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Avennes à travers les âges

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AVENNES, À TRAVERS LES ÂGES

 

Durant quelques mois, les fidèles lecteurs de l'Aronde vont par l'intermédiaire de divers textes découvrir (ou redécouvrir Avennes). J'aimerais dire un tout grand merci à Monsieur Christian Montanus pour la documentation fournie et les cartes qui vont agrémenter ce document.

Par Anne-Marie Detrixhe

 

 

Les découvertes archéologiques

Aux yeux de l'observateur, tous les villages sont pareils les uns aux autres et un village de Hesbaye ne diffère pas de son voisin. Et pourtant, chacun a sa propre histoire. Ses pierres, si on veut les examiner quelque peu, disent éloquemment tout un passé souvent tumultueux qui a influencé sa destinée et aident à comprendre son visage contemporain. Ainsi en est-il d'Avennes qui a, lui aussi, des particularités attachantes. Ce village hesbignon, situé sur la Mehaigne moyenne, se trouve partagé en deux par une vallée aux pentes douces où la rivière a enlevé la couche limoneuse; de sorte que la couche marneuse sous-jacente y affleure ou ne s'y trouve qu'à très faible profondeur; or, c'est dans cette couche marneuse que l'on trouve les silex, rien d'étonnant si les populations préhistoriques les y ont cherchés pour les tailler et en faire des armes et des instruments. Il semble même qu'ici s'est établie une industrie destinée à desservir, non seulement les habitants de l'endroit, mais encore ceux des plateaux voisins.

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Mobilier funéraire de la sépulture d'Aucunes (époque robenhausienne)
1-2. Poinçons polis en os.
3. Casse-tête poli en bois de cerf.
4. Hache polie en silex. 5. Instrument taillé en silex (face plate)

En 1870 plusieurs puits d'extraction de silex ont été mis au jour lors de la construction de la voie ferrée Landen-Ciney. D'autre part, l'exploitation des deux marnières du village firent découvrir en 1885-1891 et 1892, tout un réseau de galeries souterraines. Ces anciens ouvrages ont été explorés et étudiés par le baron de Loé, conservateur honoraire aux Musées Royaux d'Art et d'Histoire de Bruxelles. En 1937, Monsieur André Thily, receveur de l'Enregistrement à Hannut, avait également fouillé dans l'un de ces puits à l'occasion du creusement dans la cour de Monsieur Armand Chaily, située à proximité du chemin de fer. Les choses en étaient là, lorsque Monsieur l'Abbé Lecoq, curé de la paroisse, remarqua un peu partout dans le village des éclats de silex portant le concoïde de percussion, indice du travail humain, il signale le fait à Monsieur le Professeur Joseph Hamal-Nandrin, qui a enseigné l'archéologie préhistorique à l'Université de Liège et qui, même dans sa retraite, a conservé pour les fouilles une ardeur toute juvénile. Monsieur Hamal-Nandrin s'intéresse à la chose et promit d'envoyer à Avennes, tout de suite après la guerre, une équipe de chercheurs. Celle-ci se présente en septembre 45, sous la conduite de Monsieur Joseph Destexhe-Jamotte, de Saint-Georges-sur-Meuse, ancien élève de Monsieur Hamal-Nandrin, jeune chercheur déjà très connu pour ses fouilles en pleine Hesbaye et dans la vallée de la Meuse. Après quelques recherches non loin du chemin de fer, Monsieur Destexhe fut amené par les éclats qu'il trouvait sur le sol, à s'intéresser spécialement à un champ appartenant à la commune et situé à peu près à un kilomètre de son point de départ, mais sensiblement au même niveau par rapport à la rivière. I1 eut tôt fait de déterminer à la sonde plusieurs endroits où la terre sous-jacente était remaniée, l'un d'eux lui parut mériter d'être fouillé. Dans la couche arable apparurent bientôt des déchets de taille mêlés à de nombreuses coquilles d'escargot, ceci annonçait la présence de l'homme; l'on sait en effet que les populations primitives étaient friantes de ces mollusques. C'est le 16 septembre 1945 que fut découverte l'importante sépulture, remarquable surtout par le riche mobilier funéraire qui accompagnait les squelettes. L'exhumation a eu lieu en présence de MM. l'Abbé Lecocq, Eugène Delvaux, Gillot, Destexhe père et Docquier Jules, Mademoiselle Jamart de Moxhe photographia les ossements «in situ».
La nouvelle de la découverte de squelettes humains s'étant rapidement répandue dans le village, de nombreux curieux ont eu l'occasion de voir les ossements en place et d'assister à leur enlèvement. C'est à l m 50 de profondeur, dans un atelier renfermant de l'outillage et des déchets de la taille du silex qu'étaient inhumés les trois squelettes. La terre marneuse où ils étaient ensevelis a assuré leur bonne conservation.

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Le crâne de l'adulte (profil)

1. Un squelette d'adulte couché sur le côté gauche regardait le Nord. Les mains étaient jointes et placées devant la figure. Les jambes repliées et ramenées vers le bassin. Le corps était orienté Est-Ouest, la tête à l'Ouest.
2. Un squelette d'enfant en bas âge, couché sur le dos et les jambes étendues, était placé à gauche et près de la tête de l'adulte.
3. Un second squelette d'enfant également en bas âge a été trouvé aux pieds de l'adulte. Tous les ossements étaient en connexion anatomique. Malgré les minutieuses recherches, on n'a pu retrouver les phalanges des mains et des pieds des enfants, mais ces os minuscules peuvent s'être décomposés plus rapidement que les autres. Le squelette de l'adulte était accompagné d'un outillage complet à savoir une très belle hache en pierre polie, un tranchet (forme primitive de la hache) en pierre taillée, deux poinçons ou poignards en os très effilé, ensuite, pièce tout à fait rare, un casse-tête plat taillé dans la partie plate d'une ramure de cerf, muni de quatre dents très solides et d'un trou pour le manche, cette pièce d'une solidité incroyable était polie à la perfection et paraissait d'aspect rosé.

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Le Tumulus

Une pièce semblable se trouve au musée de Lausanne provenant de la station-type de Robenhausen près de Zurich en Suisse. Outre ces armes proprement dites, il y avait encore toute une réserve de pierres à peine taillées; il y avait également des morceaux de poterie non ornementée avec traces de nourriture noircie où l'on a retrouvé les reliefs d'un repas qui ne devait pas manquer de consistance : os de cerf, os de mouton, os de sanglier, os de porc et os de renard. Le tout - outillage, casse-tête et mode de sépulture, - permettait de dater cette découverte du temps de la pierre polie. Un premier examen du squelette et sa reconstitution permirent de constater que l'on se trouvait en présence d'un homme quinquagénaire de petite taille à crâne dolichocéphale et à face courte, ayant vécu à l'époque dite robenhausienne, dernière phase de l'âge néolithique. Il s'agissait évidemment d'un guerrier tout différent de la race omalienne, race de cultivateurs pacifiques et travailleurs, qui a peuplé la Hesbaye dans les temps lointains qui nous est connue par de nombreux fonds de cabane et qui a disparu de la Hesbaye un peu avant la fin du néolithique. Est-il interdit de penser qu'il s'agit ici du conquérant armé jusqu'aux dents qui a chassé devant lui la sympathique population omalienne. Cette découverte remonterait au moins à 4.500 ans et jette une vive lumière sur cette période obscure et lointaine. En effet, les fouilles ayant été continuées, on mit à jour dans les environs plusieurs foyers et plusieurs petits chantiers de taille : en général, ils sont pauvres, beaucoup de pièces y sont simplement épluchées, très peu y sont poussées à la perfection : ce qui nous ramène à notre suggestion que la population néolithique établie sur le territoire d'Avenues était une tribu de conquérants travaillant peu, séjournant le moins possible et soignant avant tout ses moyens d'attaque.


image009 Avennes - La rue du Pont
image011 Avennes, la rue du Centre

** Dolichocéphale : se dit d'un homme dont la longueur du crâne l'emporte sur la largeur.

 

Histoire de la Ferme Seigneuriale d'Avennes (ferme Donceel) et les propriétés détachées d'elle.

