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Accueil Histoires de l'Aronde Sorcellerie à Avin...

Sorcellerie à Avin, Moxhe...

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LA SORCELLERIE À AVIN, MOXHE, VILLE-EN-HESBAYE...

 

De 1509 à 1646, les Pays-Bas et spécialement le comté de Namur payèrent un lourd tribut à la sorcellerie. En 1610, l'on vit s'élever un bûcher à Avin pour Sabeau Jacquet. Un peu plus tard, à Ville-en-Hesbaye, on brûlait une certaine Sybille N. Moxhe connaissait de 1605 à 1611 le procès de Damide Fardeau. Situons la sorcellerie : La sorcellerie entre dans le cadre des grandes peurs du Moyen-Age : revenants, la peur de la nuit, la peste, Satan, les agents de Satan (ces derniers sont les idolâtres, les musulmans, les juifs, la femme...) Il faut replacer les procès de sorcellerie dans un contexte global qui, seul, permet de les situer à leur juste place en les rattachant à une religion et à une culture qui se sentirent menacées. Dans le haut Moyen-Age, l'Eglise vait dans l'ensemble plaidé pour la clémence et pour la prudence à l'égard des magiciens. "A ceux-ci, il valait mieux laisser la vie afin qu'ils fassent pénitence". L'attitude de l'Eglise se modifia à partir de la fin de Xlle s. sous l'effet de deux causes liées entre elles : d'une part, l'affirmation de l'hérésie avec les vaudois et les albigeois; d'autre part, une volonté croissante de christianisation qu'exprimèrent et actualisèrent les prédicateurs issus des ordres mendiants. Vers 1231, Grégoire IX, à la demande de Conrad de Marburg, un inquisiteur fanatique d'une effarante austérité, définit le Sabbat : assemblée diabolique où les novices baisaient le derrière d'un crapaud et celui d'un chat noir, faisaient hommage à un homme pâle, maigre et froid comme glace... 1326, avec Jean XXII, la sorcellerie est assimilée à une hérésie, les inquisiteurs étaient désormais habilités à la poursuivre. Car les magiciens, adorant le diable et signant un pacte avec lui ou tenant des démons à leur service devant des miroirs, des anneaux ou des fioles, tournaient le dos à la vraie foi. Ils méritaient le sort des hérétiques. A la fin du XIVe, puis au long du XVe, s'accroissent les procès de sorcellerie et les traités qui la condamnent. Dans tout le XVIe et la première moitié du XVIIe, procès et exécutions de sorciers et sorcières se sont multipliés en différents coins d'Europe Occidentale et Centrale, folie persécutrice atteignant son paroxysme entre 1560 et 1630. Par exemple, dans la petite ville allemande de Wiesensteig, soixante trois femmes furent brûlées dans la seule année de 1562. A Obermachtal, terroir rural de sept cents habitants, quarante trois femmes et onze hommes périrent sur le bûcher de 1586 à 1588, soit 7 % de la population. Ces procès et ces mises à mort n'auraient évidemment pas été possibles sans l'incitation répétée des autorités religieuses et civiles. La consolidation de l'Etat à l'époque de la Renaissance donna une dimension nouvelle à la chasse aux sorciers et sorcières. Le Moyen-Age permettait la libre défense de l'accusé et avait peu employé la torture dans les procès civils. A l'époque de la Renaissance, la justice d'Etat adopta la procédure inquisitoriale. On observe le durcissement du droit pénal, la généralisation de l'emploi de la question. Il existe également une corrélation chronologique globale entre la période des guerres de religion en Europe (1560-1648) et celle où l'on persécuta avec le plus de frénésie magiciens et magiciennes. La lutte contre la sorcellerie atteignit à la fois des pays catholiques et des pays protestants. Dans le Luxembourg, la lutte contre la magie cesse après 1631; les calamités qui s'abattent sur le duché semblent mettre un point final à la répression (Entrée de la France dans la guerre de trente ans). Après avoir brossé à grands traits les époques de la répression, re-venons aux Pays-Bas. Nous allons avec E. Brouette tenter de connaître ce qu'étaient les pratiques sataniques dans le comté de Namur. Les satanisants sont de tout âge. Ainsi Georges Lescrivain est un jeune garçon encore incapable de subvenir à ses besoins. Il y a des femmes mariées comme : Gertrude, épouse Philibert Demodt de Merdorp; des mères de famille, Anne Jacques d'Assesse dont on retarde l'exécution jusqu'à son accouchement. La mère et la fille peuvent être réunies comme à Wasseige (Haute Cour de Namur, reg 41 fol 477 r). Les plus nombreux restent les vieillards. La plupart sont de condition modeste.
