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Accueil Histoires de l'Aronde Hesbaye et ses chantres

Hesbaye et ses chantres

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LA HESBAYE ET SES CHANTRES

par Joseph BOLY de Hannut.

 

La Hesbaye ne me quitte jamais. Elle est autour de moi, elle est en moi, elle est sur cette toile de Jenny Bolly, accrochée au mur de mon bureau. La Ferme au bout des blés mûrs. Nul, mieux que cette artiste aux dons multiples, n'a symbolisé la terre hesbignonne, cette mer de blés d'or, envahissant, tout au fond, la grande ferme en carré. J'aime la terre hesbignonne où j'ai vu le jour, mais j'éprouve un certain malaise à me dire hesbignon. J'ai peur qu'aux yeux de certains, la qualité hesbignonne soit un substitut pour taire leur identité profonde. Je suis Wallon, Français de culture, Européen et citoyen du monde, voilà la réalité essentielle, spirituelle et politique. La Hesbaye n'est qu'une région naturelle, une terre agricole, quasi homogène, une des plus riches du monde sans doute, où la culture du froment, de l'avoine, de l'orge, du maïs, de la betterave, du lin et une part importante d'élevage ne laissent que peu de place aux bosquets et à ce qu'on pourrait appeler le "feuillu", dans les quelques vallées de la Méhaigne, de la Burdinale et du Geer. L'ensemble donne plutôt l'impression, d'une vaste plaine de labours, monotone, à peine ondulée, piquée de villages entourés de vergers et de prairies. C'est ainsi que Paul Claudel a vu notre région, dans un poème de guerre, daté de juin 1915, en chantant ces "moissons plantureuses, fourrage et blé, orgueil de la Hesbaye et du Brabant (Derrière eux). La Hesbaye, œuvre de la nature, mais peut-être faut-il y reconnaître également la marque des hommes qui, depuis les Omaliens, 2.500 ans avant Jésus-Christ, ont entrepris d'y défricher le sol et d'y semer le blé. Sur la base d'une telle identification, la Hesbaye n'a jamais connu de limites très précises, elle n'a jamais constitué une unité politique ou linguistique, elle empiète sur trois provinces : le Brabant, Namur et Liège. Précisons, avec l'aide des spécialistes, que la Hesbaye forme une sorte de triangle dont le côté sud longe la Meuse, de la région d'Eghezée et de Namur à la région de Tongres et de Liège, mais en restant à distance et de Namur et de Liège, la troisième extrémité du triangle s'enfonçant dans le Brabant, du côté de Jodoigne et de Tirlemont. D'Eghezée à Tirlemont, de Tirlemont à Tongres et à Recourt, il ne peut donc y avoir de Hesbignon que dans la mesure où il existe un paysan, viscéralement ancré à la riche terre agricole qui l'a vu naître et sur laquelle s'est forgée, au cours des âges, une certaine conception de la vie. Cependant l'appartenance culturelle et spirituelle s'avère radicalement plus puissante que la nature du sol. Quand nous parlons de la Hesbaye et de ses chantres, ce ne peut être pour nous, Wallons, que de la Hesbaye wallonne : brabançonne, liégeoise et namuroise. Nous resterons dans ces limites et nous écouterons, de préférence, ceux qui, en français et en wallon, ont chanté notre terroir, ses gloires et ses richesses, ainsi que les gens qui y vivent ou y ont vécu. Nous partirons de Jauche, mon village natal, non sans avoir fait le tour de la Hesbaye brabançonne, par Orp-le-Grand, Hélécine et Jodoigne. La langue wallonne est florissante au roman pays de Brabant, que ce soit autour du domaine provincial de Hélécine où règne le talentueux Robert Vanorlé (Hélécine) ou chez les "Romans Srijeus" de Jodoigne et de Jauche qui ont nom Jules Flabat (Jodoigne 1925), Henri Lerutte (Jauche, 1910), Fernand Boucher (Jauche, 1909) et avant eux Paul Moureau (Jodoigne, 1887-1939) qui figure dans l'Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie de Maurice Piron (1979). Ce qui n'a jamais empêché la langue française de briller à son tour. Gustave Loicq (Jauche, 1879-Gand, 1967), fils d'un notaire jauchois, est l'auteur d'un recueil, Lyre intime. Jean-Jacques Sarton (Jauche, 1922) est un historien de Jauche. C'est à lui et à ses recherches que nous devons de mieux connaître notre passé. Louis Daubier (de son vrai nom, Louis Dupont, Orp, 1924) a enseigné la langue française en même temps qu'il l'illustrait dans les hautes sphères de la poésie. Désire-Joseph d'Orbaix (Thorembais-les-Béguines, 1889-1943), conteur et poète, le premier d'une génération d'écrivains qui se prolonge avec Marie-Claire d'Orbaix et Renaud Denuit, s'est attaché, dans Le Don du maître (1922), à faire sentir, au travers des us et des coutumes, la richesse pédagogique