Pour comprendre cette histoire, il huit d'abord savoir que cette ferme n'existait pas du temps des Romains, ni du temps des premiers Francs. En effet, les Romains et les premiers Francs se tenaient sur les collines et les plateaux, de leur temps les vallons étaient encore boisés et marécageux. Il ne nous reste de cette époque que le tumulus en bordure de la Chaussée Romaine. Des indications existent pour penser que ce site ne fut pas isolé et que la zone a été en partie réservée à des enfouissements funéraires (voisin du Vicus (village) de Braives où des fouilles sont toujours en cours). Or à l'époque de Clovis (466- 511) ou un peu avant, un chef franc du nom de HOBO vint s'installer dans la campagne entre Avenues et Lens-St-Remy, au nord du chemin de terre qui va de Moxhe à Braives et le long du chemin qui partant de celui-là se dirige sur Lens-St-Remy, c'est la que Hobo et ses gens se taillèrent une ferme de 34 hectares environ parmi les meilleures terres de la campagne, non loin de la cité romaiiie de Perviciacum détruite par les Barbares vers l'an 350. Le pli de terrain où ils s'installèrent, s'appelle encore aujourd'hui HOBOVAL, nous connaissons l'histoire de la ferme franque d'Hoboval par les souvenirs que la Cour Féodale en a conservés a travers le Moyen-Age et a travers les Temps Modernes jusqu'à la Révolution française. L'établissement de Hobo à Hoboval fut-il violent ? II est probable que non. En effet, si les premiers barbares qui passèrent par les Sarrasins, on appelle ainsi l'endroit a gauche et à droite de la Chaussée Romaine là où se trouvait autrefois la cité romaine fondée par Pervicius - furent des pillards, des destructeurs et des incendiaires, toujours en mouvement, ceux qui vinrent dans la suite cherchaient surtout à s'installer dans de bonnes terres pour y pratiquer l'agriculture et pour y vivre, hommes et femmes, sous un chef en qui ils avaient confiance et qui avait en main toute autorité. Nous n'avons évidemment pas énormément de renseignements sur Hobo et ses gens, mais nous pouvons dire toutefois qu'ils formaient non pas un groupe de Francs Salions**, mais un groupe de Francs Ripuaires, en effet nous avons constaté qu'ils pratiquaient chez eux la loi ripuaire et non la loi salienne, c'est ainsi que chez eux les femmes pouvaient hériter de la terre à l'égal des hommes et les veuves héritaient de leur mari même avant le fils aîné, c'est la une disposition assez extraordinaire que l'on rencontre cependant maintes et maintes fois dans les reliefs fait à Avenues devant la Cour Féodale, instituée en premier lieu pour s'occuper, comme nous le lirons plus loin, de la ferme de Hoboval et pour perpétuer à son sujet les traditions et les coutumes du premier groupe. L'origine ripuaire* de ce groupe nous dit donc que cette ferme d'Hoboval ne fut pas fondée par les Francs du début mais par les Francs venus dans la suite; si les premiers Francs ont tout saccagé dans la campagne d'Avenues et de Lens-St-Remy, vers 350 et si des groupes francs très nombreux ont encore passé par là pour se diriger vers l'ouest pendant une bonne centaine d'années, disons que vers 430 le calme était revenu et qu'un groupe ripuaire, somme toute assez attardé, a pu venir s'installer là et il n'a eu qu'à défricher ce que la sauvagerie du temps y avait laissé pousser, pour y trouver d'excellentes terres. Or, au cours de sa vie sur ce plateau, le groupe HOBO a très vire senti que ces terres si bonnes qu'elles fussent pour la charrue, étaient un peu trop sèches pour le bétail; les successeurs de Hobo se sont mis en quête de terrains plus humides pour y faire paître leur bétail du moins en été, ils dirigèrent évidemment leurs pas vers la Méhaigne, une piste ancienne les y conduisait et ils trouvèrent le flanc de la colline encore boisé; appelé dans la suite «ad longam fossam», «allé longue fosse», c'est-à-dire au vallon, assez long et qui pour des gens de plaine paraissait une vraie fosse et qui va depuis la «voie Jérôme» à l'est jusqu'à la «rue du pont» à l'ouest. Durent-ils prendre ce bien de force ? Encore une fois, probablement que non, parce que avant eux, personne n'avait songé à le déboiser. De plus, il ne devait y avoir alors à Avennes que très peu d'habitants, anciens Gaulois romanisés capables toutefois d'avoir donné un nom romain à l'endroit qu'ils habitaient. Les nouveaux venus trouvèrent l'endroit à leur gré et après quelques années, ils y construisirent des étables en bois puis une ferme en bois, à la manière des fermes franques, pour y abriter hôtes et gens. Ils y pratiquèrent aussi la pêche et ils avaient construit dans la Méhaigne, différents petits barrages en terre avec vannes pour y retenir les poissons et pour y passer facilement d'un bord de la rivière à l'autre. Ces barrages qui leur servaient de ponts légers, les Francs les appelaient dans leur langue «venn», de là, le nouveau nom de l'endroit composé d'une préposition latine et d'un terme franc mérovingien latinisé, «ad vennas» = aux barrages, aux ponts. C'est cette grande prairie à flanc de coteau et le long de la Méhaigne qui va devenir le centre du village d'Avennes, dès que le chef franc Hoho où l'un de successeurs s'y sera transporté. En effet, à une certaine époque, nous constatons que la ferme de Hoboval a été abandonnée, ses terres ont été morcelées ou partagées en quatre ou cinq lots; chacune de ces parts est devenue un fief et tout qui tient l'un de ces fiefs en jouit toute sa vie mais quand il vient à mourir, son successeur doit se présenter devant le chef franc, lui faire part du décès qui vient de se produire, prouver qu'il est l'héritier le plus direct du décédé et demander à entrer lui-même en jouissance du bien vacant, chose que le chef franc accordait toujours du moment que son haut domaine sur ce bien eût été reconnu par l'aspirant détenteur et du moment que celui-ci voulût bien payer comme reconnaissance ce que l'on a appelé plus tard l'annale c'est-à-dire à peu près les revenus du bien en question pendant un an. Or, parmi les lots issus de la ferme de Hoboval, celui qui s'est développé le plus, c'est celui qui était constitué par les prairies et la ferme d'Avennes, en d'autres termes, par la ferme Donceel actuelle. C'est là qu'habitait le principal descendant du premier chef franc Hobo et lorsque le comte de Moha, organisateur du pays au nom du roi mérovingien de Herstal, a cherché pour le village d'Avennes un chef responsable, il ne pouvait choisir que lui; il en a fait tout naturellement le Seigneur de l'endroit, ce qu'il est resté pendant la Féodalité, pendant tout le Moyen-Age et jusqu'à la fin des Temps Modernes. C'est ainsi que dès avant Charlemagne, la ferme d'«alle longue fosse», la ferme d'«aux barrages» est devenue et restée sans cesse la principale ferme de l'endroit et aussi la ferme du chef, la ferme du Seigneur, la ferme seigneuriale.
C'est ainsi que dès avant Charlemagne, la ferme d'«alle longue fosse» la ferme d'«aux barrages» est devenue et restée sans cesse la principale ferme de l'endroit et aussi la ferme du chef, la ferme du Seigneur, la ferme seigneuriale. Nous la verrons successivement dans différentes mains; chez les successeurs de Hoho d'abord mais nous ne savons pas, ni jusqu'à quand ils ont tenu, ni ce qu'ils sont devenus; ce qui est à remarquer, c'est qu'une famille dure rarement au-delà de 550 ans; ce qui est certain aussi, c'est que dans les familles, il se produit toujours des changements en bien et en mal, les uns reculent et les autres progressent; certaines familles disparaissent faute d'enfants ou vont s'établir ailleurs, ce fut le cas pour les de Hobo, car, au XIIIe siècle, la ferme seigneuriale d'Avennes est dans les mains des de Juppleu; au XIVe, elle appartient aux de Brialmont et au XVIe, elle est aux Devaux, de Namur, et, à partir de 1590, elle appartient aux d'Argenteau, seigneurs d'Argenteau près de Visé et d'Ochain, près de Clavier-en-Condroz. Il en fut ainsi jusqu'à la fin de l'Ancien Régime, au moins jusqu'en 1795. Nous venons de dire l'origine de la ferme seigneuriale d'Avennes et nous avons signalé les principales familles auxquelles elle a appartenu au cours des temps. A présent, nous voudrions signaler un certain nombre de personnes qui l'ont occupée comme