Anne de Chantraine, fille d'un marchand ambulant, a été élevée par les sœurs noires de Liège à l'orphelinat où elle apprit le catéchisme et la couture. A douze ans, elle fut mise au service comme ravaudeuse chez une veuve de la ville et devint ensuite vachère à Erpent. Il y a des sorciers appartenant à des classes sociales plus élevées. Une certaine Anne, sorcière de Châtelineau a "des bêtes à cornes et des meubles". C'est par le pacte, entendant par là l'union charnelle avec le démon que l'on entre dans la sorcellerie. Il est rarissime que l'accusé nie ses rapports avec un inconnu de l'autre sexe que les juges ne reconnaissent immédiatement comme étant satan.Anne de Chantraine, 17 ans, de Waret-la-Chaussée se donne à un inconnu pour qu'il lui rassemble son troupeau : elle se livre au diable. Par contre, Marie Massart de Haillot, déclare que son incube*, St Michel ou l'enfant Jésus, à ce qu'elle prétend "n'a fait que lui toucher les tettins". (A.E.N-Greffes scabinaux. Haillot, liasse 16). Lorsque le diable se présente sous forme humaine, quel est son accoutrement ? Pour certains, c'est un cavalier de grande taille, habillé de vert, le chapeau orné de plumes. "C'était un homme noir accoutré, jeune et beau" confesse Anne de Chantraine. Selon Jeanne Ando, de Flavion, c'est "un homme avec un petit casacq". Damide Fardeau, de Moxhe, dit que le diable a une barbe noire. On donne à Satan de nombreux noms. Dans le namurois, on relève les noms d'Abel, Beizébuth, Briat, Chantenef, Courtody, Macque, Pied-Fendu, Pimpurnette, Plomar, Robinet, Rouge Bonnet, Verdelette. Les documents relatifs au sabbat sont rares dans notre région. Voici la description qu'Anne de Chantraine en donne : "(Au centre de l'assemblée, il y avait une sorcière boiteuse mise sur son ventre toute longe sur la table et une chandelle posée au trou de son cul y servant de chandelier et la danse, que l'on pratiquait ensuite, durait un quart d'heure. Après, tous ceux de l'assemblée allaient baiser le cul d'un bouc, portant chacun une chandelle noire allumée, laquelle laissaient sur la table, lors lequel bouc se brusioit et réduisoit en cendre que l'on distribuait à toutes les sorcières pour s'en servir ainsi que leur estoit commandé par leur calantes (= galants). Le dit boucq estant réduict des centres, il se fait derechef ung home et distribue luy mesme la dite poudre. Et ce faict un chacun des dits calantes (galants) avaient affait avec chacune sorcière comme aussy ils avaient des affaire avecq elles auparavant la danse. (Greffes scabinaux, Waret la Chaussée, liasse 33). Le démon se présente tantôt sous la forme d'un bouc trônant au milieu de la ronde, tantôt sous la forme d'un petit chien ou d'un crapaud qui prend la forme d'un homme quand il le veut. Le sabbat se tient d'ordinaire dans un lieu sauvage et écarté. Il y huit kilomètres de Beaufort au cimetière de Héron où se rend le sorcier Arnould. Le moyen classique pour se rendre au sabbat est la chevauchée sur le dos d'un démon ou sur un manche à balai. Mais il n'est pas question de ce mode de transport dans le comté de Namur. Anne de Chantraine se rend aux danses en se frottant le torse avec des onguents, puis se place sous la hotte de la cheminée et le diable l'emporte. Un dernier trait complétera la physionomie du sabbat : on y joue du violon et c'est un sorcier qui sert d'instrumentiste, de "gisterneur" comme on disait alors.

