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Grottes de Folx-les-Caves

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À PROPOS D'UNE CENTENAIRE

par Maurice RACOURT

 

Nous sommes en 1886, la Hesbaye est une région naturelle où l'on cultive diverses plantes destinées à l'alimentation de l'homme et du bétail; depuis toujours ce sol limoneux produit du froment que les moulins à eau ou à vent trans-formaient en farine, et chacun faisait son pain que l'on cuisait chez soi ou dans un four commun, souvent implanté au milieu du village.

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Salle du Tigre et préparation des couches

L'orge était destiné à la fabrication de la bière, les brasseries étaient nombreuses, et on pouvait en compter plusieurs dans un seul village. L'avoine était l'aliment idéal poule cheval, c'était le cheval de trait qui tirait tous les instruments aratoires, il était l'auxiliaire du laboureur. Le lin et le chanvre étaient également cultivés pour en extraire la fibre destinée aux tisserands et aux fabriquants de cordages, à l'époque, les cultivateurs stockaient le lin dans les granges, dans le courant de l'hiver, ils écrasaient les tiges avec un marteau en bois puis passaient les tiges meurtries dans une sorte de peigne afin d'en éliminer les anneaux, les fibres ainsi obtenues étaient fournies aux tisserands afin d'en faire de la toile. La culture de la betterave sucrière, d'introduction assez récente était en plein essor de nombreuses râperies venaient d'être construites. Le colza aussi était cultivé, les graines broyées fournissaient une excellente huile alimentaire. A Folx-les-Caves, il existait un moulin à farine actionné par la force hydraulique (le plus en amont sur la Petite Gette), il y avait deux brasseries, il y avait une centaine de cultivateurs, il y avait un maréchal-ferrant, il y avait un écangueur, atelier de transformation du lin et du chanvre, que l'on appelait une "SPINDGERIE", le propriétaire de cet atelier, possédait une partie des vastes galeries souterraines qui se trouvent au nord de la commune, l'autre partie était la propriété d'une société brassicole, elle produisait une bière de qualité en toute saison, la chaleur de l'été ou le froid de l'hiver n'avaient aucune influence sur la fermentation des "brassins".