locataires. Evidemment, pas plus que pour les propriétaires, nous ne pouvons donner une liste complète, mais telle quelle, cette liste nous permettra d'apercevoir quelques personnes qui, à des époques différentes, ont vécu entre ces murs et ont animé cette ferme de leur vie et de leur activité. Disons d'abord que nous ne savons pas à quelle époque cette ferme a cessé d'être habitée par ses propriétaires. Nous avons déjà dit plus haut que nous ignorions quand les de Hoho ont cessé de l'exploiter eux-mêmes; dans la suite les choses se compliquent encore; c'est ainsi qu'au XIIle siècle, les de Juppleu ne l'habitaient pas, de même au XIVe siècle, les de Brialmont ne l'habitaient pas non plus, par contre, au XVIe siècle, les Devaux l'habitaient et l'exploitaient eux-mêmes, les d'Argenteau ne l'ont jamais habitée ils avaient de superbes châteaux à Argenteau et à Ochain et à peine passaient-ils quelques heures à la ferme d'Avenues, le plus souvent, ils restaient des années sans la voir. Par contre, ils restaient fidèles à la tradition suivante : comme le fait d'être propriétaire de cette ferme seigneuriale, conférait tous les droits de Seigneur sur toute la communauté d'Avennes, celui qui en était propriétaire et qui ne l'habitait pas lui-même, nommait comme mayeur à la Cour de Justice d'Avennes, son propre fermier de la ferme seigneuriale : en d'autres termes, le censier du seigneur à Avenues était presque toujours mayeur de la Cour de Justice du village, ce qui ne signifie pas tout à fait bourgmestre comme aujourd'hui, mais ce qui faisait cependant de lui le personnage le plus important de l'endroit. Le premier d'entre eux qui nous soit bien connu est Bauduin Dawanze, censier du seigneur pendant le troisième quart du XVIIe siècle et mayeur de l'endroit, son testament, conservé dans un registre de la cure d'Avennes, est du 27 août 1677; il fut enterré dans l'église St Etienne, à Statte, c'était un homme de bien, père de plusieurs enfants et aussi, peut-on dire, de la communauté d'Avennes, le curé d'Avennes, Nicolas Hallet, était son grand ami. En 1715, le censier du Seigneur était Nicolas Dubois, décédé le 21 octobre 1715, était mayeur «praetor pagi hujus», dit son acte de décès. Lui succéda, Etienne Dubois, frère du précédent, mais pas pour longtemps, car déjà le 29 mai 1717, sa femme Jeanne Deirée, dite Jenne Delrée, est signalée comme relicte, c'est-à-dire veuve de feu Estienne Dubois et censière du Seigneur Comte d'Argenteau. Les comtes d'Argenteau ne craignaient pas de confier leur ferme à une femme; celle-ci était d'ailleurs de race fermière; elle était la sœur de Léonard Delrée, censier de la Bosquée (Cras-Avernas), elle devait être encore fort jeune à l'époque de son veuvage, car elle n'est décédée que le 3 d'un mois de 1745, mois non désigné. Quand la ferme seigneuriale était occupée par une femme, celle-ci évidemment n'était pas nommée mayeur, cette fonction était alors confiée à un homme habitant ou n'habitant pas la commune; par exemple, le 10 avril 1725, c'est son frère, Léonard Deirée, qui est mayeur. A partir du 14 mai 1725, c'est Etienne Dubois, junior qui est mayeur, c'est le fils du précédent, Etienne Dubois et de Jeanne Delrée, sa mère est toujours dans la ferme mais nous ne savons pas qui, de lui ou de sa mère dirige la ferme en réalité, Etienne Dubois junior reste mayeur d'Avennes jusqu'en 1750. Vers ce moment arrive à Avennes un certain Guillaume Hamoir, probablement de Burdinne, soit eu 1750, soit en tout cas en 1755, il est admis comme censier du Seigneur, il se marie le 15 janvier 1755, à Bolline, avec Anne-Françoise Dellemelle, de Bolline, il a sept enfants de 1755 à 1765, la ferme compte à ce moment 90 bonniers, il la loue au Comte d'Argenteau pour 1.600 florins par an, mais il a en charge toutes les réparations, grosses ou petites, il est nommé mayeur d'Avennes et aussi «lieutenant de fiefs» ou «bailli», c'est-à-dire président de la Cour Féodale, le 8 août 1766, malheureusement il doit résiller ces fonctions dès le 21 mars 1772 pour cause de santé et il meurt le 7 juillet de la même année. Sa veuve, Anne-Françoise Dellemelle, continue la ferme avec ses enfants jusqu'en 1797, c'est-à-dire pendant vingt cinq ans, elle réussit à marier ses enfants avec des partis très enviables, par ex. Nicolas avec Marie-Agnès Joniaux, de Ville, Marie-Thérèse avec Joseph-Grégoire Jérosme, d'Avennes; Thomas, avec Marie-Catherine Wéry, de Noville-les-Bois; ces trois enfants trouvent une ferme là où ils se marient; il en est de même de Norbert qui se marie dans les mêmes conditions, mais nous ne savons pas où. Par contre, elle éprouve de bien grandes peines avec les trois autres : Jean-Baptiste, son dernier-né meurt à l'âge d'un an, Alexandre est ordonné prêtre, nommé vicaire à Jauche, mais il n'y reste que quelques années; il revient malade à ferme et y meurt à l'âge de trente et un ans; enfin, Gabriel, jumeau d'Alexandre, né en 1761, sur qui elle s'est reposée pour la direction de la ferme meurt en 1797, à l'âge de trente six ans, alors que, malgré son jeune âge, il était déjà échevin à Avennes, depuis onze ans; cette fois, l'admirable Anne-Françoise est à bout, elle abandonne la ferme et se réfugie chez l'un de ses fils, installé hors d'Avennes, mais nous ne savons lequel, en tout cas, elle n'est pas morte à Avennes. La famille Guillaume Hamoir-Anne-Françoise Dellemelle a donc occupé la ferme d'Avennes de 1750 ou de 1755 à 1797, c'est-à-dire pendant quarante sept ans ou un peu moins, elle y a fait énormément de bien et, en même temps, malgré les épreuves, elle y avait acquis du bien, entre 1755 et 1773, c'est-à-dire en mariage, Guillaume Hamoir et sa femme avaient acquis deux bonniers de bonnes terres ici à Avennes et entre 1772 et l'ordination d'Alexandre comme sous-diacre, Anne-Françoise, en viduité, avait acheté en plus vingt quatre verges, le tout après avoir nourri sa nombreuse famille, après avoir fait face aux épreuves et après avoir été la personne la plus charitable de l'endroit. Ceci nous amène à parler quelque peu des propriétaires qui ont succédé aux d'Argenteau et des locataires qui ont succédé aux Hamoir-Dellemelle. Ici, nous arrivons au XIXe siècle. Nous nous contentons de signaler quelques noms et encore, nous ne sommes pas sûr que la succession que nous proposons soit exacte. Propriétaires de 1797 à nos jours : les d'Argenteau d'Ochain, le Marquis de Trasegnies-Argenteau (de 1813 à 1831 au moins) les Viot-de Spirlet, les de Grady, des Donceel. Locataires de 1797 à nos jours : les Dubois, les Rouhard, les Praillet, les Jadoul. La famille Donceel a d'abord acheté la petite ferme dite «lip'tite cinse» ou «bien Noiron» dont il sera question plus loin et qui est occupée en 1950 par Monsieur Léon Donceel, dans les prairies qui remontent le long de la Mehaigne jusqu'à la «rue du pont» il y avait les ruines de la toute première «brasserie» d'Avennes, la famille a fait construire sur cet emplacement l'actuelle villa de M. Gustave Donceel; en même temps que «li p'tite cinse et les prairies en amont, la famille Donceel avait acheté en aval, la brasserie nouvelle, celle qui avait été construite vers 1740 par la famille Courtoy, d'Avennes, et qui avait été achetée, le 29 mars 1760 par Hellin Piron, de Latinne, elle se trouvait là où se trouve l'actuelle brasserie de 1950; celle-ci est donc la troisième qui ait été construite à Avennes. La grosse ferme, ancienne ferme seigneuriale, fut achetée par la famille Donceel. Remarque : Concernant la bâtisse actuelle de cette grosse ferme, M. Yvan Delatte, conservateur en chef des Archives de l'Etat à Liège, nous dit : d'après les fenêtres carrées, petites, disséminées sans symétrie et munies de barreaux de fer, et aussi d'après les plafonds intérieurs, le corps de logis paraît être du XVIIe siècle; cette construction n'a aucun cachet artistique; elle date d'une époque économiquement pauvre et il est probable qu'elle a succédé à un corps de logis incendié, par contre l'écurie des chevaux a conservé une entrée plus soignée avec belles pierres de taille, c'est le seul détail qui soit resté de l'ancienne ferme seigneuriale et qui indique que la bâtisse précédente avait plus de cachet artistique que l'actuelle, qui est une construction purement utilitaire.