Le Sabbat, a-t-il existé ?

A cette époque, la condition de la femme est pénible. Les maternités se succèdent, les conditions matérielles sont très mauvaises. Le travail est lourd. Ces femmes croient en Dieu. Mais ce Dieu ne leur paraît pas "un bon Dieu". Alors, pourquoi ne pas se confier au Diable. Par ailleurs, elles connaissent les simples, belladone, jusquiame, aconit, ciguë. Ces plantes peuvent leur procurer un sommeil hanté de rêves fantastiques. Il n'y a plus qu'un pas pour enfourcher un balai et chevaucher dans la campagne... A certaines époques de l'année correspondant aux dates des fêtes païennes, certaines personnes, la plupart de condition modeste, se réunissaient la nuit en dehors du village, à un carrefour, près d'un cimetière, dans une clairière... Et là, toute la nuit elles se livraient à tous les excès sexuels et autres. Il s'agissait de la libération des instincts les plus bas dans une société rigoriste. Et comme la sorcellerie se devait d'être l'antithèse de la religion chrétienne, on pouvait y célébrer une parodie de la messe, une "messe noire". Il n'était pas rare qu'on y sacrifiait un enfant dont le sang est recueilli dans un calice. La relation d'une semblable cérémonie se trouve dans les archives de la Bastille de 1695.
Venons-en à ce qui s'est passé à Moxhe. En matière de sorcellerie, les autorités civiles étaient seules compétentes. A cette époque, la famille des de Beauraing possédaient l'un des fiefs les plus importants de et à Moxhe. Ce fief constituait une Seigneurie avec Cour de Justice composée d'un maieur et d'échevins, ayant "toute hauteur sur ses masuyers". Le fief contenait neuf bonniérs de terre, des prés et jardins, sept maisons et divers héritages, de nombreux cens en argent, épeautre, chapons, cervoise. Les premiers possesseurs de ce fief furent les chevaliers "de Beauraing dont parle de Hemricourt. Au 14ème siècle, il est divisé en deux parts, l'une formée d'un tiers; appartient à Guillaume de Hallet, les deux autres tiers à la dame de Hermalle. Jean Losson, Seigneur d'Oteppe, les réunit au XVIIeS. Vers la fin du XVIIIeS, par le mariage de Catherine Lemaire, veuve de Jean François Louis de Lochon de Rossigny avec un de Woot, Beauraing passe aux mains de cette famille.

