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Voyage de Philippe de Hurges

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1615, VOYAGE DE PHILIPPE DE HURGES

par le Docteur G. Sybers de Ciplet

 

Autrefois, de Tournai à Liège, le voyageur suivait dans notre région la chaussée romaine. Branchon, Wasseiges, Ferme du Soleil à Ambresin, A la Couronne d'Empire, Auberge à Moxhe, Vieux-Waleffe. (Pierre visible au croisement de la chaussée romaine à Moxhe et de la route Namur-Hannut.

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Avin 1598 à 1602, l'église d'Atrive, le moulin et le Château M. de la Blocquerie (actuellement château du Comte de Looz).

Je m'appelle Philippe de HURGES. En cette fin de mois d'août 1615, j'avais avisé, à Tournay, de demander quelque vilain de charretier pour m'emmener à Liège. Nous vinsmes mettre pied à terre en un petit hameau distant de deux bonnes lieues de Mariémont. Le lendemain, on chemina longtemps par de vastes campagnes sans rencontrer aucune maison, voire, et presque jusque RATENTOST qui fut nostre giste ce mesme soir, nous ne vîmes que par endroits quelques misérables tavernes éscartées de toute autre demande et vrais réceptacles de brigands. Quant à Gibloux, (Gembloux) nous n'y entrasmes, ...ainsi la vismes de loin seulement. Je voudrais mettre en garde le voyageur qui lirait l'abrégé de ce voyage. Je souhaite qu'il soit plus accomodé que nous le fusmes, estant partout misérablement logés depuis Tournay jusqu'à Liège par la malice de notre charretier qui ne se souciait de nous pourvu que ses chevaux fussent bien reçus, et ne voulait loger es villes ny es bonnes hostelleries pour éviter la dépense. De les forcer, il est dangereux et malaisé, ils vont en train, de quinze à dix-huit charrettes pour s'entre secourir contre les voleurs ou pour se débarrasser des fanges et des bourbiers. Estant au milieu des plaines... un grand orage nous surprit... nous enveloppa en un instant d'éclairs et d'obscurité, l'impétuosité du vent continua toute la nuit suivante en sorte que les domestiques du lieu où nous couchâmes n'osèrent fermer l'œil ni se mettre au lict pensant à tout moment que leur logette de chaume et d'argile pût être renversée. Nous fusmes très mal accomodé en ce lieu, tant parce que ce n'étoit qu'une misérable cabane d'argile couverte de chaume, ouverte à tous vents comme à cause que l'hoste qui l'occupoit étant nouveau, n'avait aucun meuble propre au logement. Nouis suivions toujours la chaussée Brunehaut et nous passâmes par RANSON et SAUREAU (= ferme du Soleil à Ambresin), villages du comté de Namur dont le second estant le dernier des Pays-Bas en direction de Liège. Proche du village est la maison du fermier commis à recevoir les impôts des marchandises et denrées qui vont au pais liégeois. Nous nous rafraîchismes à Saureau et y trouvasmes un vin de Moselle fort excellent. On y but aussi du vin de Hu (HUY) et du cru du pays qui ne valent pas grand chose pour la plupart. Environ un demi quart de lieue oultre Saureau, nous sortismes des Pays-Bas entrant en celui de Liège. Arrivés au Val Saint Georges (Les Waleffes), qui est le premier village de Liège, nous y trouvasmes de toutes nouvelles gens, tant en façon de faire que de parler ! De faire, parce qu'ils sont tous accoutrés de casaques de toile blanche ou bleue qui leur pendent jusqu'aux genoux. Ils sont extrêmement colères ne parlant sans jurer exécrablement et comme continuellement ivres, ne vivant que de pain trempé de bière et, les plus aisés, de pain et de fromage dont ils servent cinq à six sortes entassés l'un sur l'autre comme entrée de table et pour déjeuner aux étrangers qui les abordent. A la moindre querelle ou moquerie, ils en viennent à se battre au couteau. Ils parlent un barragouin mêlé de wallon et d'allemand (c'est le patois de Liège) que personne ne comprend. Ils entendent tous parfai-tement le bon français, sans jamais l'avoir appris. Ils ne comprennent pas l'allemand malgré que leur langue y ressemble. Ayant disner à la Vallée Saint Georges où nous fusmes salement accomodés, nous remontasmes en charrettes et vismes en passant la dernière des mottes de Brunehaut (Chaussée Romaine).