Ces propriétés sont les suivantes :

1) «Li p'tite cinse»
2) «La Pommelette d'or»
3) L'ancien Presbytère
4) Les maisons Delarhre, Hamande et autres
5) La maison Joseph Romainville-Verdin
6) Les maisons Haudestaine, Minsart et Dantinne
7) La brasserie nouvelle ou Bien Courtoy

1. «Li p'tite cinse»
fut propriété de monsieur Léon Donceel (actuelle Baumans-Marneffe)
Ce bien a été détaché de la grosse ferme tout au début, peut-être même lors du premier morcellement de la ferme de Hoboval ce qui nous y fait penser, c'est que ce bien formait un fief très ancien dont le relief se faisait devant la Cour Féodale d'Avenues, laquelle était précisément chargée de la surveillance des fiefs issus du morcellement de la dite ferme. Comment expliquer ce morcellement de la ferme de Hoboval si près de sa création ? C'est que Hobo ou l'un de ses successeurs immédiats a partagé la ferme entre ses enfants. Et même, en considérant les principaux fiefs issus de ce morcellement, nous sommes amenés à penser que celui qui a morcelé Hoboval, avait trois fils et une fille. En effet, nous trouvons que la ferme a été morcelée en quatre grands lots. La grosse ferme d'Avennes est allée à l'aîné des fils avec sept bonniers de terre et les droits seigneuriaux, «li p'tite cinse» créée pour la circonstance est allée au second avec ses deux bonniers de prairies et quatre vingt six verges de terre, le troisième fils a eu onze bonniers de terre situées derrière la terme Leurquin au lieu-dit «sur le Fort» et plus au nord, dans la campagne, vers Hoboval, avec obligation de se construire une ferme à l'endroit où se trouve maintenant la ferme Leurquin (maison Stas) qui sous l'Ancien Régime a porté le nom de ferme de Bierset, ferme de Haxhe, ferme de Goër de Hervé etc., enfin, le quatrième enfant et nous supposons que c'était une fille a eu dans sa part l'héritage» de Vissoul où elle s'est sans doute mariée et où elle a trouvé une très bonne maison de cultivateur - avec en plus soixante sept verges de terre à Hoboval et vers Villers-le-Peuplier. Ce partage que nous reconstituons d'après l'examen des principaux fiefs issus de Hoboval, nous laisse voir que le 1er lot était le bien seigneurial et que les trois autres étaient des fiefs, celui qui occupait la grosse ferme n'avait pas à en faire relief, il était considéré comme la tête de la famille, ceux qui occupaient les autres lots devaient en faire relief. De ces différents lots, c'est le premier, c'est-à-dire la grosse ferme, qui s'est développée le plus, puisque sous les d'Argenteau, elle était arrivée à réunir nonante bonniers. Le deuxième lot s'est aussi très bien comporté, c'est «li p'tite cinse», nous connaissons son histoire par les reliefs qui en sont faits par devant la Cour Féodale d'Avennes. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, ce bien est occupé par Hellin Noiron, dit le Vieux, et par sa femme, Catherine Renir, leurs enfants sont Jean Noiron, décédé jeune homme, probablement le 23 sept. 1618, et Pierre Noiron, époux de Marguerite Charlet, décédé un peu avant le 2 avril 1629. La Cour Féodale a conservé le souvenir des reliefs faits à ces deux dates et celui d'un troisième qui eut lieu le 1er août 1717. Les Noiron, qui ont occupé ce bien du XVIe au XVI Ile siècle, ont fait que ce bien s'est appelé le «bien Noiron», même après la disparition des personnes portant ce nom, en effet, a partir de 1712, les Noiron ne sont plus représentés que par une fille qui épousera un Detiège, ceux-ci eurent une fille Marie-Catherine Detiège qui était donc petite-fille de Pierre Noiron et de Marguerite Charlet, cette Marie-Catherine releva le bien Noiron le 8 novembre 1735, il ne serait pas difficile d'établir la succession des propriétaires depuis cette date jusqu'à présent, il serait intéressant aussi de savoir quand la rente qui grevait ce bien comme ancien fief, a été payée pour la dernière fois. Remarque : Au cours du temps, le nom Detiège est devenu Detige.

2. «La Pommelette d'Or»
fut propriété de Maximilien Graindor, actuellement M. Dijckman P.
C'est à l'occasion du relief du 1er août 1712 ou dans les trois ans qui ont suivi, qu'un morceau fut détaché du bien Noiron, ce morceau qui contenait huit à neuf verges comprenait la propriété Craindor-Bousmanne et la propriété Jules Dantinne-Pirotte, il portait déjà une maison d'habitation assez modeste et vieillotte, semble-t-il, destinée sans doute à héberger un serviteur ou un ami de la famille Noiron. Ce bien, tout en conservant toujours sa nature de fief, fut acquis de la famille Detiège, par le comte Jean-Baptiste d'Oultremont, Seigneur de Lamine, Warnant, etc., grand Bailly du Quartier de Moha, le Comte d'Oultremont, bien qu'ayant payé ce bien en bon argent n'avait pas pu changer sa nature de fief ou de sous-fief, il devait donc en faire relief devant la Cour Féodale d'Avennes et payer l'Ennate au Comte d'Argenteau d'Ochain, seigneur d'Avennes au XVIIIe siècle. A son tour, le Comte d'Oultremont rendit ce bien, «en rendage héritable» à Lambert Fontiny qui, par suite du non payement de la rente y affectée, eu fut dessaisi, le bien retourna aux d'Oultremont. Le 8 mai 1715, le dit Comte revendit ce bien à Jean-Philippe Legrand, cultivateur et collecteur des tailles (c'est-à-dire des impôts personnels au nom du Seigneur «pour la somme de vingt neuf florins quinze patars plus deux florins de frais d'acte plus une rente de deux chapons et quarante deux patars de cens à payer annuellement au propriétaire précédent, ces conditions très favorables s'expliquent par le fait que cette propriété était un morceau de fief et restait toujours dans son statut le fief. Cf Registre 1717-1767, folios 33 verso et 34, de la Cour de justice, Avennes.
A ce moment, le bien comptait environ neuf verges et «il soûlait avoir maison avec jardin et axhenière», Jean-Philippe Legrand y fit bâtir avant le 30 janvier 1732, «une belle maison de briques et de pierres de taille, une grange de bon bois, une cour renfermée d'une belle terrée, chargée de deux chapons et de quarante deux pattars au dit Seigneur Comte d'Oultremont, et au Seigneur Comte d'Argenteau, Seigneur du dit bien, quatre chapons et un stiers d'épeautre et quatre deniers». Cf Avennes, Cour de Justice, Registre 1717-1767, folios 45 verso et 46.

