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Baillage de Wasseiges

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LA MAISON DU BAILLI À WASSEIGES

par Joseph DELEUZE de Meeffe.

 

 

Le baillage de Wasseiges

BailliWasseiges1
Maison du bailli

La Lotharingie absorbée par l'Allemagne en 879 a donné formation au IV et XIIe s. aux fiefs belges : Comté de Flandre, Duché de Brabant, Comté de Hainaut, Principauté de Liège, Comté de Namur.
Ce système de gouvernement et de répartition de la propriété, fondé sur lien de fidélité personnelle (entre les différents chefs hiérarchiques et entre les différents possesseurs du sol) crée des obligations qui stabilise la société. Ancienne terre de l'Abbaye de St Laurent, l'avouerie de Wasseiges fut confiée à Albert II, comte de Namur vers 1035, mais avec des droits limités. Ce n'est qu'au XIIIe s., à force d'intrigue, que les comtes de Namur finiront par exercer les droits comtaux et par placer sous leur haute juridiction non seulement Wasseiges mais le coin occidental du Haspinga, jusqu'à Thisnes, Wanzin, Wanzineau et Chapeauville. Dans la suite ils acquerront encore Avin. Fin du XIIIe s. jusqu'à la révolution française, le comte de Namur exercera tous les droits de suzeraineté et de haute justice à Wasseiges. Dans la monarchie féodale, l'administration des domaines royaux ou seigneuriaux était confiée à des baillis. Pas toujours nobles, ces officiers (itinérants jusqu'en 1190, fixés ensuite dans leurs bailliages), étaient chargés de contrôler les prévôts, (administrateur des biens personnels du roi), de centraliser les revenus domaniaux et étaient en outre juges d'appel et chefs militaires. Ce système d'administration venu de France à la fin du XIIe s. fut appliqué dans l'ancien comté de Namur. Ce comté fut ainsi constitué par neuf divisions territoriales appelées : Bailliages, Prévôtés ou Mairies.
Wasseiges fut choisi comme chef lieu d'un bailliage. Il disposera d'une cour Allodiale présidée par un bailli. Le bailliage de Wasseiges était constitué par les villages du nord-est de la province (± vingt neuf anciens villages étaient concernés) et par quelques communes à l'ouest de la province de Liège (cf. carte). Dès la fin de l'indépendance du comté de Namur en 1430 et son intégration dans l'Etat Bourguignon, un gouverneur (1) fut désigné pour administrer le comté. Absorbés par leurs nombreuses fonctions les gouverneurs se firent assister par des agents dévoués (souverain bailli - lieutenant gouverneur ou lieutenant) et reproduisirent sensiblement le même système d'administration. Dans son ressort, le bailli représentait le comte (puis le gouverneur) de Namur. Les baillis étaient nommés à vie. A partir de 1730, ils furent nommés pour trois ans (mais cela ne dura pas longtemps). Depuis les ducs de Bourgogne, le bailli de Wasseiges siégeait à l'état noble. Généralement il exerçait les fonctions de juge, chef militaire, receveur des impôts et des amendes; mais au cours des siècles, il semble que ses pouvoirs se sont affaiblis pour être réduits au XVIIIe s. à un rôle de simple surveillance. Lorsqu'il pouvait juger, le jugement du bailli reposait sur la coutume. Si celle-ci faisait défaut, le bailli menait une enquête par «turbes» c'est-à-dire que le bailli choisissait une vingtaine d'hommes sérieux et intelligents qui venaient déposer devant le tribunal.

Le bati-spays

Presque tous les villages du bailliage de Wasseiges possédaient un bâti (on disait aussi warisa ou warichet). Le bâti était un terrain public gazonné dans le village, le long d'un ruisseau ou pourvu de mares-abreuvoirs, là venaient pâturer les animaux des habitants. A Wasseiges, le bâti était situé au sud de la Mehaigne et allait du pont vers le moulin. Près du pont, on blanchissait aussi les toiles. De cette particularité le bailliage de Wasseiges portait aussi le nom de «bati-spays ou pays des bâtis».

Les baillis

Le premier bailli connu est Enguerand de Branchon qui administra le bailliage avant 1330 et le dernier Henri Matagne qui se distingua par son opposition au nouveau régime français après 1789. Pendant les siècles d'existence du bailliage, les baillis se sont succédés avec des succès et des revers divers et l'histoire a surtout retenu ceux qui se sont distingués par des positions ou actes sortant de leurs prérogatives; c'est ainsi qu'en mars 1450, le duc de Bourgogne, Philippe le Bon, rappela à l'ordre le bailli Arnould de Jandrain pour des faits à Merdorp et au XVI et XVIIIe s., certains baillis se distinguèrent dans la chasse aux sorcières. Ce fut le cas de Jean de Monceau (1586-1605) et de Jean de Thouars (1606-1611). Les archives citent aussi très souvent Jacques de Spontin et surtout Jacques-Joseph de Madran (1731-1760). Celui-ci surtout connu par ses nombreux voyages avait cru bon de nommer J.-P. Defays en qualité de lieutenant-bailli en son absence : décision qui fut annulée. Il semble bien que les baillis, à cette époque de l'ancien régime finissant étaient réduits à peu de pouvoir et s'absentaient souvent, de même que d'autres employés de l'administration, car un édit de 1760 rappelle que les baillis, mayeurs et greffiers sont obligés de résider là où ils exercent leurs fonctions. Ambroise Joseph de Madran (1761-1791) est surtout connu pour ses démêlés avec le seigneur du lieu «le sage révolutionnaire et grand voyageur baron d'Obin». Ce dernier, bien vu à la cour d'Autriche, refusait de s'abaisser devant le bailli (qui n'était qu'écuyer) pour obtenir l'autorisation de s'absenter pour ses affaires à l'étranger. Ces absences, sans son autorisation, irritaient le bailli et il était désireux de se rendre à Bruxelles et à Vienne pour régler cette affaire. La demande fut refusée et il reçut une réprimande du gouverneur des Pays-Bas au sujet d'écrits injurieux. Le pouvoir avait changé de camp. La révolution française et l'annexion de la Belgique a mis fin à l'ancienne administration du bailliage de Wasseiges. De cette période importante dans l'histoire de Wasseiges, il ne reste que la maison du dernier bailli. C'est la maison située au dessus de la rampe juste derrière la pharmacie Brumagne. Cet édifice fort intéressant remonte à la fin du XVIIe s. ou au début du XVIIIe s. Il contient des peintures, des garnitures et des ornements qui sans avoir une grande valeur artistique, symbolisent un pouvoir et un humour à la mesure du régime finissant.

(1) Le premier gouverneur fut Antoine de Croy en 1430.

Références : Paul Verhegen - Vers l'Avenir 22/10/94
Abbé Renard - Vers l'Avenir 2/10/76

BailliWasseiges2

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