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Sortie du fumier usagé

Dans cette Hesbaye agricole, circulaient des marchands et des artisans ambulants de toute sorte, que ce soit pour affûter les scies à bois, les couteaux, les ciseaux et les rasoirs, pour réparer les harnais, pour fournir aux habitants toute sorte de choses, tels que des aiguilles, du fil à coudre, des couteaux à légumes, du savon à barbe etc... A l'extrémité Nord du village de Folx-les-Caves, il y avait un café - comme ils en existaient beaucoup d'autres à cette époque - ce café avait pour enseigne "Aux chants des oiseaux", Désiré RACOURT en était le tenancier, à l'arrière du café il y avait une grange remplie de lin et à côté de la grange un petit atelier dans lequel, avec l'aide de ses enfants, ils écanguaient les fibres. Un soir un marchand ambulant entra dans son café et lui demanda s'il pouvait passer la nuit dans sa grange, l'autorisation reçue, notre nomade trouva étrange le nom de ce village qui se termine par "caves", il lui fut répondu, que ici sous les champs il y a de grandes cavités qui s'étendent sur plusieurs hectares. Il n'en fallut pas plus pour inciter le marchand à pénétrer à l'intérieur de ces cavités. Le lendemain, nos deux compères, munis chacun d'un falot, pénétrèrent dans une sorte d'entonnoir et descendirent à 13 mètres sous les champs. Arrivé à l'intérieur il fut stupéfait de découvrir des salles hautes de près de quatre mètres, où il y régnait une température douce, et une assez forte humidité; il s'exclama "c'est l'endroit idéal pour y cultiver des champignons"; ensuite, il racontait à son hôte : je suis Français et j'ai eu l'occasion de travailler dans une champignonnière parisienne, le champignon se plait dans une atmosphère humide et où la température est constante, si vous le voulez je vais rester quelques temps ici, car vous devez absolument tenter cette culture, nous irons chercher du fumier de cheval dans une des fermes des alentours, nous irons récolter des racines de champignons dans les champs; ce qui fut dit fut fait, et quelques mois plus tard, quand les premiers champignons produits en Belgique furent récoltés, notre marchand ambulant repris sa caisse à son dos et continua sa vie de nomade tout en souhaitant à Désiré Racourt de réussir sa vie dans sa nouvelle entreprise; car moi, dit-il, je n'ai jamais travaillé longtemps au même endroit, je préfère ma liberté. Désiré RACOURT est né à Foix-les-Caves le 13 février 1839, il était le petit-fils du premier propriétaire des "caves" il avait eu sept enfants, le deuxième, du nom de Charles était né à FoIx-les-Caves, le 20 avril 1866, il fut apprenti boulanger à Poucet, il s'est marié à Boneffe en 1895, en 1902 naissait un fils qui fut baptisé du nom de Georges, en 1910, la petite famille s'installa à Cocrou-Biez dans le but de cultiver des champi-gnons dans les anciennes carrières de craie de Grez-Doiceau. En 1913 au décès de Désiré, Charles est revenu à Folx-les-Caves pour continuer l'exploitation de son père. L'année suivante, ce fut l'envahissement de notre pays par les Allemands, période difficile car, les champignons considérés comme marchandise de luxe ne se vendaient plus. En 1918 ce fut l'arrivée des libérateurs Canadiens, les alliés s'installèrent chez l'habitant, ils quittèrent notre pays en mars 1919, c'est grâce au fumier que les chevaux des soldats canadiens produisaient, que la culture pu redémarrer, les belles années commençaient, il y avait de nombreux chevaux dans les casernes, le fumier chargé sur des wagons arrivait par chemin de fer en gare de Jauche, il venait de Spa, Beverlo, Namur ou Tirlemont, la main d'œuvre était bon marché, six personnes travail-laient à la champignonnière, ils recevaient un salaire journalier d'environ cinquante francs, la production atteignait les 180 kilos de champignons par jour, ils étaient expédiés par chemin de fer, dans de grands paniers en osier, vers les restaurants de Spa, Hasselt, Marche-en Famenne, Falaën, Ostende, etc. Ou vers les marchés de Bruxelles ou de Liège, le camion de la S.N.C.B. venait journellement prendre livraison des colis pour les conduire à la gare de Jauche. L'entre deux-guerres fut aussi la période où la champignonnière se modernisa. Si en 1910, la cheminée d'exploitation fut creusée, il y avait alors un "BOURRIQUET" (sorte de treuil manuel actionné par deux hommes) pour remonter les déchets; 1935 vit son remplacement par un monte-charges mécanique mû par un moteur électrique (toujours en état de fonctionner), en 1934, ce fut l'installation d'une centrale électrique souterraine; un moteur Diesel (Moës Waremme) actionnait une génératrice à courant continu 110 Volts alimentant une série d'accumulateur au plomb (Tudor) ce qui apporta une autonomie complète à la champignonnière.

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Vers 1930, Joseph GERLACHE et Charles RACOURT

