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Martin et Vladimir en 1943

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MARTIN ET VLADIMIR EN 1943

par Jacques De Raef


En 1940, les Hannutois avaient tous les motifs de haïr l'ennemi allemand. Les grands parents et parents avaient conté à leurs enfants bien des histoires, malheureusement réelles, sur la cruauté des uhlans et la brutalité des troupes de choc et d'occupation durant la guerre 14-18. De 1940 à 1945, les motifs de les mépriser ne firent que s'additionner jusqu'à l'insoutenable. Comme toutes les règles se voient confirmées par des exceptions, il se fit qu'en février 1943 les Hannutois remarquèrent puis apprirent à connaître un jeune soldat allemand qui sortait de l'ordinaire. Bien qu'il n'eut que vingt deux ans, il paraissait plus jeune encore avec son visage de poupon prolongé. Sourire permanent, hochements de tête pour saluer chacun et paysan de petite taille pour n'inquiéter personne, Martin portait son fusil comme un ustensile encombrant. Faisant son devoir, il n'était cependant guerrier qu'à contrecœur. Le 25 novembre 1942, la VIe armée allemande, forte de 230.000 hommes était totalement encerclée à Stalingrad sur la Volga (actuellement Volgograd). 42.000 blessés, malades et spécialistes purent être évacués de la poche par avion. Martin, gravement blessé, put trouver place dans l'un des derniers avions qui parvinrent à décoller de l'aérodrome de Goumrak. Les ultimes parachutages de vivres et de médicaments eurent lieu le 24 janvier 1943. Martin l'échappait belle car les vaillants guerriers russes capturèrent les débris de la VIe armée, soit 91.000 hommes épuisés, après leur capitulation du 31 janvier 1943. Après convalescence en Allemagne, Martin fut affecté à un travail léger à l'Ouest : la garde de prisonniers russes. A Hannut, les Russes étaient détenus en stalag improvisé, à l'ancienne école communale des filles, à l'entrée cochère de l'actuel n° 3 de la rue de l'Aite. (Avant réquisition par l'occupant, ces locaux avaient servi aux Juniors Secouristes de la Croix-Rouge, dont l'efficace responsable était notre regretté Jean Rosoux). Chaque jour, le plus souvent sous la surveillance de Martin, un groupe de dix à quinze prisonniers quittait la rue de l'Aîte pour se rendre a la forge de Fernand Radar, sise, à l'actuel n° 116 de la rue Albert 1er. Ils y apportaient des fers à forger en supports de fils téléphoniques. Ils y reprenaient les supports terminés la veille. Fernand Radar était fâché de se voir forcé de travailler pour l'occupant, mais il récoltait ainsi des informations sur les emplacements des lignes ainsi des informations sur les emplacements des lignes installées ou en voie de l'être. Comme bien on le pense, ces renseignements n'étaient pas perdus pour tout le monde. Ensuite, les prisonniers se rendaient en groupe à la rue du Tilleul, face à l'entrepôt de la gare de chemin de fer, au flanc de l'actuelle firme Superbois, là où subsiste ce qu'il reste du terrain vague de l'époque. Les prisonniers fixaient alors les fers à potences sur les poteaux faits de troncs de conifères. Les poteaux finis étaient expédiés par camions ou wagons de marchandises vers leurs destinations. Vous voyez le trajet des prisonniers. Permettez-moi de vous exposer quelques faits. J'éviterai de trop parler de nos nombreux malheurs sous l'occupation, car ceci est une autre histoire.

