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La Ramaille

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LA RAMAILLE

par Emile WARNANT de Hannut.

 

Alfred était épicier et habitait juste en face de chez moi. La boutique était pleine de bonnes choses : du sucre candy, des figues et des bonbons. De gros sacs de café étaient posés debout par terre et par l'ouverture du dessus on voyait les grains brun-foncé qui luisaient et embaumaient de leur parfum tout le magasin. J'y allais souvent... J'aimais bien car derrière la maison il y avait une remise pleine de mille choses et Alfred y travaillait souvent à fabriquer des cages de toutes sortes et à réparer des "clichets" car il était aussi oiseleur et dans la petite cour pendaient au mur une multitude de "gayoles" occupées par des pinsons, des chardonnerets, des "linots" et des tarins qui chantaient à pleine gorge à longueur de journée sous le regard intéressé du chat qui restait des heures à les observer, assis dans un rond de soleil. Alfred racontait des histoires... "Il avait projeté avec un ami, amateur d'oiseaux comme lui, d'aller à la ramaille dans le cimetière pas dans le nouveau qui n'existait pas encore mais dans le vieux cimetière. A cette époque on n'avait pas encore abattu les arbres et c'était un lieu riche en buissons et haies vives qui servaient de dortoir à un grand nombre d'oiseaux. Ils partirent donc à la vesprée emmitouflés dans leur grosse veste, la tête protégée par des casquettes à oreillettes et munis de leur petit matériel : quelques cages, un petit filet et une lampe à carbure. C'était l'hiver, l'air était froid et sec, la nuit noire était faiblement éclairée par les quelques réverbères de la rue. Nos deux gaillards s'engouffrèrent dans le cimetière par la barrière et, le temps que leurs yeux se fussent habitués à l'obscurité, se mirent à l'ouvrage en silence. On alluma la lampe à carbure et on projeta le faisceau sur les buissons. Les oiseaux, surpris dans leur sommeil, et aveuglés, avant d'avoir réalisé ce qui leur arrivait, se retrouvaient dans les cages. La chasse était bonne, il y avait un peu de tout : des pinsons, des moineaux, des merles. On procédait en hâte, on ferait le tri à la maison. Soudain, un bruit leur fit tendre l'oreille, un bruit venant de Hannut et qui se rapprochait en se précisant. Ils écoutèrent attentivement; il s'agissait bien d'un bruit de pas, un bruit de sabots. Une idée germa dans la tête d'Alfred, il en fit part à voix très basse à son compagnon... S'approchant de la barrière, il enleva sa veste et sortit son long pan de chemise qu'il laissa descendre sur son pantalon... Il attendit... Sans méfiance, le marcheur se dirigeait vers Thisnes ou Crehen, lesté probablement de nombreuses gouttes de pèquet. Il s'approchait de l'endroit fatidique... Au moment où il s'engageait à hauteur de la barrière, Alfred se précipita, les bras levés en poussant des cris affreux pendant que son compagnon et complice l'éclairait avec sa lampe à carbure. Brusquement dégrisé, le malheureux noctambule laissant ses sabots sur place détala comme un lapin dans un rugissement d'épouvanté. Je pense que, à la veillée, dans les maisons de Thisnes ou de Crehen on a dû raconter bien des fois qu'un soir, en revenant de Hannut et passant devant le vieux cimetière, un fantôme... Mais ça, c'est une autre histoire.

 

Clichets : trébuchets
Gayoles : petites cages
Linots : linottes

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