Site d'Adrien Daxhelet

Site d'Adrien Daxhelet

  • Augmenter la taille de police
  • Taille de police par défaut
  • Diminuer la taille de police
Site optimisé pour le navigateur Firefox
Accueil Préfaces Caroline Popp

Caroline Popp

Envoyer Imprimer

(Extrait de : Caroline Popp, Association des Écrivains belges, 1909)

PRÉFACE

__

Caroline Popp (Caroline-Clémence Boussart, dame Popp) naquit à Binche le 12 décembre 1808, et mourut à Bruges, le 2 décembre 1891. La famille à laquelle elle appartenait avait des traditions d’honneur et de vaillance, autant que d’esprit et d’art. Son père, le colonel chevalier Félix Boussart, fait prisonnier à la suite de la capitulation de Dresde, mourut en 1813, à Tirhau, en Hongrie. Son oncle, André Boussart, général et baron d’Empire, fut aussi un soldat de marque. Par sa mère, originaire d’Abbeville, elle s’apparentait au célèbre navigateur Picot (baron de La Peyrouse), au peintre François Picot et au poète Millevoye.

L’enfance de Caroline Boussart s’écoula, méditative et rêveuse, près de sa mère, prématurément veuve. Un de ses souvenirs les plus lointains, qui s’était ineffaçablement gravé dans sa mémoire, c’était le défilé, auquel elle avait assisté, des vaincus regagnant la France, au lendemain de Waterloo, par la chaussée de Charleroi.

Cependant, la jeune fille, peu à peu, avait acquis, presque uniquement par elle-même, une solide instruction, en dévorant à belles dents les livres d’une bibliothèque très fournie que son frère, magistrat érudit, avait collectionnés.

Son mariage avec Christian Popp, contrôleur du cadastre, la transplanta au sein de la vieille cité flamande, où elle devait désormais passer sa vie – plus d’un demi-siècle – d’incessant labeur. Elle s’éprit bientôt du paysage austère de Bruges. L’histoire de l’antique métropole la passionnait. Sa pensée aussi fut des premières à méditer son relèvement.

Elle fut la fondatrice et resta l’âme, durant 54 ans, du Journal de Bruges, qui sortit de presse pour la première fois le 4 avril 1837. Ce que fut son œuvre quotidienne dans les colonnes de cet organe, qui continue d’être le modèle des périodiques de province, M. A. Piters l’établit ainsi :

« Il n’est pas de progrès qui n’ait rencontré son appui, pas de liberté constitutionnelle dont elle n’ait vaillamment embrassé la défense, pas une cause juste dont elle ne se soit constituée le champion. Elle fit campagne, en 1839, sur le traité des vingt-quatre articles; elle prit une part acrive à la lutte contre la misère en Flandre; elle travailla à l’abaissement des obstacles douaniers, à l’abolition des octrois et des droits de barrière, à la création des voies ferrées, à l’application de la vapeur à l’industrie, à l’institution des ateliers d’apprentissage, à l’abolition du timbre des journaux, de la contrainte par corps, de la peine capitale. Elle lutta sans relâche pour faire de Bruges le superbe musée artistique que le monde entier vient admirer aujourd’hui et si le chef-lieu de la West-Flandre retrouve un jour sa prospérité si longtemps éclipsée, il le devra en partie à cette vaillante femme, une des protagonistes de ce projet considéré tant d’années comme une utopie, et qui s’appelle Bruges-port de mer.

Quant à son respect pour ses adversaires politiques, il ne se démentit jamais...

Elle connaissait la politique et elle en parlait dans son journal avec autorité, mais en même temps avec un tact tout féminin...

Le libéralisme, pensait-elle avec Eudore Pirmez, n’est pas autre chose que ce proverbe essentiel de la morale chrétienne appliqué à la politique : Ne faites pas à autrui ce que vous ne voudriez pas qu’on vous fît... »

Mais Caroline Popp s’évadait volontiers des lourdes besognes de la polémique. Avec la plus tendre sollicitude, elle dirigeait l’éducation de ses huit enfants. N’a-t-elle point, dans ses volontés dernières, cette femme de talent et de grand esprit, écrit cette phrase qui peint bien sa grande simplicité d’âme : « Je n’ai jamais eu d’autre prétention que celle d’être une bonne mère » ? Elle savait néanmoins réserver au monde un peu d’elle-même, et sa maison, la blanche petite maison de la place Memling, fut toujours un foyer de bonne et distinguée compagnie. Enfin, chaque fois qu’il lui restait du temps (et fallait-il qu’elle en fût ménagère pour cela !), elle donnait libre carrière à son goût pour la composition littéraire. Tout ce qu’il y avait dans son esprit de finesse native et de grâce familière et aussi cette gaîté humoristique qu’elle garda jusqu’au dernier jour de sa vie, elle le répandait dans toutes ses pages; telles sont les qualités qui marquent son œuvre d’art, comme elles caractérisaient toutes les manifestations de sa personnalité éminemment affable et aimante.