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C'est un peu après 1732 que le bien reçut le nom de «La Pommelette d'Or», Jean- Philippe Legrand était déjà, avons-nous dit, collecteur de tailles et cultivateur; comme il avait quatre fils et trois filles, il est probable qu'il y avait un débit de vin, de cervoise et surtout de cidre, boisson très recherchée à cette époque, de là cette belle enseigne qui rappelle à la fois l'origine du cidre et sa couleur dorée, en 1749, en tout cas, cenom est toujours courant. Cf, ibidem, folios 91 et 92.
Le 6 mai 1749, les enfants de Jean-Philippe Legrand et de Thérèse Dubois mettent en vente «La Pommelette d'Or», elle est acquise par Nicolas Lhoèst, époux de Jeanne-Catherine Legrand, mais tombé veuf après quelques années de mariage seulement. Le 15 mai 1772, Nicolas Lhoèst, devenu vieux, en fait donation à Lambert Honlet et à sa sœur, Marie-Joseph Honlet, veuve d'Ernest Coppin, mère de deux enfants. De ces Coppin, elle passe à Louis Jacquet, propriétaire à Hannêche. Un Coppin, Nicolas Coppin, résidant à Moxhe, réussit à la racheter le 7 juin 1794 : les deux rentes qui la grèvent sont toujours les mêmes, mais en plus, il y en a une nouvelle en faveur de Gérard Fabry, de Miécret. Cf, ibidem folios 184-185.
Moins d'un mois après, «pour des raisons à lui connues», Nicolas Coppin la revend, le 1er juillet 1794, à Jacques-Joseph Craindor, de Villers-le-Peuplier, avec les mêmes charges, cette revente se fait sous forme de surrogation. Cf, ibidem, folio 186.
Depuis ce moment, elle a appartenu aux Graindor. Vers 1860, une de ses places a servi d'Ecole Communale. Au cours du XIXe siècle, une certaine partie en a été détachée pour former l'actuelle propriété de Jules Dantinne- Pirotte, il semble bien que les Graindor ont formé cette propriété au profit des Forge-Graindor qui l'ont habitée à la fin du XIXc siècle.

3. L'Ancien Presbytère
Cette propriété, occupée aujourd'hui par Monsieur et Madame Maturin, a été détachée de la ferme seigneuriale dès le XIVe siècle, c'est-à-dire du temps ou les de Brialmont étaient toujours Seigneurs d'Avennes; en effet, ce bien a conservé jusqu'au XVIIIe siècle le nom de «bien Biamont ce qui est une corruption populaire du nom de Brialmont. Les de Brialmont l'ont détaché de l'ensemble pour y loger l'un ou l'autre de leurs parents, amis ou serviteurs; il est même bien possible qu'ils y aient logé leur «bailli», car eux-mêmes n'habitaient pas leur ferme et l'exploitaient par autrui, il est même probable que ce bailli nommé par eux était un membre de leur famille, appartenant à une branche cadette ou bâtarde, c'est la persistance de ce nom de Brialmont sur ce bien qui nous fait penser à cette hypothèse. Comment expliquer en effet, que, ce nom ait persisté à travers quatre siècles, malgré les changements de Seigneurs. C'est que des de Brialmont y ont séjourné longtemps. En 1694, il y avait encore à Avennes, un ménage composé d'Arnold Baymont et de Marie Bourdux; le 21 janvier 1694, ils eurent un petit garçon nommé Libert Baymont.
En 1712, la Communauté il'Avennes a acheté ce bien et y a construit une nouvelle maison sur l'emplacement île l'ancienne, c'est cette maison qui servir de presbytère de 1712 à 1920. Sous le Régime Français, il avait été déclaré «bien national» et vendu comme tel à Jeau-Paul Gilkinet, notaire à Liège, celui-ci l'avait acquis, pour la somme de 19.100 Frs, en 1798. Ce notaire toutefois, n'expulsa pas le le curé, au contraire, il fut très heureux de l'avoir comme mlocataire et il lui fit des conditions très douces; nous avons conserné le bail passé entre eux le 26 octobre 1808, le curé Mélon Deborre payait par an 120 Frs de location. Ce bien fut ensuite racheté par la Commune et le Curé continue d'y résider jusqu'en 1920. A ce moment, la maison Dejardin étant devenue libre par le départ du juge Leroux pour Hannut, l'abbé Hamoir, cure d'Avennes, le reclama à la commune, celle-ci y consentit; elle acheta la maison Dejardin et revendit l'ancien presbytère, c'est Joseph Régimont-Stapelle qui l'acheta pour 17.000 Frs.

4. Les maisons Delarbre, Hamande, etc... actuellement (Stapelle-Dechanet)
Ont été détachées de «li p'tite cinse»; la chose est très visible, surtout du jardin de Monsieur Baumans, l'on voit très facilement que ce sont là des petits biens accordés pour y loger des domestiques de la ferme, eux-mêmes petits cultivateurs, le principal propriétaire cède un morceau à rue, aussi petit que possible, mais il retient tout le morceau derrière.

5. La maison Joseph-Romainville-Verdin
Semble bien être un morceau détaché de la grosse ferme. En effet, cette propriété ne court pas jusqu'à la Mehaigne. Nous pouvons lui appliquer la règle suivante : quand un bien ne s'étend pas jusqu'à sa limite naturelle, c'est qu'il est un fractionnement d'un bien précédent.

6. Les maisons Haudestaine Leurquin-Landrain et Lucien Minsart et Dantinne
(ancienne maison Yvonne Dantinne)
Peuvent aussi avoir appartenu à l'ensemble, les deux dernières arrivent à la Mehaigne, mais comme elles occupent le coin extrême en aval de l'ensemble, là ou le terrain se rétrécit très fort, il n'est pas étonnant qu'elles soient taillées ainsi. La dernière, celle d'Yvonne Dantinne se termine au chemin dit «Voie Jérôme" qui conduit directement de la ruelle Mathias à la Mehaigne, vers les prés ayant appartenu autrefois à la famille Jérôme.

7. La nouvelle brasserie ou Bien Courtoy
Nous avons dit plus haut que cette brasserie avait été construire vers 1740 par la famille Courtoy, d'Avennes, pour remplacer une autre plus ancienne, qui se trouvait sur l'emplacement de l'actuelle villa Gustave Donceel, rue du Pont. De qui les Courtoy avaient-ils obtenu ce bien ? Nous le verrons plus loin. Marie-Joseph Courtois vendit ce bien, le 29 mars 1760, à Hellin Piron, de Latinne. Voici, à ce sujet, le résumé de l'acte que nous avons retrouvé dans le Registre de la Cour de Justice d'Avennes, 1767-1795, folios 115 et suiv.
Le 29 mars 1760, François Hovent, bourgeois à Waremme, partie faisant pour Nicolas Rovenick, marchand bourgeois à Aix-la-Chapelle, et pour Marie-Joseph Courtois, son épouse, fille de feu Joseph-Bernard Courtoy, ayant résidé à Montenaeken, a donné, en héritage et à toujours, à Hellin Piron, de Latinne, une brassine, prairie et aanière... situés au village d'Avennes, pays de Liège, joindante d'amont à la Mehaigne, d'aval au vesty (c'est-à-dire au curé) du lieu, vers Meuse au chemin ou aisance du village allanet à la dite rivière de Mehagne et vers Brabant aux Carmes Déchaussés de Liège. La brassine était chargée de quatre escalins envers le Comte d'Oultremont; ceci nous indique que les Courtoy avaient obtenu ce bien des d'Oultremont du temps ou ceux-ci possédaient en fief «La Pommelette d'Or». La demoiselle Courtois rend le tout pour une rente annuelle de soixante florins brabant, dont trente foncière et trente rédimible; Hellin Piron est tenu de construire une maison de bois près de la brasserie pour y veiller. La famille Donceel, devenue propriétaire de ce bien au moment où elle a acquis la petite ferme, - donc on y a fait construire une nouvelle brasserie, c'est la deuxième sur cet emplacement et la troisième dans le village.

Conclusion :

En conclusion nous pouvons dire que les anciennes prairies créées par Hobo ou ses successeurs couvraient toute l'étendue de terrain compris au lieu-dit «à la longue Fosse», entre la Mehaigne au sud, la Voie Jérôme à l'est, la ruelle Mathias et le chemin du village au nord et la rue du pont à l'ouest. C'était un bel ensemble que les bras courageux ont bien fait de défricher. Il en est sorti deux fermes, dont l'une seigneuriale, deux brasseries et plusieurs autres propriétés, toutes, dans le principe, à usage agricole, très productives et très avantageuses; une d'entre elles a abrité le Curé pendant 208 ans, une autre à abrité le pharmacien et abrite aujourd'hui le vétérinaire, enfin, la «mieux enseignée» était celle ou le cidre pétillait dans les verres avant de pétiller dans les cœurs. Malheureusement, c'est aussi celle qui a connu les drames des plus poignants au XVIIIe siècle, mais ceci est une autre histoire.

