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Arthur De Rudder

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Préface

(Extrait de La Légende vermeille d’Arthur De Rudder)

J’imagine que le public éprouvera à la lecture de ce petit livre un plaisir égal à celui que j’y ai moi-même trouvé. C’est pourquoi je me fais un scrupule de retenir son attention, ne fût-ce qu’un instant.

Et pourtant il n’est pas impossible que quelques-uns sachent gré à l’auteur qui m’a demandé cette préface et à moi qui l’ai écrite, de ce que nous aurons pensé à leur présenter un ouvrage, non pas spécial ni exceptionnel, mais du moins inattendu de la part de celui qui l’a conçu.

Arthur De Rudder est un des polygraphes les plus distingués que compte la Presse bruxelloise : c’est à ce titre surtout qu’en général il est connu. Son œuvre, éparpillée au jour le jour, remplirait un nombre déjà respectable de volumes. Et, dans cet amas de copie, plus d’une page, pour avoir été écrite d’un jet, à son heure, n’en reste pas moins une excellente appréciation critique. C’est que notre écrivain a du goût et des lettres. Notez qu’il est sensible dans une égale mesure à la psychologie d’un drame ou d’une comédie, aux harmonies d’une composition musicale, au coloris ou à la technique d’une peinture. Naguère encore il donnait, dans la « Collection des grands artistes des Pays-Bas », une savoureuse étude sur Pieter de Hooch.

Mais son esprit, mobile et curieux de tout, ne reconnaît pas de limites à son champ d’observation. Sa connaissance des littératures étrangères lui ouvre large les horizons. Il trouve un intérêt sans cesse renouvelé et infiniment varié à envisager les problèmes les plus divers que lui propose la considération des peuples et de la vie.

Une telle activité et l’exercice quotidien de la faculté raisonnante, qu’elle entraîne, n’ont pas diminué chez Arthur De Rudder le don d’émerveillement, ni la puissance imaginative et créatrice. La Légende vermeille que voici atteste la vivacité de son émotion esthétique et la richesse de sa verve.

L’auteur a été tenté par un genre relativement peu cultivé chez nous, à savoir le conte légendaire. Pourtant Charles de Coster et Eugène Demolder, pour ne citer que ces deux maîtres, s’y sont illustrés. C’est un genre plein de difficultés, dont la principale est, peut-être, de réaliser la véritable couleur locale. J’entends par là une reconstitution du passé, qui ne soit pas un trompe-l’œil, qui sorte d’une vision nette des faits, du milieu et des acteurs qu’on évoque avec le grandissement épique.

En effet, la description d’un décor fantaisiste, le portrait d’un personnage imaginaire, le récit d’un événement idéalisé ne demandent pas moins de vérité qu’un paysage, un caractère, un fait, pris dans la réalité. Et quels prodiges d’invention feront que le portrait soit un type et l’événement un symbole ? Car c’est à ce prix qu’ils nous intéresseront. Encore la beauté du symbole ne se mesure-t-elle pas moins à la clarté de l’idée qu’il exprime, qu’à la profondeur ou à la grandeur de cette idée.

Avec une entente parfaite de ces conditions, Arthur De Rudder s’est plu à imaginer les beaux récits qu’il réunit dans ce livre.

Le plus important, La Fresque héroïque, déroule en cinq parties, qui sont comme cinq panneaux aux reflets d’épopée, l’histoire merveilleuse d’une ville ou plutôt de la Ville à travers les siècles. La Ville y apparaît, tel un héros doué d’une âme et d’une volonté, toujours en marche, toujours agissante, sans cesse tendue dans un gigantesque effort, depuis les temps fabuleux de sa naissance dans la plaine au bord du fleuve, jusqu’aux jours de paix, où, désormais prospère et libre après tant de guerres et de souffrances, elle ne chante plus que l’hymne du travail.

La légende et le mythe se fondent et se combinent dans ces pages où l’auteur avec une audace heureuse personnifie la Cité.

Les contes qui suivent : Le Vainqueur des îles, Le Pays du désir, La plus belle Fête, etc., mêlent pareillement la légende et l’allégorie. Ils sont pleins de fantaisie et de grâce. Le sens du pittoresque s’y associe à je ne sais quelle poésie ingénue, pour traduire, d’une façon imprévue, le rêve d’un artiste nostalgique. Car il semble bien, en dernière analyse, que l’écrivain de La Légende vermeille, en se reportant en esprit aux âges d’héroïsme et de splendeur, ait inconsciemment cherché à s’évader de la réalité présente et banale. Ses visions lointaines l’ont enchanté et exalté ; et, dans une sorte d’ivresse joyeuse, il a trouvé, pour nous les décrire, de pleines poignées d’images éclatantes et de mots évocateurs.

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Mise à jour le Mardi, 16 Décembre 2008 11:21