La forge Radar

Comme j'habitais la maison, où d'ailleurs je suis né en 1925, sise à l'actuel n° 112 de la rue Albert 1er, j'étais souvent à la forge, dont j'adorais l'atmosphère et où il se passait toujours quelque chose. Alors, la forge et des Russes !!!... Un jour, j'y vis le Martin qui, les larmes aux yeux, considérait une jolie vache enclose dans le travail pour y être ferrée. Martin, fils de fermiers, avait déjà perdu un frère à la guerre. Un autre était au front russe. Sa mère, veuve, restait seule à la ferme familiale, à quatre-vingt kilomètres de la frontière tchécoslovaque. Mélancolique, il pensait à sa maman, à son bétail et à ses petits champs. Il adorait les trois, en bloc. On le vit à la forge embrasser la jeune vache sur le museau. On eût dit qu'il l'embrassait avec l'amour qu'il portait à sa mère ! Des coulées gluantes dégoulinaient des naseaux de l'animal sur les joues en pleurs et les lèvres humides de Martin. L'aspect peu ragoûtant du spectacle n'empêchait nullement sa grande émotion. De mémoire de jeune vache aussi, jamais on n'avait vécu un tel émoi. Après ces effusions, et comme il abandonnait son fusil un peu partout, un prisonnier russe s'empara de l'arme qu'il tendit au forgeron. Fernand Radar fit une démonstration d'exercices à la belge du "présentez armes". Puis ce fut au tour de Martin de faire le numéro équivalent en version wehrmacht. Après quoi, Martin tendit son arme à un prisonnier russe. J'ai oublié son nom, mais je me souviens très bien de ce colosse des steppes qui arma immédiatement le fusil et mit Martin en joue. Fernand, les autres et moi étions atterrés : a) Nous estimions trop Martin pour souhaiter sa mort; b) Nous avions de la sympathie pour ces Russes qui auraient été fusillés après avoir tué leur gardien; c) Lorsqu'il arrivait qu'un occupant allemand disparaisse, ou déserte par exemple, les occupés avaient des problèmes pour lui trouver une sépulture discrète. Cependant, au bout d'un moment, Martin et le Russe se mirent à rire joyeusement, se frappant les cuisses et se tenant le ventre. Martin, épuisé, se cacha le visage sur le flanc de la chère vache étonnée, pendant que le Russe présentait les armes à la façon moscovite. Tel folklore hannutois ne devait pas se manifester souvent en Belgique occupée.

Le Café de la Gare

Entre la forge Radar et la rue du Tilleul, se trouvait un estaminet, le "Café de la Gare" plus familièrement appelé "Chez Parent" (l'actuel "Royal Gare" au n° 107 de la rue Albert 1er). Scénario habituel : Approchant de l'endroit, Martin devançait le peloton de prisonniers, guettait le signe d'appel des clients du café, puis faisait entrer tous les prisonniers russes au pas de course. Pressés par le temps, les Russes vidaient chacun une boisson toutes les 20 secondes m'a-t-on dit : de la bière s'il faisait soleil, du pecket s'il faisait frais, de la bière enrichie de pecket lorsque les Allemands avaient perdu une bataille. Comme, à partir de 1943, ils en perdirent souvent à l'Est, en Afrique du Nord et en mer, vous imaginez... Les cultivateurs et marchands de bestiaux qui régalaient faisaient partie des rares personnes qui avaient les moyens de fournir ainsi des calories aux pauvres Russes et au binamé Martin qui, adopté comme tovaritch, avait sa part. Bien entendu leurs poches se garnissaient souvent de quignons de pain gris, de portions de lard et même de charcuterie. Un Luxe ! La triple de Liège avait aussi, comme de bien entendu, un franc succès. Après libations, la tête de Martin pointait par la porte du café, comme un périscope horizontal. Coup d'œil à gauche, coup d'œil à droite. Rien à signaler ? Martin se pressait alors vers le milieu de la rue. A son signal, les Russes déboulaient à leur tour et reformaient le peloton qui se remettait en marche avec des mines rassasiées et des regards célestes sans confession. Toute la rue Albert 1er était discrètement aux anges.

MartinVladimir3
La prise de vue, datant des environs de Pâques 1943, se situe rue de l'Eglise, sur arrière-plan du n°6 ou 8 en montant à droite (maison Bolle) et face au n° 9 à gauche en montant. Le photographe m'est inconnu et je ne me souviens plus de la façon dont cette photo est entrée en ma possession. Il se peut que ce soit mon ami Charles Flamand, aujourd'hui décédé, qui me l'ait procurée. Voici les personnages, de gauche à droite : Un prisonnier russe - un enfant - un soldat allemand, ni bon ni méchant - un garçon - Célestin ROUSSEAU - MARTIN tenant un oiseau russe en bois de sapin - un personnage caché qui pourrait être l'aine des prisonniers russes - un garçonnet devant... un prisonnier russe - un garçonnet - une fillette - un garçonnet devant... un Russe nommé VLADIMIR - Monsieur André THILY - un enfant. Monsieur Thily est le fervent Hannutois que chacun connaît. Célestin Rousseau, toujours farceur, fait au-dessus de la tête de Martin le signe connu "cocu" pour l'Allemand, signe qui paradoxalement est aussi celui de la victoire "V" pour les alliés. Célestin devait avoir à peu près mon âge, soit 18 ans à l'époque. Je n'ai retenu aucun nom des enfants concernés mais je me souviens de la frimousse de cinq d'entre eux : les deux garçonnets de gauche, la fillette et les deux garçonnets de droite

