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Bataille de Jauche-Hannut 1940

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BATAILLE DE JAUCHE-HANNUT - MAI 1940

Par Joseph BOLY

 

Le "silence de la mer", j'y suis entré au cours de ces quatre journées mémorables du vendredi 10 au lundi 13 mai 1940. J'ai connu l'euphorie de la présence des soldats français, puis, brusquement, l'incroyable arrivée des Allemands, le départ précipité des hommes qui ne voulaient pas être emmenés par l'ennemi, la peur des femmes et des enfants réfugiés dans une cave du Trijalmé où se trouvait la ferme de ma tante, à la sortie du village, tandis que grondait au-dehors la bataille de Jauche. Je n'oublierai jamais le dernier char français manœuvrant sa coupole. On a cru un moment que c'était déjà un tank allemand voulant faire sauter la ferme. J'entends encore le bourdonnement des prières qu'accompagnait tragiquement l'éclatement des obus et je me souviens de m'être écrié, dans la détresse larmoyante de cette cave : "Maman, on ne reverra plus papa !" On devait le revoir, un jour d'août 1940, après plusieurs mois de nouvelles contradictoires, rassurantes, puis alarmantes, à la minute même où nous étions à l'église, pour participer, comme tant d'autres, à l'époque, à la prière du salut. La bataille de la Petite-Gette fut la première grande bataille de chars de la Seconde Guerre mondiale. L'attaque des armées allemandes, avec l'aide de l'aviation et des "panzerdivisionen", avait été foudroyante sur un front qui allait de la Hollande au Luxembourg en passant par la Belgique. Les Belges auraient dû tenir au moins cinq jours pour que les armées alliées puissent prendre position sur la ligne Breda-Dyle-Namur-Sedan. Mais en un rien de temps, le fort d'Eben-Emael était réduit et le canal Albert franchi. Au centre du dispositif allié, sur le tronçon Wavre-Namur, vers Gembloux, devait se placer la lère armée du général Blanchard. C'est à cette fin que fut envoyé dans notre région de Jauche-Hannut, avec la mission de retarder l'avance allemande, le corps de cavalerie du général Prioux. Celui-ci était composé de la 2e et de la 3e division légère mécanique, pourvues de nombreux chars Hotchkiss et Somua, d'auto-mitrailleuses Panhard et de groupes de canons, ainsi que de plusieurs bataillons de dragons portés, destinés à occuper le terrain, après l'attaque des chars. Jauche se trouvait dans le secteur sud de la 3e D.L.M. du général Langlois, comprenant, d'Ardevoor (Neerheyiissem) à Dieu-le-Garde (Crehen), les points d'appuis de Wansin, Thisnes, Jandrain-Jandrenouille et Merdorp, confiés au 1er bataillon du 11e régiment des dragons portés et aux chars des 1er et 2e cuirassiers, sous les ordres du général Lafont. Le premier choc de la guerre, chars contre chars, fut terrible et, en certains endroits, la lutte se poursuivit à l'arme blanche. C'est au cours des premiers combats, à Crehen, le dimanche 12, jour de la Pentecôte, au matin, que fut tué le capitaine Bernard Sainte-Marie-Perrin, neveu de l'épouse de Paul Claudel. La veille de sa mort, il avait confié à un fermier du village qu'il était le neveu d'un grand poète. Etrange rencontre du destin : il m'arrivera plus tard d'évoquer sa mémoire dans la famille Claudel et de parler un jour, à Brangues, avec René Sainte-Marie-Perrin, de la mort héroïque de son oncle Bernard, à quelques centaines de mètres de ma résidence actuelle. A Jauche, avec le 1er cuirassier, et dans la plaine de Jandrain où sera élevé le monument à la gloire du corps de cavalerie, la bataille doit avoir fait rage dans l'après-midi du lundi 13 mai. Je me souviens d'être revenu, le lundi matin, avec maman, au centre du village pour voir si notre maison y était encore. Quel spectacle de désolation ! Un obus avait percé le toit de la maison d'en face, blessant à mort, dans leur lit, nos voisins qui avaient refusé d'évacuer. Un soldat français, le dernier que j'aie vu, nous arrêta sur le seuil de la maison, pour nous empêcher de voir les malheureuses victimes. Quelques heures plus tard, dans la soirée, les Allemands entraient dans Jauche. On a conservé le souvenir de plusieurs militaires français et marocains, touchés mortellement à Jauche ou décédés au sanatorium, des suites de leurs blessures. Je pense, en particulier, au sous-lieutenant Marie de Chambray auquel un mémorial a été consacré dans le quartier de la Tomballe. Parmi les officiers qui eurent un moment leur poste de commandement à la villa des Corrées, chaussée de Jodoigne, je vois le nom du colonel de Boissieu. Ce doit être Ghislain de Boissieu, le frère aîné du général de Boissieu, gendre du général de Gaulle. Les rescapés du corps de cavalerie se replièrent, mission accomplie, et se regroupèrent, dans la suite, pour ouvrir l'embarquement d'une partie de la 1ere armée, à Dunkerque et combattre jusqu'à l'armistice. Ils ne purent faire davantage car, au cœur des .Ardennes, vers Sedan, les Allemands avaient franchi la Meuse, coupant en deux les armées françaises et fonçant vers la Manche. La "drôle de guerre" avait pris fin, mais pas un instant, en voyant défiler dans les rues de Jauche ces hordes barbares, je n'ai douté qu'elles ne re-partissent, un jour, moins glorieuses qu'elles n'y étaient entrées.

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