Site d'Adrien Daxhelet

Site d'Adrien Daxhelet

  • Augmenter la taille de police
  • Taille de police par défaut
  • Diminuer la taille de police
Site optimisé pour le navigateur Firefox
Accueil Histoires de l'Aronde Structure du village de Meeffe

Structure du village de Meeffe

Envoyer Imprimer

LES COMPOSANTES SOCIALES, ÉCONOMIQUES ET GÉOGRAPHIQUES DANS LA STRUCTURE DU VILLAGE DE MEEFFE

par Joseph DELEUZE de Meeffe.

 

Généralités

meeffe003
Carte des Pays-Bas Autrichiens dite « de Ferraris » (1771-1778)

La loi du 29 mars 1962 et les lois ultérieures ont défini, les règles strictes qui concernent l'urbanisation et l'aménagement du territoire. Peut-on dès lors penser qu'au cours des siècles qui ont précédé les villages s'étaient construits et développés de façon anarchique en ne tenant aucun compte des éléments naturels, de la vie sociale ou de la simple règle du bon sens ? La structure d'un village est le reflet de l'organisation, de l'évolution démographique, des techniques de construction et de l'activité économique de ses habitants. De même, par le morcellement de son territoire elle en caractérise le régime social. Le village de Meeffe est un exemple typique de l'évolution urbanistique et architecturale d'un milieu rural, c'est-à-dire dans le sens a vocation principalement agricole.

1. Le Paysage

Le village de Meeffe est situé au plein cœur de la Hesbaye. Ancienne dépendance de la Principauté de Liège c'est aussi une terre d'abbayes vieilles et riches. C'est un village agricole de grande simplicité, quelques bois d'environ un hectare, des pâtures arborées dans les vallées, environ 800 ha. de cultures abondantes sur les reliefs, petit village concentré. Les premiers habitants qui étaient chasseurs et agriculteurs se sont installés dans une clairière située au milieu de bois plus ou moins étendus. L'eau leur était indispensable, de même, ils recherchaient un endroit qui les abriterait des vents froids du nord. Le versant face au sud à Meeffe leur convenait donc parfaitement. En se succédant depuis le Néolithique, par souci de défense et d'union, les civilisations y ont entraîné la concentration de l'habitat. Si l'on peut penser qu'une vaste villa Belgo-Romaine située dans la campagne d'Acosse avait été la première construction importante et que le monastère primitif construit avant les invasions normandes et rebâti vers l'an 900 auraient pu être les centres de développement, c'est cependant autour de l'église bâtie au Xle siècle et qui servait de poste de défense que fut construit d'abord un noyau dense de maisons. Le village s'est ensuite développé en suivant la même principe de concentration.

meeffe005
Rue du BERLICOT - Fermette démolie vers 1965

En première phase il y eu les constructions rues Grande, des Fontaines et des Masures, et la carte des Pays-Bas Autrichiens, dite de Ferraris, éditée vers 1775, en donne une illustration précise. En deuxième phase de 1800 à 1850, on a bâti les rues du Page et les deux Rhées. Le primitif du cadastre, dressé vers 1850 représente un village complètement transformé. A la fin du XIX siècle, le village était composé de trois grosses fermes, de plusieurs fermes moyennes d'une soixantaine de petites exploitations agricoles et de maisons modestes ou d'artisans et l'exode rural vers les régions industrielles en plein développement à cette époque ne fut pas favorable au renouveau de l'habitat. Dans l'entre deux guerres on a construit une vingtaine de maisons et après la deuxième guerre le progrès économique et social, l'amélioration des moyens de transport, la mécanisation de l'agriculture ont marqué le début de la disparition des petites exploitations agricoles. Dans les années 50/60, une quinzaine de ces constructions à vocations agricoles furent abattues : (la prime à la démolition étant plus élevée que la valeur vénale du bien). A partir de 1960, la transformation de maisons en seconde résidence, les moyens de transports modernes et une nouvelle conception de la qualité de la vie ont ramené des habitants dans notre village. L'habitat se modernise, on a construit cinquante nouvelles habitations et on assiste aujourd'hui à une modification importante de la structure et de l'architecture du village.