Pendant près de trente ans – du 12 octobre 1862 au 28 décembre 1890, – elle fournit régulièrement, tous les huit jours, ses Lettres brugeoises (signées Charles) à l’Office de Publicité, dont le succès, longtemps soutenu, doit être rapporté, pour une part, à une aussi fidèle et intéressante collaboration. Car les Lettres brugeoises avaient au plus haut degré cette qualité primordiale de retenir l’attention des lecteurs par une variété sans cesse renouvelée.

« Quand les événements de la semaine ne lui fournissaient rien de nature à attirer l’attention, écrit encore M. A. Piters, elle fouillait ses souvenirs, elle donnait libre cours à sa tendresse maternelle, ou bien encore elle laissait chevaucher sa fantaisie la bride sur le cou. C’est ainsi que, tour à tour, elle entretenait ses habitués du dimanche d’une question économique, sociale, politique à propos des grèves, du prix élevé de la houille, d’un fait-divers à sensation; ou bien elle leur faisait raconter par une vieille tante quelque trait de sa jeunesse, ou bien encore elle leur donnait de ces précieux conseils qui trahissaient la mère de famille toujours attentive à la santé, au bonheur de ses enfants. Quelquefois encore, elle faisait de la réclame, mais d’une manière éclairée et généreuse. Que de lances rompues en l’honneur de la coquette cité de Blankenberghe, dont elle soutint les débuts ! N’est-ce pas elle qui a découvert cette autre station balnéaire, le Coq ? Elle avait aussi ses moments de haute fantaisie; alors sa folle gaîté ne connaissait plus de bornes et, pendant des pages, les calembours ruisselaient de sa plume, à jet continu. Lisez son épître, sur l’oignon, ou la lettre du gendarme flamand envoyé aux grèves dans le pays de Mons; celle sur le rire à propos du discours de réception de Pailleron à l’Académie française. Et, quand elle avait épuisé tous ses sujets, elle revenait avec amour à sa chère West-Flandre, la plus constante, la plus féconde de ses inspiratrices. »

Une partie du trésor littéraire, qui dort dans les collections de L’Office de publicité, a passé fort heureusement pour le public dans les volumes que publia successivement Caroline Popp. Récits et légendes (1868), Contes et nouvelles (1880), Paysages flamands et wallons (1887), La Tête de fer restent des pages pleines de vie, où les sites et les gens de chez nous sont évoqués avec un art plein de naturel.

« Vos écrits flamands, lui écrivait, dès 1868, Victor Hugo, ont un reflet de chaude couleur espagnole mêlé aux fortes et naïves silhouettes du Nord. Vous avez le don de la véeité, don suprême qui vient de l’âme...; vous avez la gamme complète qui va de la grâce à la force. »

L’éloge n’était pas exagéré. Caroline Popp avait éminemment le don de conter. Il est fait d’une certaine faculté d’émerveillement devant le spectacle du monde, d’une observation subtile, d’une émotion prompte, mais surtout de cette naïveté qui n’est point sans malice et par où se trahit un esprit finement moqueur. Et nulle synthèse savante, nul plan délié, nul raccourci habile dans ses « histoires », qu’on dirait lentement narrées, à la veillée, par une douce voix d’aïeule et qui s’emparent de notre imagination pour la mener, parfois, le long de chemins et de détours sans fin, flâner et muser...

Caroline Popp a encore collaboré à la Belgique illustrée, de Van Bemmel; à l’Illustration nationale, fondée à propos des fêtes du Cinquantenaire, et où elle eut l’honneur d’écrire l’article sur la première Reine des Belges; à l’Illustration belge, à l’Illustration européenne, au Globe, à l’Express européen.

Nous avons extrait de son œuvre quelques-uns de ses plus beaux récits, de ceux où elle a mis le meilleur de son esprit. Nous avons, en outre, choisi une série de Lettres brugeoises. C’est là qu’apparaît le plus manifestement la simplicité naturelle et gracieuse d’un écrivain qui certes l’était par tempérament, mais qui trouvait aussi, dans son art, une occasion d’exprimer la bonté foncière de son cœur.

Commentaires

Afficher/cacher le formulaire SVP, identifiez-vous pour poster des commentaires ou des réponses.
Mise à jour le Mardi, 16 Décembre 2008 11:22