de l'âme wallonne. A Hannut et à Waremme, nous sommes vraiment au cœur de la Hesbaye, là où son visage resplendit avec le plus d'éclat. Une mer de blés d'or. Pas un bosquet. Pas une colline. Mais toujours de vieilles censes où son cœur n'a cessé de battre. Cependant le plus illustre des Hesbignons n'est ni un agriculteur, ni un écrivain. C'est un savant, Zénobe Gramme, né à Jehay-Bodegnée (1826-1901). Il a vécu quatorze ans à Hannut où il a fréquenté, dès l'âge de neuf ans, l'école primaire et appris le métier de menuisier, avant d'aller étudier à Huy et à Liège et de réaliser, à Paris, la première dynamo à courant continu (1868). Il ne nous a guère laissé d'écrits, mais bien une sorte de proverbe wallon qui nous en dit plus sur l'âme profonde du Hesbignon que tout un traité. Lorsque sa femme le tirait de son caractère méditatif, Zénobe Gramme répondait invariablement : "Dji tûse, Hortense !" C'est ainsi qu'autour de Hannut et de Waremme, une pléiade d'écrivains, ont inscrit leur nom au palmarès de la dialectologie wallonne. Déjà au XIXe siècle, Alexandre Fossion de Faimes (1817-1855) et Félix de Marneffe de Les Waleffes s'étaient signalés par des poésies en wallon. Ce dernier avait traduit les fables de La Fontaine en patois hesbignon. Mais le véritable essor de la littérature dialectale date du XXe siècle. Citons : Joseph Durbuy, de Vaux-Borset (1882-1963), le plus connu et incontestablement le meilleur, chansonnier, conteur et surtout auteur de théâtre. Son chef-d'œuvre, Pîd d'poye, date de 1910 et Li Fosfate (1928) transpose en wallon une nouvelle de Hubert Krains. Robert Boxus, de Moha (1891 - ), folkloriste, poète et conteur. Léon Warnant, d'Oreye (1919), professeur à l'Université de Liège. Marcel Hicter, de Haneffe (1916-1979) qui fut directeur général au Ministère de la culture française et Lucien Maubeuge, d'Avernas-le-Bauduin (1878- 1968), ouvrier mineur qui se souvient de ses origines hesbignonnes, comme en témoigne Li Mouhagne. Notre inventaire n'est certainement pas exhaustif. Dans une revue locale, Hesbaye vivante (Waremme, no 1, 1978), figure par exemple, un beau poème en wallon sur la Hesbaye. Il date de décembre 1929 et porte la signature d'un poète oublié, de Vaux-Borset (1877-1964), M. Detrez. Les écrivains français de la Hesbaye Liégeoise sont connus, pour la plupart. Il conviendrait d'abord de retourner à l'Ancien régime et de saluer deux figures qui portent les noms d'illustres familles de chez nous. Jacques de Hemricourt (Liège, 1933-1403) nous a laissé deux ouvrages essentiels : Li Miroir des nobles de Hesbaye (1398) où il entreprend de relever le renom de la noblesse, décimée par le "Mal Saint-Martin (1312) et la Guerre des Awans et des Waroux, l'histoire d'un conflit de familles qui a tristement ensanglanté la Hesbaye. Blaise-Henri de Corte, Baron de Walef Saint-Pierre (Liège, 1661-1734) fut un grand écrivain, un grand voyageur et un grand Liégeois (II descend de la famille Curtius et fonda à Liège une académie des Lettres). On lui doit des tragédies, des odes, des satires, des dissertations. "Je vous assure, lui écrivit Boileau, que vos vers m'ont paru merveilleux, que j'y trouve de la force et de l'élégance et que je ne conçois pas comment un homme né dans le pays de Liège a pu deviner tous les mystères de notre langue". C'est plutôt flatteur pour le Baron de Walef, mais c'est plutôt vexant pour les Liégeois. Serions-nous moins français de souche que les Parisiens ? Poète, conteur, critique, Arthur Daxhelet (1865-1927) est né près de Hannut, à Marneffe. Il fut directeur général des Beaux-Arts et auteur d'un excellent Manuel de littérature française (1901). Dans Cœur en détresse (s.d.), il fait preuve de beaucoup de psychologie et évoque volontiers le "Val joyeux de la Burdinale" où s'est déroulée son enfance. De Marneffe, nous allons vers le charmant village de Les Waleffes auquel Maurice Cartuyvels (Les Waleffes, 1894-1974) doit son pseudonyme de Maurice de Waleffe. Il fut un écrivain fécond, journaliste en France et collaborateur de "La Jeune Belgique". Arrêtons-nous sur la route de Huy, à Latinne, au lieu-dit "ferme de la Belle-Thérèse", un ancien relais de poste. Le plus grand écrivain de la Hesbaye, Hubert Krains, originaire de Les Waleffes (1862-1934) y a situé son chef-d'œuvre, Le Pain noir (1904) où il décrit, avec âpreté, la rude existence de ce qui fut, à son époque, un prolétariat rural. J'aime de me rendre sur sa tombe, près de l'église, afin d'y relire l'épitaphe de François Villon :
"Toute chose si par trop n'erre
Voulentiers en son lieu retourne"