2. L'Architecture

L'architecture du village est la traduction directe d'une culture sous la forme matérielle de ses besoins, de ses valeurs aussi bien que des désirs de l'habitant. Une caractéristique des bâtiments à Meeffe est l'absence de prétention théorique ou esthétique et une intégration au site et au climat, un respect des autres individus et de leur maison. Les règles qui ont régi la construction ont changé au cours du temps suite à l'influence d'une conception de vie nouvelle, de ses besoins familiaux ou professionnels, l'organisation sociale, de nouvelles techniques ou de matériaux nouveaux. La qualité esthétique n'a pas été créée spécialement pour chaque maison, elle est traditionnelle. Dans les constructions encore existantes les plus anciennes, ou du moins une bonne partie de la construction, les matériaux employés était la pierre de silex que l'on trouvait dans les marnières.

meeffe007
Rue Grande - Fermette démolie vers 1970

Utilisée après le colombage et la pierre, la brique n'a guère entraîné de changement dans la forme de la maison et les technologies n'ont pas été des facteurs déterminants. La situation très intéressante et très logique du village près d'un immense plateau de culture vers Avin, sur le versant d'un ruisseau le met également en relation avec un autre plateau situé vers Forville. Son exposition sud-ouest lui permet de profiter d'un bon ensoleillement et de se protéger des vents du nord. De cette exposition est née une constante dans la façon dont les maisons sont implantées et dans la façon dont elles ont été orientées. Le chois est volontaire car à l'origine le plateau situé sur le versant opposé (côté Forville) a été défriché et exploité avant celui situé au dessus du village et il aurait donc été plus logique, si on ne tenait pas compte de l'aspect climatique de l'implanter près des cultures sur l'autre versant. La manière dont le village s'est développé montre aussi que le souci du climat était présent et l'orientation des constructions. Ses plus anciennes (façade arrière au nord) démontre que i'on a exploité au maximum le terrain et le climat. Le village ayant été incendié de nombreuses fois au cours des siècles, la dernière fois en 1692, n'a concerné, à part la tour de l'église, aucune construction très ancienne. La reconstruction du village, après 1692 nous vaut cependant de conserver encore à Meeffe, plusieurs maisons datant du début du 18e siècle joliment conservées. Le style de ces maisons est souvent le même : maison longue et basse, porte d'entrée au milieu de la face avec fenêtres à droite et à gauche et souvent pignon à rue. Quelques fois, deux fenêtres sont jumelées et séparées par un meneau (maison Doneux) ou par un trumeau.

A. Typologie des habitations

a) Agricoles : On peut cataloguer les différentes exploitations selon leur taille et en discerner trois types parmi les maisons du 18e et 19e siècle.

1) le type quadricellulaire ou *(logis, étables, grange, écurie) telles étaient les fermes "Ruelle" "Grandmoulin" "du Prieuré" et telles sont les fermes du Moulin et de Buay.
C'est à dire les grosses exploitations.
2) le type tricellulaire ou en U ou en L logis, étables, grange) occupé par les laboureurs et fermiers moyens et telles étaient ou sont encore, la plupart des exploitations aux alentours de l'église.
3) le bicellulaire (logis + étables) qui représentait le plus grand nombre (les petites exploitations de la Rhée, de la grand rue et des masures). Les plans en U et en L sont caractéristiques du 19e siècle, la cour est importante et elle en est la plaque tournante. Le logis contrôle visuellement la cour et l'entrée.

b) Les maisons ouvrières ou artisanales : Les premières fermes se sont implantées autour de l'église, les suivantes se sont égrenées le long de la grand route en relation avec les cultures situées sur le plateau de façon judicieuse ne laissant aux autres (ouvriers, artisans) que les espaces restants (humides et superficies plus réduites). Il y a dès lors moins de constance dans le choix de leur implantation et dans leur orientation. Mais il faut dire que l'ouvrier et l'artisan étaient moins riches et savaient plus difficilement acquérir un bon terrain.

meeffe009
Maisons du 18e et 19e siècles bâties pignons à rue

B. Les Rues

La Grand-Rue : La grand rue traverse le village du S.E. au N.O. sur le versant adret du ruisseau. A partir du pont sur la Soile, elle remonte sur le plateau. Le long de celle-ci s'égrènnent une série de fermes et de fermettes. Celles du côté du plateau sont quasiment toutes perpendiculaires à la rue. L'ensemble des bâtiments forment un L ou dans les plus grosses exploitations un U. Les pignons des maisons les plus anciennes du 18e sont aveugles, tandis que dans les constructions du 19e les pignons sont percés de fenêtres ce qui n'est pas fréquent dans la région. La majorité des cours sont fermées par un muret et une grille. Les constructions façade à rue sont plus récentes. On remarque aussi que de ce côté de la rue où les maisons sont plus en relation avec la cour il existe un accotement de deux à quatre mètres, ce qui permettait par exemple d'y laisser un chariot. Le corps de logis s'ouvre sur la cour avec en général une porte d'entrée centrale, deux pièces à gauche et deux à droite. Les pièces avant, les plus grandes sont celles où l'on vit et les pièces arrières étaient des chambres ou des réserves. Actuellement ces dispositions ont souvent été modifiées. Les maisons situées de l'autre côté sont en majorité parallèles à la rue (à part la ferme Piraprez-Lefèvre). Cette implantation se justifie au point de vue climatique; le côté ensoleillé se trouve à l'arrière. Les maisons sont plus près de la rue, l'espace avant côté Nord-Est étant moins utilisé que l'espace arrière. On ne gaspillait pas du terrain et on se rapprochait de la rue.

