de notre voyage.

Après avoir longtemps hésité, nous décidons de passer la nuit à Arachova. Nous ne le regrettons pas, car cette petite ville (qui, semble-t-il, propose des pistes de ski en hivers), est charmante, pimpante, grouillante de monde. Elle est découpée par une multitude de petites ruelles charmante, plus belles les unes que les autres, bordées de maisons admirablement restaurées. Cet endroit charmant vaut le détour et mérite quelques heures de flânerie. Seul bémol, il y fait relativement frais. Nous jetons notre dévolu sur la pension Maria Xenonas, encore une fois renseignée par le Guide du Routard. Délicieusement aménagées, les chambres nous promettent une bonne nuit de repos. Nous passons une excellente soirée en mangeant au restaurant « Karatianassi ». Nous passons le reste de la soirée dans la chambre, ponctuant nos multiples hommages à Dionysos de nombreux et mémorables éclats de rire, et ce jusque tard dans la nuit…



8e jour : Les Météores

Lundi 25 septembre.

Le lendemain matin, nous nous levons frais comme des gardons et, fait remarquable, sans la moindre petite migraine. Après avoir pris un bon petit déjeuner à la pension, nous partons flâner en ville. Celle-ci déborde de petits commerces de tapis et de tissus.

Nous reprenons la route pour notre prochaine destination : les Météores. 230 kms environ nous séparent de Kalambaka, que nous rejoindrons via Delphes, Amphisa, Lamia, Karditsa et Trikala. Entre Delphes et Lamia, nous traversons une mer verte d’oliviers. Le temps est très couvert, nous essuyons même quelques gouttes de pluie. Nous nous arrêtons à Lamia, ville très laide, très sale et très bruyante pour y manger en vitesse quelques pitas. Après le repas, nous descendons vers l’immense plaine de Thessalie où le soleil revient peu à peu. Cette plaine est vraiment désolée, triste, jalonnée de villages miséreux et crasseux. Nous longeons d’immenses champs de coton, planté dans une terre grasse et noire.

Le soleil nous accueille à Kalambaka, et nous en profitons pour visiter deux monastères (Roussanou et Meteoron), plantés au sommet de colossaux pitons rocheux, surgissant de la plaine comme d’énormes moignons tuméfiés. Véritables musées vivants, très bien entretenus, ils ont figé le cours du temps pour nous offrir un témoignage de vie monastique dévouée à la quiétude et au recueillement. Personne ne peut rester indifférent en déambulant dans les méandres de ces forteresses de la foi.

On s’y sent coupé du reste du monde, transporté en un lieu où seuls règnent la paix et le calme. Et, au milieu des chuchotements des vieux moines, des myriades de bougies étincelantes et des senteurs lourdes d’encens, on croit toucher à la Sérénité.

Nous redescendons vers le village de Kastrati, lové au pied des Météores, où nous trouvons rapidement deux chambres proprettes dans une petite pension. Après avoir pris l’apéro sur une terrasse en face des Météores, nous revenons à la pension pour y déguster un délicieux repas.
Le très dévoué patron nous a découpé et cuit de succulentes côtes d’agneaux sur un feu de bois, sous nos yeux, tandis que son épouse préparait les frites et la salade.

Nous prolongeons la soirée dans la chambre, honorant une fois encore notre divinité favorite au milieu de la bonne humeur générale.



9e jour : Les Météores - L'Eubée

Mardi 26 septembre.

Après une bonne nuit de repos et un copieux petit déjeuner, nous remontons vers le très joli monastère de St Stéphane. De très fortes averses étaient tombées durant la nuit ; un air beaucoup plus frais et un ciel plombé nous accompagneront durant toute la matinée. Nous découvrons donc les monastères perdus dans la brume et les nuages. Vincent n’est vraiment pas en forme, et, victime de nausées, il préfère rester dans la voiture pendant que nous visitons le monastère.

Nous avions décidé depuis longtemps de visiter l’Eubée, d’autant plus qu’aucun d’entre nous n’avait eu l’occasion de visiter cette île. Après avoir retraversé la plaine de Thessalie sous les averses, nous faisons étape à Lamia où nous mangeons de délicieuses pitas à la terrasse d’une taverne.

