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Accueil Histoires de l'Aronde Bataille de chars à Hannut

Première bataille de chars à Hannut

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À Hannut, première bataille de chars de l'Histoire
Mort du capitaine Sainte-Marie Perrin

par Joseph BOLY de Hannut.

 


batailleChars«Bernard Sainte-Marie Perrin, capitaine dans les chars, a été tué en Belgique le 13 mai (1940) et y est enterré dans un village flamand appelé Etrem (sans doute Ekerem, près d'Anvers)»

Journal de Paul Claudel, tome 2,
La Pléiade, p. 344 et 1044.

Non, cher Claudel, ce n'est pas dans un village flamand mais à Crehen, petit hameau de Hannut, sur la route qui conduit au Collège Sainte-Croix, que votre neveu (par votre épouse), le capitaine Sainte-Marie Perrin, commandant le 3e Escadron du 2e Cuirassiers, a trouvé une mort héroïque à la tête de ses chars.
Les historiens n'ont pas encore choisi la dénomination de cette bataille qui fut la première grande bataille de chars de l'Histoire. Sera-ce la Bataille de la Petite Gette, comme le suggère le colonel Gelotte (Le Ile Régiment de dragons portés, Orp-Jauche, 1982) ? Jean-Jacques Sarton, dans Les Cahiers jauchois (n° 1), parle des Combats de Jauche. N'est-ce pas dans la campagne jauchoise que se situe le monument aux morts du Corps de cavalerie français, érigé sur le territoire de Jandrain, le 17 mai 1953 : une figure de femme, Jeanne d'Arc ou Marianne, en tout cas la France, le bouclier tourné vers la route des invasions et le glaive abaissé dont on ne se sert que quand il faut bien. Florent-Pierre Ista porte en titre Hannut -Waremme dans la tourmente (vol. 1, Avin, 1988) tandis qu'Aimé Coune, ingénieur et capitaine commandant, centre ses souvenirs et témoignages autour de la Bataille de Merdorp 1940 (Avin, 1997).
Où s'est déroulée principalement cette rencontre de chars, Hotchkiss et Somua français contre Mark I, II et III allemands ?
A Crehen, à Thisnes et à Merdorp, des localités qui font partie aujourd'hui du grand Hannut. Pourquoi ne pas parler de la Bataille de Hannut ou de celle de Hannut-Jauche, étant donné que la lutte, engagée à Crehen et à Thisnes, s'est poursuivie autour de Merdorp et de Jandrain ? L'Histoire tranchera. Essayons de reconstituer brièvement les péripéties de la bataille. En présence : les «panzerdivisionen», aidées de l'aviation qui, en moins de cinq jours, vont briser la ligne Breda - Namur - Sedan, s'emparer du fort d'Eben Emael et franchir le Canal Albert. La 1ère Armée française du général Blanchard prenait position au centre du dispositif allié, sur le tronçon Wavre - Namur, tandis que le Corps de cavalerie du général Prioux recevait la mission de retarder l'avance allemande dans la région de Jauche - Hannut. Ce Corps de cavalerie se composait de la 2e Division légère mécanique du général Bougrain et de la 3e Division légère mécanique du général Langlois, pourvues de chars Hotchkiss et Somua, d'automitrailleuses Panhard et de groupes de canons, ainsi que de plusieurs bataillons de dragons portés, destinés à occuper le terrain après l'attaque des chars. La 2e DLM défendait la partie Tirlemont - Huy, la 3e DLM, la partie Hannut-Huy.
L'Etat-Major du 1er Cuirassiers occupait à Jauche la villa des Corrées, du notaire Scheys, chaussée de Jodoigne, où se trouvaient entre autres le colonel de Vernejoul, commandant du Régiment (il sera promu général, en 1942, en Afrique du Nord) et le colonel de Boissieu, oncle du général de Boissieu, lui-même futur gendre du général de Gaulle. Le capitaine Ameil, chef du 2e Escadron (qui lui aussi sera général) était posté dans la villa du Dr Goreux, chaussée de Hannut. Les uns et les autres avaient pour mission de préparer les contre-attaques. Je me souviens que, le dimanche soir, les Français, présents dans notre quartier de la place de la Liberté, nous prièrent impérativement de quitter les lieux. Nos voisins d'en face payèrent de leur vie leur refus d'obtempérer. Je vois encore le trou béant dans la toiture de leur maison quand je revins, le lundi matin, avec maman, pour voir ce qui s'était passé : une nuit de désolation. Un militaire français nous empêcha d'entrer dans la maison sinistrée. Touchés par un obus dans leur lit, nos voisins avaient agonisé toute la nuit avant d'être transportés pour mourir un peu plus loin.