Les Russes et les enfants

Souvent le peloton était suivi, tant à l'aller qu'au retour, par de petits groupes d'enfants qui, s'enhardissant, tenaient chacun un prisonnier par la main, bien fièrement. Ce simple geste affectif aidait moralement les soldats russes à supporter leur captivité. Martin, quant à lui, scrutait les horizons afin de prévenir toute arrivée de soldats allemands.
En ce qui me concerne, à l'époque de la photo de la page précédente, j'étais étendu blessé par accident, la jambe et le pied gauches en bien triste état. Le mal ne m'a pas complètement quitté depuis lors, ce qui m'aide à me souvenir. De cette époque date mon statut de "Réfractaire au STO". (Service du Travail Obligatoire en Allemagne). J'ai heureusement échappé à de nombreux contrôles et rafles. J'ai vécu avec de faux papiers jusqu'à la libération de Hannut par les très bienvenues troupes américaines, en septembre 1944. Je possède d'ailleurs toujours ma fausse carte d'identité hannutoise, fournie par la Résistance, vierge d'inscriptions mais dûment cachetée sur ma photo d'identité. Je l'ai complétée au mieux et vieillie artificiellement par un procédé "maison", pour plus d'authenticité.
Souvent, les Russes découpaient de petits blocs rectangulaires de sapin. Les taillant au couteau, ils fabriquaient rapidement, en deux pièces à emboîter, de merveilleux oiseaux aux ailes et queue déployées. De ces objets, ils remerciaient les enfants et... les payeurs de gouttes. Où et comment ces prisonniers s'étaient-ils procuré des couteaux ? Martin fermait les yeux et, d'ailleurs, personne n'a jamais rien remarqué; les oiseaux non plus. Martin et l'officier allemand Un matin, Martin et son groupe, arrivant rue du Tilleul, virent des garçons qui disputaient un match de football. Le ballon roula vers les Russes qui shootèrent, Martin qui shoote, les gosses qui reshootent et tout le monde shoote, dribble, passe et... Surgit à l'improviste un cabriolet feidgrau de l'armée allemande. Les Russes se précipitèrent au travail, les gosses bloquèrent le ballon, Martin pâlit. Un puissant officier sauta de la voiture en ricanant et ordonna à Martin de se mettre en position fixe devant lui. C'est alors que l'on vit le petit Martin encaisser injures et coups brutaux répétés. Chaque hurlement de l'officier était ponctué d'une forte gifle de sa main gantée, en aller et retour, de la paume puis du revers. Après le départ de l'officier, les Russes consolèrent Martin. Plusieurs enfants avaient les larmes aux yeux. On ne revit plus Martin pendant sa punition d'une dizaine de jours durant lesquels les Russes furent ainsi privés de boissons et cochonnailles. (Aucun des autres soldats allemands affectés à leur garde n'était complètement fiable).

Le sort des Russes

Ces prisonniers n'ont jamais tenté la moindre évasion du temps de Martin, afin de lui éviter le cachot. Lorsque Martin a quitté Hannut, ils ont eu affaire à des "peaux de vaches", les mêmes militaires que ceux qui harcelaient les jeunes Belges en contrôlant leurs papiers plusieurs fois par jour. Par la suite devaient se joindre à eux les répugnants collaborateurs belgo-nazis et autres "chemises noires", ainsi que des traîtres belges de la Gestapo en civil qu'il me serait impossible de qualifier quarante-neuf ans après sans être suprêmement grossier. Mais ceci est une autre histoire. Les Russes ont eu très faim et très froid. Leurs conditions de détention ont empiré avec l'avalanche des déconvenues allemandes. Avec une aide extérieure, un groupe d'entre eux est parvenu à s'enfuir durant la même nuit. Je n'ai eu aucune information sur leur sort, sauf pour trois fugitifs. Deux russes ont été tués "par erreur" lors de la libération, par ce genre de personnages dont la spécialité est de voler au secours des victoires lorsqu'elles sont pratiquement acquises. Le troisième est le VLADIMIR de la photo. C'était un charmant garçon, très instruit et très bien éduqué. Il fut recueilli par une famille qui le cacha et l'hébergea. Le bouche à oreille murmura qu'il courtisait la fille de ses bienfaiteurs. A la libération, on rapporta que tous deux projetaient de se marier et bien entendu de s'établir en Belgique. Notons qu'aucun des Russes de Hannut ne souhaitait rentrer en Union Soviétique par crainte des représailles frappant les militaires qui avaient accepté la capture. A mon tour, j'ai quitté Hannut pour m'installer à Bruxelles d'abord et à l'étranger ensuite. De ce fait sans doute, je n'ai pas eu confirmation du mariage de Vladimir. D'autres Hannutois en savent-ils plus que moi à ce sujet ? Vous qui me lisez peut-être ? Dans le civil, Vladimir était enseignant en Union Soviétique. Au départ, il ne comprenait que quelques mots de français mais parlait assez couramment l'allemand. C'est grâce à lui et à Martin qui disposait d'un vocabulaire russe très succinct et grâce aussi à de très riches collections de mimiques que nous parvenions à communiquer.