* se dit des anciens peuples des bonis du Rhin
** Tribu franque située au nord du delta du Rhin (les Pays-Bas)

 

LA COUR DE JUSTICE A AVENNES

 

 

I. ORIGINE

Nous ne savons pas quand a été établie pour la première fois la Cour de Justice d'Avennes mais nous savons qu'elle fut une création des Seigneurs d'Avennes, lesquels au début du Moyen-Age avaient tout pouvoir sur la population comme il était de règle en droit mérovingien; le chef franc en effet, parce qu'il occupait la principale ferme du village, à Hoboval d'abord et à Avennes ensuite, s'était approprié toute autorité, qu'il l'eût reçue ou non des Rois de Herstal ou de leur délégué, le Comte de Moha. Petit à petit, ils s'adjoignirent des Conseillers, «scabini» c'est-à-dire ceux qui s'asseyaient sur des escabeaux à côté du chef franc pour rendre la justice avec lui; leur rôle était surtout important lorsqu'ils avaient à faire à un jeune chef franc; ils représentaient auprès de lui la tradition et le droit; c'est même ainsi, semble-t-il, qu'il faut s'expliquer comment les échevins sont devenus plus aptes à rendre la justice que le chef franc lui-même; il vint même un temps où le chef franc présidait sans juger, laissant ce rôle aux échevins qui l'entouraient. Mais même alors les échevins ne rendent la justice qu'au nom du chef franc et plus tard au nom des successeurs de celui-ci.
Nous n'avons pas la liste complète des Seigneurs d'Avennes mais seulement quelques maisons qui ont exercé sur Avennes cette haute autorité. Ce furent les de Juppeleu au XlIIe siècle, les de Brialmont au IVe les de Vaulx (de Namur) au XVIe et, à partir du XVIIe siècle jusqu'à la fin du XVIIIe, les d'Argenteau d'Ochain.

II. Composition et fonctionnement

La Cour de Justice comprenait :

1. Un mayeur ou Officier du Seigneur, appelé aussi officier Mayeur, nommé directement par lui; il présidait la Cour et ne jugeait pas à moins qu'il eût reçu en plus de sa charge de mayeur une commission c'est-à-dire une nomination d'échevin; il était nommé jusqu'à révocation ou, comme on disait plus poliment, jusqu'à remerciement par le Seigneur; généralement comme Mayeur, le Seigneur choisissait le censier de sa propre ferme seigneuriale à Avennes; lorsque le Mayeur était absent ou empêché ou lorsqu'il s'agissait d'une cause où le Mayeur intervenait comme partie, c'était le sergent qui présidait en ce cas; lui non plus ne jugeait pas; parfois il était remplacé par un échevin mais c'était très rare; celui-ci, même dans ce cas, pouvait juger. La Cour d'Avennes a eu en général d'excellents mayeurs; tous ceux que nous connaissons, ont exercé leur fonction jusqu'à la mort, un seul a été remercié. Il arrivait souvent que le mayeur, président de la Cour de Justice, fut en même temps «lieutenant des fiefs» c'est-à-dire président de la Cour Féodale dans ce cas on l'appelait aussi «lieutenant» ou plus souvent «bailli».

2. Les échevins ou vrais juges, tous nommés par le Seigneur lui-même; en général ils étaient cinq mais souvent la Cour était incomplète à cause de places vacantes ou de membres absents; au minimum la Cour devait compter trois membres, par exemple le Mayeur et deux échevins ou bien un échevin-mayeur, un échevin ordinaire et le greffier; ceci était admis pour certains enregistrements d'actes peu importants mais dès qu'il s'agissait d'une affaire un peu plus grave, la Cour était généralement au grand complet; tel était le cas aux Plaids Généraux et dans les causes criminelles; les échevins rendaient véritablement la justice; ils connaissaient étonnamment le droit et les coutumes du canton et en cas de doute ils pouvaient faire appel à des personnes plus âgées du village où à des échevins plus instruits et plus capables; c'est ainsi qu'au XVIIIe siècle, en cas de causes criminelles graves, ils avaient recours aux échevins de Liège qui convenaient mieux pour les enquêtes difficiles.
Les fonctions des échevins comme celle de mayeur étaient tout à fait gratuites en ce sens que le Seigneur ne leur payait ni traitement ni avantages mais mayeur et échevins touchaient certains émoluments c'est-à-dire certains droits établis d'une manière très rigoureuse dans un tarif établi en conformité avec les Cours voisines ou à peu près et approuvé par le Seigneur. Il arrivait souvent que certains échevins étaient en même temps membres de la Cour Féodale; on les appelait alors «hommes de fiefs»; cette fonction leur était confiée également par le Seigneur et elle était aussi gratuite dans le même sens que plus haut; il va sans dire que les deux institutions ne se confondaient pas pour la cause; le même homme remplissant les fonctions d'échevin «dans la cour de Justice et celle d'homme de fief» dans la Cour Féodale savait bien quand il agissait tantôt comme échevin et tantôt comme homme de fief; les deux Cours étaient bien distinctes même quand elle usaient du même registre; la chose était notée au début de chaque acte enregistré. Il arrivait aussi qu'un échevin de la Cour de Justice, homme de fief ou non dans la Cour Féodale fût en plus nommé par le doyen ou par l'archidiacre mambour secondaire de l'église ou, comme on dit plus tard, échevin synodal ou échevin archidiaconal; le mambour primaire de l'église était toujours le pasteur de l'endroit; les mambours secondaires ou écrievins synodaux ou échevins archidiaconaux étaient à peu près l'équivalent de nos fabriciens d'aujourd'hui; ils devaient veiller à la situation matérielle de l'église paroissiale et de ses biens; citons par exemple, Joseph Marsin, époux d'Anne-Catherine Moureau, qui, de 1746 à 1795, fut à la fois «Scabinus» archidiaconalis ecclésiae nostrae et étiam curiae civilis pagi nostri»; de même André Berger, qui remplit ces fonctions pendant cinquante six ans, du 6 février 1744 au 2 janvier 1800.
Les échevins d'Avennes ont été en général excellents, soucieux de bien rendre la justice à quiconque et aussi très désintéressés et foncièrement honnêtes; en général ils n'ont guère eu à lutter contre les empiétements du Seigneur, du moins sous les d'Argenteaux; ils n'ont guère été obligés de faire comme ceux de Fallais, qui ont souvent dû opposer au Seigneur l'adage suivant : Vous ne pouvez pas prendre pour vous un droit que vos prédécesseurs de mémoire d'homme n'avaient pas dans notre communauté.

3. Le greffier ou secrétaire, nommé égale ment par le Seigneur, fonction gratuite aussi comme dit plus haut; au début c'était un manant de l'endroit; petit à petit le Seigneur choisit des hommes plus instruits souvent même des notaires n'habitant pas Avennes; quelques uns ont fourni une très longue carrière. Le greffier de la Cour de la Justice était souvent aussi nommé greffier de la Cour Féodale; son vrai titre alors était celui de «chambellan»; lui aussi savait bien quand il enregistrait un acte comme greffier ou comme chambellan; en tête de tout acte enregistré, il signalait de quelle cour il s'agissait et il notait le nom des membres présents et leur qualité. Il arrivait qu'un greffier voulut se faire aider; dans ce cas il choisissait lui même et présentait à la Cour un greffier substitué; celui-ci n'agissait qu'en sous ordre et devait être nommé par le Seigneur et reçu par la Cour; ses fonctions momentanées ne créaient pas pour lui un titre à des fonctions permanentes.