En queste préparatoire le pénultième jour de mars an no 1604 (Extraits d'interrogatoire de témoins). Johan Francqz tesmoing produict et examimné sur le faict du cas de sortilège dont Damide vefve et relicte de feu Noël Fardeau est chargée et suspecte, dict et déposé que de tout temps et anchienneté et nomément depuis le temps qu'il aï demeuré à Moche passé XXV ans et plus, que la dite Damide auroit tousiours este mâle famée et qu'elle auroit porté et port encore de présent le nom d'estre sorcière (...) l'ayant encor tenu suspecte pour un enfant mort d'une Marguerite de Loraine pour avoir hanté la maison ou le dit enfant estoit (...). Gelette, XL ans, femme et espouze de Guillaume Bousman (...) dit aussy qu'elle auroit entendu par son mary et sa belle-mère qu'icelle estant joeusne à maryer passé en viron de XXVI ans, que son dir mary estant lors mâle disposé, la dite Damide vient à demander à la mère d'icelluy comment il se porto/Y mâle, que lors la dite Damide luy dict qu'il luisst à mectre des saoux desoulz le poux de son droit piectz, ce qui fut fzaict, après cella il se portoit mieulx (...). Disant encor que lors par après, comme sa dite belle-mère estoit cousturière en toilles, que la dite Damide seroit lors arrivée par un jour en sa maison pour lui faire tailler une chemise, que lors la dite Damide la touchant sur ses espaulles, avecque sa main, depuis lequel temps, sa dite belle-mère s'en seroit toujours mal portée, et devenue secque et éticque tellement qu'elle en seroit finablement mort et décédée. D'autres témoins suivent : Very Savaige, sergeant de cette court, Thiry Savaige, L ans, Pierre Rigaux d'Autrive, Maroye des Marrets XL ans (...) aurait porté XI en fans desquelz il y auroit tant seullement heu ung qui auroit receu baptesme; duquel cas elle pense que son oppinion est que son mâle et infortune procède de la dite Damide (...). Après l'audition des témoins, voici les premières conclusions de la cour : joinct les grandis et véhémens indices apparus à Messieurs de ceste court, tant par enquestre préparatoire céans tenu comme autrement à déduire cy après plus amplement. Sy mestier est, requièrent et concluent ad ce qu'elle soit condampnée au dernier supplice par le feu, selon la dispotion de droit et de commune observance de ce pays. Sy avant qu'il y ait prœuve suffisante pour ad ce parvenir ou sinon que pour le moings, elle soit condempnée à la torture et question rigoureuse (...). Enquestres judiciaires faictes et tenues par devant la haultre courte de Beaurait. Messire Jacques Blavier, curé de Moexhe, 47 ans, tesmoing produict jure in verbo sacerdotis, manu ad pectus posita, interrogé sur le cas criminel de sortilège dont il est question, dit et déposé que la dite Damide de depuis le temps famée et suspecte d'estre sourcière, disant pour cause de science que la ditte Damide par Loys son fil, luy a voit envoyé ci ncqz pommes, hors desquelz en at donné deux aux enfans dung nommé Stienne Sevenans lesquelz deux pommes le dit Stienne ne vollut pas que ses enfans en mangeassent, pour la suspicion qu'il a voit de la dite Damide, d'estre sourcière, craindant le poison, ainsi les fist jecter dans les hayes ou espinnes, et quant aux trois autres pommes, le dit déposant dit et dépose les avoir lors mengé et après les avoir mangé, dist qu'il en fut malade au lict par l'espace de sicx sapmaines et en pensant mourir, quoy voyant par le dit curé, joinct qu'il avoit quelques de ses chevaulx malades, envoyast quérir du pain de la ditte Damide, par ung nommé Giel le Crâne, surceant du dit Moexhe lequel luy apportât du pain de la ditte Damide et nonobstant l'avoit donné az chevaulx du dit curé, ilz morurent.
(...) Proteste ce qu'il en seeit, aiant en corroboration de ceste sa déposition, mis et subsigné son signe accustumé. Ita est, Sire Jacques Blavier curé du dit Moexhe. Extraicte hors du registre de la hautte Court de Beaurent jugeante au lieu de Moexhe. Messieurs les maieurs et eschevins de la dite court on dit et jugé par leurs sentences et decreit que la dite Damide delverat estre torturée et mise à l'examen rigoureux (...) Prononcé en jugement ce septiesme jours du mois d'avril, anno mille sicx cents quatre. Extraict hors des enquestres tenues au Heur d'Aultrive de la part de Monsieur de Blocquerie escuyer, bailly et officier du dit lieu, contre Sabeau Jacquet, prisonnière, et depuis exécutée et nomecment de certaine clause portée par la dite enquestre comme s'ensuist faicte la dite enquestre le Ve de novembre 1610. Aiant depuis déclaré et confessé la dite prisonnière d'avoir dansé avecque quelcque sorcière du lieu de Moche, nomée Damide Noeson laquelle estoit sorcière, passé trengt ans ou plus si comme elle dit et quelle avoir dansé deux fois avecque elle envers les tombes de Seron; aultresfois par devers la champaigne de Borsu. Attestant, les dis lieutenant bailly et eschevins avoir depuis réitéré et confessé, voire persisté en celle par la dite Isabeau Jacquet, tant à la torture comme jusques à entrer en la hutte quelle Damide susdite estoit sorcière, voire royenne et que son callant (gallant) s'appeloit Macque et en signe de quoy Jean Dezandre, lieutenant bailli et maistre Henry Briart, Substitudt Greffier ont ceste subsigné.
Du XV de décembre 1610. (A ce jour) la torture et question rigoureuze laquelle sentence n'ai esté mise en exécution à cause des mutinez et ennemis hollandais entrant lors au pays et que ung chascun fut contrainct heu refuge aux villes et habandonnes leurs villaiges et résidences (Damide Fardeau n'a pas profité de ce temps pour s'amender). Mais au contraire auroit tousiours depuis icelluy temps continué en la famé de sorcière comme paravant et de plus, l'accusation nouvelle faicte par Isabeau Jacques exécutée au lieu d'Aultrive pour sorcière, puis trois sepmaines echà, concluent affin que la dite sentence, en date du 6 avril 1604, soit déclarée exécutoire. Présenté le 4e de janvier 1611 par les dis Srs présent et court du dit Beauraingt aiant la dite prisonnière respondu estant à la torture comme s 'ensuist(...)
Question : Sy de nuict il ne seroit venu en icelle une homme et environ quelle heure il estoit. Réponse : déclare lors qu 'elle résidoit en la dite hutte, il seroit venu une homme, lequel comme la dite prisonière rethiroit son marit lors malade qui estoit tombé une jambe dans le feu, le dit homme survenu l'auroit battu avecque une torche, déclarant qu 'il estoit lors sur la vesprée sans scavoir, fors une barbe noire, depuis at dict qui s'appelât Dieudonné Oncle du Bacheit lequel l'appeloit caroigne, mourie, ribaude et luy aiant donné aulcun cops sortat (...).
Du IVe de janvier 1611. Pour conclusions. Les demandeurs par leur mayeur pour la dite prisonnière estre accusée, voire suspect et diffamée du cas de crime de sorcière passé XXX ans et plus dont la famé a toujours continué jusques ce jour d'huy et depuis accusée par deux diverses fammes quy ont persisté en cella jusques au dernier supplice, joinct les grandes enquestres tenues contre elle par où elle estoit presques convaincue du dit crime de sorcière en tout quoy, elle se serait trouvé fort variable et opiniâtre, nomeement par la torture et examen rigoureux par elle enduré et autres raisons, indices et soubsons portez par le procès, requièrent et concluent ad ce que la dite prisonnière, soit par sentence de cette court, bannve de ce pays à jamais sans plus y rethourner à peine de la vie ou a telles autres peines corporelles, criminelles ou arbitraires trouveront mieux convenir, demandant despens. (...) Libert de Lattyne, 1611.