Le sort de Martin

C'est la grande inconnue ! Martin quitta Hannut vers fin mai ou début juin 1943, pour rejoindre le front russe. C'est du moins ce qu'il supposait. Il avait de bonnes raisons pour le penser. La situation des troupes allemandes y devenait très difficile. Le haut commandement allemand commençait à racler ses fonds de tiroirs pour tâcher de reprendre la maîtrise de la conduite des opérations à l'Est. En effet, dans la zone de Koursk, Hitler préparait une grande offensive et projetait de prendre plusieurs armées russes en tenaille et de les anéantir. Le 5 juillet 1943, il déclencha la puissante opération "Zitadelle", avec 3.000 engins blindés et près de 2.000 avions. On a souvent oublié que l'opération aurait pu réussir si les Russes n'avaient été prévenus des intentions allemandes, par un extraordinaire espion portant le nom de code "Werther". Sans faire partie du Grand état-major allemand, il était, on ne sait comment, renseigné sur les plans allemands, leurs réserves, leurs positions d'attaques, de défense, etc... On serait tenté de "chercher la femme" mais la quantité et la qualité des informations laissent penser que les sources et filières étaient plus complexes, ou plus simples, ce qui est le comble de l'astuce pour un "werther" qui n'a jamais pu être identifié. Les Soviétiques firent pivoter et déplacer à temps leurs armées qui actionnèrent une tenaille plus ample encore sur la masse des attaquants. Si Stalingrad avait signifié la fin de l'avance allemande et un retrait important, la gigantesque bataille de Koursk marquait le grand tournant de la guerre à l'Est. Les pertes allemandes, lourdes en hommes et très graves en matériel, subies à Koursk alors que toutes les réserves allemandes avaient commencé à fondre, la physionomie des opérations se modifia radicalement. Les retraites allemandes et les attaques russes se firent permanentes jusqu'à la fin du conflit, et ce malgré tous les soubresauts allemands. Ainsi du nord au sud du front étiré, se fit douloureusement sentir l'impact de leur défaite de Koursk. Tous les secteurs allemands furent désormais en grand péril. Martin a-t-il finalement survécu à cet enfer ? Et à d'autres ? A-t-il été prisonnier à son tour ? A-t-il enfin pu rejoindre la ferme familiale. Si c'est le cas, il serait donc resté en Allemagne de l'Est, en RDA, jusqu'à la récente réunification allemande. Peut-être, s'il est toujours en vie, pense-t-il quelquefois, en dehors du fatras de ses mauvais souvenirs, à la douceur des enfants de Hannut et à la réelle affection que les prisonniers russes lui portaient, En 1992, il aurait septante et un ans environ Lecteur de "L'Aronde", plaisez-vous à imaginer des enfants hannutois de 1943, âgés aujourd'hui de cinquante cinq ou cinquante six ans en moyenne, offrant des peckets et de la tripe de Liège à VLADIMIR et MARTIN qui se seraient retrouvés au café près de la gare II! La fillette de la photo serait-elle devenue mère, grand-mère même ? Ce n'est certes pas cette charmante personne qui nous interdira de rêver. Hesbignons, si vous pouvez mettre des prénoms et/ou des noms sur les visages des sept enfants de la photo, soyez aimables de le faire savoir à "L'Aronde" et à la ronde. D'avance, bien grand merci à vous.

Suite à l'article ci-dessus de M. De Raef , nous avons reçu de nombreux commentaires. Nous publions ci-après une suite, signée J. Draner et les photos qui l'illustrent sont de Mme Christiane Kempinaire. Nous remercions beaucoup tous ceux qui prennent intérêt à notre journal.