4. Le sergeant; c'était le représentant de la force publique; lui aussi était nommé par le Seigneur; il était souvent choisi par le mayeur de l'endroit mais ce ne pouvait être qu'à titre provisoire; sa nomination définitive ne pouvait venir que du Seigneur; il devait être commissionné c'est-à-dire nommé par le Seigneur et reçu ensuite par la Cour. A ce sujet rappelons ici que tout membre de la Cour nommé par le Seigneur devait être ensuite reçu par la Cour; ce n'était pas une agréation c'était plutôt une réception obligatoire voulue par le Seigneur mais telle quelle cette réception était consignée par la Cour; nous n'avons pas vu de cas où une «commission» de membre n'ait été suivie de la dite réception. Le sergeant était plus directement au service du Seigneur par l'intermédiaire du Mayeur; c'est ainsi qu'il était en premier lieu garde-pêche, garde-chasse et garde-champêtre du Seigneur; il devait veiller en premier lieu à la conservation des biens personnels du Seigneur dans la Seigneurie il était en second lieu huissier de la Cour de Justice; c'est lui qui devait prêter main-forte à toutes les décisions de la Cour de Justice; c'est lui qui portait les exploits et correspondances aux citoyens et qui faisait toutes les visites à domicile au nom de la Cour; en troisième lieu le sergeant était le grand policier de toute la Seigneurie; il était responsable de l'ordre public sous les ordres du mayeur évidemment mais à ce point de vue il était l'élément le plus actif dans la Seigneurie. Vu les services personnels que le sergeant rendait au Seigneur et vu les services publics pour ainsi dire journaliers qu'il rendait à la communauté, le sergeant était le seul membre de la Cour de Justice qui touchait un traitement du Seigneur en plus des émoluments qui lui revenaient lors de sa présence aux séances de la Cour. Comme il était une émanation de la puissance seigneuriale et de sous-puissance mayorale, c'est lui qui en cas d'absence du mayeur ou même en cas de vacance de cette fonction, présidait la Cour et, dans ce cas touchait les émoluments qui auraient dû parvenir au mayeur s'il avait été présent.

Quelques remarques

Quel était le lieu ordinaire des réunions de la Cour de Justice d'Avennes ? C'était la «chambre scabinale», chez Pierre Renard, cabaretier de l'endroit. Cela est clairement indiqué dans une annonce de vente qui devait avoir lieu, le 23 novembre 1874; cf Cour de Justice, Registre 1767-1795, folio 107.
C'était actuellement la maison de Léon Renard-Pirard, place de l'Eglise (actuellement maison joignant l'école maternelle).
Quant aux réunions où le peuple était convoqué par la Cour de Justice par exemple pour les Plaids Généraux, elles avaient lieu sur la place de l'église, entre la tour de l'église et la dite maison Renard. Outre le Mayeur, président de la Cour de Justice et le lieutenant des fiefs ou bailli, président de la Cour Féodale nous voyons apparaître à un certaine époque le Bourgmestre. C'est ainsi que le 6 février 1744, il est question d'André Berger, «bourgue-maître» d'Avennes qui est nommé échevin.
La première fonction de cet homme était celle de collecteur des tailles c'est-à-dire collecteur de l'impôt personnel en faveur du Seigneur tandis que le collecteur de la dîme percevait la dîme ici à Avennes, au nom et au profit des chanoines du chapitre de l'Eglise Saint Paul à Liège. Cet André Berger est donc collecteur des tailles pour le Seigneur; il est de plus devenu «bourguemaître». Qu'est-ce à dire ? Sans doute ceci : à Liège, le peuple a réclamé la nomination de bourgmestres; ces bourgmestres sont nommés par le peuple; leur mission est de défendre les libertés et les intérêts du peuple contre le prince-évêque et ses différents services; il est probable que vers la moitié du XVIIIe siècle, l'on a aussi réclamé dans les villages ou imposé dans les villages la nomination de bourgmestres. A Avennes, loin de choisir un bourgmestre opposé au Seigneur, l'on a désigné l'un de ses hommes de confiance, son collecteur de tailles et chose plus curieuse encore, le Seigneur fait de lui un échevin; il les fait entrer dans sa cour de Justice.
L'on est arrivé dès lors à quelque chose qui aujourd'hui nous semblerait une collection de paradoxe; avoir à la fois un mayeur et un bourgmestre et le bourgmestre était devenu échevin et, comme tel, il était inférieur au mayeur. Ces choses ne sont paradoxales que parce que les termes de mayeur, échevin et bourgmestre n'avaient pas sous l'ancien régime le même sens que maintenant; ces termes désignaient des fonc-
tions différentes. Ajoutons que si André Berger, bourgmestre et à ce titre représentant du peuple, était en même temps le bras droit du Seigneur, c'est qu'il n'avait plus à Avennes d'opposition entre le Seigneur et la population; sans cela la communauté, qui, comme nous le verrons plus loin, avait son franc parler aurait élu un autre personnage comme Bourgmestre.

5. Cette variété de sens que les mots peuvent avoir nous rappellent aussi que les mots peuvent changer d'orthographe. Ainsi, comme nous en avons fait usage plus haut, Maieur s'écrivait autrefois Mayeur, sergent s'écrivait sergeant, bourgmestre s'écrivait bour-guemaitre.
Que l'on ne nous en veuille pas si nous recourons parfois à l'ancienne orthographe; elle contribue à reconstituer le passé. Il en est de même des noms et prénoms des personnes; dans ces registres anciens leur orthographe varie assez bien même pour la même personne; le plus souvent nous n'y avons rien changé. Un autre terme que l'on rencontre dans les actes de l'Ancien Régime est celui de prélocuteur; il désigne tout simplement un avocat-avoué admis à présenter les causes devant la Cour et au besoin à plaider; il portait aussi les noms de «facteur» ou «patrocinier».
Le «prélocuteur», «facteur» ou «patrocinier» devait introduire une demande - on disait alors «une suplique très humble» - auprès de la Cour pour être admis à «patrociner»; il était alors agréé par la Cour.

III. Rôle de la Cour de Justice

La Cour de Justice d'Avennes était une Haute Cour; elle avait basse, moyenne et haute Justice; elle pouvait donc traiter de toutes les causes depuis les plus petites jusqu'aux plus grandes. De plus, c'était une Cour Souveraine, de laquelle on ne pouvait appeler à aucune autre Cour ni à Liège, ni à Bruxelles ni à Malines; c'est seulement à une époque très tardive que d'autorité, il lui fut imposé une certaine sujétion ou plutôt une possibilité d'appel à un tribunal supérieur correspondant à notre Cour de Cassation d'aujourd'hui, et encore ce tribunal supérieur ne pouvait juger que quant à la forme et non quant au fond; d'ailleurs nous n'avons vu aucun cas où se soit produit un appel de la Cour d'Avennes à une Cour plus haute.
La Cour de Justice d'Avennes, comme celle des autres Seigneuries de l'Ancien Régime, avait principalement les rôles suivants.