Ce procès entraîne une série d'observations communes à toutes ces affaires. - Les témoignages sont vagues, fantaisistes. - La sorcière d'Atrive, Isabeau Jacquet, avant d'être exécutée, accuse sous la torture, Damide Fardeau d'être une sorcière. - Il n'y a aucune prescription "il y a trente ans ou plus..." - Damide Fardeau est dans un premier temps condamnée à être brûlée. Sous la torture, elle n'avoue pas être une sorcière. Ce fait lui sauve la vie et la condamne au bannissement. Si à Moxhe, Damide Fardeau est bannie de la juridiction "de la Court et Seigneurie". Avant elle, beaucoup d'autres ont eu un sort moins enviable. En 1595, Philippe II, s'étonne que pour découvrir le crime de sorcellerie, on prend les accusés on les jette pieds et poings liés à l'eau,prenant argument que s'ils demeurent sur l'eau, ils sont sorciers ou sorcières, ou si les corps tirent à bas, ils ne le sont pas... Après audition des témoins, le tribunal entendait l'accusé. Si celui-ci niait les frais reprochés, il subissait la "question". L'accusé était dépouillé de ses vêtements et entièrement rasé, lié sur un chevalet. Le bourreau examinait le corps du prévenu à la recherche de la marque satanique. On recherchait cette marque en enfonçant des aiguilles dans tout l'épiderme, lorsqu'un endroit restait insensible, c'était l'endroit où se trouvait la marque diabolique. Les personnes qui enfonçaient ces aiguilles n'avaient aucune qualification et enfonçaient leurs aiguilles sans considération pour les organes vitaux. Lorsque le prévenu avait subi la recherche de la marque diabolique, on pouvait le suspendre par le cou ou les épaules avec des poids lourds aux pieds. Parfois, le prévenu était à cheval sur une pièce de bois triangulaire, dont l'un des angles faisait saillie, en même temps qu'on lui attachait des poids énormes aux pieds. En 1615, la Cour de Bouillon ordonne de faire appliquer à Marie le Liégeois "ung colle de fer et laisser icelle l'espace de vingtr quatre heures sur un pied, ayant l'autre lyé avec les bras par derrière". Le bourreau pouvait enfoncer des linges imbibés d'huile dans les orifices du corps et ensuite y mettre le feu. Le supplice de l'eau : on faisait ingurgiter sept à dix litres d'eau froide au supplicité, ensuite, on recommençait avec de l'eau très chaude... Lorsque la peine de mort était appliquée, la plus commune était la condamnation au feu. La strangulation préalable était de tradition chez nous. La rencharge (cour supérieure à la cour du fief) adoucissait fréquemment la peine demandée par la cour locale. C'est ainsi que la cour de Montaigle condamna Jeanne Gengo à être tenaillée au sein et à être brûlée vive; la rencharge n'admit pas la sentence; les échevins proposèrent de supprimer le supplice des tenailles; la rencharge cassa encore cette sentence et pour finir la sorcière fut exécutée par le feu avec strangulation préalable. On disposait les fagots autour du supplicité, seule la partie supérieure du corps était en dehors du bûcher. Un orifice était aménagé à l'avant du bûcher, il permettait au bourreau d'étrangler le supplicié. Ed. Rolland relate la façon d'exécuter à Braine le Comte. ... d'une part, un serrurier fournissait pour quatre sols les ferrures et chaînes nécessaires à maintenir la supplicié et les attachait au pieu par de gros clous... Pour nos exécutions, on se servait toujours de 50 fagots, fournis par un marchand de bois pour le prix de 44 sols et d'une certaine quantité de paille coûtant 4 sols. La condamnée était solidement attachée à l'estake (pieu) par les chaînes; autour d'elle, on avait formé un bûcher en forme de cube, au moyen de fagots et de paille, en laissant un étroit passage au milieu (...) Puis le ministre de justice pénétrait jusqu'au poteau, étranglait la victime au moyen d'une corde et mettait aussitôt le feu à la paille et au bûcher. Le corps à demi carbonisé était ensuite enterré dans une fosse creusée par les messieurs à proximité du pieu d'attache. Voilà la sorcière est brûlée. Il est très dangereux d'appartenir à la famille. En 1612 Pierre de Lancre écrit : II ne faut pas épargner la vie d'un enfant de sorciers, pour garantir celle de plusieurs qu'il ravira par sa méchante vie, par sortilège, poison ou autrement. Néanmoins, si aucune confession libre n'était obtenue, la peine capitale était rarement appliquée. Le bannissement avec ou sans fustigation était alors la peine ordinaire. La pendaison, le pilori et l'amende honorable étaient exceptionnels. La peine du ban était soit prononcée à vie, c'était de loin le cas le plus fréquent, soit à ce temps : deux, trois ou quatre ans; elle s'étendait soit à la hauteur de la justice, soit au bailliage, soit au comté, parfois même à l'ensemble du Pays-Bas. Entre 1500 et 1650 E. Brouette a retrouvé dans le comté trois cent soixante six actions judiciaires contre des sorciers. Jean Delumeau dans "La peur en Occident" essaye d'apporter des éléments d'interprétation à cette énigme qu'est la sorcellerie. Pour cet auteur, les paniques et épidémies de sorcellerie n'auraient pas éclaté sans l'existence d'un fonds endémique de la peur des maléfices. Mais celui-ci s'est trouvé réactivé par des circonstances qui mirent en cause à la fois population et juge. On constate dans le procès de sorcellerie deux catégories d'accusations portées contre les inculpés. Celles qui viennent de la population locale mentionnent seulement les maléfices; par exemple, un enfant qui meurt à la suite des menaces adressées aux parents. Au contraire, les accusations que formulent les juges ont de plus en plus tourné autour du pacte et de la marque diabolique, du sabbat et des liturgies démoniaques. Par ailleurs, grâce au sorcier ou à la sorcière, les malheurs insolites frappant les individus (car pour les calamités collectives on pensait à la colère de Dieu) trouvaient une explication. Ils avaient pour origine toute personne du village réputée malfaisante à cause de son comportement bizarre, de ses anomalies physiques ou d'une mauvaise réputation souvent héritée de sa mère ou d'une parente. Pourquoi à certain moment de l'histoire européenne, les dénonciations de maléfices ont-elles été soudain très nombreuses ? Dans les structures du Moyen-Age, les gens fortunés aidaient les déshérités et leur permettaient de subsister. Au contraire, avec la Renaissance, l'individualisme gagna du terrain et des institutions plus ou moins anonymes et très inhumaines de secours aux malheureux se substituaient aux actes de charité traditionnels. Si un malheur arrivait à qui était resté insensible à l'appel du prochain, il pensait automatiquement qu'un maléfice avait été jeté contre lui par la personne qui avait en vain demandé un secours. Tel aurait été au niveau villageois, le mécanisme psychologique profond responsable de persécutions. Autre raison, de façon assez générale, dans l'Europe au début des temps modernes, les populations ont du être plus anxieuses et donc plus soupçonneuses qu'auparavant. A cette époque, les paysans ont subi une inflation galopante, de sévères disettes, la raréfaction des terres due à une croissance démographique, un chômage structurel avec pour conséquence le vagabondage et les troubles nés des conflits religieux.