 

Vladimir

MartinVladimir5L'article consacré au soldat Martin est criant de vérité. Voici quelques anecdotes qui confirmeront les dires de l'auteur. Il y avait dans les Remparts St Christophe trois voitures de forains dont une installée sur le parking actuel. Elle était occupée par la famille Beckers, les descendants de "Kiki" habitant toujours la région. Un jour, un soldat fit irruption dans mes ateliers et dans un wallon égal au nôtre me chargea d'avertir le père Beckers qu'il devait tenir deux fois par semaine le cheval et la limonière à sa disposition pour conduire à Wasseiges au château "Lieutenant" occupé par les troupes de transmissions (les souris grises) les bidons destinés aux cuisines. Le soldat Martin était chargé de ce travail et le lendemain, le premier convoi prit le départ, le conducteur tenant fermement les rennes, et après avoir salué les personnes présentes, il confia son fusil au prisonnier Russe assit à ses côtés. Celui-ci prit l'arme la coinça entre les jambes alluma un gros cigare et salua l'assistance à son tour. Paul Triffaux dit "Victor" alias "le chef" occupait la maison de Louis Oter située en face de la voiture, il était le dépositaire des vivres destinées aux prisonniers. Les gens du Chiroux réputés pour leur grand cœur se chargeaient de l'intendance. Dans la cave du chef, convertie en boucherie, nous avions construit un couloir pour amener les cochons à un endroit précis; les parois étant de plus en plus rapprochées la bête était dans l'impossibilité de se retourner. C'est à ce moment que commençait mon office armé d'un rifle 22 long qui avait été soustrait par le garde Dispy au lot déposé à l'hôtel de ville. Je plaçai ma balle à l'endroit que m'avait indiqué le vétérinaire Paheau et l'animal était occis d'une façon rapide et propre, au courant de ces pratiques le soldat Martin, de retour d'une corvée en Hollande me remit camouflées dans une boîte de cacao, 340 cartouches. Les prisonniers Russes étaient couverts de poux, la femme du droguiste me fit don d'un litre d'eau de Cologne : Maria-Farina 4711; le ravitaillement, organisé pour les gens de la rue Zénobe Gramme, se faisait par la cour de chez Maurice Bertrand, la propriété touchait le préau des écoles. Louis Dejardin était chargé de la répartition des vivres, il remit la bouteille à un grand diable en lui expliquant par gestes l'emploi du produit. Le gars cassa le goulot sur la petite barrière en fer qui séparait la cour de l'école du bosquet et bu le contenu d'un seul trait. Dans l'atelier des machines, j'avais un réduit où fonctionnaient les meules d'éguisage, pourvus de deux forts étaux et limes: c'était un petit atelier de mécaniciens. Dès 9 h. du matin, le soldat Martin y déposait deux prisonniers Russes qui fabriquaient à longueur de journées de très belles chevalières à partir de pièces de deux francs. Faisant partie des services "incendie", j'avais en dépôt deux bidons de vingt litres d'alcool à 93° dénaturé qui, mélangé au benzol donnait un carburant valable pour nos camions, les copeaux étant un élément de chauffage apprécié. L'ouvrier chargé de récupérer les sciures donna par mégarde un coup de balais dans les bidons qui sonnèrent le vide; les Russes les avaient vidés, le récipient employé pour la dégustation, était une boîte de concentré de tomates. Le soldat Martin avait ses entrées dans mes ateliers dont les portes n'étaient jamais fermées. Niglou, le chien des Beckers avait pris ses quartiers dans les locaux dont il assurait la garde. J'avais une pièce de sapin rouge huit sur vingt trois, trois mètres soixante cinq de longueur. Martin sciait au ruban les pièces pour la fabrication d'oiseaux. Il y en avait de trois modèles. Ils étaient échangés contre de la nourriture. Suivant le désir de l'auteur, nous avons étudié la photo, peut-être, l'originale nous aurait-elle permis de répondre avec plus de précision : la petite fille est : Annette Tilly. Le gamin à droite est : Louis Preud'homme, fils d'Eugène. En dernière minute, j'ai contacté Monsieur Tilly, qui possède l'original de la photo ce qui a permis de reconnaître tout le monde, par ailleurs dans son journal les dates de la photo 16 mai 1943 et celle du départ des Russes le 13 juin 1943 à 16 h. Les Russes ne faisaient pas partie du convoi cela est une autre histoire.

J. Draner

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Le 11 juin 1943, sortie de la classe. Au milieu Vladimir, soldat russe.
On y reconnaît : Nelly Duchâteau, Eva Dejardin, Léonie Gilsoul, Denise Gillard, Alida Heysecom, Marie-Louise Duchâteau, Daisy Vigneron, Christiane Kempinaire, Nicole Clerbois,
Anne-Marie Jacquemart, Bertha Baugniet, Marie-Thérèse Vivegnis.
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Sur cette photo, prise le 11 juin 1943. Vladimir est le 2me personnage de gauche, ensuite Pedro. Georges et Alexandre. (Photos de Mme Kempinaire)

Commentaires

avatar Nacho Hernandez
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je cherche des informacion sur Andre Thily un medecin tue dans la guerre de l! espagne .
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