Nous reprenons l’autoroute vers Chalchis, où nous traversons le minuscule bras de mer qui a tant fait le désespoir d’Aristote. Après avoir bu un verre sur une terrasse en face du détroit, nous nous dirigeons vers Erétrie, l’autre grande ville de l’Eubée. Nous déposons nos valises à la pension Diamanto. Après une petite sieste, nous déambulons sur la jetée en face du continent tout proche.

Nous passons la soirée dans une taverne en face de la mer, servis par une très jolie mais très désagréable jeune Grecque. Pendant notre repas, nous jetons un œil sur la télé de la taverne d’à Côté : le match Hambourg-Panathinaïkos y est retransmis. Nous finissons la soirée dans cette taverne, plus attentifs et impressionnés par l’exubérance et le fanatisme du public que par le match lui-même, que l’équipe grecque finira par remporter 0-1 dans l’euphorie générale.



10e jour : L'Eubée

Mercredi 27 septembre.

Après le petit déjeuner, nous prenons la route vers Kimi. Les routes sont sinueuses, les habitations très rares, la région rude et austère, battue par les vents. Pendants des kilomètres, nous ne rencontrons que des troupeaux de moutons, nonchalamment guidés par leur berger, et quelques ânes faméliques montés par des vieillards.

Arrivés à Kimi, nous mangeons dans une petite taverne sur la jetée du port.

Nous reprenons la route vers le sud, sans destination précise. Nous pataugeons un peu, hésitant sur l’endroit d’oû nous reprendrions le ferry pour une courte traversée vers le continent. Finalement, après avoir emprunté une très impressionnante route à flanc de montagne, nous arrivons à Marmari. Au port, nous apprenons que notre ferry prendra le départ dans une heure (18h15). Nous en profitons pour boire un verre en dégustant une salade grecque accompagnée de poissons frits.

Malgré un vent très violent, la traversée d’une heure vers Rafina se passe sans problème. Nous rejoignons l’hôtel Plaka, au centre d’Athènes, parfaitement guidés par Adrien et pilotés de main de maître par Vincent.

Nos chambres sont bien moins agréables que celles de notre premier hôtel, mais nous bénéficions d’une magnifique terrasse sur le toit, avec vue imprenable sur Plaka et l’Acropole. Nous avons d’ailleurs le privilège de contempler le spectacle son (sans son) et lumières (plutôt pâlotes) pendant une demi-heure. Après quoi nous nous rendons dans le quartier très animé de Monastiraki, où nous dégustons quelques pitas dans une ambiance musicale et bon enfant.



11e jour : Athènes

Jeudi 28 septembre.

Après une très bonne nuit, nous prenons le petit déjeuner à l’européenne au buffet de l’hôtel. Entre-temps, Vincent avait téléphoné chez Avis pour savoir comment payer l’amende ramassée à Sparte : il nous suffira de la payer au stand Avis de l’aéroport.

Après avoir fait une dernière fois nos bagages, nous nous rendons sur l’Agora, où nous visions le Théseion et le Portique d’Attale. Malgré l’insistance d’Adrien, nous ne pouvons obtenir l’autorisation de monter sur les monuments, ceux-ci étant (comme d’habitude) en cours de restauration.

Nous nous dirigeons ensuite vers l’Acropole et son musée, bondés de monde. Il faut dire que le soleil et une relative douceur nous étaient revenus, comme pour saluer et célébrer nos dernières heures sur la terre grecque.

Nous retournons ensuite vers Monastiraki, en flânant dans les rues commerçantes. Dans une atmosphère un peu mélancolique, nous prenons notre dernier repas en Grèce dans notre taverne habituelle.

Nous reprenons une dernière fois la route vers l’aéroport, où nous abandonnons notre fidèle véhicule. Adrien connaît une petite frayeur car il ne trouvait plus son billet retour. Après avoir enregistré nos bagages, nous mangeons une glace dans un bar, accompagnée d’une bouteille de vin rouge que Jean est allée acheter dans le magasin d’à côté (sic !).

Arrivés à la porte d’embarquement, épisode typiquement déléhouzéen : Vincent a oublié son gilet au bar mentionné plus haut. Rien de vraiment dramatique, si ce n’est que son billet d’avion se trouvait dans son gilet. Comme d’habitude, tout se termine bien, et nous décollons à 17h05, heure grecque. Atterrissage prévu à Bruxelles à 20h35, heure belge.

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Mise à jour le Mardi, 23 Février 2010 16:16