Hubert Krains est mort, le 10 mai 1934,à la gare du Nord de Bruxelles, broyé sous les roues d'un train. Son agenda, précieusement conservé, mentionnait les heures de départ et de retour de l'excursion de l'A.E.B. à laquelle il venait de prendre part. Il était un peu en retard et avait hâte d'aller rassurer son épouse malade. Ouvrier agricole, auxiliaire des postes à l'essai, Hubert Krains franchira tous les échelons jusqu'à devenir directeur général des postes à Genève. Il vivra éloigné de sa Hesbaye natale, mais c'est en elle qu'il trouvera la source exclusive de son inspiration. Ainsi, Au cœur des blés (1934). Non loin de là, à Waremme, la carrière de Hubert Stiernet (1863-1939) s'est déroulée sans histoire, dans l'enseignement. Avec Le Roman du tonnelier (1921) nous revivons une tranche de vie hesbignonne. Rien de recherché, rien de faussement pathétique mais la vision juste et exacte de cette Hesbaye qu'il voit "riche et lourde au-dessus de laquelle volette sans cesse l'âme rêveuse et promptement inquiète des gens de la race". La petite ville qu'il évoque, dans ce roman, est Waremme, sa ville natale. J'aurais voulu trouver une belle page de Conrad Detrez sur la Hesbaye. Il est né à Roclenge-sur-Geer (1937) et appartient donc incontestablement à la terre hesbignonne, mais je n'ai rien découvert, même pas dans Les Plumes du coq (1975) où l'adolescent ne sort guère de son pensionnat, en proie aux amitiés particulières et aux luttes tribales qui agitent régulièrement l'Etat belge. Le brillant écrivain, Prix Renaudot, est mort citoyen français afin de pouvoir retourner en Amérique latine où il avait jadis milité contre les dictatures. Notre panorama de la Hesbaye liégeoise serait incomplet, si nous ne faisions place à quelques autres figures. Elisabeth Colonna d'Istria, corse d'origine, comme son nom l'indique, n'est peut-être hesbignonne que par sa naissance à Hannut (1914). Romancière, elle est mieux connue sous le nom de Lily Lambert. Madame Jeannine Paye-Bourgeois, de Braives, est l'auteur d'un excellent petit livre d'initiation à la découverte de la Hesbaye, terre méconnue (1979). Eugène Dethier, de Kemexhe, évoque, avec beaucoup de nostalgie, dans 2000 ans de vie en Hesbaye, les temps de jadis où les Hesbignons prenaient le temps de vivre : On riait à tout propos, on chantait à toute occasion et on buvait beaucoup. On faisait de longues journées, mais on travaillait en douce; et le maître et ses ouvriers interrompaient fréquemment le travail pour boire un coup : on faisait "me teye", c'est-à-dire que chacun mettait sa petite quote-part pour aller acheter un litre de genièvre chez le mastroquet du coin. On buvait chacun quelques "huffions" puis on se remettait au travail". Trois professeurs de l'I.P.E.S., à Waremme, Philippe Destinez, Jacques Lanneau et Claude Lombart ont composé un précieux petit ouvrage : Hesbaye, qui sont tes grands hommes ? (1980). Y sont célébrés, à côté des écrivains, le sculpteur Louis Dupont et Zénobe Gramme. Parmi les industriels, Jules Mélotte et parmi les hommes politiques, Joseph Wauters, de Rosoux. Jean G. Hansoul (Amay, 1938) et Jean Husson (Couthuin, 1934) ont réalisé pour l'A.S.B.L. "Hesbaye-Meuse-Condroz tourisme" un album sur La Hesbaye (1982) qui est un véritable festival de la photographie. Plus jeune et plus proche de nous, Paul Fraiture, de Braives (1936), membre de l'Arew, forme les jeunes professeurs grâce à sa Grammaire vivante du français et fait revivre nos us et coutumes dans un premier roman, L'Ivraie (1985). Enfin François Jacqmin qui vient de nous quitter (12 février 1992) était né à Horion-Hozémont (1929). Souvent proche du surréalisme, sa poésie avait connu la notoriété avec Le Livre de la neige (1990).