En mai 1940 ce fut la bataille de Jandrain, la champignonnière servit de refuge pendant trois nuits à la population de Folx-les-Caves, à 100 mètres de là, le long de la Petite Gette, quatorze canons français étaient braqués vers Merdorp et Hannut, l'Etat-Major Français installé dans la maison du propriétaire de la champignonnière, parce que c'était la seule maison qui était encore alimentée en électricité (par le groupe électrogène) invita la population à quitter la région pour la France, une semaine plus tard, les évacués rentraient au bercail, les Allemands les ayant rattrapés en cours de route. Après l'arrivée des Allemands, un calme relatif s'établit et la résistance à l'ennemi s'installa, la culture du champignon continua tant bien que mal avec du fumier provenant des fermes des alentours mais principalement de Boneffe. Vers 1943, la résistance s'installa dans les grottes et une cachette fut aménagée dans une petite salle obturée en partie par un éboulement, ce fut aussi la période où les Allemands réquisitionnaient les champs des alentours, surtout la plaine comprise entre Folx-les-Caves et Jandrenouille afin d'y installer une plaine d'aviation, les grottes les intéressaient vivement, c'était un lieu bien dissimulé pour y stocker de l'essence et des munitions, mais heureusement, l'accès pour des camions y était pour dire impossible, ce qui ne les avaient pas empêchés de prévoir un nouvel accès, plus aisé pour eux. Heureusement l'arrivée des troupes américaines le 6 septembre 1944 mis fin définitivement à ce projet. En août 1944, les Allemands commençaient à retourner vers l'Allemagne, des convois circulaient sur la chaussée de Jodoigne vers Hannut, en passant par Jauche. Un cheval d'un de ces convois ayant perdu un fer dut passer par la forge de Camille BOTON, des prisonniers russes accompagnèrent le cheval chez l'artisan, pendant que le maréchal-ferrant faisait son office un des prisonniers faussa compagnie à ses geôliers, le soir il revint à la forge où il reçut des habits civils, il fut ensuite amené dans les grottes pour s'y cacher, il restait à Folx-les-Caves pendant huit mois avant d'être rapatrié par la Croix-Rouge vers son pays. (Nous n'avons jamais eu de ses nouvelles, il paraît que ces soldats russes ont été envoyés en Sibérie afin qu'ils ne puissent pas faire connaître à leurs compatriotes ce qu'ils avaient vu en Europe occidentale !). En 1946, la culture des champignons avait tendance à vouloir redémarrer, Georges Racourt venait de succéder à son père décédé en décembre 1945, le prix des champignons se situait aux alentours des 120 francs et le fumier venait des fermes, deux personnes étaient encore occupées à la champignonnière, Georges et son fils Charles. Au début des années 50, les tracteurs commençaient à envahir les fermes, les chevaux disparurent, le fumier devint donc de plus en plus rare, il y avait encore les gendarmeries de Vottem, de Charleroi et d'Etterbeek, mais malheureusement, il fallait acheter la production de toute une année. En 1953 Charles quitte la champignonnière pour se lancer dans le commerce de radio (de T.S.F. comme on disait à cette époque) et c'est son frère Maurice qui prendra le relais, en 1959. Georges dut abandonner toute activité pour cause de santé. Maurice se retrouvait seul pour exploiter l'entreprise, alors que deux ans plus tôt il avait trouvé un emploi dans l'agronomie, c'est la période où il fallait prospecter les manèges, les cercles équestres, ces chevaux produisaient du fumier en hiver, l'été ils étaient en prairie, ce qui eut pour conséquence, que l'on ne pouvait plus produire des champignons que pendant une partie de l'année. La rareté du fumier, la main-d'œuvre chère, de nombreuses manipulations, en plus les champignons qui se vendaient bon marché, la production fut arrêtée. Pendant ce temps des chercheurs étaient en train de mettre au point un substrat à base de fumier de cheval de moindre qualité, enrichit avec des matières organiques naturelles, le tout composté mécaniquement en usine, puis pasteurisé à la vapeur, ensemencé, pressé en petits ballots et enfin incubé avant d'être fourni aux producteurs. C'est cette méthode "en conteneurs" qui est actuellement utilisée à Folx-les-Caves, les rendements sont cinq fois supérieurs à la méthode traditionnelle, tout en produisant un légume de très bonne qualité, qui supporte la comparaison avec un champignon produit de la façon classique. La méthode moderne permet de produire en toute saison, puisque l'on dispose d'un compost contrôlé et homogène toute l'année, de plus, il permet d'adapter sa production à son propre rythme, on peut en effet acheter la quantité de ballots suivant le temps que l'on peut consacrer à la culture, et donc en faire une "culture sur mesure". En 1986, comme il se devait, on fêta le centième anniversaire de la culture des champignons à Folx-les-Caves, de nombreuses personnalités du monde touristique, de nombreux représentants des confréries gastronomiques avaient été invités à une réception dans les grottes même et dont la presse en fit un large écho. Aujourd'hui la culture est toujours présente à Folx-les-Caves mais elle est surtout pratiquée de façon à montrer aux touristes de passage aux grottes de Folx-les-Caves les deux méthodes de culture, la traditionnelle qui est abandonnée mais dont des couches subsistent, la moderne, avec des champignons qui poussent. C'est aussi une très belle leçon de science pour nos écoles et tout cela dans un cadre extraordinaire que sont les grottes de Folx-les-Caves, qui méritent d'être mieux connues.

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Une expédition de champignons. Georges RACOURT, Arthur Canderbeek, Joseph Gerlache, Emile Istas, Hubert Fossion, Emile Bodart et Charles RACOURT.

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Mise à jour le Lundi, 19 Janvier 2009 15:17