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Cocognes

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LES COCOGNES

par Emile WARNANT de Hannut.

 


On attendait ce jour-là depuis longtemps... Il arriva, nous avions passé, mon frère et moi, une nuit agitée et étions réveillés aux aurores... Enfin, on entendit les cloches : elles revenaient de Rome; c'était Pâques. Chaque année, c'était la même chose; nous sautions du lit nous nous précipitions à la fenêtre et là nos yeux émerveillés, fixés dans l'azur du ciel, nous les cherchions... et à force de regarder, de fixer, il nous semblait les voir; que dis-je ? il nous semblait... Nous les voyions. Nous dégringolions l'escalier aussi vite que nos jambes pouvaient nous porter, nous nous débarbouillions pour la forme et nous étions habillés en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire et puis nous attendions impatients que Pimpin se décide à nous conduire au jardin car il tenait absolument à nous accompagner pour nous aider à chercher les œufs de Pâques que les messagères romaines y avaient laissé tomber. On ne tenait pas en place et lui prenait tout son temps. Pas pressé, il enfilait doucement sa veste. Il avait toujours perdu quelque chose. Une fois c'était sa casquette, une autre fois sa canne ou bien la clef de la porte du jardin. Il fallait presque le traîner dehors. Là, il avait sûrement une recommandation de dernière minute à faire à Nènenne. Enfin, nous partions, munis chacun d'un petit panier. L'air était frais et le temps clair. Au milieu de la rue des moineaux picoraient le crottin et s'envolaient à notre approche. Le jardin était situé au Chiroux, il fallait monter la rue de l'église, tourner à gauche et parcourir encore trois ou quatre cents mètres avant d'y arriver. Pimpin marchait doucement à cause de sa mauvaise jambe et tremblions d'impatience d'autant plus qu'il s'arrêtait de temps en temps pour échanger des nouvelles avec des amis et connaissances et que ces derniers, sachant le but de notre promenade, nous disaient qu'ils avaient vu les cloches passer, qu'elles volaient bas et qu'elles devaient être chargées et qu'il y aurait certainement beaucoup de cocognes à ramasser. Arrivés à l'entrée du jardin, Pimpin se faisait consciencieusement les poches pour retrouver la grande clef qui devait nous ouvrir la vieille porte disjointe par les fentes de laquelle nous tentions de regarder. Enfin elle s'ouvrait et devant nos yeux ravis nous découvrions la caverne d'Ali-Baba : une multitude d'œufs de toutes les couleurs; des bruns, des rouges, des bleus, posés dans les bordures de thym, dans la haie, dans les touffes de jonquilles. C'était la bousculade. Ce serait à qui en ramasserait le plus ou découvrirait celui qui était malicieusement caché dans la fourche d'un groseillier; et Pimpin regardait tout cela en riant doucement avec, c'était visible, autant de plaisir que nous. Nos paniers pleins, nous rentrions alors à la maison et moi, à qui en d'autres temps on ne savait faire avaler un œuf cuit dur, je dégustais avec délices ces cocognes multicolores... Car, ce n'était pas la même chose, vous pensez ! Celles-ci venaient de Rome : c'était les Cloches qui nous les avaient rapportées !

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