Reste la Hesbaye namuroise.

A tout Seigneur, tout honneur, les frères Emile et Paul Bouvier (Boneffe, 1911 et 1920) ont bien mérité de la Hesbaye. Emile, en particulier, est l'auteur d'une trilogie : Le Miroir de la Hesbaye (1970), Visages de la Hesbaye (1975) et Les Blés dorés de la Hesbaye (1986) qui constituent un véritable trésor, un ensemble monumental, riche en documents et en découvertes historiques. De son côté, Léopold Génicot (Forville, 1914), professeur à l'Université de Louvain, figure dès à présent parmi nos grands historiens, spécialiste du Moyen âge et auteur de la première Histoire de la Wallonie (Toulouse, Privât, 1973). C'est sous la direction de son fils, Luc Génicot, qu'on été publiés, chez Mardaga, dans la collection "Architecture rurale de Wallonie", les beaux volumes consacrés à la Hesbaye liégeoise (1986) et à la Hesbaye namuroise (1983). Enfin, il y a Jean Tousseul, de Landenne-sur-Meuse 1890-1944). Avant de devenir le chantre des bords de Meuse, à force de volonté et de travail personnel, Jean Tousseul, de son vrai nom, Olivier Degée, avait connu le rude labeur des champs, des carrières et des fours à zinc. On lui doit deux cycles romanesques : Jean Clarambaux qui s'ouvre, en 1927, par Le Village gris et François Stiénon. Bien qu'il décrive souvent une région qui n'est plus la Hesbaye, il reste avant tout l'auteur du Village gris, Landenne-sur-Meuse, à la limite de la Hesbaye.

Le Brabant.

Suivons le guide ! Nous partirons de Jauche, mon village natal, non sans avoir fait le tour de la Hesbaye brabançonne, par Orp, Hélécine et Jodoigne. La langue wallonne est florissante au roman pays du Brabant, que ce soit autour du domaine provincial d'Hélécine, où règne le talentueux Robert Vanorlé (Hélécine) ou chez les "Romans Scrijeus" de Jodoigne et de Jauche qui ont nom Jules Flabat (Jodoigne, 1925), Henri Lerutte (Jauche, 1910), Fernand Boucher (Jauche, 1909) et avant eux, Paul Moureau (Jodoigne. 1887-1939) qui figure dans l'Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie (1979) de Maurice Piron. Ce qui n'a jamais empêché la langue française de briller à son tour. Gustave Loicq (Jauche, 1879-Gand, 1967), fils d'un notaire jauchois, est l'auteur d'un recueil, Lyre intime. Jean-Jacques Sarton (Jauche, 1922) est un historien de Jauche. C'est à lui et à ses recherches que nous devons de mieux connaître notre passé. Louis Daubier (de son vrai nom, Louis Dupont, Orp, 1924) a enseigné la langue française en même temps qu'il l'illustrait dans les hautes sphères de la poésie. Désire-Joseph D'Orbay (Thorembais-les-Béguines, 1889-1943), conteur et poète, le premier d'une génération d'écrivains qui se prolonge avec Marie-Claire D'Orbaix et Renaud Denuit, s'est attaché dans le Don du maître (1922), à faire sentir, au travers des us et des coutumes, la richesse pédagogique de l'âme wallonne.

Commentaires

avatar Patrick Wautier
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Bonjour hesbignons, brabançons, namurois, hutois,

Je suis sur les traces de mes ancêtres, y compris les lieux qu'ils ont habités :
- Joseph est mentionné "cultivateur" et ayant épousé Marie-Marguerit e THYS en 1768 ; ils eurent 7 enfants dont le dernier et 3ème fils Jean-françois né en 1781, et devenu avocat-avoué à Huy en 1805, est mon aîeul direct.

- le père de Joseph, Jean-Joseph est né en 1704 à Cortil-Noirmont ; il s'est marié à AVIN avec Anne HUBIN en 1730, ils exploitèrent une ferme. Joseph est le 6ème enfant et 4ème fils de Louis (né en 1659 à Houtain) et de Jeanne HIGUET dont les WAUTIER de Francqnée sont aussi descendants.

En fait, je cherche les lieux de ces 2 fermes occupées et exploitées par ces deux couples d'ancêtres respectifs ; à Wrnant-dreye, et à Avin.

Cordiale salutation

Patrick Wautier
descendant de Henry Wauty "de la Fontaine sous Witterzée"
avatar Dissertation
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it's good to see this information in your post, i was looking the same but there was not any proper resource, thanx now i have the link which i was looking for my research.
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