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Près du Minnewater

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PRÈS DU "MINNEWATER"

(Extrait tiré de : Arthur Daxhelet par René Dethier, 1907)

I

 

Le jour vient de s'éteindre et ce n'est pas la nuit :
L'ombre a des reflets clairs. Des lueurs attardées
Sèment de la douceur et des grâces fardées
Sur les contours plus flous de la Ville sans bruit...


Personne... Une langueur dans l'air flotte et se mêle
A la subtile odeur des feuillages mouillés.
Les arbres sont plus grands, paraissant dépouillés
De réel à mes yeux que le soir ensorcèle...


Là-bas le canal dort; ici le lac se tait,
À peine un peu ridé par la légère brise...
Le pont sur son fond vert doucement s'imprécise,
Effaçant toujours plus ses arches en retrait...


Une cloche parfois rythme de sa voix grave
Les battements pressés dont s'agite mon coeur;
Un trouble m'a saisi, qui m'arrache des pleurs,
Un grand trouble à la fois redoutable et suave...


Tout mon être se fond dans l'ardente beauté
Dont l'heure a revêtu la nature pâmée;
Le songe élève aux cieux mon âme sublimée;
Elle plane longtemps dans son vol exalté...


Je reste frissonnant et ravi, dans l'attente
D'un mystère inouï, doutant, en ce transport,
Si c'est l'Amour divin ou l'invincible Mort
Qui soudain m'a frôlé d'une grande aile lente...

 

II

 

Au crépuscule gris, sous les arbres bruissants,
J'ai vu devant mes yeux apparaître mon rêve;
Image lumineuse en un jour qui s'achève,
Ce n'était qu'un vain jeu de clairs reflets mourants;


Fantôme hallucinant qui dans l'ombre se lève,
Il sortait de moi-même, effluve jaillissant;
L'envoi l'avait fait naître en mon coeur bondissant
Qu'enchantait à présent sa vision trop brève.


Car, un doigt sur la bouche, il montait dans les airs
D'un vol puissant et sûr, d'un grand essor, si fier
Qu'il semblait tendre à Dieu !... Comme des vagues lentes,


Sur la terre glissaient de bleuâtres vapeurs;
Je croyais respirer près des roses troublantes :
Un goût de volupté se mêlait aux senteurs...

 

III

 

Sur les mornes canaux où la nuit descendue
Laisse flotter son voile et traîner son manteau,
Où vont-ils donc ainsi, glissant au fil de l'eau,
Les blancs cygnes altiers parmi l'ombre épandue ?


Ils sont là, depuis quand ? le long des quais déserts,
Sous les vieux ponts moussus, surgis sur l'onde morte,
Tels de grands lys ailés qu'elle berce et supporte,
Qui pour la refleurir tout grands se sont ouverts.


De quel rêve orgueilleux, dont s'enchantait leur âme,
Ont-ils gardé l'image en leurs yeux éblouis ?
D'où sont-ils descendus ? Quels désirs inouïs
Ont laissé dans leur coeur la cendre de leur flamme ?


Ils se sont renoncés, dirait-on, sans espoir,
Pèlerins recueillis dans la ville endormie,
Barques de pureté, gestes lents d'eurythmie,
Fantômes d'autrefois que suscite le soir...


Mais parfois, gouvernant à travers les étoiles
Que sème sous leurs flancs la splendeur de la nuit,
Redressant vers les cieux leur beau col où reluit
La clarté de la lune, et déployant en voiles


Leurs ailes d'argent mat, on les voit, tout vibrants
D'une superbe ardeur, s'emparer de l'espace,
Ou bien se disputer la compagne qui passe,
Rivaux d'amour d'un soir, courroucés et sanglants...


Un instant le Désir, sur l'eau triste et croupie,
A déchiré la nuit de sa terrible voix;
Le spectre du Passé s'est levé, plein d'effroi
D'avoir vu palpiter si près de lui la Vie !

Bruges, juin 1905

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Mise à jour le Lundi, 30 Novembre 2009 15:59