Dimanche 12 mai

Le premier contact entre Français et Allemands eut lieu le dimanche matin 12 mai, vers 9 heures, à Crehen, et vers 18 h.30, à Thisnes.
Hannut avait été envahi sans coup férir. Les Hotchkiss français de douze tonnes avaient un blindage de 40 mm nettement plus résistant que celui des tanks allemands Mk I et Mk II, qui l'emportaient en nombre et ne s'attardaient pas sur le terrain. C'est ainsi qu'une cinquantaine de tanks allemands se heurtèrent, à Crehen, aux vingt et un chars du 3e Escadron, commandés par le capitaine Sainte-Marie Perrin et aux Dragons portés répartis du côté de Dieu le Garde. La bataille fit rage pendant deux heures. Ce qui explique les traces de balles encore visibles sur les murs du Collège, transformé en hôpital. Vers 11 heures, les Dragons durent se replier sur Merdorp. Les onze chars rescapés tirèrent encore une bonne demi-heure avant de se retirer vers Thisnes. Parmi les morts figuraient le lieutenant Jouvion, le sous-lieutenant Geneste et le capitaine Sainte-Marie Perrin. Ce dernier, la veille de sa mort, avait confié à un fermier du village qu'il était le neveu d'un grand poète. Plus tard, dans la famille Claudel, j'évoquerai, avec René Sainte-Marie Perrin, la mort héroïque de son oncle Bernard, venu mourir si loin de chez lui mais à quelques centaines de mètres du Collège où je réside. Il repose désormais au cimetière français de Chastre. Entre-temps, l'ennemi s'était retranché sur Hannut. Une patrouille de trois chars, dirigée par le sous-lieutenant Constantin, revint de Thisnes vers Crehen, afin de recueillir des morts et d'évacuer des blessés. Elle fut attaquée par l'aviation ennemie et provoqua une réaction des Allemands qui réinvestirent le village de Crehen et stoppèrent une contre-attaque des chars Somua de la 2e DLM, le lundi 13 mai, à 6 h. 30 du matin. Thisnes allait se défendre avec ses vingt et un chars Hotchkiss, les onze chars rescapés de Crehen et ses Dragons portés qui disposaient de canons ATK de 25 mm, capables de percer tous les blindages allemands. La bataille acharnée commença vers 18 h.30 pour se terminer à la tombée de la nuit. L'infanterie allemande ne parvint pas à faire reculer le point d'appui de Wansin. Les stukas mitraillaient et bombardaient les positions françaises. Les chars Somua de vingt deux tonnes avec leur blindage de 50 mm et leur canon de 47 mm résistèrent longtemps aux renforts allemands équipés de tanks Mk II et III. Mais finalement le général Prioux ordonna le repli sur Merdorp et Jandrain, choisis comme nœuds de résistance.

Lundi 13 mai

Ce fut la Bataille de Merdorp, le jour de la première grande bataille de chars de l'Histoire. Merdorp, Jandrain et Orp étaient devenues de véritables places fortes françaises. Mais les Allemands n'attaquèrent que vers 11 heures après avoir reçu ravitaillement et renfort en chars lourds pour affronter les chars de la 3e DLM. Sur un front de huit km, 648 chars allemands, en principe, allaient faire face à 239 chars français. Le combat était inégal. Cependant, il fallut beaucoup attaquer et réattaquer pour venir à bout de la défense française. Les stukas jouèrent un rôle décisif. Bientôt la mêlée fut générale. On a parlé de «charodrome» et de «chaudron d'enfer» avant que fantassins et motocyclistes de la Werhmarkt n'atteignent le centre du village au prix, dit-on, à Merdorp, d'une véritable boucherie. Celle-ci se cristallisa dans la descente de la rue principale et dans la prise du P.C., un café en face de l'église, qui conserva pendant longtemps les plaques de sang laissées par les coups de baïonnettes et les lancements de grenades. Bilan : 90 chars français et 165 tanks allemands détruits. Des milliers de morts et de blessés (2000 tués allemands, dit-on ?) mais il faut savoir que l'armée allemande disposait, sur le terrain, de fours crématoires mobiles. C'est seulement le lundi soir que je vis entrer à Jauche les premiers soldats allemands. Mon grand-père qui, le premier, osa sortir des caves de chez ma tante, au Trijalmé, vint nous rassurer : «Ce n'est pas comme les Ulhans de 1914. Ils ne font rien de mal !»

Joseph Boly, 14 ans en 1940

Commentaires

avatar Magniant Anne
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Bonjour,
Mon père, Jacques Magniant, était l'un des deux rescapés du peloton du lieutenant Geneste qui faisait partie de l'escadron du capitaine Sainte-Marie-Pe rrin lors de la bataille de Crehen le 12 mai 1940. Je recherche une brochure qui a été édité sur cette bataille. Mon père l'avait prêtée à la veuve du lieutenant Geneste et n'a pas osé la lui redemander. Pourriez-vous me donner des informations complémentaires sur cette bataille ou sur cette publication ?
Merci
avatar adrien
0
 
 
Bonjour Mme Magniant,
Je vous conseillerai de contacter à ce propos le Révérend Père Bolly au Collège Ste Croix de Hannut. C'est lui qui a écrit cet article et est encore en vie. S'il existe une personne à ma connaissance qui puisse vous aider, c'est lui. L'adresse et le numéro de téléphone du Collège se trouve dans l'annuaire.
Bien à vous.
avatar magniant
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Bonjour,
Je n'avais pas vu votre réponse. Je vous en remercie un peu tardivement. Je suppose que c'est vous qui avez donné mes coordonnées à une personne, en relation avec le père Boly, et qui m'a transmis beaucoup d'informations.
J'ai une copie de rapports militaires qui mentionne bien d'autres disparus à Crehen, je pourrais vous transmettre la liste. Merci de ce que vous faîtes pour que ces hommes courageux, dont mon père faisait partie, ne soient pas oubliés .
Anne Magniant
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