Le comportement des paysans : ils baignaient dans une civilisation magique. Souvent, ils connaissaient mal le christianisme et le mélangeait inconsciemment à des pratiques païennes venues du fond des âges. Ils croyaient au pouvoir maléfique de certains d'entre eux; et il n'est guère douteux que tel ou tel a pu croire posséder cette puissance exceptionnelle et chercher a s'en servir pour des motifs de vengeance. Au niveau des juges - Même lorsque les accusations venaient d'en bas, il fallait des juges civils ou ecclésiastiques pour les accueillir, les déclarer recevables et les authentifier pour la condamnation des inculpés. En outre, il est évident qu'en diverses périodes et de nombreuses régions, la persécution des sorciers a résulté de l'initiative même des hommes d'église et de loi. Les juges ont souvent créé les coupables. Et avec la torture, on peut faire pratiquement tout avouer. Pourquoi à l'étage de la culture dirigeante, cette hantise de la sorcellerie que n'avaient pas connu les autorités de la période antérieure ? La distance accrue entre les deux cultures paraît avoir renforcé la répulsion de l'élite pour les incompréhensibles comportements d'une masse paysanne qui lui devenait de plus en plus étrangère. La qualité des preuves et des témoins. Devant un péril aussi pressant, la justice doit être prompte et sévère. Pour la recherche des sorciers, on utilisera la délation, "coutume louable" d'Ecosse et de Milan où des troncs placés dans les églises reçoivent des papiers où chacun peut indiquer le nom d'un sorcier et "le cas par luy commis". Sur quelles preuves asseoir une accusation de sorcellerie ? Il y a "la vérité du faict notoire" : si la sorcière porte sur elle des crapauds, des hosties, des images de cire; si elle "fascine et éblouit des yeux, ou charme de parolles". Mais à défaut de ces indices, quel crédit accorder aux témoins ? J. Bodin dit : Trois témoins "sans reproche" suffisent pour "asseoir jugement... jusques à la mort exclusivement". Et pour le cas méritant la peine capitale, il suffit pour appliquer un prévenu à la question "d'un tesmoing, homme de bien et sans reproche, ni suspicion quelconque, duquel la déposition soit accompagnée de raison; ou de sens". Par ailleurs, "les complices sorciers accusant ou testifians contre leurs complices sont preuve suffisante pour estre procédé à la condamnation". Enfin, quelle confiance en la matière accordée à la rumeur publique ? "Quand il est question de sorciers, le bruit commun est presque infaillible". Jean Bodin, auteur de qui précède écrit la célèbre "Response à Monsieur de Malestroit" et est l'un des créateurs du droit moderne et de la science historique.