image005A la même époque, a moins d'une lieue de la ferme du Soleil, dans le village d'Atrive, les frères Nicolas et Gérard Botton étaient découverts au bord du chemin du Seigneur baignant dans leur sang. Le bailli fit appeler Nicolas Bel, le chirurgien, et le pria d'examiner les corps. L'homme de l'art déclara : «Gérard a reçu un coup de dague, d'épée, couteau ou de quelqu'autre lame tranchante au costé gauche au niveau de la troisième côte proche l'émonctofre pénétrant le petit intestin. De ce coup, Gérard est passé de vie à trépas. La médecine ne se trompait pas, le meurtrier n'était autre que Henri Adam, le fils du censier de M. de la Blocquerie (Château du comte de Looz). Son forfait accompli, il s'était enfui à Wasseiges pour s'éloigner de la Justice et déposer sa confession devant notaire : «le trois au soir, j'avais rencontré les deux frères. Ils étaient armés et menaçants.
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Traversée d'Essines-au-Mont. Gravure du Duc de Croy (1598-1602)

Je n'attendis pas de me faire occire et le premier j'assénai un coup de dague à chacun d'eux.» Ainsi, il avouait le crime et plaidait la légitime défense. C'était la procédure habituelle à l'époque. Dans les trois jours, un meurtrier devait avouer son crime et évitait ainsi la peine capitale et les tortures. Il valait mieux payer une rente à la Emilie des victimes que d'être brûlé à petit feu avant d'être assomé à la masse comme cet Erard de Dinant. Dès que l'identité du meurtrier fut connue, le bailli et les échevins se présentèrent à la grande censé et dressèrent l'inventaire du mobilier du père d'Henri. Dans cette ferme de 88 boniers, il y avait : sept chevaux, quatre vaches, une aumaille noire, trois grandes truies et quatre cochons, un coq et quinze poules, 107 bêtes à laine et cinq agneaux. En matériel agricole ; deux araires toutes équipées, deux chariots «challiés d'août» (halettes), deux yppes (herses) et un rouleau, une échelle d'ansine et un chaba (perche employée sur le charriot pour maintenir la charrée de fumier). Dans le ménage, un coffre n'ayant rien dedans, une maix (mê = pétrin), deux couvertures, deux paillasses, deux chemises, une table et une grande chayère, cinq chayères et une chayère d'enfant, un crama, une broyire (pilon), un chaudron de fer et un seau, un pot d'aghet (colle forte au bain-marié), un tonneau plein de cervoise, un petit saloir avec du beurre dedans. La rente allouée à Magdeleine de Ville veuve de Nicolas Botton n'a pas suffi. La petite ferme de vingt six bonniers qu'elle exploitait à Atrive allait continuer à pérécliter tant elle était grevée de dettes. Toutes ces rentes furent enfin rachetées par les Jésuites de Namur.

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La caravane s'approche du hameau de Fantegnies, à Buvrinne. (1598-1602)

La Compagnie de Jésus avait hérité de la ferme dite de Floyon que leur avait léguée Jean d'Avin, sixième évêque de Namur. L'ensemble des fermes Floyon-Botton demeurera propriété des Jésuites jusqu'en 1783.
L'empereur Joseph II fit supprimer les ordres contemplatifs et vendre leurs biens. Cette propriété appartient aujourd'hui à Monsieur Jean Moncheur.

Sources : Extraits du voyage de Philippe Hurges par Michehaut, Liège, 1872 AEH Greffes XXVI, 1.

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Mise à jour le Lundi, 19 Janvier 2009 15:18