1. Elle devait rendre la justice à tous les manants et surcéants de l'endroit, à tous les degrés et dans les deux domaines, aux criminels et aux civils. Nous disons à tous les degrés, c'est-à-dire en basse, moyenne et haute justice. D'une manière générale ce que l'on appelait autrefois basse justice comportait l'ensemble des causes qui se traitent aujourd'hui devant la Justice de Paix ou Tribunal de simple police (exemple : à Hannut). Ce qui se traite aujourd'hui devant le Tribunal de première instance ou tribunal correctionnel (exemple : à Huy) s'appelait autrefois moyenne justice et enfin ce qui s'appelait autrefois haute justice se traite aujourd'hui devant le tribunal de deuxième Instance ou Cour d'Assises à Liège. A remarquer toutefois que pour certaines causes la Cour d'Avennes recourait parfois aux échevins de Liège; ce fut le cas après le meurtre de Jean-Pierre Deselle, tué le 24 avril 1768, par Pierre-Joseph Wiliquet et après le meurtre de Jean-Baptiste Fronville, tué le 9 avril 1792, par Pierre-Joseph Chany mais il est à remarquer que ces échevins de Liège interviennent seulement à la requête de la Cour d'Avennes et qu'en outre les décisions finales sont prises uniquement par la Cour d'Avennes; en d'autres termes les échevins de Liège sont chargés par la Cour d'Avennes d'enquête plus à fond sur l'affaire mais quand il s'agit de juger qu'un tel est appréhensible ou qu'il doit être condamné à la question ou qu'il doit être condamné à mort, c'est la Cour d'Avennes seule qui décide, d'après les rencharges, c'est-à-dire d'après les enquêtes et accusations des échevins de Liège lui soumises closes et cachetées. Pierre-Joseph Williquet, par exemple, est jugé appréhensible, le 28 novembre 1768, uniquement par la Cour d'Avennes et Pierre-Joseph Chany est condamné à la torture, le 9 mai 1792, et à mort, le 6 juin 1792, uniquement par la Cour d'Avennes et c'est sur ses ordres qu'il est «billonné» le 11 juin; les échevins de Liège ont fourni le travail préparatoire mais il n'ont porté aucun jugement important.
La Cour de Justice d'Avennes, si elle pouvait condamner à mort et faire exécuter cette sentence, pouvait aussi recevoir une «composition» c'est-à-dire un arrangement entre les familles évitant ainsi un procès qui aurait pu amener une sentence de mort; ce fut le cas, le 17 août 1771, pour Jean-Gilles Legrand, meurtrier de Nicolas Honlet; lequel Legrand échappe ainsi à la mort. Au criminel, la compétence de la Cour de Justice d'Avennes était illimitée. Hatons-nous de dire qu'elle n'a pas eu souvent à intervenir; en effet les disputes et les batailles étaient fort rares dans ce paisible village, si bien organisé même sous l'Ancien Régime, et, quant aux vols, ils y étaient tout à fait inconnus; pendant tout le XVIIIe siècle, nous n'y avons pas vu un seul cas de comparution pour vol; par contre nous y avons vu un très beau cas de dispute entre femmes avec injures originales et coups de bâtons. Au point de vue civil, même compétence c'est-à-dire compétence illimitée depuis les plus petites contestations, comme par exemple le montant des dégâts causés par une vache qui a envahi un jardin, jusqu'à la validité d'un testament, la Cour de Justice d'Avennes est compétente pour tout recevoir et pour tout juger.

2. La Cour de Justice d'Avennes est chargée de publier au nom du Seigneur que le Seigneur soit présent ou non, les règlements généraux anciens et nouveaux concernant les obligations et les droits du Seigneur vis-à-vis des manants, des manants vis-à-vis du Seigneur et des manants entre eux; c'est ce que l'on appelle les édits politiques généraux du Seigneur ou encore les Plaids généraux. Ils se proclament trois fois par an, après convocation du peuple par la cloche; ils se font en public, au pied de la tour de l'église, devant la maison Renard où la Cour de Justice a son siège scabinal ordinaire; ils se font «au haut du jour» c'est-à-dire vers deux heures de l'après-midi, le lendemain des rois (7 janvier), le lendemain des Pâques closes et le jour de St-Remy (1er Octobre). Nous donnerons plus loin les plaids généraux de 1664, à titre d'exemple. Les autres ressemblaient à ceux-ci. L'on y verra d'une part que les droits du Seigneur y étaient bien défendus mais l'on y verra aussi que les droits des manants étaient aussi parfaitement protégés; les plaids généraux prévoyaient le plus de cas possible pour que l'ordre public fut respecté et pour que les froissements entre manants de l'endroit fussent réduits au minimum.
Ajoutons que les plaids généraux d'Avennes nous ont révélé que les Seigneurs d'Avennes étaient beaucoup plus doux vis-à-vis de leurs sujets que les Comtes de Fallais vis-à-vis des leurs, lorsque cependant les habitants de Fallais étaient déjà très libres vis-à-vis de leur Seigneur; la communauté d'Avennes devait être sous l'Ancien Régime une communauté confiante en son Seigneur, en son Mayeur et en son Sergeant, comme d'ailleurs aussi en son Curé.

3. Par la publication des Plaids Généraux, la Cour de Justice remplissait un rôle d'organisme de Justice mais aussi d'organisme policier. Les manants savaient à quoi s'en tenir et les échevins avaient des règles fixes et connues de tous pour réprimer ou punir les infractions; le sergeant lui-même se félicitait de ces Plaids Généraux; ses administrés y étaient instruits de ce qu'ils pouvaient faire et ne pas faire et il avait d'autant moins de procès-verbaux à dresser.

4. En 4ème lieu, le rôle de la Cour de Justice d'Avennes était de prendre des décisions officielles sur des affaires générales intéressant la communauté. Exemple en 1675, elle décide du tracé que les chemins publics avaient autrefois autour et au travers d'un bien possédé par Noiron et il fallait les rétablir comme tels; le 4 mai 1779, elle rappel le quelles étaient les rentes à payer à l'extérieur par la Communauté. Le 21 juin 1783, elle décida ce qu'il fallait entendre à Avennes et dans les cantons par une ferme d'une, de deux ou de trois charrues; le 14 novembre 1783, elle procède avec les Cours de Braives-Ciplet, au bornage de la Seigneurie d'Avennes du côté de Braives. Ces décisions authentiques c'est-à-dire officielles s'appelaient autrefois Recors : elles étaient destinées à trancher des questions d'intérêt général; il va sans dire que ce rôle était particulièrement bienfaisant.

5. La Cour de Justice avait une mission notariale à remplir; c'est elle qui devait enregistrer tous les actes substantiels passés entre citoyens. Par actes substantiels nous entendons les actes d'une certaine importance tels que : les transports (ventes de gré à gré), les venditions (vente en hausse publique), donations, surérogations (payer en plus), émancipations de mineurs, contrats de mariage, rendages, (baux à vie), stuits (baux à temps), saisies, testaments, etc..
Tout qui avait passé un de ces actes sans notaire ou par devant un notaire, se présentait devant la Cour de Justice et disait ce qui avait été convenu soit oralement soit dans un écrit notarié; la Cour actait la chose et s'il y avait acte notarié, elle le recopiait en entier. C'était ce que l'on appelait «réaliser» un acte, c'est-à-dire l'enregistrer et lui donner force de loi; ce qui se disait alors «mettre un acte en garde de loi» ou en abrégé «mettre en garde».
La Cour de Justice réunissait donc en elle les pouvoirs actuels des notaires et des bureaux de l'enregistrement. A présent que nous connaissons Morigine, la composition, le fonctionnement et le rôle si vaste d'une Cour de Justice dans une Seigneurie d'Ancien Régime, qu'il nous soit permis d'exprimer un regret; c'est que ces Cours de Justice aient été supprimées par les autorités françaises. En effet, ceux-ci ne devaient pas se déplacer au Chef-lieu de canton, pour aller trouver le juge; les échevins étaient dans les villages, ces cours de Justice n'étaient pas à juge unique comme les Justices de Paix d'aujourd'hui; elles comprenaient plusieurs échevins. Evidemment, la propagande française a dit pis que pendre des Cours de Justice de l'Ancien Régime; elle a accusé les échevins d'autrefois d'ignorance, de partialité, de vénalité.
La réponse est toute simple : cette propagande française est un tissu de mensonges et de généralisations tendancieuses; s'il y eut de ci de là des échevins inférieurs à leur tâche, cela ne signifie pas que l'institution toute entière fut à condamner; l'on pourrait d'ailleurs se retourner l'argument : la magistrature d'aujourd'hui n'est pas non plus parfaite. Nous maintenons donc que les Cours de Justice d'autrefois assuraient aux populations de nos villages une justice stricte, honnête, paternelle et empressée, plus rapide que celle d'aujourd'hui et, vis-à-vis des criminels le peuple se sentait plus sécurisé.
Ajoutons aussi sans crainte que la Justice d'autrefois coûtait beaucoup moins que celle d'aujourd'hui et aux parties intéressées et à l'ensemble des contribuables.

Commentaires

avatar Michèle Baron
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Bonjour Anne-Marie,
Félicitations pour ton article. J'ai appris beaucoup de choses sur Avennes. Puis-je te demander si les personnes d'Avennes ont un sobriquet et si oui, lequel et si Avennes a une spécialité gastronomique ? Merci de me répondre sur mon mail : michele.baron@skynet.be. Je n'ai pas trouvé ton numéro de téléphone. Amitiés.
Michèle Baron
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Mise à jour le Jeudi, 22 Janvier 2009 10:26