En conclusion, depuis le XIVe, pestes, disettes, révoltes, avance turque, Grand Schisme ayant alors additionnés leurs effets traumatisants une culture de "chrétienté" se sent menacée. Cette angoisse atteint son apogée au moment où la sécession protestante provoque une cassure apparemment sans remède. Les dirigeants de l'église et l'état se trouvent plus que jamais devant la pressante nécessité d'identifier l'ennemi. C'est évidemment Satan qui mène avec rage son dernier grand combat avant la fin du monde. Ainsi c'est Satan qui par sorciers et surtout sorcières interposés, perturbe la vie quotidienne en envoûtant hommes, bêtes et récoltes. Avant de nous quitter, allons voir ce qu'est devenue Anne de Chantraine. Son procès dura deux ans. Elle fut finalement transférée à Namur, elle fut encore soumise à deux reprises à la torture de l'eau chaude et de l'eau froide. La seconde fois, l'eau était pratiquement bouillante. Après deux ans d'incarcération et de supplices, en 1622, le 17 octobre, le bûcher fut dressé par le bourreau Léonard Balzat, aidé d'un adjoint. Le 18 octobre, elle reconnut ses fautes, mais nia d'être sorcière. Avec l'aide du bourreau, elle grimpa sur le bûcher. De ses mains Léonard l'étrangla. Le bourreau mit ensuite le feu au bûcher. Le bûcher brûla deux jours. Anne avait dix neuf ans.

(Tiré de « Plein Vent» édité par le Dr Sybers de Ciplet)

* incube : Démon masculin qui était sensé abuser d'une femme pendant son sommeil.

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