La rue des Masures : Elle part du ruisseau puis grimpe le versant vers le Nord-Est. D'un côté de la rue, les maisons sont reculées à une dizaine de mètres. La cour qui est devant est ainsi exposée au Sud-Est; de même que la façade. De l'autre côté, les maisons longent la rue, à un ou deux mètres. La cours est derrière et est exposée au Sud-Est. A part la maison Libioulle (1789) qui elle a été bâtie suivant la conception fermette c'est-à-dire pignon à rue, les constructions actuelles ont été pour la plupart rebâties sur les vestiges d'anciennes petites maisons ouvrières qui ont donné leurs noms à la rue.

La rue des Fontaines : Elle a été bâtie très tôt et occupée par les ouvriers et les artisans. Plusieurs raisons justifiaient cette première extension : d'abord le souci du climat (située dans la vallée le long du ruisseau et bien exposée pour profiter d'un bon ensoleillement). Ensuite pour des raisons économiques : les terrains y étant plus humides étaient moins coûteux et il était important de ne point gaspiller les terres cultivables. En troisième lieu le voisinage des sources était un avantage pour les familles souvent nombreuses à cette époque. La seconde extension vers la rue du page dans la première moitié du 19e siècle se justifie pour les mêmes raisons. Il s'agissait aussi en majorité de maisons ouvrières et artisanales.

La rue de la Grand Rhée : Cette rue à vocation de petites exploitations agricoles qui n'apparaît que dans le dernier stade de développement du village nous montre un exemple très intéressant sur la conception architecturale et l'importance de la composante climatique de ce quartier. Elle part du bas du village et longe le ruisseau vers le S.E. Elle était constituée à l'origine principalement de petites exploitations agricoles. A l'exception d'une seule (maison Brieven de construction plus récente) toutes ces maisons sont situées perpendiculairement à la rue; la façade exposée au S.E. s'ouvre sur la cour et le grand fossé d'une dizaine de mètres de haut, protège tout le vallon des vents froids du Nord-Est. Toutes les maisons avaient le pignon aveugle. On retrouve, en général, la même organisation de plan que dans la Grand Rue, à la différence que ici, certaines maisons sont beaucoup plus étroites (environ 5 à 6 mètres) et ne possèdent souvent qu'une pièce de profondeur. Ses maisons se sont agrandies en construisant de nouvelles pièces dans des anciennes étables.

meeffe011
Rue des Fontaines - Maisons ouvrières au début du 20e siècle

3. La campagne

Si le paysage s'est sensiblement modifié suite à la mécanisation de l'agriculture, ce qui frappe le plus à l'examen du cadastre c'est le morcellement de la campagne : qu'est-ce qui a pu déterminer ce découpage que nous y voyons ? La forme, la grandeur et la disposition des champs présentent une grande diversité. Quelques parcelles très étendues se retrouvent à l'écart des champs plus morcelés voisins du village. A certains endroits (chemin de Buay, des Meuniers, Long Ry, Chemin de Liège), la disposition et l'orientation des parcelles sont en rapport avec les limites communales, les terres y étant souvent adossées par leur petit côté. Ceci témoigne que, les chemins sont très anciens et qu'ils existaient avant les découpages de la campagne.

La section A, plus grande avec la campagne de la Sarthe a été défrichée plus tard au 13e et 14e siècles et à une structure parcellaire mieux organisée.

La section B, plus ancienne, moins étendue, et comprenant le village à plus de parcelles. Des parages successifs et des techniques de labour plus anciens ont donné aux champs plus nombreux une forme plus ou moins rectangulaire. Il semble donc que le dessin cadastral soit étroitement lié au régime social : mode de travail, de propriété, d'héritage. Si l'on ne rencontre à Meeffe que très peu de parcelles en lanière ou de découpage organisé, on peut attribuer au "parcellaire irrégulier un régime fort individualiste. Ce régime individualiste était surtout marqué dans le domaine des fermes abbatiales ou seigneuriales, tel à Meeffe. Le remembrement déjà réalisé dans certaines communes et programmé à Meeffe pour les années à venir sera l'acte officiel du changement de régime social de notre village. La petite propriété et la vie communautaire encore très importante au début du siècle, aura vécu; le village s'ouvre à des horizons nouveaux.

Commentaires

Afficher/cacher le formulaire SVP, identifiez-vous pour poster des commentaires ou des réponses.